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Full text of "Le Naturaliste : journal des échanges et des nouvelles."

PARAISSANT LE 1 C1 ET LE 15 DE CHAQUE MOIS 







Emile DETROLLE, DlRECTEUR-GÉRANT. — Paul GROULT, SECRÉTAIRE UE LA RÉDACTION 






45 e Année 

7 e Année de la 2' Série 

ABONNEMENT ANNUEL 

PAYABLE EN UN MANDAT A L'ORDRE DU DIRECTEUR 

France 10 ( , 

Algérie 10 „ 

Pays compris dans l'Union postale 11 » 

Tous les autres pays 12 » 

PARIS 
BUREAUX DU JOURNAL 

40, RUE DU BAC, 46 

189.3 



15* ANNÉE 



-2° Série — JV I 40 



1 er JANVIER 181).} 



LE NATURALISTE 



KEVUE ILLUSTREE 



DES SCIENCES NATURELLES 



NOTICE PRÉLIMINAIRE 
SUR LES COLLECTIONS ZOOLOGIQUES RECUEILLIES 

Par M. Jean DYBOWSK1 

Dons son expédition à travers le Congo et la région 
de rOubangui 



Première partie. — Mammifères. 

Dans le domaine des beaux-arts, les expositions spé- 
ciales des tableaux d'une école, des œuvres d'un maître, 
des portraits d'une époque déter- 
minée jouissent, a juste titre, de 
la faveur du public. 11 en est de 
même, dans le domaine de l'his- 
toire naturelle, pour les exposi- 
tions où se trouvent groupés tous 
les spécimens recueillis dans le 
cours d'une expédition à travers 
une contrée lointaine, peu connue 
ou môme inexplorée. De telles ex- 
positionspermettent, en effet, d'ap- 
précier immédiatement les résul- 
tais scientifiques d'une mission; 
elles donnent en même temps une 
idée des populations et des pro- 
ductions naturelles des pays que le 
voyageur a traversés, idée qu'on 
ne saurait concevoir en parcourant 
les galeries de nos Musées. Si vas- 
tes, en effet, que soient ces établis- 
sements scientifiques , l'espace 
dont ils disposent est toujours 
insuffisant et ne permet pas d'a- 
voir, à côté des immenses salles 
où les objets sont méthodiquement rangés, d'après leurs 
affinités naturelles, d'autres salles qui seraient consa- 
crées chacune exclusivement aux roches, aux plantes et 
aux animaux d'une autre région ou même d'une seule 
partie du monde. Le Ministère de l'Instruction publique, 
le Ministère de la Marine et l'Administration du Muséum 
d'histoire naturelle ont donc répondu au désir général 
en organisant successivement au Jardin des Plantes ou 
au Palais de l'Industrie des expositions où l'on a pu ad- 
mirer successivement les collections rapportées par les 
missions envoyées aux îles Saint-Paul et Amsterdam, à 
l'île Campbell et au cap Horn, par la première expédi- 
tion de MM. de Brazza, par celle de M. Bonvalot et du 

LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris. 




M. Jean DYBOWSKI. 



prince Henri d'Orléans, et enfin par la récente expédi- 
tion de M. Jean Dybowski à travers le Congo, la région 
de l'Oubangui et la contrée qui s'étend au sud du lac 
Tchad. 

Cette dernière exposition a ouvert ses portes le 16 no- ' 
vembre et, depuis cette date, de nombreux visiteurs 
n'ont cessé d'accourir au Muséum et d'examiner avec in- 
térêt l'admirable série d'armes, d'instruments divers, de 
costumes, d'échantillons d'histoire naturelle et de pho- 
tographies, que M. Dybowski a réunie durant ses 
longues pérégrinations à travers l'Afrique intérieure. 

Le voyageur a fait lui-même, 
dans des conférences publiques, 
un récit sommaire de son expé- 
dition et quelques-uns de mes 
savants collègues se chargeront 
sans doute de donner aux lec- 
teurs du Naturaliste un aperçu 
des pièces anthropologiques et 
ethnographiques, des plantes vi- 
vantes ou desséchées, des roches 
et des minerais, rapportés par 
M. Dybowski ; je puis donc lais- 
ser de coté tout ce qui a trait à 
l'aspect physique, à la constitu- 
tion géologique, à la flore et à 
l'ethnographie pour m'occuper 
exclusivement de la faune. 

Parmi les Mammifères dont 
M. Dybowski a rapporté les dé- 
pouilles, il n'y avait point de 
grands Singes anthropomorphes, 
point de Gorilles ni de Chim- 
panzés, mais des Colobes, des 
Cercopithèques et un Cynocé- 
phale. Les Colobes n'appartiennent pas, comme on au- 
rait pu s'y attendre, à l'espèce qui a été décrite par 
M. Sclater sous le nom de Colobus angolensis et qui se 
trouve à Angola et sur les côtes du Loanda, mais se 
rapportent aux Colobus guereza Bùpp., espèce décou- 
verte en Abyssinie. Les Cercopithèques doivent être at- 
tribués à plusieurs espèces, savoir : Cercopithecus asca- 
nias Audeh., déjà rencontré dans le Congo français par 
M. Thollon et par M. Brusseaux et peut-être identique 
au C. picturdtus Matloso, du pays d'Angola, ainsi que 
M. Barboza du Bocage paraît disposé à le croire ;■ Cerco- 
pithecus Erxlebeni Puch.et Dahlb., également rencontré 
au Congo par M. Brusseaux, mais ne descendant proba- 



LE NATURALISTE 



Moment pas jusque dans les possessions portugaises; 
C< rcopithecus cephus L. et ('. nictitans L., qui ne s'avancent 
pas non plus du côte d'Angola et remontent au contraire 
du côté du Gabon et de la Guinée. Quant au Cynocéphale, 
c'est probablement le &ynocephalus muibis (F. Guv.), qui 
manque (''gaiement à Angola, mais qui a déjà été ren- 
contré au nord de l'équateur. 

Les Lémuriens ne comptent qu'une seule espèce du 



de l'Océanie, se partagent, en effet, en deux groupes, en 
deux sous-genres, les unes (vrais Epomophores) ayant 
des poches scapulaires bien développées chez les mâles 
et les lèvres simplement plissées, les autres (Hypsi- 
gnathes) n'ayant pas de poches scapulaires mais présen- 
tant, en revanche, sur le bout du museau, de larges 
expansions cutanées. Ces expansions acquièrent un 
grand développement chez les spécimens rapportés par 




Pig. I. — Chauve-souris frugivore]du Congo, 

genre Galago, représentée par plusieurs exemplaires et 
probablement nouvelle; en tous cas bien distincte des 
Galago Monteiri el senegalensis. 

Un certain nombre de Chauves-Souris figurent dans La 
collection Dybowski. Les unes sont des Chauves-Souris 
insectivores (Micvochiroptères), les autres, et ce sont les 
plus remarquables par leur physionomie et leurs di- 
mensions, sont des Chauves-Souris frugivores (Mégachï- 
roptères), de l'espèce appeler, à cause de sa figura hi- 
deuse, Èpomnphorits ou mieux Hypsignathiïs monstruosus 
Allen. Les Epomophores qui représentent en Afrique les 
Roussettes (Pteropus) des îles Mescareignes, de l'Asie el 



)""•'•" 



Epomophorus (Hypsîgnathus) monstruosus. 

M. Dybowski et donnent à ces Chauves-Souris un aspeGl 
d'autant plus repoussant que les feuilles labiales sont 
recroquevillées et hérissées de sortes de verrues. La tète, 
surmontée d'oreilles pointues et éclairée par deux gros 
yeux à fleur de peau, ressemble à une tète de Cheval, 
ou plutôt encore à une tête d'Hippopotame. Elle paraît 
très volumineuse relativement au corps qui est dé- 
pourvu de queue et qui, au repos, peut être complète- 
ment enveloppé par les ailes, comme par un manteau. 
Les ailes sont, en effet, d'une telle ampleur que l'enver- 
gure atteint m. 7.'i, c'est-à-dire trois fois environ la 
longueur totale de ranimai, Elles se rattachent à la se 



LE NATURALISTE 



conde phalange du deuxième doigt antérieur, muni à 
l'extrémité d'une forte griffe, de même que les doigts 
postérieurs. La surface des membranes aloires est 
presque glabre et d'une teinte noirâtre, tandis que le 
corps et une partie de la tête sont revêtus d'un pelage 
court, d'un brun foncé, tirant au roussàtre sur les par- 
ties inférieures. Le museau est dénudé et les lèvres, en 
s'écartant, laissent apercevoir de fortes canines qui 
donnent à Y Hypsignathus monstruosité le caractère d'un 
carnassier. Il paraît cependant que, comme les Rous- 
settes, cette, espèce, en dépit de sa physionomie de Vam- 
pire, est exclusivement frugivore et se nourrit principa- 
lement de Mangues. Elle se trouve depuis le Congo 
français jusqu'en Gambie. 



nale, garnie au contraire d'une fourrure abondante dans 
sa partie basilaire, la séparation entre ces deux parties 
se faisant brusquement, suivant une ligne oblique. Les 
pattes, contrairement à ce qu'on pourrait supposer, ne 
présentent que de faibles rudiments de membranes et 
les doigts, au nombre de cinq, sont presque entièrement 
libres et armés de petites griffes. Le pelage qui revêt la 
.tête et le corps est aussi doux, aussi égal et aussi lustré 
que celui d'une Loutre, et offre une belle couleur brune, 
légèrement tiquetée de blanc sur les parties supérieures, 
les parties inférieures étant au contraire d'un blanc pur. 
Toutefois, malgré ses qualités, cette fourrure ne pour- 
rait guère être utilisée, le Potamogale étant un animal 
de petite taille, à peine plus gros qu'un Rat d'égout. 




Fï<. 



— Le Potamogale (Potamogale vélo*) 



Parmi les Insectivores, je signalerai une forme toul 
aussi remarquable el encore plus rare dans les collec- 
tions. Je veux parler du Potamogale velo.r, découvert par 
du Chaillon au Gabon, il y a une trentaine d'années, et 
retrouvé plus tard par Marche dans la même contrée et 
par le lieutenant portugais Bayâo sur le territoire d'An- 
gola. Ce Potamogale velo.r, que M. du Chaillon avait pris 
pour un Carnassier et qui offre, en effet, quelques res- 
semblances avec les Belettes par ses formes élancées et 
avec les Loutres par son pelage lustré, appartient, en 
réalité, au même ordre que les Desmans et se trouve en- 
core moins adapté que ceux-ci à une existence aqua- 
tique. 11 a la tête fortement déprimée et terminée en 
avant, par une sorte de mufle aplati et muni de mous- 
taches longues et raides, les oreilles de grandeur 
moyenne, les yeux extrêmement petits, à peine visibles, 
les mâchoires armées chacune de vingt dents, le corps 
svelte, porté sur des pattes si courtes que l'animal 
semble ramper sur le sol, la queue allongée, graduelle- 
ment effilée et fortement comprimée latéralement sur la 
plus grande partie de son étendue. Cette queue est évi- 
demment faite pour battre l'eau à la manière d'une go- 
dille. Elle est dénudée et écailleuse dans sa portion termi- 



L'espèce n'est d'ailleurs représentée jusqu'ici dans les 
collections publiques que par un très petit nombre 
d'exemplaires, le Musée de Paris étant sans doute main- 
tenant, grâce à M. Dybowski et à M. Marche, l'établisse- 
ment le mieux partagé sous ce rapport. 

Les Rongeurs paraissent être extrêmement nombreux 
dans les régions traversées par M. Dybowski. Ce voya- 
geur a envoyé, en effet, ou rapporté au Muséum, des 
Anomalures appartenant à l'espèce nommée Anomalurus 
erythronotnspar M. A. Milne-Edwards et remarquable par 
la teinte rouge-marron de la partie médiane de son 
manteau, de nombreux Écureuils (Sciants Stangeri Wa- 
terh., Se. rttfohaehiatus Waterh., Se. annulatus Desm., 
Se. erythrogenys, -varjeucostigma Tem., Xerus sp. etc.), des 
Myoxidés (Graphiurus murinus Desm.), des Gerbilles, des 
Cricetomys (Crieetomys gambianus Waterh.), des Rats 
d'espèces variées, des Aulacodes (Aulacodns swinderiantts 
Tem.) et un Lièvre (Lepus ochropits Wagn.?). 

Parmi les Carnassiers, figurent un Chat, le Felis caffra 
Desm., auquel M. Barboza du Bocage semble disposé à 
assimiler le F. chrysthrix de Johnston; plusieurs Genett.es 
(Genetta vubiginosa Puch.); des sortes de Paradoxures 
(Nandima binotata Gr.) ; des Mangoustes (Herpestes graci- 



UE NATURALISTE 



lis Hiipp. var. iiieluntira Martin? H. albioaudus etc.); des 
sortes de Suricates (Cr08sài*chu$ fasciatus Desm.) ; des 
Chacals (Canin anthus F. Cuv.?). 

Enfin; parmi les Ruminants, à côté 
de deux Bovidés, mâle et femelle, dont 
M. Dybowski a rapporte' les crânes et 
la peau et qui offrent les caractères 
du Bos brachyceros (ir., je citerai des 
Antilopes, les unes de grande taille 
(Adeuota Lèche (ir.), les autres de fai- 
bles dimensions (Ce)ihalophus melano- 
rheus Gr.). Ces dernières dont on peut 
voir des spécimens montés dans les 
galeries du Muséum, sont de char- 
mantes petites bêtes, bien plus pe- 
tites que des Chevreuils, ayant la tête 
armée de petites cornes droites et acé- 
rées, dirigées obliquement en arrière, 
les pattes très fines, la queue courte, 
le pelage lisse, d'un brun grisâtre pas- 
sant au noir sur la région postérieure 
et au blanc sur les parties supérieures 
du corps. 

Ces Antilopes ne sont pas les seules 
que M. Dybowski ait rencontrées; il 
avait même préparé les dépouilles 
d'un Tragélaphe (Tragelaphus scriptus 
Peil.?) et d'un Kob (Kobus sing-sing Wa 
lerh. ou vultuosus Laur.?) mais les 
peaux de ces grands animaux, n'ayant 
pu être suffisamment séchées dans 
une région où l'air était imprégné 
d'humidité, eurent beaucoup àsouffrir 
du long voyage et ne purent être uti 
lisées. A ces deux espèces, il faut a- 
jouter encore peut-être le Strepsiàeros 
kudu (ir., car M. Dybowski nous a dit 
avoir trouvé dans la forêt, alors qu'il 
poursuivait les assassins de Crampel, 
un crâne d'Antilope à cornes turbi- 
nées, qu'il n'a pu rapporter. 

L'énumération rapide que je viens 
de faire est, d'ailleurs, incomplète, 
car une élude plus attentive fera cer- 
tainement reconnaître parmi les Mangoustes, parmi 
les Écureuils et surtout parmi les Rais, nombre d'es- 



pèces que je n'ai pas indiquées. Enfin, il convient d'a- 
jouter à la liste des Mammifères l'Éléphant dont M. Dy- 




Fig. 3. — L'Anomalure (Anomalurus arythronotus). 

bow ski a rapporté de magnifiques défenses, acquises des 
indigènes. E. Oustalet. 



LES ROGNONS SILICEUX DU SOISSONNAIS 



Les sables du Soissonnais forment, au milieu des ter- 
rains tertiaires, une couche puissante dans certaines lo- 
calités. A Noyon, dans l'Oise, ils constituent le montSi- 
méon dans toute son épaisseur, ainsi que les nom- 
breuses collines des environs. La base de ces petites 
montagnes repose sur l'argile plastique; leur sommet est 
couronné d'une couche de calcaire grossier, dont l'é- 
paisseur est souvent assez considérable pour être creusée 
en galeries d'extraction de pierres à bâtir. Ces carrières, 
aujourd'hui peu importantes, forment des grottes, des 
tavernes plus ou inoins profondes. Ailleurs, elles ont 
laissé les piliers gigantesques» portant encore à leur Bom- 
inH un pâté de calcaire prôssier, qui constituait le pla- 



fond de la carrière abandonnée. Entre Ribécourtet Ours- 
camp, on aperçoit au sommet de la montagne de Chiry 
une tour quadrangulaire, la tour Menneché. A quelques 
centaines de mètres de là, sur le plateau, on trouve cinq 
énormes piliers, restes de carrières très importantes, d'où 
l'on extrait encore quelques pierres à bâtir. 

Aux environs de Noyon, les sables du Soissonnais ont 
quatre-vingts mètres d'épaisseur. C'est seulement tout à 
fait à leur sommet que se trouvent des bancs très puis- 
sants de nummulites, capables de former de véritables 
roches au-dessous du calcaire grossier. Ces fossiles sont 
accompagnés d'une immense quantité d'autres débris, 
et surtout de moulages de coquilles. C'est ainsi que les 



LE NATURALISTE 



turritelles ont laissé des espèces de lire-bouchons ap- 
pele's vulgairement vis d'Archimède. LesNe'rites ont laissé 
d'autres empreintes. C'est au milieu de ces moulages 
qu'on peut recueillir une loule de débris de coquilles 
fragiles. 

Les sables du Soissonnais sont creusés de carrières, 
dans le double but d'extraire soit du sable, soit des ro- 
gnons siliceux, dont on se sert encore pour macada- 
miser les routes. Autrefois, c'est exclusivement à ces 
têtes de chat que les cantonniers avaient recours; mais> 
depuis une trentaine d'années, on emploie de préférence 
une pierre plus dure, d'un gris bleuté, qui vient de Bel- 
gique. C'est, je crois, un marbre susceptible de prendre 
un beau poli noir, dont on fait de splendides monuments 
funéraires. Quant aux tètes de chat, c'est une sorte de 
grès, qui est essentiellement composé de sable et de car- 
bonate de chaux, associé à un peu de magnésie et de fer 
qui lui donne une teinte ocreuse. Plusieurs d'entre elles 
sont creusées d'une cavité dans leur intérieur. Souvent 
cette cavité est parsemée de cristaux de dolomie, mé- 
lange de carbonate de chaux et de magnésie, imprégnés, 
de silice, qui les colore en gris jaunâtre. D'autres fois, la 
cristallisation ne pouvant se produire, en raison de la 
quantité de sables mélangés aux carbonates, ou pour 
tout autre motif, il se forme, à l'intérieur de ces cavités. 
des saillies arrondies, comme de la gomme arabique un 
peu foncée de teinte. 

La formation des têtes de chat est un phénomène na- 
turel comparable à celle des stalactites. L'eau de pluie, 
en tombant sur l'humus superficiel, se charge d'acide 
carbonique. C'est tellement exact, qu'au delà du mont 
Siméon, se trouve la fontaine à Ressons, qui est une 
source incrustante comparable à celle de Saint-Allyre en 
Auvergne. Cette eau dissout les carbonates du calcaire 
grossier et des sables magnésiens calciques. Puis, elle 
empâte le sable sous-jacent, en formant avec lui une 
sorte de mortier, à base de sable et de chaux, mêlés d'un 
peu de magnésie et de fer. De là, formation de rognons 
durs, à contours arrondis, et à cristallisation de dolomie 
dans leur cavité, à la suite de la perte de l'acide carbo- 
nique, tenu jusque-là en dissolution, qui s'en va pour 
donner naissance à ces carbonates de chaux, de magné- 
sie et de fer, ou pour charger de gaz les eaux du voisi- 
nage, et finalement disparaître dans l'atmosphère. 

D r Bougon. 



PHOTOGRAPHIE 



Faire de la photographie : tel fut longtemps le rêve de 
beaucoup; mais, que d'opérations compliquées, voire 
même mystérieuses auxquelles il fallait être initié ! 
Aussi, seuls quelques privilégiés pouvaient-ils se donner 
le luxe de l'installation nécessaire. 

Vous deviez abandonner votre rêve : vous naturalistes, 
dont les travaux et découvertes ne pouvaient être fixés 
d'une façon exacte, définitive, indiscutable ; et vous 
voyageurs par nécessité ou par plaisir, qui auriez voulu 
rentrer munis de documents et de souvenirs : le crayon, 
le pinceau étaient vos seuls collaborateurs, mais que de 
temps perdu pour un simple croquis ou une pochade 
souvent bien loin du but désiré. 

Heureusement de véritables savants travaillaient pour 
vous, el vous recueillez aujourd'hui le fruit dr leurs tra- 



vaux : vous avez à votre disposition les merveilleux pro- 
cédés grâce auxquels tout le mande peut faire de la photo- 
graphie. Plus de laboratoire, des appareils qui tiennent 
dans la poche, plus de pose, plus de bains difficiles à 
manier, plus de taches, des épreuves en une heure, 
toutes ces merveilles vous sont promises dans toutes 
les annonces, et ces annonces disent vrai. 

Mais ce n'est pas sans travail que vous réussirez, et 
savoir faire de la photographie est encore réservé à ceux 
qui, prenant la chose à cœur, se donnent la peine d'étu- 
dier ce qu'ils font, de comprendre la raison de chacune 
de leurs opérations et d'en observer avec soin les résul- 
tats. 

Nombreux sont les lecteurs du Naturaliste auxquels la 
photographie rend d'importants services, mais nombreux 
aussi sont ceux qui n'ont encore osé s'essayer dans cet 
art, craignant de ne savoir sur qui compter lorsqu'il 
leur faudra corriger des fautes inévitables de débutants. 

C'est à tous que jeveuxm'adresser, la direction m'ayanl 
fait l'honneur de me confier la nouvelle rubrique du Na- 
turaliste. 

A tous je dirai : photographes exercés ou débutants, 
vous trouverez en moi un collègue prêt à unir ses efforts 
aux vôtres pour arriver à la perfection. Soyons en rela- 
tion constante; avouez-moi vos insuccès nous y remé- 
dierons, mais faites-moi part de vos succès, il faut que 
tous en profitent. Merci d'avance de vos communica- 
tions, j'accepterai avec plaisir remarques, observations, 
approbations ou critiques ; envoyez-moi des épreuves 
intéressantes, elles trouveront place dans le journal. Et 
puisque c'est aujourd'hui que nous faisons sauter la 
couverture de nos éphémérides, permettez-moi de vous 
souhaiter bonne année ; que dans un an nous nous comp- 
tions nombreux et qu'en feuilletant la collection du Na- 
turaliste nous puissions être fiers du travail de l'année . 

Ce qu'il faut acheter pour 
devenir photographe 

Etrennes ou gratification, sages économies, quelle 
qu'en soit la source, vous êtes possesseur d'une somme 
que vous voulez consacrer à votre installation de photo- 
graphe. 

Procurez-vous quelques catalogues et faites-vous 
guider par un ami déjà adroit. Etablissez votre petit 
budget, vous disant que la première dépense peut varier 
de 100, 150 à 200 ou 300 francs. 

Pénétrez-vous bien de cette idée qu'il faut un bon ap- 
pareil et de bons produits pour réussir; c'est toujours 
une économie qu'une dépense bien comprise. Ne vous 
laissez pas tenter par ces appareils chargés d'accessoires 
qui semblent faciliter la besogne alors qu'ils ne sont 
souvent que d'encombrants hochets; écartez les appa- 
reils trop bon marché, dans des mains habiles peut-être 
donneraient-ils quelques bonnes épreuves, mais ils se- 
raient pour vous la source de tant d'insuccès que vous 
abandonneriez la photographie à moins que vous n'alliez 
chercher un appareil, sérieux cette fois; mieux vaut 
commencer par là. 

Quant aux produits chimiques, prenez-les purs, rangez- 
les avec ordre, soigneusement séparés, et ne faites pas 
de provisions trop grandes. 11 ne peut guère être dressé 
de liste de ceux qu'il faut vous procurer; quelques-uns 
sont communs à tous les procédés, mais beaucoup sont 
spéciaux à chacune des formules adoptées 



10 



LE NATURALISTE 



Comme matériel, appareils ef accessoires il faut avoir: 
Une chambre noire. 
Trois châssis doubles. 




Laboratoire de photographie dans un placard do 2 m 3Û de haut 
sur O m 70 de large. 

Un objectif. 

Un obturateur. 

Un pied pliant. 

Un sac renfermant le tout et pouvant être porté à dos 
ou en bandoulière. 

Une lanterne à verre rouge ou à double verre rouge et 
jaune. 

Un blaireau plat large de 5 centimètres. 

Quatre cuvettes du format de votre appareil. 

Une cuve à lavage de 12 ou 2:; rainures. 

In panier- laveur 12 OU 25 rainures. 

Quatre entonnoirs de 12.') grammes. 

1 h égouttoir. 

I ne boîte à glaces à double couvercle, 12 ou 2'i rai- 
nures. 

l h diamant. 

Filtres Laurent. 



Une douzaine pinces à clichés ou quatre crochets en 
corne. 

Des balances avec série de poids (force 500 grammes). 

Trois châssis presse. 

Un verre gradué de 250 grammes. 

Une e'prouvette graduée de 30 ou 50 grammes. 

Cinq flacons de un litre, dont deux à large col. 

Six petits bocaux. 

Deux flacons à l'émeri de 100 grammes. 

Puis des plaques sensibles. 

Du papier sensible et les produits chimiques néces- 
saires. 

Enfin n'oublions pas un traité de photographie, le 
plus élémentaire possible; au bout de quelque temps 
seulement se procurer un ouvrage un peu plus complet. 

Vous voyez que la liste n'est pas longue et vous aurez 
vite trouvé un laboratoire pour loger le tout. Un petit ca- 
binet à l'abri des indiscrets, voilà le rêve; un placard 
même vous suffirait et si, comme c'est bien souvent le 
cas, il vous est impossible de sacrifier une pièce pour y 
faire l'obscurité toute la journée, attendez le soir : les 
persiennes fermées ou les doubles rideaux baissés, vous 
voilà garanti de toute lumière dangereuse; un tour de 
clef à la porte pour éviter l'irruption d'une bougie inop- 
portune et vous pouvez vous livrer à toutes vos manipu- 
lations. 

Méthode, attention, propreté méticuleuse, soins, presque 
minutie, telles sont les qualités requises pour faire un 
bon photographe, souvenez-vous-en ; soyez esclave de 
votre, travail, c'est le seul moyen de réussir; vous en 
serez bien vite convaincu en feuilletant les collections 
de ceux qui riraient de vos scrupules, et les épreuves 
que vous pourrez opposer aux leurs seront votre meil- 
leure réponse. 

Ch. Jacou. 



LA ZYG/ENA ANTIIYLLIDIS, B. 

Papillon pyrénéen. 



J'ai parlé, il y a peu de temps, d'un lépidoptère pyrénéen 
dont les premiers états n'étaient pas connus : YErebia mêlas 
V. Lefebrei, et dont j'avais réussi plcinemont l'éducation à 
Paris. Voici un second lépidoptère pyrénéen que j'ai égale- 
ment élevé ab ovo cette année. Son éducation n'a certainement 
présenté ni les mêmes difficultés ni la même longueur que la 
précédente, mais elle a été intéressante à plus d'un point de 
vue. 

La chenille de la Zygsena anthyllidis B. était connue depuis 
plusieurs années. Elle est très exactement figurée dans les 
Eludes d'entomologie de M. Oberthur; mais elle n'y est pas 
décrite, sa nourriture n'y est pas indiquée non plus. 

« La chenille jaune, annelée de noir, se trouve sur le gazon. 
« La coque se rencontre sous les petites roches — couleur 
blanche et luisante. » 

Voilà ce que nous lisons dans la 8 e livraison, 1881. 
11 est inutile, je crois, de rappeler la forme des chenilles de 
Zygsena} pas un lépidoptériste n'a chassé en mai ou juin, sans 
rencontrer, surtout dans les endroits arides, quelque individu 
de filipendulse, la plus vulgaire des Zygsena et qui en repré- 
sente pour ainsi dire le type. 

En eli'ct, toutes les chenilles de Z//oam« paraissent être cou- 
lées dans le même moule : une tête petite, noire, brillante, re- 
tractile, s'enfohçant jusque sous le 2 e segment; un corps ra- 
massé, court, aminci aux extrémités, renflé, épais au milieu, 
aux incisions profondes; une peau (ine pubescente, délicate, 
laissant parfois transsuder des gouttelettes d'un liquide odo- 
rant. * 

En général, ce sont le jaune et le noir qui dominent dans la 
couleur de leur vestilure. Bien rares sont celles qui, à. l'exem- 
ple des Zygcena exulans et Graslini, ont une teinte sombre, 



LE NATURALISTE 



11 



noirâtre. Très peu, comme Zyg. Rliadamanthus, lavandulœ, 
offrent des lignes ou bandes longitudinales. Pour la plupart, 
ces chenilles sont d'un vert jaunâtre, et ornées de taches ou de 
points noirs. 

Une seule présente des bandes transverses noirs : c'est la 
Zygœna anlh yllidis . 

La nourriture des chenilles de Zygœna est fournie généra- 
lement par la famille des papilionacées ; quelques-unes cepen- 
dant vivent sur VEryngium campes tre, le Thymus serpyllum, 
{Zyg. erythrus Hb., Sarpedon Schwen., Ephialles L., Iseta Esp.) 
le cirsium arvense, (Zyg. Brizœ Esp.). 

La chenille de la Zygœna anthyllidis vit de légumineuses. 
Déjà en 1891, M. Brabant m'avait envoyé une jeune chenille 
de cette Zygœna qu'il avait trouvée aux environs de Luchon, 
J'ai pu l'amener à taille en la nourrissant de diverses papilio- 
nacées de la faune parisienne. 

En juillet 1892, M. Brabant, se trouvant encore à Luchon, 
captura une Zygœna anlhyllidis 9 qu'il s'empressa de m'en- 
voyer à Paris. J'eus le plaisir d'en obtenir une assez belle 
ponte et j'entrepris d'en faire l'éducation. Persuadé que cette 
chenille devait avoir les mêmes mœurs que celles de ses congé- 
nères — je n'avais aucune raison de croire qu'il en put être 
autrement — c'est-à-dire m'attendant à une éducation fort lon- 
gue, de onze mois au moins, soit que la jeune chenille, au sortir 
de l'œuf, dût tomber dans un engourdissement immédiat, soit 
que, prenant quelque nourriture, elle crût lentement et dût 
hiverner toute jeune ou à moitié taille, je pris mes dispositions 
en conséquence. 

Dès que les petites chenilles furent écloses,j'en portai le plus 
grand nombre dans une localité des fortifications de Paris peu 
fréquentée du public et produisant en abondance le Lotus cor- 
niculatus et la Coronilla minima, localité présentant en outre 
ce double avantage, d'être parfaitement échauffée par les rayons 
directs du soleil le jour, et abreuvée la nuit de rosée et de va- 
peurs d'eau toujours plus abondantes dans les bas fonds. Mais 
la belle saison ayant été exceptionnellement sèche et chaude, 
j'ai tout lieu de craindre que ces pauvres chenilles d'Anthyllidis 
ainsi dépaysées n'aient succombé victimes d'une température 
trop élevée. 

L'autre partie de mes petites chenilles fut placée sur un 
plant de Lotus corniculatus en pot et mis dans ma chambre 
d'éducation. Au bout de cinq à six jours, je trouvai toutes mes 
chenilles desséchées. Seule une d'entre elles que j'avais gardée 
comme témoin et placée dans un tube pour faire son éducation 
à part et observer tous ses changements de peau et ses trans- 
formations successives, seule, dis-je, une chenille réussit à croî- 
tre et à devenir adulte, me permettant ainsi d'en donner une 
description détaillée. 

Son éducation m'a grandement surpris par sa rapidité. Eclose 
le 20 juillet, cette chenille était prête à faire sa coque le 20 sep- 
tembre suivant et si je l'eusse laissée opérer sa métamorphose, 
très probablement eùt-elle donné son papillon en octobre. On 
s'expliquerait alors difficilement pourquoi la Zygœna anthyllidis 
se confinerait uniquement dans les montagnes, puisqu'en moins 
de trois mois elle pourrait accomplir son évolution. Serait-ce 
parce que, dans les montagnes seules, elle rencontre les condi- 
tions biologiques nécessaires à son existence? 

Je n'insiste pas sur ces questions dont la solution ne peut 
être donnée qu'à la suite d'observations directes faites aux en- 
droits où vit cette Zygœna, et je me hâte de passer à la des- 
cription de ses premiers états. 

L'œuf de Zygœna anthyllidis est relativement gros, ellip- 
soïde, comprimé latéralement avec une grande dépression 
centrale ; surface couverte de petites aspérités et de petites dé- 
pressions irrégnlières qui la rendent fortement chagrinée; 
couleur jaune. 11 éclôt huit ou dix jours après la ponte. 

La petite chenille qui en sort est d'un jaune verdàtre uni- 
forme, tête noire, poils bruns. Elle mange sa coquille et même 
les autres œufs voisins non éclos. Peu après elle se nourrit de 
légumineuses, lolus divers, Hippocrepis comosa, Coronilla mi- 
nima, fleurs et feuilles indistinctement. 

La seule chenille qui me soit restée est éclose le 20 juillet et 
a mué pour la première fois le 31 juillet : son aspect était le 
même qu'avant la mue, sauf que les points pilitôres étaient de- 
venus noirs et donnaient l'illusion de quatre bandes longitu- 
dinales brunes, deux sous-dorsales et deux latérales. Ces points 
un peu saillants sont agglomérés au nombre de huit environ, 
mais d'inégale grosseur. Poils noirs; tête brune. Les taches 
noires des incisions n'ont pas encore paru. 

Elle a mué la deuxième fois le 10 août. Comme changement 
à signaler, il faut noter l'apparition de taches brunes de forme 



arrondie situées sur le dos, deux à chaque incision, immédia- 
tement avant les groupes de petits points pilifères. Les stig- 
mates sont bien visibles et noirs; au-dessous d'eux se voit un 
autre rang de points pilifères. Tête brun noirâtre avec des 
éclaircies jaunâtres. 

La troisième mue a eu lieu les 18 août. Les taches noirâtres 
du dos se sont agrandies, mais toujours distinctes; d'autres ont 
surgi sur les côtés dans l'incision des segments, affectant la 
forme d'un trait, surtout quand la chenille est au repos, ra- 
massée sur elle-même. Les poils sont noirs. 

La quatrième mue a eu lieu le 29 août. La modification im- 
portante qui s'est opérée à cette mue consiste dans l'agrandis- 
sement des taches dorsales qui sont d'un noir velouté et dans 
leur jonction : chaque incision des segments est donc ornée 
d'une bande noire. J'ai pu compter les points des groupes pili- 
fères : ceux du dos en ont 9 ou 10, ceux des côtés générale- 
ment 7. 

Comme la chenille se tient presque constamment ramassée 
sur elle-même, la tète enfoncée sous le premier segment, il est 
difficile d'examiner ces différents organes. Ainsi disposée, elle 
offre l'aspect d'un petit cylindre de 6 mm. sur 3. Cependant, 
il est juste de dire que le corps n'estpas tout à fait cylindrique. 
C'est aux 2 e et 3 e segments qu'il est le plus hvge et il va s'at- 
ténuant insensiblement jusqu'à l'extrémité anale. 

Sur le point de muer pour la cinquième et dernière fois, la 
chenille de Zygœna anlhyllidis paraît d'un bleuâtre violacé sur 
le dos : cette teinte est produite par la couleur des nouveaux 
poils vus à travers la peau que la chenille va bientôt aban- 
donner. 

Cette cinquième mue a eu lieu le 14 septembre. Quelques 
jours après, la chenille a atteint toute sa croissance. Elle peut 
alors mesurer à peau tendue près dé 28 mm. de longueur et 
6 mm. de largeur. A proprement parler, la chenille de Zygœna 
anthyllidis n'est pas annelée de jaune et de noir : elle est d'un 
jaune verdàtre sans aucune tache sous le ventre. Les bandes 
trans verses d'un noir velouté existent seulement sur le dos au 
nombre de onze, une dans chaque incision des segments : l'é- 
cusson du premier segment et le clapet portent deux taches 
opposées noires, elliptiques, allongées. Les bandes noires ne 
sont pas régulières mais sinuées, formant quatre renflements, 
à l'intersection desquels se trouvent des points clairs : deux ou 
quatre petits en lignes dorsale, un gros en ligne latérale. Les 
bandes transverses dépassent les stigmates, mais n'atteignent 
pas les groupes pilifères infrastigmataux. Tète noire, pattes 
écailleuses noires extérieurement: membraneuses concolores à 
couronne noirâtre. Stigmates noirâtres. Groupes de points noirs 
pilifères occupant la place ordinaire des verruqueux, ceux du 
dos comptant dix points pilifères, les autres sept généralement. 
On remarque en outre dans chaque incision, à partir de la 
quatrième et placées latéralement au-dessous des infrastigma- 
taux, de petites dépressions en forme de stigmate et de la cou- 
leur du fond. Les poils sont d'un noir violacé, ceux du centre 
des groupes pilifères sont les plus longs. 

Ne possédant qu'une seule chenille de cette Zygœna, je n'ai 
pas voulu la laisser faire son cocon et l'ai soufflée pour ma 
collection. L'important pour moi n'était pas d'en obtenir le 
papillon, qui n'est pas une rareté, mais de connaître sa nour- 
riture, sa manière de vivre, ses mues, ses modifications, ré- 
sultat que seule cette éducation ab ovo m'a permis de réaliser 
en 1892 et loin des Pyrénées. 

P. Chrétien. 



LES PLEUROTOMAIRES 



On sait, d'après, les observations très récentes de 
M. Valcott, que les Pleurotomaires apparaissent dans la 
couche fossilifère la plus inférieure (couche à Olenellus 
du Cambrien) et on n'ignore pas qu'on les a considérés 
longtemps comme des mollusques éteints et particuliers 
surtout aux couches fossilifères très anciennes où ils 
sont repre'sente's par plus de 1,000 espèces. C'est en 185o 
que le premier représentant d'une espèce vivante fut si- 
gnalé ; recueilli au large de Marie-Galante par M. Beau, 
il consistait en une coquille qui fut décrite et figurée 



12 



LE NATURALISTE 



dans le Journal de Conchyliologie sous le nom de PL 
quoyana par MM. P. Fischer et Bernardi (1). Cette co- 
quille fut achetée par miss Burgh 2b livres sterling 
025 francs) et ne valait certainement pas moins, étant 



mètres de hauteur (au lieu de 8 1/2) ; il est presque 
aussi grand que le PI. Rumphii dont l'exemplaire connu 
mesure 17 cent. Sa coloration consiste en un grand 
noinhre de taches irrégulières en zigzag, qui passent du 




Fig. 1. Pleurotomaire vivant, Plcurotomaria Adansoniana grandeur naturelle. 



donnée sa rareté extrême. En 1861, une autre coquille 
d'un Pleurotomaire vivant fut trouvée à la Guade- 
loupe et décrite sous le nom de PI. Adan soniana ; enfin, 
en 1877 et 1878, deux autres spécimens étaient recueillis 
pas loin des Antilles, l'un [PI. beyrïchi) dans la mer du 
Japon. L'autre (PI. Rumphii) aux Moluques. M. Guppy (2) 
à qui nous empruntons ces intéressants détails, vient de 
signaler un nouveau spécimen du genre, qui a été re- 
cueilli à File Tabago. Ce spécimen appartient à l'espèce 
/'/. Adansoniana et ne mesure pas moins de 1S cenii- 

\, I;. .1. Lechmere Guppy. — On a spécimen of Pleur otoma- 
ria iVoni Tobago West îndies, Proc. zoo). Soc. Lôndori, 1891 
I 1882) ]i. iSG. 

i Les premières coquilles de Pleurotomaria vivante étaient 
habitées par d< - Pagures, <-\ furent trouvées dans des casiers 
à homards. 



rouge clair au rouge orangé, sur un fond couleurchair 
très pâle ; la fissure supra-médiane occupe presque laplus 
grande moitié du contour de la coquille. D'ailleurs les 
caractères généraux concordent très exactement avec 
ceux qui furent donnés en 1882 dans le Journal de Con- 
chyliologie. 

Si nous appelons l'attention sur la découverte d'une 
coquille nouvelle de Pleurotomaire. c'est pour montrer 
qu'ils ont encore quelques représentants dans la mer, 
ces mollusques si curieux qui assistèrent pour ainsi 
dire à l'épanouissement de la vie sur Je globe. 

A partir de Fépoque peu éloignée où fut recueillie 
la première coquille récente de Pleurotomaria, les zoo- 
logistes purent espérer découvrir des animaux vivants 
de ce genre, et quand la drague du Blake en eut ra- 
mené quelques-uns du fond des Antilles (1879 1880), 



LE NATURALISTE 



13 



il n'y eut qu'un cri pour réclamer l'étude de ces vétérans 
du règne animal. 

Les Pleurote-maires recueillies par le Blakè sont au 
nombre de quatre et appartiennent à deux espèces diffé- 
rentes : deux d'entre eux sont des représentants du 
PI. Quoyana Fischer et Bernardi et ont été dragués au 
large des Barbades par 80 brasses au moins de profon- 
deur, les deux autres ont été attribués au Pi. Àdanso- 
niana Grosse et Fischer, et se trouvaient dans les mêmes 
eaux, l'un à 9i brasses de profondeur, l'autre à 200 bras- 
ses 1,1). 

La tête de ces animaux est beaucoup plus arrondie 




Fig. 2. Pleurotomarnia dans sa coquille. 

que celle des Trocbidés et son extrémité forme un disque 
ovalaire dont la bouche occupe le centre ; les tentacules 
sont longs, grêles, subcylindriques ; les yeux sont petits, 
ronds noirs et formés, comme dans la plupart des 
Prosobranches diotocardes, par une cavité ouverte au 
dehors et dépourvue de cristallin. Le pied est surmonté 
par une membrane épipodiale large, entière, frangée 
comme les bords libres du manteau, d'une simple rangée 
de papilles, mais ne présentant pas trace des cirrhes, des 
filaments tentaculaires ou des lobes qu'on observe à la 
même place chez les Scissurellidés et chez lesTrochidés. 
« Sur l'animal vivant, l'épipodium était mince et s'éten- 
dait, comme un manteau supplémentaire, immédiatement 
au-dessous de la coquille comme s'il avait supporté cette 
dernière ; il différait, à ce point de vue, de l'épipodium 
des Trochidés, qui s'étale dans l'eau de chaque côté du 
corps comme un organe du tact et qui ne touche qu'acci- 
dentellement la coquille. » 

Dans les exemplaires de PL Quoyana les viscères et la 
partie postérieure et la chambre branchiale se détruisi- 
rent dans l'alcool, mais in partie furent assez bien 
conservés dans l'un des deux exemplaires de PI. 
Adamoniana. Dans la cavité palléale de ce dernier, écrit 
M. Dali, « et sur les faces internes du manteau, se trou- 
vent les branchies. Elles consistent en deux séries de 
lamelles situées à droite et à gauche d'un bourrelet cu- 
tané qui contient les vaisseaux et qui s'étend sous la 
forme d'une pointe, jusqu'au bord antérieur du man- 
teau, parallèlement à la fente de ia coquille et sur toute 
la longueur de cette fente. L'extrémité antérieure 
du bourrelet se détache librement du manteau sur une 
faible longueur et se termine en pointe aiguë ; dans 



(l) \V. H. Dali. — Blakc, Report on the Mollnsca, Part. II, 
Gastropoda and Scaphopoda. Bull. Mus. comp. Zool.,vol. xvni. 
p. 397-403, 1889. 



cette région, les lamelles branchiales diminuent peu à 
peu de dimensions et la série externe s'étend un peu 
plus loin que la série interne. A la base de cette saillie 
libre est un léger renilement de la peau en dedans du- 
quel se trouve un petit organe saillant et hémisphérique 
qui parait être un osphradium. c'est-à-dire un organe de 
nature sensorielle. 

« La cavité buccale est grande et un jabot de grande 
dimension, mais muni dn parois minces, lui fait immé- 
diatement suite. L'extrémité terminale de l'intestin 
était conservée; elle formait une courbe sigmoïde ; sur 
la surface du manteau en arrière de la commissure anale 
où elle s'atténuait graduellement en pointe obtuse sur 
les 7 ou 8 derniers millimètres de sa longueur elle était 
libre et, quand vivait l'animal, la région de l'anus pou- 
vait certainement attendre la fente et sortir de lacoquille, 
au moment où étaient rejetés les excréments. 

« Immédiatement au-dessous de cette partie de l'in- 
testin on voyait, de chaque côté, un organe grossière- 
ment trifolié et saillant, constitué par une grosse 
glande ou plutôt par une paire de glandes qui se ren- 
contraient sur la ligne médiane et qui présentaient une 
surface irrégulière, à rugosités radiales. Au voisinage 
immédiat de l'angle palléal on apercevait en outre, de 
chaque côté de la commissure, une saillie oblongue, au 
centre de laquelle s'ouvrait un orifice ; cet orifice, 
ajoute M. Dali, était vraisemblablement celui de ces 
glandes qui devaient avoir, je 'suppose, une fonction ré- 
nale. » 

Tous ces détails anatomiques sont du plus haut inté- 
rêt. Pourvus de deux branchies bipectinées et à pointe 
libre, d'une fente palléale, de deux fausses branchies 
(osphradium) de deux reins, d'un épipodium bien déve- 
loppé, d'une vaste cavité buccali, d'un jabot très déve- 
loppé et d'un œil dépourvu de cristallin, le Pleurotomai- 
res présentent tous les caractères fondamentaux des 
Prosobranches diotocardes dibranchiaux, les Fisisurel- 
lidés et les Haliotidés. Mais par leurs branchies égales, 
et par leurs reins également développés, ils ont une sy- 




Fig. :5. Branchies. — Fig. 4. Extrémité anale. 

métrie organique beaucoup plus grande que ces der- 
niers et à ce point de vue ressemblent singulièrement 
aux Lamellibranches primitifs, et notamment aux Nu- 
cules dont les branchies bipectinées sont encore munies 
d'une longue pointe libre, comme l'ont démontré ré- 
cemment M. Ménégaux et M. Plseueer. 

Avec les Pleurotomaires, en un mot, nous sommes 
presque au point de contact des Lamellibranches et des 
Gastéropodes et nous pouvons étroitement rapprocher ces 
deux groupes qu'on pourrait croire, au premier abord, 
complètement indépendants. 

E. L. Bouvier. 



14 



LE NATURALISTE 



SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE 



,YNNÊE 1892 



Séance du 18 janvier. — M. Paul Choffat a envoyé une 
communication sur l'âge du rocher de Gibraltar. Les calcaires 
qui le constituent renferment des Brachiopodes très fréquents 
dans le Lias des Alpes et du Portugal. — M. Bergeron expose 
les faits nouveaux qu'il a clé à même d'observer récemment 
dans la Rouergue et la Montagne-Noire. 11 signale notamment 
le présence de la faune cambrienne dans des phylladesde faciès 
différent des roches qu'il a déjà décrites comme cambriennes. 
Le calcaire blanc de Bissous, près de Cabrières, appartient au 
Dévonien supérieur et non au Dévonien moyen, comme Fauteur 
l'avait cru d'abord. 11 établit ensuite le parallélisme des cou- 
ches permiennes dans le Roucrgue, la Montagne-Noire, les 
bassins de la Sarre, de la Nahe et de Darmstadt. Ces compa- 
raisons s'étendent au Trias. Enfin, M. Bergeron termine en 
décrivant les plis isoclinaux qui occupent le versant méridional 
de la Montagne-Noire et qu'il avait d'abord pris pour des 
failles. — M. Depévet présente des observations générales sur 
la comparaison des formations néogênes de l'Algérie et du 
sud-est de la France. Il y a identité presque complète et on 
peut dire que l'histoire géologique des deux régions a été la 
Même pendant toute la seconde moitié des temps tertiaires. — 
M. l'Ii. Thomas a envoyé une note sur l'étage miocène et la 
valeur stratigraphique de YOslrea crassissima au sud de l'Al- 
gérie et de la Tunisie. 

Séance du 1 er février — M. de Grossouvre a fait présenter 
par M. Douvillé une communication sur la craie des Corbières. 
La conclusion principale de cette note est relative au grès 
d'Alet, c'est-à-dire à ce massif sableux qui, dans la région des 
Corbières, termine l'étage sénonien. Il ne constitue pas une 
zone nettement délimitée, et il a, tout au contraire, une exten- 
sion verticale éminemment variable d'un point à un autre. Le 
grès d'Alet descend, en certains points, jusqu'aux marnes à 
Gibbaster brevis et arrive ainsi à absorber presque tout le 
Sénonien. — M. Carez ne peut admettre ce synchronisme des 
grès d'Alet avec les marnes à Micraster brevis. Non seulement 
il n'a pas vu de passage latéral de l'une de ces roches à l'autre, 
mais il a constaté, au contraire, que le grès d'Alet se poursuit 
avec des caractères à peu près constants et une épaisseur sen- 
siblement uniforme sur une étendue considérable. Depuis les 
Corbières jusqu'à la Haute-Garonne, cet étage est toujours 
compris dans les mêmes limites. — M. de Grossouvre a envoyé 
une seconde communication sur le conglomérat situé à la base 
de l'oolithe ferrugineuse de Bayeux. — Une note de M. Mou- 
reau.r sur l'anomalie magnétique du bassin de Paris provoque 
des observations de la part de MM. de Lapparent, Dollfus et 
M. Bertrand. — A propos du récent compte rendu par M. Suess 
de l'expédition dirigée dans l'Afrique orientale par le comte 
Teleki, M. de Lapparent fait remarquer que la fosse de l'Afri- 
que orientale jalonnant l'arête de partage des eaux entre le 
bassin du Nil et l'océan Indien parait être le résultat de la 
rupture d'une clef de voûte ou d'un pli isoclinal trop forte- 
ment tendu, ce qui ferait rentrer cet effondrement dans le 
même type que celui auquel appartiennent la mer Rouge, la 
mer Noire et la vallée du Rhin. — ■ M. Toucas a adressé une 
note sur le Berriasien, le Tithonique et la zone à lloplil.es 
Boissieri. 

Séance du 15 février 1892. — M. Douvillé' a constaté 
que les Tissotid d'Algérie présentent plus d'analogie avec les 
espèces turoniennes qu'avec celles du Sénonien et M. Munier- 
Chalmas fait remarquer que ce rapprochement confirme l'opi- 
nion défendue par M. Welsch, à savoir que le Turonien existe 
en Algérie dans des régions où l'on ne voyait que du Cénoma- 
nien ou du Sénonien. — M. Douvillé, s'appuyant surfout sur 
Le sillon ventral ou impair des Bélemnitcs, tente une nouvelle 
classification de ces fossiles. Il est possible de distinguer une 
série d'étapes successives dans le développement des Bélem- 
niles : l°pas de sillon ventral; 2° un sillon ventral à la pointe; 
:i° le sillon ventral est longitudinal, mais abandonne la 
pointe ; 4° le sillon ventral est restreint à la région alvéolaire; 
b° il est remplacé par une scissure. L'apparition des types 
nouveaux n'entrainc pas, du reste, la disparition des types an- 
ciens : ceux-ci persistent plus ou moins longtemps à coté des 
premiers. Il en résulte que les faunes les plus récentes sont 
aussi les plus diversifiées. — Tout en faisant remarquer l'im- 
portance de cette communication, M. Munier-Chalmas a pré- 
sent.' quelques critiques. Il croit que cette évolution est plus 



apparente que réelle et qu'elle ne peut impliquer en tout cas 
aucune idée de filiation directe entre les principaux groupes 
dont il a été question. Il entre dans quelques détails à l'appui 
de sa thèse. — M. de Lapparent s'élève contre l'épithète de 
terrigène employée par M. Caycux à propos de la craie. — 
M. Kiiian répond à la note envoyée par M. Toucas, dans la 
séance précédente au sujet de la zone à Hoplites Boissieri. 

Séance du 7 mars. — M. Schlumberger a décrit un fora- 
minifère fossile très intéressant et ivrovenant du Tertiaire de 
l'Australie du sud. M. Munier-Chalmas a trouvé un seul indi- 
vidu de ce foraminifère dans le calcaire grossier des environs 
de Paris. — M. Lasne complète sa communication de 1890 sur 
les terrains phosphatés des environs de Doullcns. L'auteur 
indique comme fait important que la craie phosphatée s'est 
surtout déposée dans d'anciens thalwegs existant antérieurement 
à sa formation, et auxquels correspondent généralement les 
vallées actuelles. La craie phosphatée atteint son maximum de 
puissance et de richesse au milieu, et diminue progressivement 
de part et d'autre sur les flancs de la vallée ancienne. Il donne 
de nombreux exemples de cette disposition. Relativement à 
l'origine de la .craie phosphatée et s'appuyant sur des considé- 
rations de diverses natures, notamment sur les nécessités im- 
posées par les réactions chimiques, l'auteur maintient et 
défend les conclusions de son premier mémoire., — M. Sal- 
vator Calderon adresse à la Société quelques observations à la 
note de M. G. Roland sur l'histoire géologique du Sahara. — 
M. Stuart Menteath envoie une communication sur le prétendu 
Albien et Précambrien des Basses-Pyrénées. Il proteste avec 
vigueur contre certaines opinions que lui a prêtées M. Seunes. 
D'après M. Stuart Menteath, M. Seunes aurait regardé comme 
pré-cambriens des schistes basiques à Ammonites serpentinus . — 
M. Lebesconte a fait parvenir à la Société une étude sur la 
comparaison des couches diluviennes de Sillé-le-Guillaumc 
avec celles de Bretagne et de Normandie. — M. de Grossouvre 
traite des cloisons des Ammonites et de leur importance dans 
la classification de ces fossiles. Cette importance ne doit pas 
être exagérée. Le même auteur fait part à la Société de ses 
observations sur YAmmonites procerus. — M. Lambert s'oc- 
cupe des Echinides des sables ferrugineux aptiens de Grandpré 
(Ardenncs). — M. Roussel envoie à la Société une note sur 
l'âge de l'Hippurites corbaricus. De l'énumération des nom- 
breuses localités où ce fossile a été trouvé, il ressort que, dans 
les Pyrénées, comme dans la Provence, il caractérise le Séno- 
nien inférieur. Pour M. Garez, Y [lippu rites corbaricus aurait 
une extension verticale plus considérable et ne saurait servir 
à caractériser une zone. — M. de Lapparent combat l'opinion 
de M. Bigot d'après laquelle le granité du nord-ouest de J.ersey 
serait dévonien. 

Séance du SI mars. — M. Munier-Chalmas fait une com- 
munication sur la partie nord du Plateau Central. Le rejet 
horizontal des terrains le long de la grande faille du Forez s'est 
fait sentir plus au Nord. Les bassins houillers de Blanzy et 
de Bert devaient se trouver autrefois sur le prolongement de 
celle série de bassins houillers, formant l'alignement qui tra- 
verse le Plateau Central à partir du sud de Moulins pour 
dépasser Champagnac. Le rejet total peut être évalué à près 
de 35 kilomèlres. M. Michel- Levy a présenté quelques observa- 
tions. — M. Munier-Chalmas a fait une seconde communication 
relative à l'origine des phosphates de la Somme et à la forma- 
tion de la craie. S'appuyant sur les recherches de M. Lasne, 
qui a montré l'identité de composition des fluophosphates de la 
craie et de l'apatile, M. Munier-Chalmas adopte l'hypothèse de 
la provenance des phosphates de la craie par dissolution des 
apatites des terrains cristallophylliens et reprécipitation du fluo- 
phosphate entraîné dans la mer par les cours d'eau. D'après 
les analyses de MM. Renard et Murray, les phosphates formés 
au fond de l'Océan aux dépens des ossements de vertébrés ne 
renfermeraient pas de fluorure de calcium. Quand on examine 
la disposition de la mer sénonienne à l'époque de la Belemni- 
tella mucronala, on est conduit à penser que l'Ecosse et sur- 
tout le grand continent Scandinave ont été le point de départ 
du phosphate et du fluorure dissous. — M. Munier-Chalmas 
rappelle que la craie proprement dite ne peut être comparée, 
comme l'a l'ail remarquer M. de Lapparent, à un dépôt terri- 
gène. Au microscope la craie se montre composée de deux 
parties : la première renferme des squelettes calcaires de 
divers animaux parmi lesquels les Foraminifèrcs jouent un 
rôle à peu près négligeable, contrairement à l'opinion si répan- 
due ; la seconde, la plus importante, est formée par du carbo- 
nate de chaux amorphe. — M. de Lapparent croit qu'il n'y a 
aucune conséquence à tirer du fait que les nodules de phoS" 



LIS NAT-UUALISTB 



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phatc de chaux contiennent, comme l'apatite, un équivalent de 
fluorure de calcium et trois de phosphate. 11 présente encore 
quelques observations. — M. M. Bertrand paile des poudin- 
gues de la Ciolat qui sont de véritables formations de deltas, 
impliquant l'ancienne existence d'une terre ferme assez étendue 
reliant le massif des Maures à l'extrémité du massif central 
dos Pyrénées. Cet isthme a du se former vers l'Albien ou le 
Cônomanien et a duré probablement jusqu'à l'Oligocène. — 
M. llaiifj étudie les Ammonites du Bajocien et leur répar- 
tition dans les zones qui constituent cet étage. — M. de Gros- 
souvre a envoyé une noie sur le niveau de l'Hippurites corba- 
ricus dont la répartition verticale est assez grande. Caracté- 
ristique du Coniacien, elle se retrouve dans le Santonien, 
notamment en Aquitaine. — M. Kilian signale à la Société la 
présence, dans les marnes valanginiennes à Hoplites Roubaudi 
du Diois do O.n/ notice ras Iieteropleuriiin,'Scu\n. et Uhlig. 

M. B. 



DESCRIPTION D'UN COLÉOPTÈRE NOIVEAU 



Pau*sus (irandidieri Pouj. — Longueur : 6 millimètres. 
Brun brillant, plus rougeàtre sur la tête, le prothorax et l'ex- 
trémité des élytres. Une pubescence blanchâtre, très fine, garnit 
les épaules et la partie postérieure du prothorax. Tète élargie 
postérieurement, excavée, avec le front bilobé; premier article 
des antennes épais, à pointe assez aiguë, deuxième article très 
large, oblong, à tranchant arrondi antérieurement. Prothorax 
à peu près cylindrique, ayant un bourrelet antérieur un peu 




Paussus Grandidicri espèce nouvelle. 

plus large que la tète, et à la base, deux arêtes mousses, 
obliques. 

Entre le bourrelet antérieur et l'extrémité des arêtes, existent 
latéralement, deux petites saillies d'un fauve doré. Elytres un 
peu élargies à l'extrémité, qui est garnie d'un tubercule apical 
d'un ferrugineux clair. Pygidium très rebordé, avec une forte 
dépression et un faible sillon iongiiudinal à l'extrémité. Pattes 
assez larges, comprimées, surtout aux tibias. 

Andrangoloaka, près Antananarive (Madagascar). 

POLJADE. 



CHRONIQUE 



Lue nouvelle maladie île la vanille aux îles 
Seychellcs. — Une revue scientifique anglaise annonce l'ap- 
parition d'une nouvelle maladie qui sévit en ce moment, avec 
une certaine intensité, aux iles .Seychellcs, situées dans l'Océan 
indien, à proximité des iles Maurice et de la Réunion et qui. 
concurremment avec ces dernières, produit la vanille dite de 
Bourbon. D'après un examen approfondi auquel a été soumis, 
dans le laboratoire de physiologie végétale des Jardins royaux 
de Kew, prés dé Londres, uji certain nombre d'échantillons de 
vanilla ptaiùfolia, l'espèce cultivée aux Seychclles, il résulte 
que la maladie est causée par le développement, sur le fruit, 



d'un champignon microscopique, qui a reçu le nom de Ccilos- 
pora vanillri', et dont la multiplication est tellement rapide 
que 24 ou 48 heures après que l'apparition en a été constatée 
sur une plante, les plus beaux fruits sont flétris, deviennent 
noirs aux extrémités ou au centre, et enfin se détachent de la 
tige et tombent. Peu de temps après, le végétal meurt. 

On a remarqué, en outre, que les gousses n'étaient attaquées 
qu'après que les feuilles avaient été elles-mêmes envahies par 
une autre espèce de champignons qui en détruisent les tissus 
et amènent la chute des feuilles. 

D'activés recherches sont poursuivies pour enrayer le progrès 
de cette étrange maladie qui menace d'être, pour les cultures 
de vanille des iles Seychellcs, aussi désastreuse que l'a été 
pour les vignobles français l'invasion du phylloxéra. 

L'Eucalyptus pour le pavage en bois. — Le bois de 
diverses espèces d'Eucalyptus est usité sur une grande échelle 
en Australie pour le pavage des rues. On emploie de préfé- 
rence les E. marginata, rostrala et leucoxylus . A Melbourne, 
c'est la première de ces espèces qui tient la tète. Il en est de 
même, parait-il, à Londres. A Paris, où le pavage en bois prend 
chaque jour une importance plus considérable, pourquoi n'imi- 
terait-on pas ce que font nos voisins de l'autre côté du détroit, 
gens pratiques s'il en fut jamais? (Jardin.) 

Papillons du genre Authocharîs. — M. C. Alluaud a 
signalé à la Société entomologique de France la capture d'An-: 
thocJiaris aux Canaries. « Au mois de janvier 1890, traversant 
la plaine de Triquibijate, dans l'île de Fucrteventura (groupe 
oriental des Canaries), mon attention fut attirée par des Lépi- 
doptères du genre Anthocharis, que je voyais pour la première 
fois aux iles Canaries, et qui, à ma connaissance, n'y ont jamais 
été signalés. Ce sont : 1° A. Levai.llanti Luc; — 2° A. Belemia, 
var. glaiice Hb. Ces deux espèces appartiennent à la faune de 
l'Afrique boréale. J'ai repris la dernière espèce, en mars, dans 
l'île de Canaria (Grande-Canarie), où elle semble plus rare 
et un peu plus grande qu'à Fucrteventura. » 

Station biologique du grand lae de Ploen. — Cette 
station, créée par ic D r Otto Zacharias dans les provinces orien- 
tales du Holstein, si riche en lacs, a déployé, dans le courant 
de l'été dernier, une étonnante activité; et ses travaux ont été 
couronnés d'un succès bien légitime. On a constaté, dans le 
grand lac de Plocn, la présence de 217 espèces vivantes se 
décomposant en 20 poissons, 40 crustacés, 69 vers, 14 mol- 
lusques et 74 protozoaires. Dans ce nombre il se trouve 10 va- 
riétés nouvelles qui n'ont jamais été décrites. La flore des 
Algues a été enrichie aussi par trois importantes découvertes. 
Le D r Zacharias a trouvé notamment deux espèces de diatomées 
propres à la mer : Rhizosalenia longiseta Zach. et Atheya 
Zachariasi. Cette dernière a été déterminée par le professeur 
J. Brun, de Genève, le diatomiste bien connu qui la dédia au 
D r Zacharias. Celui-ci eut en outre le bonheur de faire en sep- 
tembre une nouvelle découverte qui intéresse certainement tous 
les Cryptogamistes. Il trouva, sur des roseaux desséchés, la 
Plcurocadia lacustris, cette unique Phœosporée d'eau douce 
que le distingué botaniste, professeur Alex. Braun, rencontra 
vers 1850 aux environs de Berlin dans le lac de Tcgel. Cette 
algue a disparu depuis longtemps de ce lac et on ne trouve 
actuellement que dans le lac de Plocn cette espèce voisine des 
Fucoïdées marines. 

Sans compter les zoologistes et botanistes qui y sont venus 
pour des ti - avaux spéciaux, la station a ouvert ses portes 
pendant la dernière saison, à plus de 80 visiteurs, tant pro- 
fesseurs qu'étudiants qui, tous ont pu admirer cette installa- 
lion magnifique et entièrement pratique. 

Le Peree-oreille, Forpicula aurieularia. — Si l'on 
fait à la campagne une guerre sans merci au perce-oreille poul- 
ies ravages qu'il cause parmi les fleurs telles que giroflées, 
œillets, dahlias, etc., et. avec moins de raison, pour ceux 
entièrement imaginaires qui lui ont valu son nom, il n'en est 
pas moins vrai que certaines chenilles qui s'attaquent spécia- 
lement aux arbres fruitiers et à la vigne, trouvent en lui un 
ennemi acharné. La nature semble avoir disposé tout particu- 
lièrement son corps lisse et souple pour pénétrer dans les 
cocons des pires dévastateurs de nos vergers tels que Por- 
thesia chrysorrhœa, Bombyx noustria, Liparis dispar et tant 
d'autres dont il dévore les chenilles. 11 n'épargne pas plus les 
différentes teignes de la vigne qu'il recherche dans leurs retraites 
pour les détruire. Les services qu'il peut rendre de cette façon 
compensent-ils les dégâts que lui reprochent les horticulteurs? 
Nous ne saurions le dire, et nul doute qu'il reste longtemps 
encore en butte à leurs poursuites. 

Kinploi des Chrysanthèmes au Japon. — Inutile de 



LE NATUUALISTK 



présenter à nos lecteurs le Chrysanthème, cette fleur à la 
mode bien connue de tous comme le, plus bel ornement de 
cette saison. Nous voulons dire seulement les services qu'elle 
rend dans sa patrie, le Japon, où elle ligure sur toutes les 
tables au lieu de salade, assaisonnné avec du vinaigre, du mi- 
rin (espèce de liqueur que l'on peut comparer à du madère 
1res léger) et du shoya sauce préparée avec du shoya fer- 
mente) que l'on remplace parfois par du sel. Ainsi préparée, 
■ m la laisse pendant un jour ou deux avant de la servir. S'il y 
a lieu on en corrige l'amertume en y ajoutant du sucre. Les 
fleurs que l'on destine à cet emploi doivent être cueillies aus- 
sitôt épanouies; on les humecte d'abord, puis elles sont cuites 
dans l'eau. Quelques espèces spéciales sont consommées à 
l'état cru sans aucune préparation, mais avec les mémos assai- 
sonnements. Ce n'est pas une nourriture de fantaisie, tout le 
monde s'en accommode, et pondant les mois de novembre et 
décembre, les fruitiers vendent des quantités de ces fleurs soi- 
gneusement préparées. Presque toutes les variétés peuvent 
servir à cet usage ; mais quelques-unes sont préférables ; ce 
sont généralement celles à petites fleurs, jaune foncé, moins 
belles comme plantes d'ornement. Les feuilles sont utilisées 
aussi comme nourriture; pour cela on les fait simplement 
sécher au four. 

Société scientifique du Chili. — Le succès de cette So- 
ciété que nous prévoyions lors de sa formation s'est pleine- 
ment confirmé. Nous recevons le volume des actes de cette 
Société, qui en est à sa deuxième année d'existence, et qui, 
outre les procès verbaux des ?éances générales, comporte un 
certain nombre de mémoires d'un grand intérêt. A en juger- 
par le nombre croissant des membres, cette Société a répondu 
certàinè'mént à un désir fréquemment formulé par tous les 
amis des sciences. Nous. sommes heureux d'adresser toutes nos 
plus sincères félicitations à M. Fcrnand Lataste, le secrétaire 
général, un de nos distingués collaborateurs de la première 
heure, dont l'activité et le dévouement ont contribué, pour la 
plus large part, au succès de la Société scientifique du Chili. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du H décembre. — .1/. H. Moisson présente une 
note de MM. Gréhant et Ern. Martin sur les effets physiolo- 
giques de la fumée d'opium. Il résulte des expériences des au- 
teurs que les Carnassiers, le chien en particulier, résistent à 
l'action des vapeurs d'opium, beaucoup mieux que l'homme. — 
M. Duclaux présente une note de M. Th. Schlœsing fils sur les 
échanges d'acide carbonique et d'oxygène entre les plantes et 
l'atmosphère. Le l'apport du volume de l'acide carbonique dis- 
paru à celui de l'oxygène apparu est notablement inférieur à 
l'unité, pendant les premières semaines de la végétation. 
.1/. Fouqué présente une note de M. W. Kilian sur l'existence 
de phénomènes de recouvrement aux environs de Gréoulx (Bas- 
ses-Alpes) d'âge préhelvétien. 

Séance du 12 décembre. — M. Milne-Edwards présente 
une note de M. J.-A. Cordier sur l'assimilation du feuillet à la 
caillette des Ruminants au point de vue de la formation de 
leur membrane muqueuse. — M. Chaiiveau présente une noie de 
.1/. F.-X. Lesbre sur les caractères ostéologiques différentiels des 
Lapins et des Lièvres. Les différences sont plus grandes qu'en- 
tre le cheval et l'âne et qu'entre le mouton et la chèvre. Les 
Léporides, issus du croisement entre Lièvre et Lapin n'existent 
qu'à l'état d'hypothèse improbable. — M. Milne-Edwards insiste 
sur les conclusions de la communication précédente. D'après le 
savant Directeur du Muséum, les Léporides ne sont que des 
Lapins domestiques, constituant une race bien caractérisée. — 
M. Rahviei' présente une note de M. P. Tlélohan sur les Myxos- 
poridies de la vésicule biliaire des poissons. L'auteur donne la 
description d'espèces nouvelles, qui sont Ceralomyxa arcuata, 
Sphœromyxa Balbianiiet Myxïdium incurvation.— M. Duc/tartre 
présente une note de M. Maxime Cornu sur une méthode pour 
assurer la conservation de la vitalité des graines provenant des 
régions tropicales lointaines. Pour cela, avant de confier les 
jeunes plantes à la terre ordinaire, les soumettre pendant qucl- 
mps ■> la terre à Polypode, formée des détritus du Poly- 
podium rulgare. — .1/. Duchartne présente une note de .1/. Gas- 
ton Bonnier sur la différence de transmissibUité des pressions 
à travers les plantes ligneuses, herbacéos et grasses. Pour les 
plantes ligneuses, la pression se transmet énergiquement et très 
ment, Chez les plantes herbacées, la pression est beau- 



coup plus faible et plus lente, en^n chez les plantes grasses, 
elle est insensible, et presque nulle. — M. Duchartre présente 
une note de .1/. G. Poirault, sur la structure des Glciché- 
niacées, et en particulier, sur le système conducteur, la pré- 
sence des vaisseaux réticulés, le tissu scléreux et la lignifica- 
tion des tubes criblés. — M. Chauveau présente une note de 
M. Wedensky sur la sécrétion salivaire, et l'excitation élec- 
trique. L'auteur détermine quel est l'optimum de fréquence des 
excitations, pour la contraction des muscles et constate que 
cet optimum ne concorde pas avec le. maximum de fréquence, 
qui parfois peut être un pessimum. 

A.-K. Malard. 



BIBLIOGRAPHIE 



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Quart. Journ. Microsc. ' Sci. N* 184, 1892, pp. 105-128. 

G. Malloizel; 

Le Gérant: Emile DEYROLLK. 

PARIS. — 1MPR. ¥, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



15 e ANNÉE 



2 e Série — JV 1^1 



15 JANVIER 1893 



QUELQUES PLANTES A ALCOOL 

La vigne, la betterave, la canne à sucre, la pomme, la 
poire et la pomme de terre fournissent la plus grande 
partie de l'eau-de-vie et de l'alcool qui se consomment 
pour les besoins de l'industrie ou de l'alimentation. 
Sommes-nous bien exact en disant la vigne? 11 y a belle 
lurette que la « fine Champagne » est un mythe et « le 
Martel trois étoiles » sera bientôt relégué dans le do- 
maine de la légende. La canne à sucre nous donne l'ex- 
cellent taha qui, conve- 
nablement manipulé, se 
débite chez le « chand de 
vin «souslenomfallacieux 
de rhum de la Jamaïque. 
La pomme de terre est 
tout au plus bonne par son 
alcool pour les gosiers peu 
délicats d'outre-Rhin. Le 
calvados — bu chez le 
propriétaire — n'est pas à 
dédaigner. 

Mais là ne s'arrête pas 
la liste des plantes qui 
peuvent donner de l'al- 
cool. Chaque région a la 
sienne ou les siennes. 
L'Algérie et la Tunisie se 
sont spécialisées dans 
l'eau-de-vie de dattes et 
de figues de Barbarie que 
nos fabricants de fine 
Champagne savent fort 
bienutiliser. L'Alsace, une 
grande partie de l'est et 
du nord-est dé la France 
utilisent les prunes et en 
préparent par distillation 
un excellent qucstsch, cette 
bonne eau de mirabelle, 
dont le souvenir m'est tou- 
jours agréable : rien de 
comparable à un verre de 
cette eau pour faire pas- 
ser quelques lampées — 
bues dans la cave — d'un 
vieux vin de Riquewihr, 
quand on a encore la force d'en remonter. 

C'est encore dans l'Est qu'il faut aller si l'on veut dé- 
guster l'eau-de-vie de gentiane. Dans l'Alsace et les 
Vosges montagneuses, dans le Jura, on rencontre à 
chaque pas dans les pâturages, une superbe plante 
dont voici le signalement : souche très grosse et très 
amère; tige haute d'un mètre et plus, listuleuse, glabre; 
feuilles grandes, entières: celles de la base, elliptiques, 
pétiolées; celles de la tige, sessiles et embrassantes; 
Heurs fasciculées au sommet de la tige et à l'aisselle des 
feuilles et paraissant verlicillées, d'un beau jaune. C'est 
la grande gentiane (Gentiana lulea L.), d'un usage si fré- 
quent dans la médecine populaire. Malgré son atroce 
amertume, la racine de cette plante recèle des provisions 
assez considérables d'un principe sucré que les monta- 
gnards ont depuis longtemps su utiliser. 

A la Dôle, on arrache les racines avec des pioches à 

LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris 




long manche terminées par un fer inséré à angle droit. 
En môme temps, on coupe la feuille. Les femmes et les 
enfants mettent en tas les racines extraites qui sont ven- 
dues aux fabricants d'eau-de-vie sur le pied de 20 francs 
les mille kilogrammes — un peu moins cher que chez les 
pharmaciens. On coupe le^ racines en petits morceaux, 
on les écrase modérément et on les dispose dans des 
cuves évasées à la partie supérieure, où elles se trouvent 
en contact avec de l'eau chaude. La fermentation s'ac- 
complit rapidement. Le moment où on doit l'arrêter 
est difficile à fixer : c'est une question d'habitude. On 

distille une première fois, 
puis on reprend les pre- 
mières portions passées à 
la distillation. L'eau obte- 
nue est l'eaude-vie de gen- 
tiane vraie et non celle 
que l'on vend dans les 
débits de liqueurs. Un li- 
tre sert habituellement à 
en fabriquer 5 à 6 autres 
par mélange avec des 
eaux-de-vie ordinaires. 

L'eau-de-vie de gentiane 
est douée d'une saveur 
particulière qui l'a fait 
rechercher des Jurassiens. 
En vieillissant, elle prend 



La Grande Gentiane (Gentiana lutea). 



qui en change le carac- 
tère : aussi, à l'inverse 
des autres produits alcoo- 
liques, pour l'amateur, el- 
le ne gagne pas à vieil- 
lir. J'avoue bien humble- 
ment que je ne serai ja- 
mais un amateur ardent, 
et c'est sans grand plai- 
sir que je l'ai goûtée ja- 
dis, dans une petite au - 
berge montagnarde, au 
pied du ballon de Gueb- 
willer. Quand on en boit 
une fois, on en boit long- 
temps : l'eau-de-vie de 
gentiane est, en effet, 
comme le radis — par- 
donnez-moi la compa - 
raison — elle revient un peu trop. En France, cet alcool 
n'est d'une consommation courante que dans le Jura, 
dans la région qui part des bords de l'Ain, région au- 
dessous de laquelle s'arrête la culture de la vigne. 

Les paysans des basses montagnes jurassiques ne se 
contentent pas du produit dont je viens de parler. Ils 
recueillent les fruits noirs de VYèble(SambucusEbulus h.), 
qui recèlent une matière colorante, dont la présence les 
avait fait utiliser dans quelques pays pour la coloration 
des vins. Le vin de Fismes, des environs de Reims, n'é- 
tait que le suc d'yèble. On coupe les grappes et on écrase 
les fruits comme on fait pour le raisin. On laisse ensuite 
fermenter avec un peu d'eau chaude et on distille deux 
fois successivement. L'eau-de-vie ainsi obtenue est tout 
simplement, à ce que m'assure un dégustateur, atroce et 
possède une odeur et une saveur de sureau qui ne se per- 
dent qu'à la longue et encore difficilement. Les Juras- 




18 



LE NATURALISTE 



siens en fabriquent pour leur usage : quant à son débit 
dans les cafés, il est absolument inconnu. 

Je. signalerai un arbrisseau de la même famille que 
l'yèble, la Mancienne (Viburnum Lantana, L.) qui abonde 
dans les bois calcaires d'une grande partie de la France 



après en avoir consommé une certaine quantité. 
Une autre espèce a des fruits rouges et des feuilles 
coriaces, persistantes, rappelant celles du buis, à bords 
roulés en dessous. C'est le Vaccinium Vitis-Idxa, L., dont 
on fait des confitures. 




Fig. 2. — L'Ycble, Sambucus ébulus. 



et dont les fruits sucrés à la maturité pourraient être 
utilisés pour la préparation d'une eau-de-vie. 

Dans les Vosges encore, j'ai eu l'occasion de goûter 
une autre production alcoolique, mais qui, cette fois, est 
absolument délicieuse. Je veux parler de l'eau de myrtille. 
Ce n'est certainement pas de Veau de cerise, mais ce n'en 
est pas moins très bon. 

Le mode opératoire n'a rien de spécial : on fabrique 
l'eau de myrtille comme le kirsch ouïe quetsch. Toutes 
les espèces de myrtilles peuvent être employées, mais 
on donne la préférence — probablement à cause de son j 
abondance — à la myrtille proprement dite, le Vacci- ! 
tijinii. Myrtillus L. qui, dans les Vosges granitiques, couvre , 
le sol sur d'immenses étendues. On la reconnaît à ses 
feuilles caduques, dentées, d'un vert pâle en dessous, à 
ses petites Heurs blanc verdàtre ou rosé en forme de 
grelot, solitaires à l'extrémité de pédoncules axillaires. 
penchées, à ses fruits noirs pruineux, arrondis, de sa- 
veur acidulé. Ces petiles baies sont comestibles et fré- 
quemment usitées pour la confection de pâtisseries qui 
se laissent fort bien manger. C'est la bimbrelle que les 
enfants vont recueillir. 

Dans h's lieux humides, croit le Vaccinium uliçjmo- 
sum, L. aux feuilles glauques réticulées en dessous et 
caduques également; les Heurs sont, agrégées au som- 
met des rameaux de l'année précédente; la corolle est 
blanche ou rougeàtre; les fruits sont d'un noir bleuâtre. 
glauques, pruineux, acidulés, à suc presque incolore. Ils 
ni pour être enivrants, ce que je n'ai pu constater 



Enfin, je mentionnerai, pour en finir avec les Vacci- 
niées alimenlaires, la ravissante Canneberge (Oxycoccm 




Fig. 3. — La Myrtille {Vaccinium myrtillus). 
palustris) dont les longs rameaux filiformes, rampants 
s'étalent à la surface des prairies tourbeuses. Les feuille-- 



LE NATURALISTE 



19 



sont persistantes, très entières, roulées sur les bords, 
blanchâtres à la face inférieure; les fleurs sont pen- 
chées, à corolle blanc rosé; les fruits sont petits, globu- 
leux, rouges, acidulés, porte's par des pédoncules larges 
et grêles, et retombent à terre par leur propre poids. Peu 
usités en France, les fruits de la Canneberge sont re- 
cherchés en Allemagne, pour être consommés avec les 
viandes rôties. Les Américains du Nord cultivent sur 
une grande échelle pour l'alimentation une autre es- 
pèce du même genre, la Canneberge à gros fruits (Ox. 
macrocarpus) qui a fait son apparition, il y a quelques 
années, chez nos marchands de comestibles. 

P. Hariot. 



SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE 



Séance des 19 et 26 novembre 189» (Extrait). — 
M. Megnin signale une maladie parasitaire chez le Lièvre. ■ — 
M. le professeur Giard présente une note de M. Pierre Bon- 
nier, où l'auteur passe en revue rapide les dispositions de l'ap- 
pareil auditif dans ses l'apport s avec l'action exercée par la 
pression du milieu liquide ou atmosphérique. Chez les Verté- 
brés, les nerfs qui président à l'action des muscles des osselets' 
auraient pour fonction de maintenir l'équilibre des membranes 
vibrantes de l'oreille et de les adapter aux modifications de 
pression extérieure. M. Pierre Bonnier désigne le phénomène 
sous le nom de réflexe tubo-tympanique. — M. Beauregard a 
étudié les rapports de la carotide interne avec la portion 
pétreuse du temporal chez des Roussettes de différentes es- 
pèces. Tantôt la carotide est abritée dans un véritable canal 
Carotidien osseux, tantôt une simple gorge creusée dans le 
rocher marque son passage, tantôt enfin la carotide interne 
gagne l'extrémité antérieure du rocher sans qu'il y ait trace 
de canal carotidien. Il est très intéressant de noter ces diffé- 
rentes dispositions qui élargissent l'interprétation morpho- 
logique du canal carotidien chez l'homme et permettent aussi 
de reconnaître la complexité, chez les Chéiroptères, de l'appa- 
rition des points d'ossification du rocher. L'ossification des dif- 
férentes régions du temporal pourrait donc ne pas être uni- 
forme dans la série des Vertébrés. — M. Laueran continue 
ses éludes sur les corps en croisant du sang palustre et ex- 
plique l'action de la quinine sur leur évolution. 

Séance dn 3 décembre (Extrait). — M. Matthias Duval, 
après s'être rendu compte, par l'étude des feuillets blasto- 
dermiques du lapin, de la signification de l'inversion tardive 
de ces feuillets, fait comprendre le mécanisme de l'inversion 
complète que l'on peut constater chez le lapin et chez le rat. 
— MM. Charrin et Boger discutent l'importance relative du 
sérum et des phagocytes dans l'atténuation de la virulence des 
microbes. — M. Beauregard, poursuivant ses recherches sur 
la vascularisation artérielle de l'oreille, est conduit à étudier 
l'artère carotide interne du mouton. 

Séance des 17-21 décembre. — M. Pliisalix, poursui- 
vant ses études bactériologiques, rend compte de ses remarques 
sur les variations des formes microbiennes dans le sang des 
animaux charbonneux. — M. E.-L. Bouvier présente des cri- 
tiques de la classification des Gastéropodes, basées sur ses 
nouvelles recherches sur l'anatomie de l'aorte et du système 
nerveux chez ces animaux, et conclut à la suite d'une dis- 
cussion très documentée à l'homogénéité du groupe. — D'autres 
communications très intéressantes sont faites par différents 
chercheurs, mais nous devons éviter ici la relation des travaux 
qui se rattachent plus spécialement à la médecine qu'à la bio- 
logie zoologique. A signaler enfin les mémoires présentés par 
M. Laulanié, M. Dastre, M. Brasse et M. Beauregard, et dont 
nous ne pouvons immédiatement donner l'analyse. 

Remy Saint-Loup. 



MEULIÈRE CYLINDROIDE 



Une nouvelle exploitation de faible dimension, ouverte 
sur le plateau qui domine Thorigny au nord, fournit une 
variété intéressante de meulières, dont la figure 1 in- 
dique le caractère le plus immédiatement visible. 

Comme on voit, il s'agit d'une roche formée avant tout 
de parties cylindroïdes plus ou moins parallèles entre 
elles, sensiblement verticales et émergeant d'une masse 
générale compacte. Avec un peu plus d'attention, on 
s'aperçoit que, suivant l'axe de chaque cylindre, existe 
une petite tubulure qui apparaît très bien dans une 
coupe du genre de celle que nos lecteurs ont sous les 
yeux dans la figure 2. 

Une semblable disposition semble surtout digne d'at- 
tention, par le jour qu'elle jette sur une question depuis 
longtemps pendante. 

La meulière cylindroïde, en effet, est intéressante, en 
affirmant d'une manière particulièrement claire le genre 
de réactions auxquelles est due cette roche siliceuse. 
A cet égard, il paraît indiqué de résumer ici en quelques 




Fig. 1 . — Meulière de Brie à structure cylindroïde des 
environs de Thorigny (Seine-et-Marne). Demi-grandeur 
naturelle. 

mots les principales hypothèses émises à ce sujet : il 
s'agit, en effet, d'une question difficile et d'un terrain 
certainement très singulier. 

Rappelons, tout d'abord, que les meulières, aussi bien 
celles de la Beauce que celle de la Brie, constituent des 
blocs anguleux noyés dans une argile bariolée, souvent 
très ferrugineuse. Le massif, pris dans son ensemble, 
affecte bien une disposition sensiblement horizontale ; 
mais ses diverses parties, au lieu de faire corps entre 
elles, ou de se lier les unes aux autres par des veinules 
plus ou moins épaisses, consistent, au contraire, en 
fragments de toutes grosseurs, à surfaces planes, se- 



-20 



LE NATURALISTE 



paies les uns des autres par des intervalles souvent très 
étroits remplis de glaise. 

Suivant Constant Prévost (1), les masses siliceuses 
seraient contemporaines des argiles qui les enveloppent 
et auraient été produites, à la manière des silex de la craie, 
par une sorte de départ en agglomérant la silice au sein 
du limon argileux sous des eaux marécageuses qui 
nourrissaient, malgré cela, des animaux ou des végétaux. 
L'auteur, insistait, pour faire valoir son opinion, sur la 
fréquence, dans les gisements de meulières, de boules 




Fig. 2. — Coupe suivant l'axe des éléments cylindroïdes 
de la meulière de Thorigny. 

évidemment concrétionnées. On en trouve, par exemple, 
sur le plateau de Cormei lie en Pari sis, qui sont aussi sphé- 
riques que les anciens bouletsde canon etdans lesquelles 
une structure concentrique est manifeste. Des coquilles 
et débris de végétaux y sont fréquemment empâtés. 

Pour ces boules l'hypothèse de Prévost ne semble pas 
pouvoir être attaquée, mais elles ne constituent en somme 
qu'un accident assez exceptionnel dans les terrains de 
meulière, et la grande masse de ces formations a des 
caractères de structure qui ne paraissent pas pouvoir 
être expliqués par le phénomène seul d'une concrétion. 

C'est, frappé surtout de ces difficultés, que M. Meugy 
a proposé une théorie tout à fait différente et qui, à 
l'époque de sa publication, paraît avoir séduit plusieurs 
géologues (2). Elle consiste à croire qu'à l'origine la 
masse du terrain était formée par des couches régulières 
d'un calcaire argilo-siliceux sur lesquelles, à un certain 
moment, sont venues s'épancher des eaux acides. Celles- 
ci ont dissous le carbonate de chaux en laissant un ré- 
sidu formé, d'une part, de la matière argileuse, et, d'autre 
part, d'un squelette siliceux qui est la meulière propre- 
ment dite. 

Une semblable explication rend compte, suivant l'au- 
teur, de ce fait fréquent que les nappes de meulières 
surmontent des assises restées calcaires, aussi bien dans 
le terrain de Brie que dans le terrain de Beauce; elle 
est compatible avec la forme caverneuse de certaines 
meulières, telles que celles de Palaiseau et de Châtillon. 

Toutefois, un examen plus attentif amène à considérer 
cette théorie, tout ingénieuse qu'elle soit, comme abso- 
lument inacceptable. D'abord cette texture caverneuse 
et poreuse, sur laquelle insiste M. Meugy, ne se trouve 
pas, à beaucoup près, dans toutes les meulières. Surtout 
au niveau de la Bric, on trouve des couches aussi com- 
pactes que le silex pyromaque de la craie : à Crand-Vaux, 
sur tout le plateau de Villejuif, etc. Là, rien qui rcs- 



i; Quelques faits relatifs à la formation des silex meulières. 
/;<///. delà Soc. Philomaliqice, L826. 
(2) Bull, delà Soc. géol, AV.. 2« série, t. XIII, p. in et 58. 



semble à un résidu de dissolution, et la roche est certai- 
nement telle qu'elle s'est constituée. 

En second lieu, on rencontre fréquemment des por- 
tions calcaires prises en pleine meulière et qui, 
semble-t-il, auraient dû disparaître par dissolution 
en même temps que la chaux associée d'abord à la si- 
lice. Il est vrai que, dans quelques localités, le calcaire 
dont il s'agit se présente assez bien comme un produit 
de précipitation. A Carnetin, non loin du point d'où 
provient notre meulière cylindroïde, on recueille des 
masses blanches légères formées d'une espèce de cal- 
caire crayeux qui ressemble au carbonate de chaux 
précipité. Mais on y trouve des coquilles, calcaires aussi, 
parfaitement déterminables et dont la présence suffit à 
ruiner toute l'hypothèse. 

Les choses en étaient là quand, après quelques autres 
tentatives sur lesquelles il est inutile d'insister, on 
s'avisa de comparer les meulières aux tufs siliceux ac- 
tuellement déposés par les geysers. Le D r Eugène 
Robert, en particulier, fut frappé des analogies et, il se 
complut à tracer un parallèle entre les deux formations. 
« En comparant, dit-il, les dépôts siliceux de l'Islande 
encore en pleine activité, avec ceux des meulières, nous 
arrivons, en procédant du connu à l'inconnu, à pouvoir 
dire que les meulières de ces terrains neptuniens se 
sont sans doute formées de la même manière que celles 
des terrains volcaniques. Les bassins des sources ther- 
males où l'eau est tranquille, et que pour cette raison 
on appelle en idiome islandais langars (bains), pour les 
distinguer des hvers (chaudrons) où elle est toujours en 
ébullition, nous fournissent surtout une indication pré- 
cieuse. Là, nous aurons la preuve que la silice gélatine 
forme, par laquelle des minéralogistes font préalable- 
ment passer les agates, calcédoines, corps organisés 
silicifiés, etc., avant de se durcir, ne peut prendre cet 
état de gelée qu'à l'aide d'une température élevée, très 
inférieure cependant à celle qui engendre les concré- 
tions siliceuses en chou-fleur. En effet, les eaux refroi- 
dies de ces sources ne déposent point de silice concré- 
tionnée. Voilà trente ans que nous avons rendu captive 
de l'eau du grand geyser, puisée dans son bassin même, 
après l'une de ces magnifiques éruptions qui l'ont 
rendu si célèbre; et, à l'heure qu'il est, il ne s'est con- 
densé, au fond des bouteilles qui la renferment, que des 
flocons d'une matière gélatiniforme que l'on pourrait 
prendre pour de la silice, s'il ne restait plus après la 
combustion qu'un peu de charbon. Une certaine chaleur 
douée de toutes les propriétés thermales, paraît donc 
devoir être indispensable pour que les réactions puis- 
esnt s'opérer facilement. » 

Depuis l'époque où le D r Robert écrivait, la ques- 
tion a fait de grands progrès, spécialement à. la suite 
des nombreuses études faites par les géologues améri- 
cains sur les geysers du Parc national des États-Unis (1), 
et en même temps qu'on a précisé les conditions d'ori- 
gine delà geyserite, on a démontré que nos meulières 
n'ont pas pu dériver du même mécanisme originaire. 

L'association avec la matière argileuse encaissante, 
l'absence de toute trace volcanique ou geysérienne, mal- 
gré la présence de liions quartzeux, comme à Romain- 



(1) The theiTnalspings of Yellowslone nat ionalPur/c ; report oi 
A. C. Peale. M. D. Washington. Government printin g office, 
1883. — In-8° de . r iO() pages avec 45 planches et 32 figures dans 
le le\t r. 



LE NATURALISTE 



21 



ville, sont des motifs décisifs pour refuser l'assimilation 
proposée. 

Bien qu'il semble, après cette triple élimination des 
théories de Constant Prévost, de M. Meugy, et du D'Eu- 
gène Robert que la question reste entière, il importe de 
remarquer que sa solution semble bien plus simple qu'on 
n'avait cru d'abord. De très nombreuses observations 
auxquelles vient se joindre celle de la meulière cylin- 
droïde m'ont, pour ma part, convaincu depuis long- 
temps que les meulières ne sont pas autre chose dans 
leur plus grande masse que le produit de la silification 
de couches originairement constituées tout autrement. 

De même qu'on voit un tronc d'arbre, un os et une 
coquille silicifiés par la substitution très lente de la 
silice à leurs molécules primitives, ou plus exactement 
par l'introduction de la silice dans les intervalles et dans 
les pores de ces cellules, de même nous voyons dans les 
meulières les produits d'une vraie pétrification d'objets 
qui n'ont point été organisés, comme des marnes, des cal- 
caires ou d'autres roches plus ou moins facilement solubles . 

L'artisan de ces transformations, c'est la silice à l'état 
de dissolution, qu'on retrouve dans beaucoup d'eaux 
parfois très peu chaudes qui circulent dans le sol. C'est 
autour de certains points que commence, en général, la 
précipitation, et il est d'ordinaire assez difficile de devi- 
ner ce qui les a déterminés ; mais une fois la réaction 
commencée elle s'étend peu à peu dans toute la dimen- 
sion de la matière convenablement préparée. Tantôt 
c'est un objet très limité, comme une coquille ou un 
tronc d'arbre, tantôt c'est une couche entière du sol. 
Dans les deux cas, le silice précipité conserve avec 
exactitude la structure de la matière, organisée ou mi- 
nérale qu'elle remplace, et de même que dans le bois si- 
licifié on retrouve au microscope des cellules et des 
vaisseaux, de même dans les opales de Saint-Ouen, on 
retrouve les moindres particularités des marnes qui ont 
été silicifiées et transformées en ménilite. En bien des 
points, la roche fossilifère a été silicifiée avec les fossiles 
qu'elle contenait; nous en avons un exemple célèbre dans 
le terrain houiller de la butte de Saint-Priest auprès de 
Saint-Etienne, et nos meulières parisiennes reprodui- 
sent exactement les conditions principales du gisement 
paléozoïque. 

D'ailleurs, on n'a pas souvent d'indice de l'époque à 
laquelle la silification s'est déclarée et tout ce qu'on peut 
dire avec assurance c'est qu'elle est très postérieure au 
dépôt du terrain lui-même. Souvent, en effet, le phéno- 
mène de transformation ne s'arrête pas à la limite de 
deux terrains superposés, si ceux-ci présentent les 
mêmes conditions minéralogiques générales. C'est ainsi 
qu'à Carnetin, près du lieu d'où provient l'échantillon' 
dont la figure accompagne cet article, on trouve des 
marnes à huîtres qui, comme les marnes de la Brie, ont 
été plus ou moins meuliérisées, de sorte que les deux 
assises ne diffèrent plus, en quelques points, que par 
leurs fossiles. 

Cette manière d'interpréter la formation des meu- 
lières rend facile de comprendre comment, dans les 
points où la matière siliceuse était surabondante, de 
vraies concrétions, souvent sphéroïdales, tuberculeuses 
et concentriques, ont pu se constituer à peu près comme 
les silex de la craie. Peu à pen la silice ainsi déposée à 
l'état initial d'opale, a perdu de l'eau de façon à devenir 
du silex et même, par place, du quartz parfaitement cris- 
tallisé. Stanislas Meunier. 



LES RACES DE L'INDE 



LES RAJPOUTES 

Avec les Rajpoutes, nous nous rapprochons du groupe 
purement aryen. Toutefois les Rajpoutes ne sont pas les 
descendants directs de ces fameux Kshalryas ou guer- 
riers qui formaient anciennement la seconde classe des 
Aryas. Ils n'ont été admis à ce rang qu'à la suite des 
guerres religieuses qui ensanglantèrent l'Inde lors de la 
lutte que se livrèrent dans ce pays Brahmanistes et 
Bouddhistes. Les premiers l'emportèrent grâce au con- 
cours des Rajpoutes et leur accordèrent en reconnais- 
sance le titre de Kshatryas dont ils se montrent très 
fiers. 

Les Rajpoutes, fameux par leurs excursions et leurs 
conquêtes dans le sud de l'Inde où ils sont connus sous 
le nom générique de Marattes qui ne leur appartient 
pas, sont généralement vigoureux. Ils aiment les exer- 




Fcmmc Rajpoutc à sa toiletle. 

cices du corps. Beaucoup plus remuants que les Indiens 
du sud de l'Inde, ils ont cependant besoin d'être excités, 
car leur ardeur n'est que passagère et ils sont comme la 
plupart des Indiens enclins à l'indolence. 

Leur physionomie est régulière et assez belle. Toute- 
fois, comme les autres Indiens, ils sont d'une couleur qui 
rapproche de celle du café au lait, tantôt plus brune 
tantôt plus blanche suivant les familles. Ils la doivent 
non seulement au climat, mais surtout aux alliances 
qu'ils contractent. 

Les Rajpoutes formentune exception à la règle géné- 
rale des castes, règle qui oblige l'individu d'une caste à 
se marier dans la même caste. En effet, suivant en cela 
la coutume des anciens Kshatryas, ils épousent des 
filles de caste inférieure, et les prennent parfois même 
dans les tribus aborigènes. 

Ils sont obligés d'agir ainsi à cause d'une coutume 
affreuse qui les prive des filles de leur race. Chez eux 
autrefois le meurtre des filles était général. En iH\%, 



.)-) 



LE NATURALISTE 




LES RAJPOUTES 



jiiffaa 



■ 




ne de caste inférieure portant sa cruche. 



lisons-nous dans l'intéressant ouvrage de Mgr Laouënan 
sur le Brahmanisme, parmi les enfants de 8,000 familles 
Rajpoutes Jharejar il n'y avait certainement pas plus de 
soixante fdles! On les tuait quelquefois même après qu'elles 
étaient parvenues à V adolescence. 

C'est e'galement chez les Rajpoutes qu'existait la cou- 
tume indoue du satti aujourd'hui proscrite par le gou- 
vernement anglais. On sait qu'on donne dans l'Inde le 
nom de sutti ou satti à la coutume qui veut que la femme 
se brûle sur le bûcher de son mari après la mort de ce- 
lui-ci. De nos jours, sauf de rares exceptions qui se pro- 
duisent de temps en temps (et j'en ai constaté deux en 
quatre ans), les veuves ne se brûlent plus ; mais, par 
contre, elles sont condamnées souvent dès l'enfance à un 
veuvage perpétuel qui équivaut à un dur esclavage et en 
fait un jouet pour ceux au milieu desquels elles sont 
condamnées à vivre. 

Il se produisait chez les Rajpoutes de véritables holo- 
caustes. Si un riche Rajpoute succombait, on brûlait sur 
son bûcher, son épouse et toutes les autres femmes es- 
claves ou concubines. Les victimes étaient jetées sur le 
bûcher dans lequel souvent elles se précipitaient d'elles- 
mêmes. 

Enfin les Rajpoutes font un usage fréquent de l'opium. 
Cette drogue qui, au premier abord, les remplit d'un 
courage fictif et souvent insensé, qui n'a pu jadis les 
faire triompher ni des musulmans ni des troupes an- 
glaises, enflamme leurs passions et ne tarde pas à les 
abrutir. II. Lkveillk. 



LE NATURALISTE 



23 



APPAREIL YEMEDX DES ARAIGNÉES ET ACTION 
DE LIER YHHI 



Les journaux du mois de septembre dernier ont rap- 
porté qu'un jeune soldat étudiant en médecine, avait 
été, pendant son sommeil, mordu à la lèvre par une 
araignée et que la mort s'en était suivie après huit jours 
d'horribles souffrances. Bien que généralement, les 
araignées de nos pays aient la réputation d'être 
dangereuses, on a été très étonné d'un accident si 
grave ; aussi est-il intéressant d'examiner l'appareil 
venimeux de ces animaux et l'action de leur venin. 

A la partie antérieure du corps de l'araignée se trou- 
vent deux appendices qu'on a considérés pendant long- 




Fig. 1. — Partie antérieure du corps d'une araignée vue par la 
face ventrale, a, chélicères; è, mâchoires; c, lèvre inférieure; 
d, lèvre supérieure; o, orifice buccal; p, plastron. 

temps, en se basant sur leur position et surtout sur leur 
innervation, comme les homologues des antennes des 
insectes; mais les recherches embryologiques récentes 
tendent au contraire à prouver que ce sont les homo- 
logues des mandibules des mêmes animaux. On leur donne 
généralement le nom de chélicères. Ils sont constitués 
par un article basilaire puissant, dirigé verticalement, et 
d'une griffe très aiguë se mouvant de haut en bas chez 
les Mygales et de dehors en dedans chez les autres 
araignées. Presque à l'extrémité libre de la griffe et 
toujours du côté convexe se trouve un orifice très petit : 
c'est l'orifice de la glande à venin. A cet orifice aboutit 




Fig. 2. — Coupe transversale schématique d'une glande veni- 
meuse, a, section des fibres musculaires ; 6, couche conjonc- 
tive supportant les cellules glandulaires ; c. 

Fig. 3. — Glande venimeuse d'une lycose. a, corps de la 
glande; b, conduit escréleur, c, orifice du canal; d, article 
basilaire des chélicères. 

un canal plus ou moins long mettant la glande en. com- 
munication avec L'extérieur. Celle-ci est allongée, géné- 
ralement cylindrique et est placée dans le céphalothorax, 
(c'est ainsi que l'on désigne la première partie du corps) 
lorsque l'araignée est adulte. Quand elle est jeune, les 
glandes sont logées dans l'article basilaire des chélicères ; 
mais, à mesure que l'animal grandit, elles s'avancent 
dans le céphalothorax excepté chez les Mygales. Il est 
très facile de les préparer. On saisit avec une pince les 
deux articles basilaires et on les retourne en arrière. 



Ils sont de cette façon arrachés et avec eux les deux 
glandes. Si on examine celles-ci avec un grossissement 
d'une quarantaine de diamètres environ, on voit à l'exté- 
rieur, des rubans entourant la glande et enroulés en 
spirale, ce sont des fibres musculaires. Des coupes 
montrent qu'au-dessous de ces fibres musculaires se 
trouve une couche de tissu conjonctif très épaisse sup- 
portant intérieurement les cellules glandulaires qui 
sécrètent un liquide venimeux. Quand les araignées 
veulent s'emparer d'une proie elles la saisissent avec les 
deux griffes des chélicères et pendant que celles-ci sont 
fortement implantées dans les tissus, les fibres muscu- 
laires des glandes se contractent et le venin pénètre 
dans la plaie pour y produire son effet. Lorsque la vic- 
time est un insecte, la mort est presque foudroyante. 
Mais les araignées s'attaquent aussi à des animaux 
appartenant à leur espèce et la morsure est mortelle, 
contrairement à ce qui a lieu chez les serpents. La mor- 
sure d'un serpent venimeux sur un autre serpent veni- 
meux est sans effet comme l'ont montré Fayrer et d'autres 
auteurs. Le venin qui pénètre dans la plaie est éliminé assez 
rapidement par les glandes venimeuses de la victime, de 
telle sorte qu'il n'a pas le temps de produire son action. 
Cette élimination qui ne se produit pas chez les Araignées 
n'a pas lieu non plus chez le scorpion. Quand on enlève 
à un serpent ses glandes venimeuses la morsure d'un 
autre serpent venimeux est alors mortelle pour lui. 

On dit généralement que certaines espèces d'araignées 
ont une morsure très dangereuse pour l'homme et 
pouvant même dans certains cas amener la mort. Les 
exemples fournis même par des médecins sont assez 
nombreux, mais on a considérablement exagéré l'action 
nocive des Araignées. Ainsi les grosses Mygales de 
l'Amérique méridionale ont la réputation de causer 
souvent la mort de l'homme par leur morsure et cepen- 
dant leurs glandes sont très peu développées. Dugès a 
pu constater qu'une grosse mouche bleue meurt diffici- 
lement de leur piqûre. Ces araignées ont des griffes 
puissantes et n'ont pas grand besoin de leur venin pour 
capturer leur proie. 

D'autres araignées appartenant à la famille des Thé- 
ridiohs ont aussi la réputation d'être venimeuses. Mais 
contrairement aux Mygales, elles ont les griffes très 
petites et les glandes venimeuses très développées. L'une 
des plus connues est le katipo (Lathrodeclus Katipo), qui 
vit à la Nouvelle-Zélande. Le théridionmalmignathe (La- 
throdectus-id-guttatus) a en Italie et dans une localité du 
Vaucluse la même réputation que le katipo. Le Mtco, qui 
vit en Bolivie, passe aussi pourètre très dangereux. L'ab- 
domen de tous ces animaux est noir avec des taches d'un 
rouge brillant, et il est très probable, d'après M E. Simon, 
que ce sont ces deux couleurs, les couleurs du diable, 
qui ont valu à tous ces théridions leur propriété veni- 
meuse. Plusieurs médecins ont relevé plusieurs cas de 
morsure ayant donné la mort ou une forte fièvre ; mais 
toujours ils se fient à ce que leur dit le malade qui 
est porté à attribuer à l'araignée les boutons dont il 
ne s'explique pas la provenance. Les arachnologues, qui 
ont saisi des quantités de katipos ou de malmignathes, 
n'ont jamais eu aucun accident. Il est certain que ces 
araignées ayant des griffes faibles suppléent à cette fai- 

(1) M. F. PugaBorne vient de faire paraître dans les Annales 
de la Société scientifique du Chili, un travail sur le Lathro- 
dectus formidabilis qui a la réputation d'être venimeux. 



24 



LE NATURALISTE 



blesse par une quantité de venin plus grande ; mais celui- 
ci n'est réellement dangereux que pour les Insectes. 
Dugès a examiné la morsure faite sur son bras par des 
Epeircs, des Ségestries et des Dysdères érythrynes. 
Une ségestrie perfide (grosse Araignée des caves) lui fit 
deux petites plaies rouges, à peine saignantes, un peu 
ecchymosées au pourtour et comparables à celles que 
produirait une forte épingle. Dans le moment de la 
morsure, la sensation fut assez vive pour mériter le nom 
de douleur et se prolongea pendant cinq ou six minutes 
encore, mais avec moins de force. Une élévation blan- 
châtre entoura presque sur-le-champ les deux piqûres, 
et le pourtour dans une étendue d'un pouce de rayon 
ou à peu près se colora d'une rougeur érysipélateuse 
accompagnée d'un très léger gonflement. Au bout d'une 
demi-heure tout avait disparu sauf la trace des piqûres 
qui persista quelques jours comme aurait fait toute 
autre petite blessure. Puisque la morsure de la Ségestrie 
perfide, l'une des plus grosses araignées de nos pays, 
est sans danger, comment expliquer la mort de ce mal- 
heureux soldat? 11 est à peu près certain qu'aucune 
araignée n'a été pour rien dans cet accident. On attribue 
bien gratuitement, comme le fait remarquer Dugès, à la 
morsure de l'araignée domestique les boutons que 
quelques personnes trouvent le matin sur leurs lèvres, 
et c'est un de ces boutons qui aura été sans doute 
infecté et qui aura amené la mort (1). 

Une araignée qui a, en Italie, une réputation mal 
fondée, c'est la Lycose tarentule, mais son venin n'a 
pas plus d'effet que celui des autres araignées. 

Toutes les araignées ne se servent pas de leurs griffes 
et par conséquent de leur venin pour capturer et immo- 
biliser leur victime. Les Pholques phalangides, araignées 
des caves, ayant un petit corps et de longues pattes, se 
servent de leurs pattes postérieures pour ligoter la vic- 
time avec la soie de leurs filières. Quand l'animal a été 
immobilisé, le pholque l'entraîne uans la retraite où il 
se tient habituellement, et c'est alors qu'il se sert de ses 
griffes, petites et ne constituant pas une arme bien offen- 
sive. 

Je rappelle incidemment le récit d'un autre accident 
rapporté aussi par les journaux du mois de septembre 
dernier, et attribué non à une araignée, mais à sa toile. 
Une de ces toiles appliquée sur une plaie pour produire 
l'hémostase aurait donné naissance à des accidents secon- 
daires et provoqué la mort. Cela est facile à expliquer. 
Les toiles d'araignées n'ont aucune propriété toxique 
par elles-mêmes, mais elles sont un réceptacle de pous- 
sière et par conséquent de microbes, et alors elles 
peuvent amener tous les accidents qui sont la consé- 
quence de l'inoculation de ces derniers. 

Paul Laubert. 
D p es Sciences. 



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monde des animaux. 

Cet ouvrage, fort bien édité, se compose d'un volume de 
1039 pages, contient 870 figures et 8 aquarelles, qui accom- 
pagnent admirablement le texte dont le style, très clair et plein 
de charme, s'allie à la précision scientifique, impérieusement 
nécessaire dans tous les ouvrages destinés à instruire. Que de 
fois, hélas ! il n'en est pas ainsi ! 

Très connu des naturalistes par des travaux entomologiques 
importants, M. Charles Brongniart était, à de multiples points 
de vue, on ne peut mieux préparé pour écrire un semblable 
ouvrage de vulgarisation, qui intéressera vivement toutes les 
personnes désireuses d'avoir des notions un peu étendues sur 
les animaux, infiniment variés et infiniment nombreux, qui 
habitent notre planète. De plus, les naturalistes eux-mêmes 
tireront grand profit de la lecture de cet ouvrage; car la géné- 
ralité ne s'occupe que de tel ou tel groupe d'animaux. 

Rien d'aride dans ce beau volume. C'est la vie, la vie aux 
modes extrêmement diversifiés, où l'imagination la plus grande 
est mille fois surpassée par la réalité; c'est la vie des animaux 
les plus différents que nous décrit l'auteur, qui, avec beaucoup 
de raison, a particulièrement insisté sur l'Homme, sur les 
autres Mammifères et sur les Oiseaux, les Reptiles, lés Batra- 
ciens et les Poissons, c'est-à-dire sur les animaux connus de 
tous. 

L'ouvrage commence par des chapitres du plus grand intérêt 
sur la vie, où l'auteur nous parle de la diversité des êtres, de 
la distribution géographique des animaux à la surface du 
globe, do la naissance, de la vie, de la classification des êtres, 
puis du problème de la vie, problème auquel nulle personne qui 
pense nepeut rester indifférente. Enfin, M. Charles Brongniart 
expose la doctrine du transformisme, dont la véracité est 
prouvée de plus en plus, et qui a donné aux sciences un nou- 
vel et incomparable essor. 

Le livre deuxième est consacré à l'Homme; sa structure, 
son développement et ses races y sont parfaitement et longue- 
ment exposés. 

Puis, dans les autres livres, l'auteur nous dépeint, d'une 
plume captivante, l'organisation et les mœurs d'animaux les 
plus variés, depuis les Singes jusqu'aux Monères, animalcules 
d'une extrême simplicité, uniquement composés d'une petite 
masse de protoplasma, sans aucune différenciation. 

En résumé, l'Histoire naturelle populaire de M. Charles Bron- 
gniart est un ouvrage intéressant à tous les titres, et qui, sans 
nul doute, aura un grand succès dans le monde, de plus en 
plus nombreux, des amis de la nature. 

Henri Gadeau de Kerville. 

Notre collaborateur, M. Dangeard, maitre de conférences à 
la Faculté des sciences de Poitiers, vient de faire paraître une 
Monographie des maladies du pommier et du poirier (1); nous 
reproduisons ici quelques passages de l'introduction de cet ou- 
vrage qui est accompagné de 10 planches : il sera consulté par 
tous ceux qui s'intéressent à la culture des arbres fruitiers. 

<( Le cultivateur qui voudra conserver ses arbres en bon état 
et obtenir des récoltes régulières sera obligé comme le viticul- 
teur, de lutter contre un grand nombre de parasites qui s'atta- 
quent aux divers organes de la plante, racine, tige, rameaux, 
feuilles : il ne devra plus se contenter d'attribuer ses insuccès, 
ses mauvaises récoltes, à la nature du sol, à l'action des agents 
atmosphériques, soleil, humidité, brouillards, etc. 

« Tandis que pour la vigne on connaît presque jour par jour 
le développement du pourridié, du mildcw, de l'oïdium, de 
Panthracnosc, il n'en est plus de même en ce qui concerne le 
pommier et le poirier; si. en quelques localités, des traitements 
; préventifs et curatifs ont déjà été essayés, c'est souvent unique- 
ment à cause de l'analogie de ces maladies avec celles de la 
vigne. _ 

<( 11 est facile de comprendre, que, dans ces conditions, l'on 
puisse faire souvent fausse route, et dépenser en pure perte 
ses efforts et son argent. » 

« Il est nécessaire avant tout de connaître exactement les 
symptômes de chaque maladie, d'en suivre les diverses phases, 
de déterminer la nature du parasite et de connaître son déve- 
loppement. 



(1) 1 vol. avec 10 pi. hors texte, prix : S francs, franco 8 IV. 38 
(aux bureaux de Journal)'. 



LE NATURALISTE 



L'ordre adopté dans ce travail est le suivant : il y a six cha- 
pitres dont voici les titres : 

I. Notions sur les substances insecticides et fongicides. 
— II. Altérations des tiges et des rameaux. — III. Altérations 
des feuilles. — IV. Altérations des fruits. — V. Altérations 
des racines. — VI. Les insectes nuisibles. 

Chacun de ces chapitres est subdivisé de la manière suivante : 

I. — 1° Substances insecticides; 2° Substances fongicides; 
3° Mode d'emploi et pulvérisateurs. 

II. — 1° Le chancre cancéreux; 2° Le chancre noduleux ; 
3° Le chancre papillaire; 4° Le chancre commun; 5° La 
gélivure du pommier et du poirier; 6° La pourriture du bois. 

III. — 1° La fumagine des feuilles; 2° La rouille des feuilles ; 
3° La gale des feuilles; 4° La marbrure des feuilles; 5° L'éri- 
nose; 6° L'oïdium; 7° La chlorose. 

IV. — 1° Le chancre des fruits; 2° La pourriture des fruits. 

V. — 1° Le blanc des racines; 2° La fermentation alcoolique 
des racines. 

VI. — Les insectes nuisibles. 

Il y a, là, groupés en un ensemble des observations inédites 
et des faits disséminés dans un grand nombre de publications 
françaises et étrangères, la plupart d'un prix élevé : la descrip- 
tion de chaque maladie est suivie de l'indication du meilleur 
traitement à employer pour la combattre. Le prix est de 8 francs. 



CHRONIQUE 



La saveur des tètes d'Artichauts. — Dès que l'Arti- 
chaut laisse paraître son capitule, on a soin de le coiffer d'un 
sac en gros linge, que l'on recouvre ensuite de paille et on 
assujettit le tout avec un lien. L'Artichaut soustrait à la lumière 
ne verdit plus, mais il prend une coloration barbe-de-capucin et 
devient extrêmement tendre, ce qui permet de le manger presque 
entièrement. Le goût en devient exquis. Ce procédé est facile 
à essayer; il n'est que l'application de l'étiolage qu'on fait 
subira un grand nombre d'autres végétaux. M. Raiby, de Bourg- 
la-Reine, qui en est l'inventeur en ce qui concerne l'Artichaut, 
l'a fait connaître récemment et est enthousiaste de sa décou- 
verte. 

Propriétés médicinales de l'Allante. — Tout le monde, 
connaît cette odeur pénétrante et désagréable que l'Ailantc 
répand durant sa floraison. Le feuillage, et aussi l'écorce du 
tronc et des racines exhalent cette odeur repoussante, que pro- 
duit une substance acre et amèro, extrêmement volatile. Cette 
substance, d'après les observations de M. Decaisnc, peut être 
fatale à quiconque fait des entailles dans cet arbre pendant le 
travail de la sève. Les vomissements, les étourdissements, 
quelquefois mémo un assoupissement profond, tels sont les 
symptômes provoqués par cette substance que jusqu'alors on 
n'a pas nettement définie. L'homme n'est pas seul atteint; les 
animaux eux-mêmes sont sujets à cette influence pernicieuse. 
D'après un rapport soumis à l'Académie des Sciences de Paris 
par M. Caraven Cochin, une épidémie, qui décimait à l'époque 
les canards domestiques à. Castres doit être attribuée au feuil- 
lage de l'Ailantc, qui provoqua chez ces oiseaux une inflamma- 
tion de l'œsophage entraînant la mort. 

En dehors de ses propriétés nuisibles, l'Ailantc en possède 
d'utiles qui étaient déjà connues des Chinois, chez lesquels on 
emploie depuis les temps les plus reculés l'écorce de la racine 
dans toutes les affections de la poitrine. 

En Europe, le professeur Hotei fit en 18i>8 les premiers 
essais pour détruire le ver solitaire au moyen d'une huile rési- 
neuse tirée de l'écorce et des feuilles de l'Ailante. D'après 
les récents travaux et expériences du D p Béranger Ferand, l'em- 
ploi de cet extrait donne des résultats plus efficaces contre les 
Ascaris lombricoïdes que contre lever solitaire, et il occasionne 
presque toujours de fortes coliques. Un médecin de marine, le 
D r Roberts, s'est servi avec succès de l'écorce de la racine 
dans les traitements de la diarrhée et de la dyssenterie. Les 
médecins chinois ignoraient encore cette propriété. 

L'analyse chimique de la racine, suivant le Bulletin de 
la Société d'acclimatation, établit la présence de principes 
gras et résineux, d'une substance amôre et d'un acide que l'on 
pourrait nommer acide de l'Ailantc. 

Ammonite géante. — Le jardin zoologique de Munster 
possède la plus grande ammonite découverte à ce jour. 

Elle mesure 4 mètres de diamètre et pèse 3.000 kilos. 

Le Commerce des œufs en Bosnie. — L'œuf de Bosnie 



est, plus qu'aucun autre, propre à l'exportation, à cause de la 
grande quantité de chaux qu'il contient et qui assure sa con- 
servation. Il y a sept ans, en 1885, a commencé sur cet article 
un mouvement d'exportation qui se continue encore pour l'ins- 
tant, mais qui ne réussit pas, en raison del'absence de capitaux 
suffisants, à prendre le développement qu'il comporterait. 

Les œufs sont envoyés à Vienne par caisses contenant 
1.440 pièces chacune; arrivés dans cette ville, ils sont soigneu- 
sement triés et emballés. On vend sur place ceux qui semblent 
en mauvaise condition ou dont la coque est salie ; le reste est 
expédié à Paris et à Londres et réexporté souvent jusqu'en 
Amérique. Les négociants do Bosnie n'ont pu effectuer direc- 
tement leurs envois en France, en Angleterre ou aux États- 
Unis; nul doute cependant qu'ils y auraient avantage, le jour 
où ils seraient plus experts en matière d'emballage et moins 
ignorants des conditions exigées par les divers pays dans la 
formation des assortiments qui leur sont respectivement adres- 
sés. Cette exportation qui s'est élevée, en 1890, à un total de 
2.300 caisses d'œufs dont la valeur calculée à raison de 20 flo- 
rins par caisse n'est pas inférieure à 50.000 florins est descen- 
due, en 1891, à 2.000 caisses d'une valeur de 40.000. Cette 
année, toute vente pour l'extérieur a cessé en Herzégovine et 
dans les cercles de Serajevo et de Travnik ; l'exportation s'est 
limitée à la Possavina et au cercle de Banjaluka. 

Une maladie du cognassier. — On a remarqué depuis 
deux ans, que les Cognassiers, en certains points du départe- 
ment de l'Avcyron, était attaqué par une maladie qui apparais- 
sait sur les feuilles vers la fin d'avril. Ces organes brunissent, 
se désorganisent et tombent. Il se forme à leur surface une 
grande tache irrégulière, de couleur brune, qui tranche sur le 
fond vert de la feuille. Cette affection est due à un petit Cham- 
pignon, qui, d'après M. Prillieux, devra probablement être 
rapporté au genre Manilia et à une espèce voisine sinon iden- 
tique du3J. Lihardtiana, rencontrée en Hongrie sur les feuilles 
du Merisier à grappe. Et le remède? L'effeuillage, à mesure 
que les taches apparaissent, en ayant bien soin de brûler les 
feuilles, produirait, des effets salutaires. 



RAVINS SECS DES TERRAINS CALCAIRES 



Les lecteurs du Naturaliste connaissent les rideaux : 
ces ressauts de terrain si fréquents à la surface de la 
craie, dont j'ai eu occasion de parler ici même (1). On 
sait que l'origine géologique de ces irrégularités du sol 
a été très vivement contestée. 11 ne peut pas en être de 
même d'une autre catégorie de modifications topogra- 
phiques de la surface du sol, intimement liée aux ri- 
deaux : les ravins secs qui sont creusés non seulement 
dans la craie, mais encore dans la plupart des terrains 
calcaires. 

Les ravins secs marquent la transition entre les rideaux 
et les vallées. M. Lasnes (2), dans un remarquable tra- 
vail sur la craie phosphatée des environs de Doullens, a 
fait voir les relations de direction qui existent dans cette 
région entre ces deux genres de phénomènes super- 
ficiels. 

Les ravins secs se voient sur les rives de la plupart 
des vallées dont ils semblent former des ramifications 
secondaires, mais à un niveau supérieur ; ce sont des 
échancrures nettement coupées ; les flancs également 
inclinés, forment en se rencontrant à la base un thalweg 
étroit, généralement très incliné vers la vallée princi- 
pale. En plan, le ravin est droit quand il est peu étendu, 
mais dès qu'il devient un peu important et atteint une 
cinquantaine de mètres, il forme une ligne brisée très 
régulière dont la direction moyenne est rectiligne dans 

(1) Naturaliste, 2 e série, n° 110, 1 er janvier 1892. 

(2) Bull. Soc. Géol. de France, t, XVIII, p. 441. 



26 



LE NATURALISTE 



la majorité des cas - , mais peut quelquefois changer brus- 
quement et s'infléchir vers la partie la plus élevée en 
formant un angle un peu ouvert. 
Les flancs sont ondulés en plan comme le thalweg 




Fig. 1. — Ravin sec à Herchics (Oise), dans la craie blanche à Belemnilella quddrata. 




Fi» 2. — Fond du ravin sec à Herchics. 



qui résulte de leur intersection. La pente est modifiée 
par les éboulements naturels résultant de la désagré- 
gation et du délitement de la roche. 

L'origine géologique des ravins ne peut être contestée, 
il suffit, en effet, de porter les yeux sur une carte topo- 
graphique détaillée pour reconnaître que, dans les hautes 
vallées, tous les ravins secs sont orientés et forment avec 
illées principales de la région des angles toujours 
les mêmes. C'esl ainsi que, si on examine la carte d'état- 



major, feuille de Montdidier, on remarque le parallé- 
lisme de la plupart des vallées secondaires. Les envi- 
rons de Poix sont particulièrement instructifs sous ce 
rapport. 

Quand on suit une val- 
lée importante delà craie, 
on est frappé du grand 
nombre de ravins secs qui 
échancrent nettement les 
flancs. Quelques-uns des- 
cendent jusqu'au fond, 
mais souvent on en voit 
qui entament seulement 
le sommet de la pente 
principale. 

La forme des ravins est 
toujours bien géométri- 
que , même quand les 
flancs de la vallée sont 
plus ou moins ondulés par 
suite de ruissellement des 
eaux et des modifications 
atmosphériques que la ro- 
che a pu subir, ainsi que 
dans les cas fréquents de 
changements superficiels 
résultant de travaux de 
culture. 

Les ravins forment tou- 
jours des angles tellement 
nets et réguliers entre eux 
et sont tracés suivant un 
si petit nombre de direc- 
tions qu'il est impossible 
de ne pas voir à première 
vue qu'ils sont dus à de 
petites fractures ou cra- 
quellements plus ou 
moins larges de l'écorce 
terrestre. 

Dans les environs du 
pays de Bray, ces ravins 
assez nombreux sont tra- 
cés suivantdeux directions 
principales : ils sont pa- 
rallèles ou perpendiculai- 
res à l'axe du soulève- 
ment de cette région. 

Les deux figures ci- 
jointes, faites d'après des 
photographies, représen- 
tent précisément un très 
curieux ravin sec des en- 
virons de Beauvais à Her- 
chies ; il entame la fa- 
laise escarpée qui limite 
à l'ouest la haute vallée du Thévain. 

Ce ravin, creusé dans la craie blancheàbélemnitelles, 
a une direction moyenne perpendiculaire au pli syn- 
clinal du pays de Bray ; les dimensions principales sont 
les suivantes : Longueur, 350 mètres ; largeur moyenne 
au sommet, 150 mètres]; la profondeur atteint 30 mètres; 
et enfin, les flancs ont une inclinaison très régulière 
de 35°. 
La première vue, prise du fond du ravin et dirigée 



LE NATURALISTE 



suivant son axe principal, montre au loin la vallée tour- 
beuse assez large du Thérain qui serpente au milieu des 
prairies. L'enchevêtrement des deux lianes est nettement 
marqué et il est facile d'en mesurer l'inclinaison. 

Sur la figure 2 on peut observer le fond qui se bifur- 
que à 50 mètres environ de l'extrémité en formant deux 
petites branches peu profondes mais nettement ondu- 
lées et conservant tous les caractères de la section 
principale. 

On peut observer un des caractères principaux des 
ravins de cette nature : c'est la netteté de l'intersection 
du terrain supérieur environnant et des parois inclinées: 
l'arête est toujours vive; on ne suit pas de pentes insen- 
siblement, graduées comme sur les bords des vallées 
d'érosion. A Herchies ce caractère est tellement marqué 
que, si on suit le plateau comme je l'ai fait, on arrive 
sur le bord de l'escarpement sans l'avoir soupçonné. 

Les ravins secs de cette catégorie existent dans toutes 
les formations calcaires, mais il est évident que c'est 
dans le crétacé supérieur que le phénomène est le plus 
fréquent; cela tient certainement, à la nature minéralo- 
gique des divers étages de la craie dont l'uniformité de 
compacité sur une très grande épaisseur a permis aux 
efforts dynamiques terrestres d'y déterminer des frac- 
tures plus régulières et soumises à moins de modifica- 
tions complexes que dans des terrains stratifiés en lits 
peu épais dont la structure n'est pas constante. 

Dans le nord de la France, les ravins secs les mieux 
caractérisés existent dans tous les étages de crétacé 
supérieur depuis la craie marneuse àlnoceramus labiatm 
j usqu'à la craie blanche à Belemnitella mucronata. Ils sont 
très fréquents dans les falaises du Boulonnais où on les 
nomme crans ; le plus beau de la région est le cran 
d'Escalle, près du cap Blanc-Nez. 

En Picardie et en Normandie, le nom du ravin sub- 
siste et indique les profondes échancrures qui frac- 
tionnent si souvent les hautes falaises crétacées depuis 
Cayeux jusqu'à Etretat. 

Il est bonde noter que les ravins secs existent à toutes 
les altitudes et dans les régions boisées aussi bien que 
dans les terrains incultes ou cultivés ; cela a de l'impor- 
tance, car l'absence de rideaux dans les forêts a été un 
des principaux arguments contre la théorie de l'origine 
géologique de ces phénomènes. 

Henri Boursault. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du 19 décembre. — L'Académie procède à la 
distribution des prix pour l'année 1892. En ce qui concerne les 
Sciences naturelles, citons parmi les lauréats : 

M. Alfred Lacroix, qui a obtenu le prix Vaillant pour un 
Mémoire sur les applications de l'examen des propriétés opti- 
ques à la détermination des espèces minérales et des roches. 

M. Pierre Viala, qui, en Botanique, a obtenu le prix Des- 
mazières pour ses travaux sur les maladies de la vigne et des 
arbres fruitiers. 

M. l'abbé A.-M. Hue pour son travail sur les lichens de Ca- 
nisy (Manche) a obtenu le prix Montagne. 

Une partie de ce même prix est accordée à M. le D r Xavier 
Cillot, auteur d'un Catalogue raisonne des champignons supé- 
rieurs des environ d'Autun. 

Le prix de La Fons Mélicocq est décerné à Af. Masclef pour 
ses consciencieuses observations sur la géographie botanique 
du nord de la France. 

Enfin M. Georges liolland obtient le prix Delalatule-Gue'rineau, 
pour ses recherches sur la géologie de la région saharienne 



do l'Algérie, doni les résultats sont réunis en deux volumes 
accompagnés d'un grand nombre de planches et de cartes. 

L'Académie fait ensuite connaître les questions qu'elle pro- 
pose au concours pour les années 1893, 94, 95 et 96. 

La question proposée pour le grand prix des Sciences phy- 
siques de 1893 est la suivante : 

Etude approfondie d'une question relative à la géologie 
d'une partie de la France. 

Pour le prix Bordin 1893 la question à traiter est La genèse 
des roches éclairée par l'expérimentation synthétique. Les 
autres prix n'ont pas de questions notifiées spécialement. 

Séance du 36 décembre. — Af. Ranvier présente une 
note de M. P. Blatter sur l'histologie des organes annexes de 
l'appareil mâle de la Blatte, Periplanela orientalis. Dans cette 
note est formulée l'identité de structure histologique dos utri- 
culi breviores et des utriculi majores des vésicules séminales, 
et la constitution du canal éjaculateur. Vient ensuite le résumé 
d'un travail de M. Ed. Bureau sur la présence d'une Araliacée 
et d'une Pontèdériacée fcssiles, dans le Calcaire grossier pari- 
sien, voisines d'espèces actuelles de l'Inde et do la Chine. 

Af. Daubrée met sous les yeux de l'Académie une carte géo- 
logique, résumant les travaux topographiques de MM. Emm. 
de Margerie et Fr. Schrader dans les hauts massifs des Py- 
rénées espagnoles et françaises. A cette carte est jointe un 
aperçu de la structure géologique des Pyrénées. 

M. Jousseaume nous fait connaître l'existence d'unphénoméne 
géologique actuel sur les côtes du golfe d'Aden ; c'est la perfo- 
ration de roches basaltiques par des galets mis en mouvement 
sur place par la force des vagues, et formant des marmites de 
géants mesurant m. 80 de diamètre et m. 78 de profondeur. 

A.-E. Malard. 



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41. Strodtmann, Sig. Die systematik der Chcetognathcn 
und die geographischc Verbroitung der einzelncn Arten 
im Nordatlantischen Océan. PL XVI1-XVIII. 

Archiv fur Naturgesch. 58, 1892, pp. 333-377. 

42. Weise, Jul. Zwei Noue Cassida-Arten. 

Cassida Reitteri. — Cassidula turcmenica. 
Wiener Ënlomol. Zeit. XI, 1892, pp. 238-239. 
43.Woodward, B.-B. On the Mode of Growth and the 
Structure of the Shell in Vêlâtes conoideus, Lamk, and 
other NeritidEe. PL XXXI-XXXII. 

Proc. Zool. Soc. London. 1892, pp. 528-540. 

G. Malloizel. 



DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES lOUYEAUX 



Ypsipetes Algosa, n. sp., 2S à 32 rnrn. — Dessus des su- 
périeures d'un vert jaunâtre, traversé dans son centre par une 
bande indécise, parfois concolore mais le plus souvent de teinte 
rougeàtre. De nombreuses marbrures brunes sont distribuées 
sur la surface de l'aile, à la base, le long de la côte, à l'apex, en- 
fin des deux côtés, de la bande centrale. Bord terminal brun, 
frange à reflets mordons. 

Dessus des inférieures gris uni brillant, frange un peu plus 
pâle. 

Dessous des quatre ailes, gris uni brillant, la côte des supé- 
rieures coupée de jaune très paie et deux taches du même 
jaune pâle entourant l'apex. Les inférieures avec une double 
ligne simplement ombrée et qui ne s'aperçoit pas dans la plu- 
part de mes spécimens. 

Palpes très proéminents, bruns , téle ot thorax verts, tachés 
de brun. Ce dernier possède à sa base une touffe de poils d'un 
vert métallique profond; corps et pattes gris uni. Antennes 
filiformes. 

Huit o* des environs de Loja, 1890 à 1892. 

V|>sipctes Rauuncula, n. sp., 28 à 36 mm. — Cette es- 
pèce offre une grande variation de taille. Le dessus des supé- 
rieures, d'un vert jaunâtre, est traversé par unefoule de lignes 



d'un brun légèrement teinté delilas. Ces lignes sont irrégulières, 
saccadées, interrompues et accompagnées de nombreuses 
stries, brunes ou vert foncé. La côte semble normalement 
coupée par sept taches (dont une à l'apex) et le bord terminal 
a sept points bruns. Frange verte coupée ordinairement de 
brun en face des points terminaux. 

Dessus des inférieures blanc, parfois légèrement grisâtre le 
long du bord terminal. Frange concolore. 

Dessous des supérieures gris, avec la côte et le bord termi- 
nal teintés de vert. Celle-ci est coupée de noir ; une plus large 
tache noire avec un trait central blanc se voit avant l'apex. 
Cette tache et la précédente donnent naissance à deux lignes 
ondulées, qui, dans certains spécimens, atteignent le bord in- 
terne. 

Dessous des inférieures grisâtre avec une double ligne on- 
dulée et un point cellulaire, parfois peu distincts. 

Palpes très proéminents, bruns, tête, thorax et dessus du 
corps vert picoté de brun, la base du thorax possède comme 
une verrue recouverte de poils d'un beau vert métallique ; pat- 
tes grises annelées de jaune très pâle. 

Sept c* des environs de Loja, 1890 et 1891. 

Ciilarîa Malacata, n. sp., 30 mm. —Les supérieures d'un 
vert jaunâtre, sont traversées par quatre lignes blanches, on- 
dulées, à peu près équidistantes ; puis par une série de lignes 
noires, entrecoupées, lisérées de jaune. La côte est coupée de 
dix points noirs également espacés et cerclés de jaune ; le bord 
terminal possède une série de chevrons noirs à bords jaunes ; 
la frange jaune est coupée de noir entre chaque chevron : 

Dessus des inférieures d'un rose vineux très pâle, uniforme, 
avec le bord très finement liséré de noir et la frange jaune. 

Dessous des quatre ailes rougeàtre, les supérieures avec la 
côte et la frange jaune coupé de noir, un petit point cellulaire 
et une ligne centrale grise, enfin des stries de même nuance 
prédominant au centre de l'aile. 

Inférieures striées de gris un peu partout avec la ligne cen- 
trale et un point cellulaire. 

Palpes très proéminents, noirs et jaunes. Antennes filifor- 
mes. 
Une 9 des environs de Loja, 1889. 

Cidaria Cortada, n. sp., 24 à 28 mm. — Dessus des su- 
périeures brun lilacé, marbré de verdâtre et rayé de noir au- 
près de la ligne centrale; deux lignes d'un jaune terreux 
toutes droites traversant l'aile, une subbasilaire assez mince 
puis une centrale plus large ; parfois un petit trait oblique 
de même nuance à l'apex. Frange concolore précédée par une 
série de petits points noirs terminaux placés sur les nervures. 

Dessous des inférieures gris pâle uni, plus clair dans le 
centre. Frange également concolore. 

Dessous des quatre ailes gris noirâtre avec points cellulaires 
et une trace de ligne transversale. Palpes minces et allongés; 
antennes filiformes. 

Loja, trois o"> 1889. 

Cidaria Cenizata n. sp., 35 à 37 mm. — Dessus des supé- 
rieures brun avec parties plus claires et saupoudré d'atomes 
jaunes, traversé dans son milieu par une très large bande 
blanche et parcouru sur presque toute sa surface par une 
foule de lignes ondulées. Généralement la base et l'apex sont 
de teinte plus foncée que le bord terminal. La bande blanche, 
plus large à la côte qu'au bord interne, est coupée à la côte 
par une tache brune à laquelle correspond une tache semblable 
au bord interne, les deux souvent réunies par une ligne zig- 
zaguée plus prononcée que les autres. Un point cellulaire par- 
fois perdu dans les dessins. Frange pâle coupée de brun à 
l'extrémité des nervures. 

Dessus des inférieures blanc crémeux ; frange concolore. 

Dessous des supérieures blanc crémeux à la base et au 
bord interne, gris au centre, coupé d'une bande irrégulière 
au delà de la cellule, noirâtre à l'apex et à la partie supérieure 
du bord terminal enfin coupé de jaunâtre et de gris à la côte. 
Frange comme en dessus. Dessous des inférieures crémeux 
avec les traces d'une double ligne. Frange concolore. Un point 
cellulaire aux quatre ailes. Antennes filiformes. 

Cinq o* des environs de Loja. J890. 

P. DûGNIN. 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — IMPR. F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



15 e ANNÉE 



2 e Série — M' 14» 



1 er FÉVRIER 1893 



LES PLANTES UTILES 

L'ARUM MACULATUM 



Le Gouet commun (Arum maculatum, L.), vulgairement 
pied-de-veau, est une des espèces les plus répandues de ce 
genre; on la trouve partout, à l'ombre des bois, sur le 
bord des routes, le 
long des haies, dans 
les lieux humides, 
en France, en Al- 
lemagne, en Suède, 
en Angleterre, etc. 
Sa racine est grosse, 
charnue, tubéreuse, 
pleine d'un suc lai- 
teux corrosif; ses 
feuilles sont en fer 
de flèche, à deux 
oreillettes, toutes 
radicales, entière- 
ment vertes, quel- 
quefois veinées de 
blanc, de violet fon- 
cé, ou tachetées de 
noir, d'où résultent 
les variétés citées 
par les auteurs. La 
spadice est fort am- 
ple, en cornet, d'un 
blanc jaunâtre ou 
verdâtre, quelque- 
fois marquée de vei- 
nes purpurines; le 
spathe, de couleur 
pourpre, se termine 
en une massue al- 
longée, au-dessous 
de laquelle sont 
placés les organes 
sexuels: il leur suc- 
cède des baies d'un 
rouge éclatant. L'a- 
rum se trouve men- 
tionné dans Théo- 
phraste, Pline et 
Diosconde. Ce der- 
nier rapporte que 
les Syriens lui don- 
naient le nom de 
lupha; celui à'aron 
en grec parait un 
mot radical, auquel 
plusieurs auteurs 
ont essayé de don- 
ner une étymologie 
forcée, tels que Lo- 
bel, qui le fait re- 
monter au pontife Aaron, et Morison, qui lui donne 
pour origine le mot roa (grenade), à cause de la cou- 
leur de son fruit. Les racines et les feuilles du gouet 
commun contiennent un sucre acre, brûlant, vénéneux à 
un tel point, qu'il suffit d'en mordre une feuille, même 

LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris. 




L'ARUM MACULATUM 



sans la mâcher, pour éprouver au palais et à l'orifice de 
la gorge une chaleur brûlante très douloureuse. Il est à 
croire qu'il pourrait s'ensuivre de très graves accidents 
si l'on en avalait même une légère portion ; il n'y aurait, 
dans ce cas, d'autre moyen d'y remédier que les boissons 
huileuses; les autres liquides seraient sans effet. Mais 
l'industrie humaine est parvenue à découvrir la sub- 
stance alimentaire au milieu même des poisons les plus 

violents, à l'en sé- 
parer, à la conver- 
tir, en une nourri- 
ture abondante et 
salutaire : tel le 
manioc, dont la 
racine , mangée 
crue, serait un poi- 
son mortel, mais 
qui devient, étant 
préparée convena- 
blement, presque le 
seul aliment de plu- 
sieurs peuplades in- 
diennes; de même 
la racine \ du gouet 
peut, dans des an- 
nées de disette, of- 
frir de grandes res 
sources pour la 
nourriture de l'hom- 
me. L'acrimonie de 
ses racines dimi- 
nue considérable- 
ment par la dessic- 
cation : on la fait 
disparaître entière- 
ment par la torré- 
faction, et surtout 
par des ébulli Lions 
répétées. A l'aide 
de ces derniers pro- 
cédés, on en obtient 
une fécule douce, 
blanche, nutritive 
et 1res abondante, 
propre également à 
faire de la colle, 
de l'amidon, des 
pâtes cosmétiques 
(poudre dcCyprisse), 
mais, par-dessus 
tout, de fort bons 
potages, ries bouil- 
lies, même du pain 
en galettes. Il y a 
déjàbien des années 
que Parmentier a 
proposé d'en tirer 
parti pour la nour- 
riture dans les 
temps de disette. « J'en ai fait usage, dit Bosc, pendant 
les orages de'la Révolution, lorsque j'étais réfugié dans 
les solitudes de la forêt de Montmorency. Cette plante est 
si abondante dans cette forêt et dans beaucoup d'autres 
lieux, qu'elle pouvait, à cette époque, assurer la sub- 




30 



LE NATURALISTE 



sistance de plusieurs milliers d'hommes si on eût connu 
sa propriété alimentaire : j'avais sérieusement compté 
sur les ressources qu'elle pouvait me procurer, lorsque 
la mort de Robespierre mit fin à mes peines. » Parmi 
les bestiaux, il n'y a que les cochons qui recherchent la 
racine de l'arum. Dans le départementales Deux-Sèvres, 
on l'arrache pour la leur donner. On peut l'employer, 
comme la saponaire, pour dégraisser le linge. «Dans tout 
le bas Poitou, dit Tournefort, les femmes de la campagne 
blanchissent leur linge avec la pâte de pied-de-veau : el- 
les coupent en miorceaux la tige de cette plante lors- 
qu'elle est en fleur, la font macérer pendant trois se- 
maines dans l'eau qu'elles changent tous les jours, et 
font sécher le marc, après l'avoir réduit en pâte. » 

La racine {Radix Ari) était prescrite contre les dou- 
leurs rhumatismales, l'indigestion, etc. Elle contient 
l'alcaloïde aroine. La pulpe de la racine (rhizome) admi- 
nistrée à l'intérieur, même à faible dose, agit comme 
purgatif drastique, en irritant les voies digestives : c'est 
un médicament dangereux ; une plus forte dose cons- 
tituerait un poison acre. 

La plante est très abondante à Portland, en Angleterre, 
et les racines mangées presque généralement par les 
paysans. Réduites en poudre les racines sont vendues au 
marché à Londres sous le nom de « Portland-Sago ». 
Dans les Indes-Orientales la plante est cultivée générale- 
ment sous le nom de Kuch Gaghi. 

Le mot « Aron » est aussi dérivé par quelques auteurs 
du grec rainoo (mouiller) ou de avoo (attacher), allusion 
à la forme des feuilles en fer de flèche. 

Buysman. 



LA PIERKE-QUINT-HERRE 



A 3 kilomètres de Noyon, à l'extrémité du plateau de 
la montagne de Porquéricourt, se dresse une masse ro- 
cheuse connue sous le nom de Pierre-Quint-Pierre , pierre 
composée de cinq pierres. C'est certainement le dernier 
« témoin » d'une exploitation à ciel ouvert d'une car- 
rière de pierres à bu tir, épuisée depuis deux ou trois siècles. 
Ce bloc colossal, provenant du calcaire grossier, est di- 
visé en plusieurs morceaux, légèrement écartés de la 
roche principale sous diverses influences. 

Les intempéries, les coups de barancine, les travaux 
d'appropriation, la végétation elle-même : tout a con- 
tribué à cette transformation. Il y a vingt ans, un hêtre 
centenaire se développait avec vigueur au pied de cet 
amoncellement. Ses puissantes racines, serpentant 
entre les interstices, dissociaient ses éléments, en les désa- 
grégeant. Un jour, sous l'influence d'un violent orage, 
un coup de foudre le fendit du haut en bas, en faisant 
voler en éclats ses branches maîtresses. Depuis lors, dé- 
couronné de son magnifique ombrage, il n'a point cessé 
de dépérir, jusqu'au moment où on le débita par mor- 
ceaux. 

Un escalier taillé dans le roc permet de monter jus- 
qu'à son sommet, d'où l'on a vue sur la vallée de la 
Verse. Ce qui frappe tout de suite l'attention du natu- 
raliste, c'est la quantité de broussailles qui végètent, en 
touffes serrées, sur cette plate-forme naturelle. Des gro- 
seillers épineux, des prunelliers, des noisetiers et 
d'autres arbustes enfoncent leurs racines dans la croûte 
désagrégée, qu'elles égrènent et dissocient à une cer- 



taine profondeur. Rien n'est plus curieux que d'assister 
à la lutte continue de la matière vivante contre la ma- 
tière inerte : partout le règne végétal se montre vain- 
queur du règne minéral. Des oiseaux vinrent un jour 
s'y désaltérer, en aspirant l'eau de pluie conservée dans 
une petite crevasse; leurs déjections contenaient les 
pépins des groseilles qu'ils avaient becquetées. Plus 
tard, de faibles tiges se développèrent çà et là; dix ans 
après, des groseillers sauvages, armés de fortes épines, 
recouvraient le sommet de buissons impénétrables. Leurs 
rameaux sont chargés de petites baies, d'un goùtde miel 
exquis, bien différentes de ces gros fruits, d'un goût fa- 
dasse, que l'on cultive sous le nom de groseilles à ma- 
queraux. 

Des mélèzes, un portique ogival, une table ronde mono- 
lithe, un banc de pierre circulaire, quelques petits rochers 
ornent le bosquet environnant : de sorte que la Pierre- 
Quint-Pierre est un but de promenade chéri des Noyon- 
nais. Son nom est scellé en lettres de fer sur la pierre 
principale. On y a joint ce vers, que la nature, hélas! se 
charge de contredire tous les ans : 

Sa masse indestructible a fatigué le temps ! 

Il ne faudrait pas trop s'y fier; et je me demande ce 
qu'il en restera dans cent ans. C'est une belle chose que 
la poésie; car, si la pierre a disparu dans un siècle, ce 
vers au moins subsistera toujours dans la mémoire des 
hommes. Quoi qu'il en soit, au sommet de la Pierre- 
Quint-Pierre, on a ménagé une table, découpée dans la 
roche elle-même, creusée d'une excavation centrale, qui 
débouche au dehors par une petite rigole : futile imita- 
tion des autels de nos ancêtres. C'est ainsi que les 
Druides offraient à Teutatès des victimes qu'on égor- 
geait sur la table du sacrifice, et dont le sang s'écoulait 
par une ouverture latérale ménagée à cet effet. C'est 
vers 1830 que ces travaux ont dû être exécutés; il. ne 
s'agit donc pas ici de monument mégalithique. Mais la- 
pierre elle-même date de plusieurs siècles, du temps où 
la carrière a été abandonnée. Que d'histoires instruc- 
tives n'aurait-elle pas à nous raconter, si nous savions 
mieux lire, dans sa structure, la série des phénomènes 
géologiques qui lui ont donné naissance! 

D r Bougon. 



PHOTOGRAPHIE 

L'éclairage au magnésium 



Est-ce parce que le soleil trop avare de ses rayons nous 
fait souvent faux bond, que nous devons ranger nos appa- 
reils au plus profond des armoires ? 

Les courageux, qui ne craignent pas l'onglée ouïes dé- 
sagréments d'une promenade sur la neige, savent de 
combien de clichés intéressants la saison nous permet 
de grossir nos collections; mais il est d'autres épreuves 
que l'on peut obtenir le jour, le soir, quand l'on veut, 
où l'on veut, sans même entrebâiller la fenêtre. Dans un 
musée une vitrine ou une pièce que l'on ne peut sortir 
vous intéresse : prenez votre appareil, glissez dans votre 
poche une des petites lampes que nous allons examiner, 
et vous reviendrez avec un cliché admirable. Dans votre 
laboratoire se fait une opération intéressante dont vous 



LE NATURALISTE 



31 



désirez garder le souvenir; vous voulez avoir des instan- 
tanés d'un animal que la rigueur de la température tient 
enferme' ; il vous faut des photographies de plantes de 
serre chaude ou d'une fleur qui ne s'ouvre qu'à l'obscu- 
rité, soyez certain que vous réussirez. 

C'est votre fillette si coquettement déguisée pour une 
matinée, votre bambin si fier de sa première culotte ou 
Bébé enfoui dans les joujoux des étrennes dont la ma- 
man demande les portraits; pressez une petite poire, un 
éclair jaillit et le tour est joué. 

Le magnésium a remplacé le soleil, j'oserai dire avec 
avantage, car la plupart des clichés ainsi obtenus sur- 
passeront ceux que vous auriez pu faire en plein air avec 
une bonne lumière. 

Cet éclairage convient encore à merveille pour les re- 
productions de dessins, peintures, gravures, pour la 
photographie de préparations de laboratoire que l'on ne 
saurait exposer à l'air sans crainte de les voir dété- 
riorer. 

Depuis longtemps le magnésium était employé par les 
praticiens qui le brûlaient en ruban dans des appareils 
compliqués destinés à recueillir la fumée produite par 
une combustion longue, nécessitée par le peu de sensi- 
bilité du collodion. Mais, depuis quelques années, l'on 
est arrivé à produire industriellement du magnésium en 
poudre qui, brûlé dans de bonnes conditions, fournit en 
une fraction de seconde une lumière assez puissante 
pour permettre d'obtenir des clichés avec les glaces au 
gélatino -bromure. 

Les modèles de lampes spéciales sont aujourd'hui fort 
nombreux et peuvent être classés en deux catégories : 
1° les petites lampes à combustion instantanée pouvant 
éclairer à deux ou trois mètres une surface d'environ 
deux mètres carrés ; 2° les lampes à forte lumière ins- 
tantanée ou continue qui, accouplées, permettent alors 
l'éclairage de vastes espaces, tels que grottes, cavernes, 
galeries, de monuments, scènes de théâtre, etc. 

Toutes ont pour principe la combustion immédiate 
de la poudre de magnésium au moment de son passage 
au travers d'une flamme ; toutes sont dérivés de la lampe 
élémentaire que vous pouvez construire sans difficulté. 

Prenez une petite pipe de terre à fourneau long et 
étroit; entourez le haut du founieau d'une mèche ou de 
coton enroulé, au bout du tuyau adaptez une poire en 




Lampe au magnésium faite avec une pipe. 

caoutchouc, et l'appareil est prêt à fonctionner; pour 
vous en servir, imbibez la mèche d'alcool, mettez dans 
le fourneau environ 1/3 de gramme de poudre de ma- 
gnésium, allumez la mèche et pressez la poire; le magné- 



sium sera projeté au milieu de la flamme et y brûlera 
en donnant une vive lumière blanche très actinique. 

Quelques précautions sont à prendre pour éviter les 
insuccès. Le fourneau de la pipe doit être assez étroit 
pour que le magnésium ne passe pas au milieu de la 
couronne de flamme sans s'y brûler; il est bon, h. cet 
effet, que la mèche dépasse un peu le bord du fourneau ; 
il faut éviter de mouiller l'intérieur de celui-ci en imbi- 
bant la mèche; enfin il faut exercer sur la poire une 
pression lente plutôt que brusque afin d'éviter une pro- 
jection trop violente du magnésium qui franchirait la 
flamme sans brûler. 

La combustion est assez rapide pour que la lumière 
ainsi produite ait reçu le nom d'éclair magnésique; aussi, 
pour opérer, le plus simple est-il défaire la mise au point 
de l'appareil en éclairant son sujet avec une lampe ou 
une bougie de mettre la glace dans la chambre, d'ouvrir 
l'obturateur et de faire partir l'éclair. Ce n'est que dans 
le cas où l'on veut des instantanés à pose très courte qu'il 
faut prendre une lampe plus forte dont l'éclair a plus de 
durée et de puissance : on déclenche l'obturateur pendant 
la durée de l'éclairage. 

Quand on opère dans une pièce éclairée par une lampe 
ou par le gaz, on peut impunément laisser l'obturateur 
ouvert un grand nombre de secondes ; les foyers lumi - 
neux qui seraient dans le champ de l'objectif impres- 
sionnent seuls la plaque tant que le magnésium ne brûle 
pas. Si on opérait dans une pièce insuffisamment éclairée 
par la lumière du jour, il faudrait au contraire ouvrir 
l'obturateur juste au moment de produire l'éclair, les 
objets les plus éclairés agissant dès que l'obturateur est 
ouvert. Il en est de même quand l'éclairage avec des lampes 
à flamme continue est nécessité parla nature des objets 
photographiés, le peu de sensibilité des plaques, le man- 
que de puissance de l'objectif, le recul ou l'emploi d'un 
diaphragme de faible ouverture. Ce sont là toutes cir- 
constances qui font varier la durée exacte du temps de 
pose ou la force à donner à la source lumineuse, ces 
deux quantités ne pouvant être déterminées que par 
l'expérience. Une grande continuité de la flamme ou 
plusieurs éclairs successifs produiront une somme de lu- 
mière croissante sans que pour cela la surface éclairée 
soit augmentée; un déplacement de la lampe habilement 
fait permettra au contraire de répandre une lumière 
égale, sur une surface plus grande. 

Quel que soit le dispositif adopté, la lumière sera pro- 
duite de préférence en arrière de l'objectif et un peu au- 
dessus de façon à donner des ombres normales. 

On peut néanmoins poser la ou les lampes en avant 
de l'appareil, mais il faut avoir soin d'empêcher, au 
moyen d'écrans, la lumière de pénétrer directement dans 
l'objectif. 

En plaçant des lampes accouplées en nombre inégal 
de chaque côté du sujet, en faisant varier leur emplace- 
ment et leur hauteur au-dessus du sol on obtient des 
jeux d'ombres qui, soigneusement étudiés, donnent des 
effets très intéressants. 

La soudaineté de l'éclair rend parfois difficile l'obten- 
tion d'un bon portrait; les yeux sont clignotants, quel- 
quefois fermés ou démesurément ouverts si la personne 
regarde du côté de l'éclair; aussi faut-il, en plaçant la 
lampe près de l'appareil, prendre le profil du sujet ou au 
contraire porter la lampe franchement de côté pour les 
portraits de face ; un écran blanc sera alors utile pour 
éclairer le côté opposé à l'éclair. 



:i2 



LE NATURALISTE 



C'est dans la catégorie des petites lampes à main et à 
combustion instantanée qu'il faut placer le tison-éclair, 
le revolver photogénique et la bougie actinique. 

Le tison-éclair prend son nom de l'emploi des allumettes 
lisons comme source lumineuse ; sous un volume très 
réduit, c'est de tous les petits appareils, celui qui donne 
la plus forte lumière; le chlorate de potasse que contient 




Tison éclair (gr. nat.), (Mervillc etLausiane). 

e tison avive la flamme du magne'sium dont la sortie a 
lieu par un tube à ouverture elliptique, par conséquent 
sous forme de nappe plutôt que de fusée ; tout en métal 
nickelé le tison-éclair chargé pour neuf éclairs n'est pas 
plus gros que la boîte d'allumettes son indispensable 
compagnon ; il en est construit un modèle à double 
éclair. 

Le revolver photogénique n'a de commun avec un re- 
volver que la répétition possible des éclairs par la ma- 
nœuvre d'une petite manette placée sur le côté d'une boîte 




Revolver photogénique (A. Cadot).' 

en gainerie, ayant la grandeur d'un porte-monnaie et 
l'aspect d'un petit livre, le dos étant formé par une 
lampe à essence dont la flamme est traversée par le ma- 
gnésium; la parlie supérieure de l'appareil sert de réser- 
voir pour la quantité de magnésium nécessaire à la pro- 
duction d'une vingtaine d'éclairs. 

La bouyie aclinique, peu se poser dans n'importe quel 
chandelier; elle fonctionne également au moyen d'une 
poire d'obturateur qui chasse le magnésium au centre 
d'une flamme annulaire. 

Les lampes à flamme continue sont d'une manœuvre 
un peu plus compliquée, mais cependant sans aucun 
i ; une notice détaillée est donnée avec chacune 
d'elles et rend facile l'apprentissage. 



On trouve dans cette série la lampe Nadar; le magné- 
sium, emmagasiné dans le pied, est envoyé par un tube 
au centre de la flamme d'une lampe à alcool au moyen 
d'une double poire de caoutchouc formant ainsi réser- 




Lampe de Nadar à flamme continue (Nadar). 

voir d'air; l'émission de celui-ci peut être prolongée 
aussi longtemps que l'on désire ou brusquement inter- 
rompue par le simple pincement du tube de sortie. 

La lampe-éclair est à double flamme produite devant 
un réflecteur cylindrique mobile, le magnésium étant 
projeté soit au moyen d'une poire, soit au moyen d'un 
soufflet; ce dernier surtout employé en cas d'accouple- 
ment de lampes; c'est ainsi que M. Boyer a obtenu ses 
vues de scènes théâtrales et sa magnifique collection des 
grottes de Han. 

La lampe Todd-Forret se compose d'un pied réservoir 
dont le magnésium est chassé par l'air d'un ballon préa- 
lablement gonflé avec une poire à soupape ; elle se recom- 
mande par le système pratique de la pince qui règle la 




Lampe Todd-Forret (Cio Eastmann). 

sium de l'air et par la forme aplatie du tube d'où le magné- 
sortie s'échappe en une nappe de cinq centimètres de 
large. 

Dans un autre système un piston horizontal placé 
sous un réservoir vertical amène à chaque pression d'une 
poire en caoutchouc le magnésium sur la flamme d'une 






LE NATURALISTE 



33 



éponge d'amiante imbibée d'alcool ; un ressort remet en 
place le piston prêt à fonctionner. 

Toutes ces lampes brûlent du magnésium pur : et si la 
fumée produite est peu importante pour deux ou trois 
clichés, il faut reconnaître qu'au delà de ce nombre elle 
devient gênante ; de plus aucune de ces lampes ne per- 
met l'emploi des mélanges de magnésium et de chlorates 
ou d'azotates de potasse, mélanges détonants mais dont 
le pouvoir éclairant est considérable : je reviendrai sur 
ce sujet dans un prochain article en donnant la descrip- 
tion de l'appareil inventé par M. Mairet pour obvier à 
ces inconvénients. 

Dans sa traduction de l'ouvrage de M. Eder (1), M. Gau- 
thier- Villars donne la formule suivante, due à Newcomb ; 
la flamme produite est jaune intense et permet d'obtenir 
avec des glaces isochromatiques la reproduction de la 
valeur exacte des couleurs. 

Azotate de soude anhydre 6 parties 

Magnésium en poudre 1 » 

Les deux poudres sont intimement mélangées avec 
une spatule de corne ou d'ivoire et brûlées à l'air libre 
sur un tampon imbibé d'alcool. Ne pas oublier que ce 
mélange, est comme tous les autres détonants, assez 
délicat à manipuler. A ceux qui voudraient approfondir 
la question de l'éclairage au magnésium et se livrer à des 
expériences plus complètes, j'indiquerai comme source 
sérieuse de documents l'ouvrage de Klary : La photogra- 
phie nocturne. 

Ch. Jacob. 



Reproduction artificielle des mouvements amœboïdes 



En étudiant expérimentalement le rôle si important que joue 
la tension superficielle des liquides chez les êtres vivants infé- 
rieurs, j'ai pu réaliser, une imitation parfaite, des mouvements 
particuliers qui sont un des principaux caractères de leur vie. 
A chaque instant, dans les cours de zoologie, de botanique ou 
de physiologie, on est amené à parler des mouvements amœ- 
boïdes, mais la majorité des auditeurs s'en rapporte toujours à 
un énoncé théorique, car -on n'a pas toujours des Monères 
sous la main, et, en tous cas, il n'est pas aisé de les montrer 
au public. L'expérience suivante, qu'on peut rendre brillante 
en la projetant sur un écran, permet de combler cotte lacune 
et suggère en même temps d'instructives leçons. On la réalise 
du reste avec la plus grande facilité. 

Je verse dans une assiette en porcelaine, ou encore mieux, 
dans une cuvette de photographie à fond noir, dix centimètres 
cubes environ de mercure (quoiqu'une quantité moindre puisse 
à la rigueur suffire). Je recouvre alors le mercure d'une couche 
d'eau de 5 à 6 millimètres. Le mercure est brillant et très mo- 
bile. Si on essaie de le diviser, les diverses parties manifestent 
la plus grande tendance à se réunir, et au bout de peu de 
temps, si le mercure est bien pur et si le fond de la cuvette est 
bien plan il ne forme plus qu'une seule masse. 

Cette constatation une fois faite, j'ajoute quelques centi- 
mètres cubes d'une solution faible de permanganate de potasse, 
ou encore, et cela est préférable, de bichromate de potasse. 
Le mercure s'étale aussitôt et on voit apparaître un moiré à sa 
surface. On mélange la solution de bichromate et l'eau et le 
mercure s'étalent encore davantage. Avec l'extrémité du doigt 
on le divise et on remarque qu'il n'éprouve plus aucune ten- 
dance à se réunir. Il mouille en effet les surfaces. On forme 
un certain nombre de masses isolées et on s'arrange pour que 
chacune présente des prolongements irréguliers. On a ainsi 
reproduit des êtres (dans le sens métaphysique d'existence) à 
contours irréguliers. Ils sont revêtus d'une très mince couche 
différenciée et une masse fluide les constitue. Le protoplasma 
est fluide aussi, et, si on le déshydratait, on serait stupéfait du 
peu de matière solide qu'il renferme, car on peut bien dire de 

(1) J. M. Eder. La Photographie à la lumière du magnésium, 
traduit sur manuscrit inédit par H. Gauthier- Villars. 



toute substance essentiellement vivante, ce qu'on a dit des 
Cténophores, des Siphonophores, etc.. : Ce n'est que de l'eau 
organisée. 

Versez lentement dans un angle de la cuvette, une goutte 
d'acide azotique, cette faible quantité se diffuse rapidement. 
Les éléments mcrcuriels les premiers atteints rentrent brus- 
quement leurs prolongements et un certain nombre d'entre 
eux so fusionnent. Bientôt cette première formation tumul- 
tueuse d'un plasmode s'arrête. Il se forme ainsi une petite aire 
libre sur le fond de laquelle on aperçoit une couche très irré- 
gulière de chromatc de mercure et quelques petits éléments 
mercuriels isolés. 

Ajoutez alors deux gouttes d'acide au même endroit que pré- 
cédemment et observez les mouvements présentés par les petits 
éléments; ils tournent sur eux-mêmes ou oscillent sur place. 
Souvent certains se meuvent par un mouvement de reptation 
en traçant une série d'empreintes sur le fond de chromate. Les 
éléments isolés de 5 millimètres de diamètre présentent fré- 
quemment des contours polygonaux réguliers comme un grand 
nombre d'êtres inférieurs. 

Si, au lieu d'observer les petits éléments, vous examinez les 
changements de forme que présentent les éléments volumineux, 
vous constatez non seulement la rétraction des prolongements 
primitifs, mais aussi la formation d'un certain nombre de 
nouveaux et, à côté d'éléments qui se fusionnent, vous observez 
des éléments qui se segmentent sous l'influence de courants 
qui remanient la masse entière. 

Si, après avoir réuni presque tout le mercure en une masse 
unique on ajoute encore quelques gouttes d'acide, on remarque 
de petits éléments, s'élançant vers la masse comme s'ils étaient 
d'abord attirés par elle. Puis ils s'arrêtent subitement avant 
d'arriver à son contact et y parviennent enfin, le plus souvent, 
par des chemins détourDÔs. Ils oscillent quelque temps contre 
la grosse masse et né se fusionnent qu'après un certain 
nombre de chocs. Lorsqu'on a assité à des fécondations d'o- 
vules par des spermatozoïdes, on ne peut s'empêcher d'y 
songer en observant le spectacle du petit élément mercuriel 
heurtant la masse immobile. 

Si la diffusion de l'acide dans l'eau se fait de telle sorte que 
son action sur la masse mercuriellc, débute vers le centre de 
cette masse : on observe en ce point une contraction de la 
surface et la formation des deux bourrelets latéraux, puis la 
dépression se transforme en convexité et on voit la masse pré- 
senter des mouvements pcristaltiques, très visibles principa- 
lement sur ses bords. 

L'essentiel dans toutes ces expériences que l'on peut varier 
beaucoup, consiste à n'ajouter que des quantités d'acide juste 
suffisantes. Dans les milieux neutres et surtout alcalins (eau 
ammoniacale) la division du mercure en petits éléments est 
persistante, elle ne l'est jamais dans les milieux acides. Ce 
fait est encore intéressant a noter si on le rapproche des con- 
ditions d'alcalinité nécessaire à la multiplication de la grande 
majorité des cellules. 

La cause des mouvements du mercure que nous venons 
d'examiner, est fort complexe, car, en outre des phénomènes 
purement physiques de tension superficielle qu'il manifeste, on 
doit tenir compte de phénomènes électriques et aussi de 
l'oxydation. La cause des mouvements protoplasmiques, est 
sans doute encore plus complexe quoiqu'on retrouve comme 
éléments essentiels des mouvements de la matière vivante, les 
mêmes phénomènes électriques et chimiques et en premier lieu 
l'oxydation ou respiration. Tout mouvement, qu'il se manifeste 
dans la matière brute ou dans la matière vivante est toujours 
causé en dernière analyse, par la transformation de l'énergie 
en force vive. Cette transformation s'effectuant à l'aide d'actions 
physiques (pesanteur, chaleur, électricité, lumière) ou d'actions 
chimiques, isolées ou combinées. 

Dans aucun cas, aucun genre de mouvement, pas même les 
mouvements prétendus spontanés, ne peuvent caractériser 
d'une façon absolue les édifices matériels qu'on appelle vi- 
vants. 

F. Lahille. 



La Minéralogie de la France et de ses Colonies 



M. Alfred Lacroix, chargé des conférences de pétrographie 
à la Sorbonne, vient de commencer, sous le titre ci-dessus, la 



34 



LE NATURALISTE 



publication d'un ouvrage qui fera grand honneur & la science 
française (1). 

« La lecture des traités de minéralogie les plus récents, 
l'étude de nos grandes collections publiques tendent à faire 
considérer la France comme fort pauvre en minéraux. Le fait 
parait étrange, quand on jette les yeux sur une carte géologi- 
que de notre pays et que l'on constate le grand développement 
qu'y prennent les schistes cristallins et les formations paléo- 
zoïques, les roches éruptives anciennes et les roches volca- 




Andalousite sur Quartz. 

niques modernes. » Ainsi s'exprime M. Lacroix au début de sa 
préface. Son livre est une éloquente protestation contre cette 
conclusion injustifiée. Il contribuera certainement à remettre 
en honneur une science très cultivée en France, il y a un cer- 
tain nombre d'années, mais actuellement fort délaissée. 

C'est une Minéralogie toute récente, encore ignorée de beau- 
coup d'élèves et même de maîtres de nos Facultés que celle que 
nous présente M. Lacroix. Son ouvrage nous donne la mise 
au point exacte de la science actuelle, avec les méthodes nou- 




11111 



Lame mince d'une péridotite montrant la transformation 
de l'olivine en chrysotile (serpentinisation). 

velles qu'elle sait appliquer, les aspects variés qu'elle com- 
porte et les points d'attache qu'elle a avec les autres sciences. 

M. Lacroix s'est préparé de bonne heure à faire non pas une 
œuvre de compilation, mais une œuvre forte et originale. Ses 
études minéralogiques commencées dès le collège, continuées 
dans les laboratoires de Paris, sous la direction des savants 
les plus érninents, ont été complétées sur le terrain par des 
voyages en France et dans de lointains pays. 

Tout en publiant de nombreux mémoires, M. Lacroix, en 
collaboration avec l'éminent directeur du service de la carte 
géologique, M. Michel Lévy, avait déjà doté les pétrographes 
d'un livre qui est toujours sur leur table de travail : Les Miné- 
raux des roches. Nul mieux que lui ne pouvait donc écrire 
avec succès un livre sur les minéraux français. 

L'ouvrage comprendra deux volumes de 900 pages chacun 
environ. La première partie du premier volume est consacrée 
à la description d'un grand nombre de silicates parmi lesquels 

I. Lacroix. Minéralogie de la Fi-mcc et de ses colonies. 
Tome I. l r * partie, in -8° de 300 p. avec de très nombreuses figures. 
Prix 15 francs; franco 15 fr. 65. — L'ouvrage sera publié en 
quatre parties de ly francs chaque; les acheteurs du 1 er fasci- 
cule devront s'engager à prendre la suite (en vente aux bu- 
reaux du journal 



° n peut citer : la staurotide, la calamine, l'andalousite, la sil- 
limanite, la topaze, le disthène, la tourmaline, les humites, les 
épidotes, les idocrases, les péridots, les grenats, la dioptase, 
l'axinitc, etc. 

La description de chaque espèce débute par une partie gé- 
nérale avec des données numériques prises exclusivement sur 




Axinite de l'Oisans. 

des minéraux français et généralement nouvelles. L'étude des 
gisements est non moins soignée ;leurnombre a été singulièrement 
accru par les découvertes personnelles de l'auteur. Les rensei- 
gnements topographiques devant permettre aux collection- 
neurs de retrouver ces gisements avec facilité sont aussi com- 
plets que possible et distribués par régions naturelles. 

Un point de vue assez négligé jusqu'ici par la plupart des 
auteurs des traités de minéralogie est celui des relations qui 
existent entre les formes et les propriétés des minéraux et la 
nature géologique de leurs gisements. M. Lacroix l'a traité 
avec une prédilection visible. Il en est de même de l'étude des 
espèces représentées non seulement par de gros échantillons, 
mais aussi par des cristaux microscopiques tels qu'ils se pré- 
sentent dans les roches. Il a étudié leur genèse et suivi leurs 
transformations en d'autres substances et de cette façon il a 
véritablement écrit une Histoire naturelle des minéraux. 

Le livre est bien imprimé ; il est illustré de figures très 
nombreuses, toutes originales. Les unes représentent des 
échantillons ayant un intérêt particulier ; d'autres sont des 
épures montrant les combinaisons observées dans les gise- 
ments français ; d'autres enfin représentent des vues micros- 
copiques de minéraux en lames minces. Les trois dessins qui 
accompagnent ce compto rendu permettront aux lecteurs de 
juger de la valeur et de la variété des illustrations. Le livre 
de M. Lacroix est vraiment destiné à faire aimer la miné- 
ralogie. 

M. B. 



LES MME! DE LA FLORE FRANÇAISE 



1°. — Histoire «lu genre MrVIUlW. 

La science des Mousses était encore bien vague au mo- 
ment où Dillen publia, en 1741, son Historia muscorum. 
C'est dans cet ouvrage que fut e'tabli pour la première 
fois le genre Mnium, — caractérisé par la présence de 
globules farineux pédoncules. Mais, si le mot est resté 
dans la nomenclature bryologique, il est loin d'en être de 
même pour les espèces avec lesquelles Dillen avait cons- 



LE NATURALISTE 



35 



titué ce genre. On y trouvait en effet, en compagnie 
d'un grand nombre d'espèces fort différentes, le Mnium 
androgynum Lin., aujourd'hui placé dans la tribu des 
Bryées sous le nom d' Aulacomnium androgynum ; le 
Mnium pellucidum Lin., devenu le type des Tétrodontiées 
(Tctraphis pellucida) ; les Mnium palustre et polycephha- 
lum; les Mnium trichomanis et fissum qui sont des Junger- 
mannes ; le Blasia pusilla de l'ordre des Marchandées, 
enfin le Mnium inordinatum. 

Il suffit de citer ces espèces pour faire voir combien 
étaient défectueuses ces premières ébauches de Dillen. 

Linné n'adopta pas complètement le genre Mnium, tel 
que Dillen venait de l'établir. Dans son Species planta- 
rum (1753), joignant aux caractères des globules fari- 
neux et des rosettes ceux de la coiffe lisse et de la cap- 
sule ovoïde, il créa un genre Bryum , fort hétérogène du 
reste, dans lequel rentrèrent tous les Mnium cités pré- 
cédemment, sauf le Blasia et le M. inordinatum ; pour le 
grand naturaliste suédois, il n'existait pas de différence 
essentielle entre les Mnium et les Bryum. 

Adanson (Fam. des plantes, 1763) suivit complètement 
les idées de Linné; il ne toucha au genre Mnium que 
pour en retrancher le M. palustre conservé par Linné 
dans sa division des Bryées. 

Ce fut donc sur les groupes linnéens du Species que le 
célèbre Hedwig « exerça son talent » vers 1783. En ce 
qui concerne le genre qui nous occupe, il commença 
par en retirer un grand nombre d'espèces qu'il rapporta 
à ses genres Tetraphis, Tortula, Weissia, Funaria, 
Gymnostomum, Pohlia, Meesea, Polytrichum, Webera, 
Bryum, etc.. Malgré ces éliminations, le genre Mnium 
était encore assez riche ; il ne contenait plus, il est vrai, 
aucune des espèces de Dillen; mais, en revanche, il con- 
servait encore les Mnium fontanum et marchicum qui 
furent plus tard reportés à leur véritable place parmi 
les Bartramiées. 

Schwaegrichen, qui continua les travaux d'Hedwig, 
maintint un genre Mnium dans les mêmes limites que 
l'auteur du Fundamentum (1), mais Bridel, qui vint plus 
tard (1819-1827), après avoir tout d'abord adopté ce 
genre, le mutila tellement qu'il ne lui laissa que trois 
espèces : Mnium palustre, polycephalum et turgidum; au 
contraire, presque toutes les formes qui y sont rappor- 
tées aujourd'hui rentrèrent dans son genre Polla. 

Swartz acheva la réforme commencée par Bridel; con- 
sidérant que les Bryum, Mnium et Webera d'Hedwig 
n'étaient pas séparés par des caractères suffisants, il les 
rabaissa à l'état de simples sections, et les fondit en un 
grand groupe qui constitua son genre Bryum, après en 
avoir exclu toutefois le Mnium squarrosum déjà décrit par 
Ehrhardt sous le nom de Paludella. 

Hooker (Muscologia britannica) adopta les vues de 
Swartz ; il fit encore rentrer dans le genre Bryum les 
Meesea et les Pohla d'Hedwig. 

Palisot-Beauvois (Prodrome de VMthèogamie) tenta, 
avec peu de succès, de reconstituer un genre Mnium avec 
les espèces de Dillen et d'Hedwig; mais, comme il y joi- 
gnit en même temps des Timmia, des Hypnum et des 
Leskea,sa. réforme ne fut adoptée qu'avec la plus ex- 
presse réserve. 

Comme on le voit l'histoire du genre Mnium fut forte- 
ment tourmentée, depuis l'époque de sa fondation jus- 

(1) Hedwig. Fundamentum historiée naturalis muscorum 
frondo&orum, 1782-83. 



qu'à la fin du premier quart de ce siècle, à tel point que 
plusieurs botanistes, vers 1825, en réclamèrent la sup- 
pression complète; il a été sauvé par les bryologues mo- 
dernes et en particulier par Bruch et Schimper (1) qui 
le définirent d'une façon précise et déterminèrent ses 
limites actuelles. Chose curieuse, ces limites sont, en 
grande partie, celles qu'il avait reçues de Linné; tel 
quel, il comprend les formes que le célèbre professeur 
d'Upsal considérait comme des variétés d'une seule et 
même espèce: Mnium serpyllifolium, et qu'il avait réunies 
sous la dénomination générale de serpylles. 

La plupart des auteurs contemporains ont adopté le 
genre Mnium; je citerai seulement en France, parmi les 




Fig. i. — Mnium undulatum. Tige fertile (pied femelle) por- 
tant cinq capsules bien développées. 
Fig. 2. — Mnium undulatum. Tiges fertiles (a — pied mâle, 

portant une rosette d'anthéridies), (6 — pied femelle portant 

un bourgeon fertile à son sommet). 

noms qui font autorité en byologie, ceux de MM. Husnot, 
Bescherelle, l'abbé Boulay, Corbière, etc. A l'étranger, 
le savant professeur Lindberg (Musc, scand.) en a fait 
son genre Astrophyllum. sans doute pour rappeler la 
disposition des organes mâles en rosettes (fig. 2). 

En résumé, tel qu'on l'admet aujourd'hui, le genre 
Mnium fait partie de la tribu des Bryées, et peut être ca- 
ractérisé ainsi : 

Tige dressée, parfois munie de stoloiis rampants. Feuilles 
inférieures et moyennes ordinairement espacées, grandes et 
larges. Chez plusieurs espèces, on remarque des fleurs mâles 
discoïdales. Capsule ovale ou oblongue, inclinée ou pendante. 
Opercule obtus ou muni d'un bec. Péristome double, l'externe 
à 16 dents lancéolées, l'interne formé d'une membrane sur- 
montée de cils. Coiffe en capuchon. 

L'unes des espèces les plus communes est le Mnium 
undulatum Hedw., dont nous avons représenté ci-dessus 
deux pieds fertiles à leur état de développement com- 
plet (fig. 1 et 2). 

II . — Détermination des principales espèees 
du genre MNIUM au moyen des feuilles. 

Le genre Mnium compte actuellement en France une 

(1) Bruch, Schimper et Gtimbel. Bryologia Europeea, 1836-55. 



3i 



LE NATURALISTE 



quinzaine d'espèces qui aiment les lieux frais et ombra- 
gés, les parois des ruisseaux, les anfractuosités humides 
des sources. Comme elles fructifient assez rarement dans 
le nord de la France, il est souvent difficile d'utiliser les 
caractères de la capsule et du périslome pour arriver à 
la connaissance des espèces. 

Les feuilles, au contraire, sont toujours bien dévelop- 
pées ; par leurs formes variées, par leur aréolation, 
leurs dentelures, leur nervure plus ou moins complète, 
par leur marge, elles nous ont paru susceptibles de four- 
nir un système artificiel de classification très avantageux 
dans la pratique. Ce qui va suivre est le résumé de nos 
remarques sur ce sujet. 

Structure générale des feuilles. — Comme celles de la 
plupart des autres Mousses, les feuilles des Mnium sont 
constituées par une seule épaisseur de cellules abon- 
damment pourvues de chlorophylle. Leur forme est ar- 
rondie, ovale ou spatulée, quelquefois lancéolée; leur 
pointe est tantôt aiguë tantôt obtuse, presque toujours 
terminée par un mucron formé par une dent de la 
marge ou par un prolongement de la nervure. 

Dans presque toutes les espèces la feuille est bordée 
par une marge visible. Cette marge est constituée par 
des cellules étroites et allongées qui, de distance en 
distance, et à des hauteurs diverses selon les espèces, 
s'accroissent au dehors sous forme de dents. 

Dans une seule espèce ( M. punctatum) la marge est 
unie et non dentée, dans une autre (M. cinclidioidcs) la 
marge est tellement étroite, les dents sont tellement 
courtes et vagues que la feuille est le plus souvent décrite 
comme absolument entière. Dans toutes les autres es- 
pèces, la feuille porte des séries de fortes dents simples 
ou géminées. 

L'aréolation des feuilles est variable : généralement 
elles sont formées d'un tissu dense et serré; d'autres 
fois aussi, elles offrent de larges mailles hexagonales 
qui, à l'œil nu, ressemblent aune multitude de ponctua- 
tions {M. punctatum). 

La nervure est constante dans tout le genre Mnium ; 
toutefois une seule espèce en est dépourvue, c'est le 
M. stellai*e (fig. 16) qui présente aussi une aréolation spé- 
ciale rappelant un peu celle des Bryum. Suivant qu'elle 
n'atteint pas ou qu'elle dépasse le sommet, la nervure 
fournit d'excellents caractères pour la détermination des 
espèces. 

Voici maintenant, pour chaque espèce, la description 
des feuilles moyennes de la tige. 

1°. Feuilles marginées 
a. — Feuilles dentées à dents unisêriêes. 

1. Mnium affine Bland. — Feuilles largement ovales, 
rétrécies vers la base ; sommet arrondi avec une dent 
médiane bien développée; feuilles marginées, munies de 
dents simples sur tout leur contour, assez longues vers le 
sommet et le milieu, plus courtes et tendant à s'effacer 
vers la base. Nervure forte, se prolongeant dans la dent 
médiane (fig. 3). 

■2. M. affine, var. elalum Brid. (fig. 4). — Cette variété 
possède des feuilles ayant la même forme que celles du 
M. affine, mais plus espacées ; la marge est bien visible; 
les dents sont nombreuses, très courtes, parfois même 
en partie effacés. 

■S. M. cuspidatum Hedw. — Feuilles ovales, resserrées 
vers la base; pointe allongée. Marge étroite, garnie de 



dents nombreuses et peu profondes dans la moitié supé- 
rieure seulement. Nervure complète (fig. 5). 

4. M. médium B. et Sch. — Feuilles ovales, plus larges 
vers la base que dans M. affine, sommet moins arrondi. 
Nervure forte, formant un acumen médian. Marge bien 
distincte, fortement dentée jusqu'à la base (fig. C). 




Fig. 3. — Mnium affine, Bland. — Feuille marginéc, dentée 

sur tout son contour. 

Fig. 4. — Mnium affine, var. elatum, Brid. — Feuille mar- 

ginée, légèrement dentée. 





Fig. 



Fijj 



- Mnium cuspidatum, Hedw. — Feuille marginéc, 

dentée dans la moitié supérieure. 
Mnium médium Br. et Sch. — Feuille marginée, 
fortement dentée jusqu'à la base. 



5. M. rostratum Schwœg. — Feuilles ovales, arrondies 
au sommet, brusquement rétrécies vers la base. Marge 
bien visible, garnie dans les trois quarts supérieurs de 
délits nombreuses mais peu marquées et complètement effa- 
cées vers la base. Nervure se prolongeant en un léger api- 
cule(fig. 7). 

6. M. insigne Mitt. (fig. 8). — Feuille ovale arrondie, 
s'élargissant légèrement vers la base, quelquefois spa- 
tulée. Dents courtes et espacées. Nervure complète formant 
un acumen médian. 

7. M. undulatum Hedw. — Plante très élégantes for- 
mant des touffes molles ou des gazons étendus d'un vert 
jaunâtre. Feuilles allongées, ondulées et fortement crispées 
à l'état sec, arrondies au sommet et resserrées vers la 
base. Nervure complète, faisant saillie en une pointe 



LE NATURALISTE 



37 



légère. Marge bien distincte munie de dents rapprochées 
sur tout son contour t '(fig. 9). 





Fig. 7. — Mnium roslratum, Schvœg. — Feuille marg'iné'e ; 

dents nombreuses, mais peu marquées. 

Fig. S. — Mnium insigne, Mitt. — Feuilles marginées ; dents 

courtes et espacées. 

b. — Feuilles à dents bisàriées. 

8. M. spinosum, Sçhwœg. — Feuilles ovales, plus 
étroites dans la partie supérieure. Nervure complète for- 
mant un acumen médian. La marge ne porte des dents 
que dans la moitié supérieure; les dents sont doubles 
(fig. 10). 




Fig. 9. — Mnium undulalum Hedw. — Feuille allongée, on- 
dulée, fortement crispée à l'état sec. 
Fig. 10. — Mnium spinosum, Schwteg. — Feuilles marginées, 
dentées dans la moitié supérieure. — Dents bisériées. 



9. M. orthorhynchum Br. et Schimp.' — Feuilles res- 
semblant beaucoup à celles de l'espèce précédente ; tou- 
tefois les dents sont plus courtes et le sommet est termi- 
né en une pointe moins obtuse. Dents effacées dans la moi- 
tié inférieure. Nervure complète (fig. 11). 

10. M. serratum Brid. — Feuilles ovales, allongées, 
arrondies au sommet, fortement rétrécies vers la base. 
Nervure complète à mucron court. Marge distincte, à 
dents nombreuses, très peu marquées et effacées dans les 2/3 
inférieurs (fig. 12). 

11. M. hornum Lin. — Feuilles allongées, fortement 
rétrécies vers la base, terminées en pointe allongée à 
l'extrémité supérieure. Marge bien distincte, munie de 
dents nombreuses, formant au sommetun acumen court. 
Nervure s 1 arrêtant au-dessous du sommet (fig. 13). 



c. — Feuilles non dentées. 

12. M. punctatum Lin. — Feuilles ovales, arrondies, 
rétrécies vers la base. Marge distincte, sans aucune dent. 
Nervure atteignant généralement le sommet, maiss'arrê- 




Fig. 11. — Mnium orthorhynchum, Pn. et Sch. — Feuille 

marginée; sommet aigu. 

Fig. 12. — Mnium serratum, Brid. — Feuilles marginées ; 

dentées dans le tiers supérieur seulement. 




Fig. 13. — Mnium hornum, Lin. — Feuille marginée. — Ner- 
vure s'arrêtant au-dessous du sommet. 
Fig. 14. — Mnium punctatum, feuille ovale; marge distincte, 
sans dent. 





Fig. 15. — Mnium cinclidioides, Husnot (Musc. Gall.). — 

Marge très étroite, peu visible. 

Fig. 16. — Mnium stellare, Hedw. — Feuille non marginée. — 

Nervure s'arrêtant au-dessous du sommet. 

tant aussi quelquefois au-dessous, le plus souvent asy- 
métrique. Cellules grandes, hexagonales, disposées en 
séries obliques (fig. 14). 



38 



LE NATURALISTE 



13. ilf. cinclidioides, Bhjtt. Musc. Gallix n° 379. (fig. 15.) 
— Feuilles ovales, parfaitement arrondies au sommet et 
vers la base. Nervure s'arrêtaut au-dessous du sommet. 
Marge extrêmement étroite, munie de dents très vagues. 
(Cette espèce n'est pas le M. cinclidioides d'Hùbener. 

2° Feuilles non marginées 

1 4. M. stellare Hedw. — Feuilles ovales, pointues au 
sommet et rétrécies vers la base; dentées dans leur tiers 
supérieur seulement, avec une dent médiane. Marge 
nulle. Nervure n'atteignant pas le sommet (fig. 16). 

Avec les caractères qui précèdent, on peut établir 
ainsi qu'il suit le tableau dichotomique du genre Mnium 
d'après la forme des feuilles : 

1 Feuilles marginées 2. 

» Feuilles non marginées. M. stellare. 

2 Marge assez large, bien visible 3. 

» Marge très étroite, peu distincte. M. cinclidioides. 

3 Marge plus ou moins dentée 4. 

» Marge non dentée. M.punctalum. 

4 Nervure atteignant le sommet 5. 

» Nervure s'arrêtant au-dessous du sommet. M. hornum. 

5 Feuilles dentées sur tout le contour 6. 

» Dents effacées dans le quart inférieur de la 

feuille 10. 

Feuilles ovales 7 . 

» Feuilles allongées, lancéolées. M. undulatum. 

7 Feuilles ovales à sommet arrondi 9. 

» Feuilles ovales ou spatulées, pointues à l'extré- 
mité 8. 

8 Dents nombreuses, longues. M. médium. 
» Dents courtes, moins nettes vers la base. M. insigne. 

9 Dents longues espacées, et bien visibles. M. affine. 
» Dents vagues et peu distinctes. M. affine var. elaturn. 

1 Dents simples 11. 

» Dents géminées 12. 

11 Sommet de la feuille arrondi. M. rostratum. 
» Sommet delà feuille allongé enpointe. M. cuspidatum. 

12 Nervure s'arrêtant à la base de 

l'acumen. ilf. orthorhynchum. 

» Nervure formant un apicule distinct au 

delà du limbe. M. spinosum. 

Un grossissement de 18 à 20 diamètres, tel que le 
peuvent donner les Microscopes nouveaux modèles de la 
maison Deyrolle, est parfaitement suffisant pour effec- 
tuer toutes ces observations. 

Constant Houlbert. 



LES MOYENS DE DÉFENSE 

DE QUELQUES LÉPIDOPTÈRES NOCTURNES 



Plateau, l'éminent naturaliste belge, a publié derniè- 
rement dans le « Naturaliste » (1) un article très intéres- 
sant sur la ressemblance protectrice chez les Lépidoptères 
européens, où il a passé en revue quelques-uns des pro- 
cédés mis en œuvre par ces animaux pour se dérober à 
la vue de leurs ennemis. J'ajouterai à son énumération 
un exemple, d'ailleurs connu, mais plus étonnant peut- 
être que tous ceux qu'il a cités : c'est celui de Pygœra 
bucephala Linné (2). 

(1) Plateau, La ressemblance protectrice chez les Lépidoptères 
européens, Le Naturaliste, 1 er novembre 1891, n° 112. 

(2) Voir â ce sujet : Wasiliew, Mimicry bei Phalcra buce- 
phala, Biol. Central!)., M. 10, 1890, p. 191. 



Pygœra est un Nocturne de la famille des Notodontidse, 
assez commun en mai et juin, qui reste immobile durant 
toute la journée pour ne se mettre en mouvement que le 
soir ou la nuit. Or, pour tous les Nocturnes, il est de la 
plus haute importance d'être bien dissimulés pendant 
leur période de repos afin de ne pas être vus des Oiseaux 
ou petits Mammifères en quête de nourriture ; aussi est- 
ce dans ce groupe que l'on trouve les plus nombreux 
exemples de coloration protectrice : les uns simulentdes 
feuilles tombées, comme les Bombyciens feuille-morte, 
les autres s'appliquent étroitement à la surface de troncs 
d'arbres avec lesquels ils se confondent parfaitement, 
leurs couleurs grisâtres et leur forme rappelant tout à 
fait des Lichens, etc. Pygœra ne fait pas exception à la 
règle. Lorsqu'il a les ailes étalées, ses couleurs sont assez 
élégantes; je mentionnerai surtout à la partie antérieure 
du corselet une large tache jaune-paille, entourée d'un 
liséré foncé; les ailes supérieures d'un gris argenté, tra- 
versées par des lignes noires et ferrugineuses, portent à 




Fig. 1. — Pygœra bucephala, les ailes étalées. 

leur extrémité libre une grande tache d'un jaune pâle, 
maculée de brun clair. Au repos, durant la journée, 
le Papillon a un aspect tout différent, et il faut y 
regarder à plusieurs reprises avant de le reconnaître ; 
il se pose le plus souvent sur des feuilles, au pied des 
arbres, et simule absolument une petite branche morte, 
à moitié couverte de moississure, se terminant d'un 
côté par une section assez nette, de l'autre par 
une brisure irrégulière. Les pattes maintiennent soli- 
dement l'animal et ne sont pour ainsi dire pas visi- 
bles ; les ailes se reploient le long du corps en se recou- 
vrant l'une l'autre ; la tête avec les antennes se cache 
sous le corselet. Les deux taches jaunes qui terminent 
les ailes supérieures figurent l'une des extrémités de la 
petite branche; l'autre est représentée avec une per- 
fection absolue par le corselet jaune et son liséré foncé, 
qui simulent le cylindre central et l'écorce d'une jeune 
tige. Quant aux ailes supérieures reployées, leur teinte 
variée correspond tout à fait à celle d'une branche cou- 
verte de petites moisissures irrégulières. En somme, la 
ressemblance est d'une perfection dont mon dessin ne 
peut donner qu'une faible idée, et doit infailliblement 
tromper les animaux en quête de nourriture. La pre- 
mière fois que j'ai trouvé Pygœra au repos, bien que 
connaissant par les livres son moyen de défense, j'ai dû 
regarder de très près pour me convaincre que c'était 
bien un Papillon; mon attention n'avait d'ailleurs été 
attirée que par une circonstance toute fortuite; ce que je 
prenais pour une branche à demi pourrie était placé sur 
une feuille d'Ombellifère très inclinée, et je n'ai regardé 
la chose avec soin que pour me rendre compte de ce qui 
pouvait la retenir en équilibre. 

Le Papillon semble avoir conscience que cette extraor- 
dinaire ressemblance est son unique moyen défensif ; en 



LE NATURALISTE 



39 



effet, on peut transporter la feuille où il s'est fixé, l'agiter 
assez longtemps sans qu'il fasse le moindre mouvement. 
Si on le force à s'envoler, il ne tarde pas à se poser 
de nouveau et reprend immédiatement l'apparence 
d'une branche morte. 

Pour terminer cet article, je ferai quelques remarques 
sur Catocala nupta Linné. Tous les collectionneurs con- 
naissent cette belle Noctuelle dont les ailes inférieures 
sont vivement colorées en rouge et noir, tandis que 
les ailes supérieures ont des teintes grises et ternes, 
éminemment protectrices. Au repos, durant la journée, 




ACADÉMIE DES SCIENCES 



Fig. 3. — Catocala nupta, les ailes étalées. 

puisque c'est aussi un Nocturne, il s'applique sur une 
surface homochromique avec lui, en cachant ses ailes 
inférieures sous les supérieures (fig. 4). D'après les au- 
teurs, il se confond facilement avec les lichens : « Ces 
« papillons au repos, dit Girard (1), se confondent pour la 
« vue avec les Lichens des troncs d'arbres, des roches et 
« des murailles, de sorte qu'il arrive souvent qu'on les 
« voit se reposer sur le tronc d'un arbre, à quelques pas 
« de distance, et qu'on ne peut les retrouver s'ils ne 
« font pas de mouvements. » 

Pour ma part, tous les Catocala que j'ai vus depuis 
plusieurs années, aux environs de Paris et de Nancy, 
étaient appliqués à la surface de vieux murs, la couleur 
du plâtre sale s'harmonisant d'une façon parfaite avec 
celle des ailes supérieures et du corps. Cette observation, 
en apparence insignifiante, nous prouve un fait impor- 
tant: c'est que les Papillons à couleurs protectrices, soit 
par instinct héréditaire, soit autrement, savent très bien 
choisir les surfaces sur lesquelles ils sont le mieux dis- 
simulés, sans attacher aucune importance à leur nature : 
ils ont donc une perception très parfaite des couleurs. 
On sait qu'il n'en est pas de même pour tous les Insectes; 
d'après les recherches de Lubbock et de Forel (2), les 
bourdons et les abeilles verraient les couleurs, tandis 
que les guêpes seraient incapables de les apprécier; 
quelques expériences sur les Papillons diurnes, à cou- 
leurs non protectrices, semblent prouver qu'ils sont 
aussi complètement indifférents aux couleurs des objets. 

L. Cuénot. 



(1) Forci, Expériences et remarques critiques sur les sensa- 
tions des Insectes, Recueil zoologique Suisse, t. IV, paru 
en 1886. 

(2) Girard, Traité élémentaire d'Entomologie, 1883. 



Séance du S janvier. — L'époque des premières érup- 
tions de l'Etna n'était pas jusqu'ici bien déterminée, M. Wal- 
lerant, par l'intermédiaire de M. Fougue, informe l'Académie 
que les basaltes résultant des plus anciennes éruptions, par 
leurs rapports avec les couches géologiques en contact remon- 
tent à l'époque des marnes subapennines. 

Séance du 9 janvier. — M. Dehérain entretient l'Aca- 
démie de ses recherches sur les eaux de drainage des terres 
cultivées, sur la quantité d'azote qu'elles entraînent et qui, non 
utilisé, est perdu pour la récolte, en même temps que la terre 
s'appauvrit. — M. E. de Mély communique à l'Académie le 
résultat de ses expériences sur le traitement des vignes phyl- 
loxérées par le pétrole, et, étant donnés les succès qu'il a ob- 
tenus par ce procédé, demande que des expériences soient 
faites, pour préciser le maximum de pétrole que peut sup- 
porter la vigne. — M. de Bruyne transmet à l'Académie l'ex- 
posé de ses observations sur la phagocytose dans les branchies 
de la Moule, de l'Unio, de l'Anadonte et de l'Huître. Cette pha- 
gocytose aurait pour effet de débarrasser l'organisme des élé- 
ments malades ou mortifiés. — M. Perrier présente une note de 
M. E.-L. Bouvier sur les affinités des divers groupes de Gas- 
téropodes. Il résulte des recherches de M. Bouvier sur le sys- 
tème nerveux de VActseon solidulus, que ce Gastéropode est 
une forme de passage entre les Prosobranches et les Opistho- 
branches, et entre ces derniers et les Pulmonés. — M. A. Mar- 
cacci adresse une lettre à l'Académie réclamant la priorité sur 
M. Bareste pour ses travaux sur l'influence du mouvement de 
rotation sur le développement des œufs de poules. Dans les 
publications qu'il a fait paraître en 1886, 1888 et 1889, M. Mar- 
cacci avait annoncé et au delà les résultats obtenus par M. Ba- 
reste. 

Séance du 16 janvier. — M. Marey entretient l'Aca- 
démie des mouvements de natation de la Raie, et communique 
en même temps une série d'images de ces mouvements obtenus 
par la Chronophotographie. Ces images offrent une extrême 
ressemblance avec celles que donnent la chronophotographie 
appliquée au vol des Oiseaux, et surabondamment l'analogie 
qui existe entre le vol et la natation. Vient ensuite une note 
de M. Ranvier sur la contractilité des vaisseaux sanguins. 
Dans ces recherches, l'auteur expérimente sur la membrane 
périœsophagienne de la grenouille, entièrement détachée de 
l'animal, afin d'éliminer l'influence do la circulation, et sou- 
mise à l'excitation électrique. On constate alors que les arté- 
rioles sont douées de contractilité, mais que les capillaires ne 
possèdent pas cette propriété. Les parois de ces derniers sont 
uniquement élastiques. — M. Behérain présente ensuite une 
note de MM. A. Muntz et Ch. Girard sur les pertes d'azote 
dans les fumiers, pertes que l'on peut éviter en partie en as- 
sociant à la paille des litières, des terres toui'beuses qui fixe- 
raient des quantités énormes d'ammoniaque. — Enfin M. Bu- 
chartre fait connaître les travaux de M. E. Mesnard sur la 
localisation des huiles grasses dans la germination des graines. 
Les conclusions de l'auteur sont les suivantes : 

1° Sauf chez les Graminées, il n'y a pas d'assise spéciale 
pour les huiles grasses. 

2° Il n'y a pas dédoublement des huiles par saponification. 
3° Les huiles sont indépendantes de l'amidon, et du glucose, 
mais peuvent se superposer aux matières albuminoïdes. 

Ad. Malard. 

LIVRE NOUVEAU 



Fetschrift zum Siebenzigsten Geburtstage Rudolf Leucharts. 

Dem Verehten jubilar Dargebracht von seinen Danksbaren 

Schûlerm. 
Leipzig (W. Engelmann), in-4°, 1892, XV, 413, p. 40. PI. 
43 fig. dans le texte, portrait. 

Ce volume, comme tous les Festchrift, est publié avec 
grands soins. Ci-joint la liste des mémoires qui le composent. 
Apstein, Cari. Callizona Angelini (Kbg) Apstein (PL V), 

pp. 44-47. 
Baur, Georg. Das Variircn der Eidechscn-Gattung Tropi- 

durus auf den Galapagos-Insein (fig.), pp. 259-278. 
Bergendal, D. Einiges tiber den Utérus der Tricladen 

(PI. XXXII), pp. 310-318. 



40 



LE NATURALISTE 



Brandt, Alexander. Uebcr Hôrncr und Geweihe (figs), 

pp. 407-413. 
Biitschli, Otto. Uebcr den feineren Bau der contractilcn 
Substanz der Muskelzellen von Ascaris, nebst Bemcrkungcn 
liber die Muskelzellen ciniger andercr Wiirmer (PI. XXXIV), 
pp. 328-337. 
Chun, Cari. Die Dissogonie, eine neuc Form der geschlecht- 

lichcn zeugung (PI. IX-XIII, fig.), pp. 77-108. 
Fowler, G. Herbert. The Morphology of Rabdopleura Nor- 

mani Allm. (PL XXX), pp. 293-297. 
Griesbach, Hermann. Ueber Plasmastructuren der Blut- 
korperchen im Kreisenden Blute der Amphibien (PI. XXIII), 
pp. 215-227. 
Gruber, August. Einzellige zwerge (fig.), pp. 74-76. 
Heincke, Friedrich. Variabilitât und Bastardbildung bei 

Cyprinoïden (PI. VIII, fig.), pp. 65-73. 
Henking, Hermann. Darstellung des Darmcanals von Hi- 

rudo (PI. XXXIII), pp. 319-328. 
Herrick, C.-L. Notes upon the Histology of the Central Ncr- 
vous System of Vertébrales (PI. XXVII-XXVIII), pp. 278- 
288. 
Kadyi, Heinrich. Ueber die Gelenkfiâchen des Ellenbogcn- 

gelenks (PL IV), pp. 36-43. 
Korscbelt Eugen. Beitrage zur Entwicklungsgeschichte der 

Cephalopoden (PL XXXVI et XXXVII, figs), pp. 347-373. 
Hoosmann, Robby. Zur Histologie der Chorionzotten des 

Menschcn (PL XXIV, fig.), pp. 238-249. 
Looss Arthur. Ueber Amphistomum eubclavatum Rud. 

und seine Entwicklung (PL XIX-XX. fig.), pp. 147-167. 
De Man, J.-G. Ueber eine neue, in Gallen ciner Meeresalge 
lebende Art der Gattung Tylenchus Bast. (PL XVI, fig.), 
pp. 121-125. 
Mark Edward Laurens. Polychœrus caudatus nov. gen. et 

nov. spec. (PL XXI), pp. 298-309. 
Monticelli, Francesco Saverio. Cotylogaster Michœlis. 
n. g. n. sp. e Revisione degli Aspidobothridîe (PL XXI-XXII, 
fig.), pp. 168-214. 
Pohlig, Hans. Altpermische Sauricrfàhrten, Fische und 
Meduscn der Gegend von Friedrichroda in Thiir (PL V et 
fig.), pp. 59-64. 
Schmidt, Emil. Ein Anlhropoïden-Fotus (PL III), pp. 26-35. 
Von Seiller, Rudolf Fr. Die zungendriisen von Lacerta 

(PL XXV-XXVI), pp. 250-258. 
Simroth, Heinrich. Uebcr einige Raublungensclmecken des 

Kaukasus (PL VI et fig.), pp. 48-58. 
Rabl, Cari. Ueber die Entwicklung des Venensystems der 

Scla'chier (fig.), pp. 228-235. 
Salensky, Wladimir. Ueber die Thàtigkeit der Kalymmo- 
cyten (Tcstazollen) bei der Entwicklung ciniger synascidien 
(PL XIV-XV). 
Seeliger, Oswald. Ueber die erste Bildung des Zwittcrap- 
parates in den jungen Pyrosomenstocken (Pï. XXXVIII), 
pp. 374-385. 
Sonsino, Prospero. Studi sui parassiti di molluschi di 
acqua dolce nei dintorni di Cairo in Egitto (PL XVIII), 
pp. 134-146. 
Stiles Ch.-W. On the Anatomy of Myzomimus scutatus 

(Musller.1869), Stiles 1892 (PL' XVII), pp. 126-133. 
Taschenberg, Otto. Die bisherigen Publicalioncn Rudolf 

Lcuckart's, pp. 1X-XV. 
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der Inscctcn (PL XXXV), pp. 337-346. 
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und Antropomorphcn (PL I-II), pp. 1-25. 
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céros unicornis L., pp. 405-406. 
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Aquaricn der Biologischcn Station zu Pion (PL XXIX), 
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rum, Gd Champignon parasite du Criquet pèlerin. PL 9. 

Revue gén. de Rot. 1892, pp. 449-462. 



DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES 11JYEÀUX 



Elpltos Brabanti, n. sp. — o*>75 mm. Antennes fortement 
pectinées. Cette espèce ressemble en dessus à l'Elphos hyme- 
naria, gn. c*, mais les ailes supérieures sont traversées par 
une bande droite, oblique, couleur café au lait clair, 
entremêlée d'ondulations blanches. Cette bande, large de 
9 mm., est un peu étranglée aus deux tiers de son parcours; 
elle part de la côte un peu au-dessus du trait cellulaire et 
vient aboutir à l'angle interne. Par cette bande, mon es- 
pèce se rapproche d'Élphos hymenaria, Q. Dessous des supé- 
rieures gris ardoise, légèrement moucheté de blanc à la base, 
avec la bande du dessus, blanche, picotée de gris vers le milieu, 
et une tache apicale blanche picotée de gris. Inférieures gris- 
ardoise, avec des taches blanches au bord externe, entre les 
nervures; les deux près de l'apex plus grandes. Un trait cellu- 
laire allongé, noirâtre aux inférieures, et non pas une tache 
ronde, comme chez « hymenaria » o*. Devant des pattes anté- 
rieures très poilu, blanc sous la trompe, puis noir ; tibias des 
postérieures très longs (14 mm.), très renflés, gris, avec un fort 
pinceau de poils jaunâtres. La deuxième paire d'éperons paraît 
atrophiée. 

Java M. O., 1 o*, ma coll. Dédié à M. Ed. Brabant. 

« Phopodesina Menadiara », n. sp. — çf, 24 mm. An- 
tennes plutôt fortement crénelées que pectinées, à tiges 
blanches (rappelant celles de « Phorodcsma gratiosaria » Brcm). 
Front verdàtre, espace entre les antennes blanc. Corps et ailes 
robustes, vert jaunâtre, approchant du ton de « Ncmoria stri- 
gata » un peu fanée, extrémité de l'abdomen blanchâtre. Les 
ailes et la frange sont vertes, sans aucun dessin. La côte des 
supérieures paraît rosée. On voit deux petits points nervuraux 
blancs au premier tiers de l'aile supérieure, l'un sur la mé- 
diane, l'autre sur la sous-médiane, et une série de petits poinis 
blancs (un sur chaque nervure) formant une ligne presque 
droite qui part de la côte à 3 mm. de l'apex et vient aboutir 
au bord interne à 2 mm. de l'angle interne. L'apex est aigu. La 
ligne de points nervuraux blancs se retrouve aux inférieures, 
mais elle est arquée extérieurement, surtout vers son milieu. 
Elle part de la côte à2 mm. de l'apex et vient rejoindre le bord 
interne à 3 mm. de l'angle anal. On distingue difficilement un 
petit trait cellulaire vert foncé aux quatre ailes. Dessous blanc 
verdàtre, avec la côte rose, palpes et pattes blanc rose. Une 
seule paire d'éperons à l'extrémité des tibias postérieurs. Corps 
blanc en dessous. 

Cette jolie phalène a été découverte à Bône (Algérie) par le 
docteur Vallantin, dans sa villa « ménadia ». Elle fait partie 
de sa collection. 

P. TniERRY-MlEO. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



15" ANNÉE 



2" Série 



IV 14» 



15 FÉVRIER 1893 



LA MARCHANTIE PROTEE 

Marchantia polymorpha, L. 



La Marchantie est une petite plante deslieux humides ; 
elle pousse dans les pre's, au bord des fontaines, au pied 
des murs, dans les grottes et dans les carrières. C'est au 
printemps qu'il faut la recueillir pour suivre le dévelop- 
pement de ses organes fructificateurs. 

Cette petite plante est bien différente des végétaux à 
fleurs que nous avons l'habitude de recueillir ; elle n'a 
pas de tige distinc- 
te et pas de feuil- 
les séparées. Son 
corps (fig.l) est for- 
mé par une lame 
d'un vert intense, 
profondément dé - 
coupée en lobes l, 
/, irréguliers, que 
l'on nomme un thal- 
le. Si l'on veut sé- 
parer le thalle du 
sol sur lequel il est 
fixé , on éprouve 
une certaine résis- 
tance ; elle est due 
à de très fins fila- 
ments — rhizoïdes 
rh — qui naissent sur 
sa face inférieure et 
jouent le rôle de ra- 
cines. 

A l'œil nu. et 
mieux à la loupe, 
la face supérieure, 
libre, du thalle, est 
découpée en petits 
losanges qui tous 
ont au centre une 
perforation poncli- 
forme. Cette dispo- 
sition si caractéris- 
tique est spéciale 
au genre de végé- 
taux qui nous oc- 
cupe, et elle per- 
mettra facilement 
de reconnaître une 
Marchantie. Ces lo- 
sanges sont traver- 
sés par des nervu- 
res qui occupent la 
ligne médiane longitudinale des lobes. 

Les exemplaires destinésà l'étude seront recueillis avec 
soin et rapportés, si possible, avec leur support. On les 
placera sur un plateau ou sur une assiette et l'on recou- 
vrira le tout avec une cloche de verre ; cette dernière 
précaution est absolument nécessaire pour entretenir 
l'humidité autour des thalles ; un arrosage léger est pra- 
tiqué chaque jour. Dans ces conditions, lesMarchanties 
s'accroissent, donnent leurs propagules et même leurs 
organes reproducteurs sexués ; on peut assurer ce der- 
nier résultat en récoltant des exemplaires où se mon- 
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris. 



iûZ- 



vase 




trent les premiers mamelons qui deviendront les récep- 
tacles de ces organes. 

Le thalle est essentiellement cellulaire ; il n'y a pas 
trace de vaisseaux. 11 est facile de pratiquer des coupes 
fines, en pinçant le thalle dans de la moelle de sureau, 
on constate que la disposition losangique de la surface 
est due à une structure profonde particulière (fig. 2). L'o- 
rifœe or, qui occupe le centre de chaque losange, donne 
accès dans une crypte cr, et, sur le plancher, s'élèvent 
une série de filaments f, f, dont les cellules sont remplies 
de grains de chlorophylle. Ce sont des cryptes respira- 
toires, et leur orifice n'est pas assimilable aux stomates 

des feuilles des vé- 
gétaux supérieurs, 
mais mieux à l'ori- 
fice des cryptes des 
feuilles du laurier 
rose. 
L'examen du thal- 
le en pleine végé- 
tation montre, s'in- 
sérantsurles lobes, 
sur les nervures, 
des coupes qu'on 
nomme : corbeilles 
à propagules cb. Cha- 
que corbeille (fig. 3) 
est portée par un 
pied court et son 
bord est finement 
découpé en denti- 
culations aiguës. 
Dans la corbeille 
sont entassés des 
petits corps oblongs 
les propagules pg. 
Ces propagules se 
forment au fond 
delà corbeille, puis 
s'élèvent sur un 
court pédicule et 
enfin se détachent, 
ayant la forme d'un 
petit violon (fig. 4). 
On peut suivre le 
développement de 
ces petits corps re- 
producteurs qui 
tombent sur le sol, 
s'y fixent par des 
rhizoïdes et se dé- 
veloppent en un 
nouveau thalle. 
A côté de la mul- 
asexuée par propagules, les Marchanties 
possèdent la reproduction sexuée. Le Marchantia po- 
lymorpha est dioïque : certains thalles portent les orga- 
nesmdles, d'autres les organes femelles. 

Le thalle mâle (fig. 5) émet des réceptacles rm, qui se 
dressent et se terminent par une tête élargie, à bord si- 
nueux. La face supérieure de cette tête (fig. 6) est cri- 
blée d'orifices ; les uns donnent accès dans des 
cryptes respiratoires, les autres dans les conceptaclcs 
mâles an; ces deux ordres de cavité alternent régulière- 
ment. 



tiplication 




45 



LE NATURALISTE 



Sur une coupe transversalement dirigée (fig. 8) on re- 
trouve facilement les cryptes cr, avec leurs orifices or, et 
leurs filaments, et, entre elles, les conceptacles mâles ca. 
Si la coupe a entame' le conccptacle, on voit se dresser, 
sur un pied court p, un sac ovoïde, Vanthéridie an. La 
rupture de la paroi de l'anthéridie met en liberté les an- 
thérozoïdes (fig. 7), ayant une tète t, arrondie, etdeuxci'/s 
moteurs c, c. Ce sont les éléments fécondateurs mâles. 

Le thalle femelle (fig. 9) émet aussi des réceptacles rf, rf, 
avec tête terminale. Ici la tète (fig. 10) est profondément 
découpée en lobes Ib, Ib, digitiformes, allongés, et, au 
premier abord, cette disposition permet de reconnaître 
les réceptacles femelles des réceptacles mâles. La face supé- 
rieure de ces têtes ne présente aucune particularité, 
mais, si l'on retrousse les lobes, on voit s'insérer au des- 
sous d'eux, contre le pédicelle, un verticille de sacs ph. 
qui répondent à l'intervalle des lobes. Chaque sac cons- 
titue un périchèze ph, il est formé de deux valves dont les 
bords libres se prolongent en lanières aiguës qui s'en- 
grènent réciproquement entre elles. 

La coupe (fig. 11) passant entre les deux valves du pé- 
richèze montre qu'elles protègent quatre corps qui sont 
les organes femelles ou archégones ah, ah. 

L'archégone (fig. 12 et 13) a la forme d'une petite 
bouteille, ayant un col c, rempli de mucilage, dont l'ori- 
fice regarde vers la terre, et un ventre renflé où se trouve 
l'œuf o. 

Si, par l'effet d'une forte pluie, les anthérozoïdes 
échappés des anthëridies sont entraînés vers les archégones 
ils peuvent atteindre l'orifice du col, et l'un d'eux peut 
arriver jusqu'à l'œuf qu'il féconde. 

La fécondation s'accompagne de transformations pro- 
fondes du côté de l'œuf et de l'archégone (fig. 14). 

L'œuf donne le sporogone. C'est un corps formé par un 
pied p, massif, qui supporte un sac rempli de spores sp. 
Le sporogone est enveloppé par la paroi de l'archégone 
qui constitue la coiffe cf ; enfin, il se développe, partant 
du pied même de l'archégone une enveloppe résistante 
qui entoure le sporogone et la coiffe, on l'appelle le pé- 
rianthepr, pr. Ainsi, lorsque ces modifications sont opé- 
rées, chaque périchèze contient plusieurs sporogones, 
chaque sporogone étant enveloppé par sa coiffe et, plus en 
dehors, par son périanthe . 

A la maturité (fig. 15) le pied pd du sporogone s'al- 
longe, le sporogone distend et déchire la coiffe cf. et sa 
paroi se rompt en valves sp pour laisser échapper son 
contenu .s, s. 

Ce contenu est formé par une multitude de spores s,s, 
mêlées à des fils spirales, hygroscopiques, les élatères e, e, 
qui, par leurs mouvements saccadés, favorisent la dis- 
sémination des spores. 

Ces spores (fig. 17) placées dans de bonnes conditions 
germent, donnent un filament cellulaire, n, à l'extré- 
mité duquel se forme le thalle pt, pluri-cellulaire, qui 
s'accroît rapidement (fig. 18). 

Telle est, rapidement esquissée, l'histoire de la Mar- 
chantie protée. Ainsi, de l'œuf fécondé ne sort pas un 
thalle nouveau de Marchantie, mais le sporogone ; ce 
corps cellulaire produit, sans fécondation, les spores ase- 
xuées et les élatères. Ce sont ces spores asexuées qui don- 
nent le thalle initial. Il y a donc alternance, dans le dé- 
veloppement de la Marchantie, de deux phases succès. 
sives. Le thalle se multiplie par ses propagules, et porte 
les éléments sexués, V anthérozoïde dans l'anthéridie, Vœuf 



dans l'archégone. Vœuf fécondé donne le sporogone, dans 
lequel se forment les spores asexuées. Ces dernières spores 
reproduisent le thalle initial. Cette alternance de deux 
phases si distinctes dans le développement constitue un 
des faits les plus remarquables de l'histoire de la Mar- 
chantie. 

Le genre Marchantia fut établi en 1713 par Marchant 
qui le dédia à son père, il constitue une partie de la 
classedes Hépatiques. Ce nom d'hépatiques — lebermoosse 
des Allemands —rappelle la réputation dont a joui jadis 
la Marchantie comme remède contre les maladies du foie. 
Lieutand l'employait contre les affections cutanées chro- 
niques et la phtisie; Short le recommandait comme diu- 
rétique et, comme tel, il a été utilisé par Cazin contre 
l'anasarque. On le recherche encore dans les campa- 
gnes, et l'infusion de plantes fraîches, pure ou mêlée au 
lait, est administrée dans les engorgements des viscères. 
Les coupes microscopiques montrent, dans certaines 
cellules, des dépôts huileux, jaunâtres, dont la compo- 
sition et les propriétés demandentune étude minutieuse, 
qui pourrait expliquer les propriétés accordées à ces 
petits végétaux dans l'Europe entière. 

D r Paul Girod. 



LAME ET NYMPHE DE DYTIQUE 



J'ai obtenu l'année dernière de deux larves de Dytique que 
j'avais prises dans une petite localité des environs de Paris 
deux nymphes, l'une qui vint tout à fait à terme et l'autre qui 
mourut le lendemain de son éclosion, n'ayant pu se débar- 
rasser d'une partie de sa dépouille. 

L'extrémité seule du corps de cette nymphe avait réussi à 
se dégager de la peau de la larve. Toute la partie antérieure 
était restée empêtrée et, bien que j'eusse réussi à en délivrer 
l'insecte sans le blesser, je ne le conservai pas vivant. 

Quant à l'autre nymphe, dont je vais donner la description 
et que je représente figurée ci-jointe, je n'ai pu attendre son 
éclosion et je l'ai conservée dans l'alcool. Je ne saurais donc 
préciser à quelle espèce elle appartient. Cependant, en raison 
de sa forme très étroite, je crois devoir la rapporter au 
Dyticus circumfiexus (F.)i d'autant que cet insecte est sensi- 
blement plus étroit que D. marginalis et qu'il est assez abon- 
dant dans la localité et à l'époque (mois de juillet) où j'ai pris 
cette larve. 

Je donne ci-après les caractères de D. circumfiexus : Corps 
plus rétréci, paraissant plus allongé que chez D. marginalis, 
abdomen bordé de noir, lobes des apophyses coxales prolongés 
en pointe affilée, une tache jaune au milieu de l'écusson, tête 
sans bordure, rousse autour des yeux, bordure des élytres et 
du corselet plus large et légèrement plus blanchâtre, couleur 
des élytres en général d'un vert olivâtre plus clair et plus 
diaphane, surtout chez l'insecte vivant. Les femelles, du moins 
en France, sont presque toujours à élytres lisses. 

Malgré tout le soin avec lequel j'ai examiné les deux larves 
dont je parle, je n'ai pu leur trouver de différence avec les 
nombreuses larves de D. marginalis que j'ai eues entre les 
mains, non plus qu'avec celles de cette dernière espèce dont 
j'ai lu la description ou que j'ai vues figurées dans des ouvrages 
d'entomologie. 

Je crois intéressant de rappeler ici les caractères de cette 
larve : 

La tète triangulaire, à côtés très arrondis (le bord antérieur 
de la plaque suscéphalique formant la base du triangle), est 
convexe en dessus et plane en dessous. Elle est nettement 
séparée du thorax par un col étroit et cylindrique. 

Le bord antérieur de la plaque suscéphalique est d'un 
brun foncé. Il est très étroit et tranchant. Les mandibules se 
recouvrent à l'état de repos. Elles sont en forme de faux et se 
terminent par une pointe très aiguë. Leur couleur est rou- 
geâtre, plus foncée vers l'extrémité et le long du bord interne. 
Elles paraissent absolument mutiques ; mais, si on les ouvre 
entièrement, on remarque tout à fait à leur base une saillie 






LE NATURALISTE 



43 



dentiformc à la partie inférieure de laquelle se trouve une 
ouverture ovalaire communiquant avec un sillon assez profond 
qui court le long de la face interne de la mandibule. 

Le bord antérieur de la tète forme un arc de cercle régulier 
jusqu'à la naissance des mandibules puis il se relève en une 
petite dent obtuse à la suite de laquelle il est limité et séparé 
des bords latéraux par un petit mamelon blanchâtre et à 
peine saillant, quoique bien délimité, sur lequel les antennes 
viennent s'insérer. 

Celles-ci se composent, outre ce tubercule basilaire, de quatre 
articles dont le premier est subcylindrique et un peu plus 
long que chacun des deux suivants, lesquels sont plus minces 
et légèrement subconiques. Quant au dernier article ou article 
terminal, il est fort petit, unguiforme et noirâtre. Lorsque la 




1. Larve de Dytique. — 2. Antenne très grossie. — 3. Palpe 
maxillaire très grossi. — 4. Lèvre inférieure et palpes 
labiaux. — 5. Patte grossie. — 6. Dessous des deux derniers 
arceaux de l'abdomen. 

larve est adulte, chacun des trois derniers articles antennaires 
présente à sa base un petit article supplémentaire, ce qui fait 
paraître l'antenne composée de sept articles. 

Cette disposition étrange ne se retrouve, selon MM. Chapuis 
et Caudèzc, dans aucune autre famille de Coléoptères. 

Les palpes maxillaires sont aussi de quatre articles et pré- 
sentent également chez la larve adulte des tubercules supplé- 
mentaires, mais il en existe deux consécutifs entre le premier 
et le deuxième article, ce qui porte le nombre total des articles 
à huit. De plus le premier article porte à la partie interne 
de son bord antérieur un petit tubercule isolé et cylindrique. 

La lèvre supérieure est nulle. 

La lèvre inférieure se compose d'un menton très court et à 
peine apparent, dans lequel se trouvent enchâssées deux pièces 
également fort courtes qui portent chacune les palpes labiaux. 
Ceux-ci sont biarticulés chez les jeunes larves et quadriarti- 
culés chez les adultes. L'extrémité du dernier article est noi- 
râtre. Il n'existe pas trace de languette.. 

Les ocelles, au nombre de six de chaque côté, sont noirs, 
très faciles à examiner et placés un peu au-dessous de l'inser- 
tion des antennes sur une petite plaque distincte légèrement 
moins foncée que le restant de la tête. Ces ocelles, dont le der- 
nier n'est visible que sur le côté, sont répartis comme suit : 
les deux plus externes sont arrondis et se tiennent généralement 
ensemble par une de leurs extrémités ainsi que les deux 
internes qui sont plus allongés. Les deux médians sont égale- 
ment allongés mais ne se touchent pas. 

Le dessous de la tête est aplati et présente, vers son milieu, 



une partie creuse a3'ant à peu de chose prés la forme d'une 
moitié d'entonnoir. 

Les trois anneaux du thorax et les sept arceaux abdominaux 
présentent la forme d'un losange très allongé dont les côtés 
seraient arrondis. 

Tous ces arceaux sont convexes et recouverts à leur partie 
supérieure d'un écusson corné. Le premier arceau thoracique 
est un peu plus long que les deux suivants réunis et affecte 
une forme conique. Son écusson, plus étendu, se recourbe en 
dessous de chaque côté et ne laisse à la partie inférieure 
qu'un espace assez étroit, situé juste au-dessus des hanches 
antérieures, et occupé par une sorte de petite fenêtre transpa- 
rente comme une plaque de mica. 

Les segments abdominaux vont en s'élargissant jusqu'au 
troisième et en s'amincissant jusqu'au dernier qui, avec l'avant- 
dernier, constitue un cône renversé. Ce dernier anneau est 
entièrement corné ; à son extrémité sont articulés deux appen- 
dices formés d'une seule pièce et munis de longs poils à cha- 
cune de leurs faces. 

Les stigmates sont répartis comme suit : 

La l re paire (visible seulement en dessous) sur la limite du 
bord antérieur du 2 e arceau thoracique ; 

Les 6 paires suivantes (visibles de dessus) sur le bord des 
sept premiers arceaux de l'abdomen ; 

La 8 e paire sous le 8 e arceau dans le voisinage du septième. 

La 9° paire, très rapprochée de l'anus, se trouve à l'extrémité 
du 8 e arceau, ou plus exactement se trouve logée dans l'échan- 
crure que forme en dessous ce dernii-r arceau. 

Les pattes, au nombre de trois paires, dont la première 
beaucoup plus courte et les deux autres subégales, la dernière étant 
cependant la plus longue, ont une structure analogue. Elles 
comprennent une hanche longue et libre, un trochanter très 
court, qui la relie à la cuisse, un tibia de même longueur et 
presque de même grosseur que la cuisse et enfin une pièce un 
peu plus courte qui tient la place des tarses et se trouve ter- 
minée par deux griffes égales entre elles et légèrement courbées. 

La couleur générale du corps de la larve est d'un gris jau- 
nâtre, transparent, très analogue à la coloration d'une cre- 
vette, ce qui lui permet de se confondre admirablement avec 
le milieu ambiant. Une double bande foncée court à droite et 
à gauche de la partie médiane de tous les arceaux, sauf du 
premier anneau thoracique. 

J'ajouterai que cette larve est essentiellement Carnivore et 
très vorace. Vers de vase, gros vers, mollusques, petits pois- 
sons, sangsues, tout lui est bon. Elle mord et dévore avec une 
sorte de frénésie. Que l'on se garde bien, si on veut en élever, 
d'en laisser plusieurs ensemble dans un même flacon. Ces 
larves viennent fréquemment respirer à la surface de l'eau, 
les deux appendices qui terminent le dernier arceau abdomi- 
nal écartés, la partie médiane de leur corps fortement arquée, 
la tète penchée et fixée vers le fond de l'eau. 

Veut-on les saisir, elles s'enfoncent rapidement et souvent 
se réfugient le long d'une plante aquatique, potamogéton, con- 
ferves ou autres. Voient-elles une proie, elles fondent littéra- 
lement dessus, la secouent comme le ferait un chien d'un rat 
et la déchirent avec leurs mandibules si acérées. 

Cette proie est-elle cachée dans la vase, elles fouillent le 
fond de l'eau avec leur chaperon, leurs mandibules ou leurs 
pattes. 

Veulent-elles venir respirer, elles remontent tout d'une 
pièce, comme le fait la poupée d'un ludion. 

En un mot ces larves sont fort intéressantes à observer. 

J'ai procédé, pour en obtenir la nymphe, comme je l'avais fait 
pour la larve de l'Hydrophile (voir Naturaliste, n° 112 du 
1 er novembre 1891). 

La larve se comporte à peu près de même façon, sauf qu'une 
fois sa loge faite, elle se tient immobile sur le dos comme les 
larves de Carabides et comme, en général, les larves de 
Coléoptères. 

La Nymphe. 

Cette nymphe offre ceci de particulier qu'elle semble trop 
étroite pour un insecte aussi ample que l'est un Dytique. On 
remarquera également la brièveté des organes du vol, ailes et 
élytres. Autre particularité intéressante : en arrière de l'œil, 
entre cet organe et le bord du corselet, l'on voit cinq ocelles 
très visibles, de couleur foncée. 

Pour le reste, cette nymphe permet assez bien de piévoir le 
faciès de l'insecte parfait. Les stigmates sont bien visibles. Le 
dernier anneau de l'abdomen est terminé par deux petites 
saillies de forme cylindrique, légèrement renflées à leur extré- 



LE NATURALISTE 



mité qui est munie de poils [courts et raides lui donnant un 
aspect rugueux. 

Toute la partie dorsale présente une série de spinules hé- 
rissées réparties également à droite et à gauche et donnant à 
la peau de la nymphe l'apparence d'une râpe. Le corselet est 
également muni sur ses bords de poils raides et de spinules. 

Toutes ces proéminences servent évidemment de points 






Nymphe de Dytique. — Vue de face et de profil, 
la tête et du corselet grossi. 



Partie de 



d'appui à la nymphe au moment où elle se dégage de sa 
dépouille pour devenir insecte parfait. 

Cette nymphe a des mouvements très brusques et presque 
rotatoires. Pour les exécuter, elle s'appuie sur les deux pointes 
qui terminent le dernier anneau abdominal. Parfois, lorsqu'on 
la touche ou qu'on l'expose à la lumière, elle se retourne com- 
plètement. Sa couleur, au moment où elle quitte la peau de la 
larve, est d'un blanc légèrement grisâtre. Il est probable qu'elle 
met pour passer à l'état d'insecte le même temps que celle 
de l'hydrophile. 

Louis Planeï. 



SUR LA DECOUVERTE D'UNE STATION 

DE L'ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE A LA CORBIÈRE 

PRÈS MARSEILLE 



Vers la lin de l'époque quaternaire le sol de notre pays 
était occupé par une population nomade ne connaissant ni 
l'agriculture, ni la domestication des animaux, et vivant pres- 
que exclusivement des produits de sa chasse et de sa pêche. 
Cette population à laquelle M. de Mortillet a donné le nom de 
Magdalénienne habitait les abris et les grottes que l'on ren- 
contre si fréquemment, surtout dans les régions calcaires de 
la France. 

C'est en parcourant les collines formées de dolomies juras- 
siques qui bordent le rivage à l'ouest de l'Estaque (1) que 
nous avons découvert une station de cette époque. Sur la pente 
orientale du premier ravin que l'on rencontre après la batterie 
de la Corbière, à 50 mètres à peine, à droite de la route, on 
voit un rocher presque vertical qui domine un petit abri. 

Quoique cet abri n'ait que 2 mètres de profondeur, 4 de lar- 
geur et 3 de haut, sa bonne exposition au S.-O., la proximité 
de la mer qu'il domine de 50 mètres avaient déterminé l'homme 
à y établir son domicile. D'ailleurs, à l'époque magdalénienne, 
il devait être un peu plus considérable qu'aujourd'hui ainsi 
que le démontrent les nombreux rocs éboulés devant l'entrée. 

La couche archéologique est noire, elle a une épaisseur de 
13 centimètres et repose sur une couche blanche calcaire de 
10 centimètres qui la sépare du sol rocheux. Pour atteindre 
la couche archéologique il nous a fallu enlever, sur une épais- 
seur de 50 centimètres, les couches sableuses et terreuses mêlées 
de cendres qui la surmontaient. 

Dans la couche archéologique, nous avons pu constater la 
présence de plusieurs foyers autour desquels sont disséminés 
des silex, des fragments d'os calcinés et des coquilles ayant 
subi, elles aussi, l'action du feu. 

Au fond de l'abri nous avons trouvé péle-môle un certain 
nombre d'ossements humains appartenant tous au même indi- 
vidu et qui nous permettent de faire quelques remarques sur 
la population de cette époque. Les fémurs, les cubitus, les 
radius et les humérus de cet individu montrent qu'il était très 
grand et très robuste, qu'il était déjà d'un âge mûr; d'ailleurs 

I An X. du golfe de Marseille. 



l'usure de la couronne des dents s'observe toujours à un haut 
degré chez les races préhistoriques. 

Quoique ces os fussent réunis en un même point de l'abri, 
ils n'avaient plus leur connexion naturelle. La tête, les tibias, 
une partie des côtes et un grand nombre de vertèbres faisaient 
défaut ; de plus, il n'y avait auprès de ces ossements ni orne- 
ments funéraires, ni silex spéciaux, mais bien les mêmes dé- 
chets de cuisine que dans le reste do l'abri. Il n'y a donc pas 
là sépulture. Par contre, nous croyons pouvoir affirmer qu'il 
n'y a pas là non plus un cas d'anthropophagie, car aucun 
ossement n'a été brisé intentionnellement et aucun d'eux ne 
porte de trace de l'action du feu ; de plus, tous les ossements 
étant réunis en un même point de l'abri, il y a tout lieu de 
croire que le cadavre a dû se décomposer sur place, tandis 
que, s'il avait été mangé par ses semblables, les ossements au- 
raient été dispersés çà et là ou même rejetés en dehors de 
l'abri, comme cela a eu lieu pour la plupart des ossements des 
autres mammifères. 

L'abri a dû être abandonné après la mort de l'individu dont 
nous avons trouvé les restes, car, si d'autres hommes avaient 
continué à l'habiter après sa mort, ils n'auraient pas manqué 
de rejeter à l'extérieur le cadavre dont le voisinage était aussi 
encombrant que désagréable surtout dans un abri aussi res- 
treint. Nous avons jadis constaté un fait du même genre dans 
l'abri néolithique de la calangue de Courtiou, où la couche 
contenant des restes humains est surmontée d'une couche 
blanche sans débris d'industrie et dont l'épaisseur fait pré- 
sumer que cette station est restée longtemps inhabitée après 
la mort de l'individu dont nous avons trouvé les ossements. 

Les Magdaléniens de l'abri de la Corbière chassaient le gros 
gibier, car nous avons recueilli, parmi leurs débris de cuisine, 
une incisive de sanglier {Sus scrofa férus) et des fragments 
indéterminés d'os de grands Ruminants. Mais ils ne dédai- 
gnaient pas non plus les animaux de plus petite taille qu'ils 
atteignaient facilement à coups de flèche, par exemple, les ron- 
geurs du genre Lepus et divers oiseaux dont les débris osseux 
ne nous ont pas permis une détermination exacte. 

Un fait remarquable c'est que nous n'avons pas rencontré 
de fragments un peu considérables d'os ; cela tient sans doute 
à ce qu'après les avoir dépouillés de la chair qui les entou- 
raient, ils devaient les rejeter en dehors de l'abri. 

Mais ce qui tenait encore une bien plus largo place dans 
leur alimentation, c'était les produits de leur pêche. Les 
poissons ne sont représentés que par le genre sargue (1 ver- 
tèbre); mais, en revanche, les mollusques littoraux sont extrê- 
mement abondants. Les patelles de toute sorte {Patella cœru- 
lea, P. Tarentina, P. Bonnardi, P. aspera, P. scutellaris, 
P. punctata P. ferruginea var. Lamarki) sont abondantes. 
Viennent ensuite les Troques {Monodonta Olivieri), dont on 
brisait le sommet pour en extraire 1'auimal. Nous avons encore 
recueilli Cerithium vulgatum, C. rupestre, Purpurea Hsema- 
tostoma, Columbella rus Lieu, Trochtis divaricatus, Hélix Pisana, 
H. vei'miculata, Zonites Algirus, Cyclostomaa elegans, C. sitl- 
catum. Pour ces deux dernières espèces la contemporanéité 
est douteuse. Parmi les lamellibranches citons : Mylilus edulis, 
M. Galloprovincialis, Spondilus gseederopus, cette dernière a 
dû être ramassée parmi les coquillages rejetés à la côte car 
elle semble avoir été roulée. 

Nous avons trouvé aussi des fragments du Slrongylocen- 
Irotus lividus, oursin qui est si commun encore aujourd'hui 
sur nos côtes de Provence. 

Tous ces produits de pèche se retrouvent d'ailleurs dans les 
stations néolithiques les plus anciennes de notre littoral médi- 
terranéen ; mais, dans ces stations, on trouve de plus quelques 
espèces qui supposent l'usage d'instruments de pèche plus per- 
fectionnés que ceux dont on se servait à l'époque magda- 
lénienne. 

Avec quels instruments les habitants de l'abri de la Corbière 
ont-ils chassé, péché et dépecé les animaux que nous venons 
de citer? Avec de simples silex taillés dans les galets que la 
mer rejette sur la plage. Il y en a de toutes les couleurs : des 
jaunes et des noirs provenant du Tongrien et du Néocomien 
des environs, des blancs, des marbrés, des rouges et des 
bleuâtres que la mer a dû amener de plus loin. Tous les ins- 
truments (flèches, couteaux, grattoirs, racloirs, burins) sont 
petits, il y en a même qui n'ont que 5 millimètres de long et 
qui sont portant bien travaillés. Certains éclats spatuliformes 
et munis d'un pédoncule semblent avoir été confectionnés tout 
exprès pour vider les Patelles. 

A côté de ces objets de nécessité première, nous en trouvons 
d'autres que l'on pourrait qualifier d'objets de luxe si le mot 



LE NATURALISTE 



43 



ne paraissait exagéré pour des parures aussi rudimentaires. 
Ce sont des patelles perforées d'un trou régulièrement circu- 
laire qui servait à les enfiler en colliers ou en bracelets ; ce 
trou qui n'a guère plus de 1 millimètre de diamètre ne coïn- 
cide jamais avec le sommet de la coquille. Dans d'autres 
patelles on a enlevé le sommet de la coquille de façon à for- 
mer une sorte d'anneau elliptique que l'on devait aussi prendre 
comme ornement. Enfin nous avons aussi recueilli deux galets : 
l'un est bleu verdàtre très régulièrement elliptique et aplati ; 
il avait dû attirer l'attention des Magdaléniens par son poli, 
la finesse de son grain et sa jolie couleur; l'autre est d'un 
bleu grisâtre et a été cassé intentionnellement, il n'y aurait même 
rien d'étonnant à ce qu'il ait servi d'instrument. 

L'abri de la Corbière est certainement la station la plus 
ancienne qui ait été signalée dans les environs de Marseille. 
Le mode de travail des silex et des poinçons en os, l'absence 
de poterie et d'instruments en os poli, permettent de la classer 
en pleine période magdalénienne. Dès 1867 M. Marion avait 
signalé à la Nerthe une station du même genre; mais la station 
décrite par M. Marion offre tellement d'analogie avec le Néo- 
lithique ancien de nos régions, que nous croyoDs devoir la 
placer dans une période mixte entre le Magdalénien et le Ro- 
benhausien. D'autres observations faites sur le littoral de la 
Méditerranée confirment d'ailleurs l'existence, dans notre 
région, de cette période mixte qui viendrait combler l'hiatus 
qui existe dans certaines stations entre le Quaternaire et 
l'Actuel. 

Avant de terminer cette note, signalons encore dans le 
massif de la Nerthe, à 50 mètres au sud du puits d'aération 
du tunnel, une petite grotte où nous avons recueilli des Pa- 
telles, des Monodonles à spire brisée, àvecCei-ithium vulgatum, 
C. rupestre, Hélix Pisana, H. conspurcata, H. pyramidata, 
avec quelques lames et des pointes en silex remarquables par 
leur petitesse. Nous croyons pouvoir rapporter cette station 
au Magdalénien. 

E. Fournier et C. Rivière. 



PHOTOGRAPHIE 
Deux nouveaux pieds d'appareil 



Placer convenablement son appareil pour opérer dans 
une chambre n'est pas toujours chose commode: ceux 
qui ont essayé du pied ordinaire savent combien il est 
difficile de loger les trois branches au milieudes meubles 
d'un appartement sans interrompre toute circulation et, 
malgré cela, le peu de stabilité que l'on obtient sur un 
parquet ciré; quant à l'emploi du pied d'atelier, il est 
tout à fait impossible à celui qui n'en ferait pas un usage 
fre'qoent; aussi ai-je vu avec plaisir apparaître un tout 
petit porte-appareil, enfermé dans une boîte de 10 cen- 
timètres carrés et de 3 centimètres d'épaisseur, porte- 
appareil grâce auquel je braque mon objectif où il me 
plaît et ce, sans la moindre difficulté ; je dois cependant 
vous avouer que je ne lui fais supporter qu'une chambre 
9X12 à main; dans certaines positions, je l'ai plus lour- 
dement chargé, mais exigeant qu'il se plie à toutes mes 
fantaisies j'ai dû céder sur la question de poids. 

Ce support, qui a reçu de son constructeur le nom 
d'Excelsior, a assez sensiblement la forme d'un étrier à 
l'extrémité duquel serait placée une plate-forme pour 
l'appareil. 

Chacune des branches de la fourche porte une tige à 
vis, les deux écrous A et B forment avec le point C une 
sorte de mâchoire dans laquelle on enserre l'objet quel- 
conque formant pied : un dos de chaise, un panneau 
de porte, une bouteille que l'on emplit d'eau ou de 
sable pour en assurer la stabilité; en un mot un point 
d'appui quelconque, et voilà le pied solidement établi. 
Grâce à une double combinaison de tiges avec arrêt à 



vis, vous êtes certain d'arriver à donner à la petite plate- 
forme une position parfaitement horizontale ; la tige 
RM tourne autour de la tige CD, et P étant la petite 

'ni _ 




Porte-appareil photographique, VExcelsior, pouvant se fixer 
partout. 

plate-forme, HP tourne autour de RM; l'appareil pivotant 
sur son écrou, vous pourrez le diriger en tous sens et, 



Ht- 




L'Excelsior fixé le long d'une porte. 

L'Excelsior fixé sur une chaise. 

L'Excelsior sur une bouteille. 

si cela est nécessaire,' vous pourrez même opérer verti- 
calement. 

L'Excelsior est le complément indispensable de tout 
appareil à main, ses dimensions et sa légèreté vous per- 
mettent de le loger dans une poche quand vous partirez 
en campagne et, si un nuage vient cacher le soleil et 
qu'il vous soit impossible d'opérer sans pose, vous trou- 



40 



LE NATURALISTE 



verez toujours un support; si dans une église ou un mo- 
nument il ne vous est pas permis de dresser un trépied, 
une corniche ou une balustrade le remplaceront sans 
inconvénient. 

Mais, comme je l'ai dit en commençant, Uexcelsior ne 
supporte pas les appareils volumineux ou un peu lourds, 
et, dans ce cas, il vous faut revenir au pied à trois branches 
sous une des nombreuses formes que les fabricants lui 
ont fait revêtir. Une des dernières et des moins encom- 
brantes est le pied canne de M. Cadot. Tout en alumi- 
nium, il n'est guère plus lourd qu'une canne forte dont 
il a complètement l'aspect. Deux des branches sont lo- 
gées dans l'enveloppe extérieure qui forme la troisième ; 





Pied-canne de M. Cadot. 

chaque branche porte 12 crans d'arrêt de telle sorte que 
la longueur peut être réglée soit pour les trois suivant 
la hauteur du sujet, soit pour chacune d'elles suivant les 
inégalités du terrain, le développement total attei- 
gnant 1 m. 30. 

Une brisure à charnière dans la tète à la jonction de 
la plus forte branche fait prendre à la tête la position 
horizontale nécessaire pour le placement de l'appareil; 
quant aux deux autres branches elles entrent dans des 
genouillères qui laissent libre leur écartement. 

Le pied canne est bien le véritable pied de campagne 
et il m'a paru intéressant de le signaler au moment où 
l'on passe en revue le matériel de la belle saison. 



Peinture des épreuves sur papier albuminé. 

Bien des photographies documentaires n'ont toute leur 
valeur qu'autant qu'elles donnent, outre la forme et l'as- 
pect, la couleur de l'objet représenté; le coloris des 
épreuves sur papier albuminé est assez délicat, les cou- 
leurs ne prenant sur ce papier que si on lui fait subir 
une préparation ad hoc. Le British, tournai of Photography 
donne la recelte suivante : 

IS grammes d'écorce de bois de Panama sont mis à 



macérer pendant deux heures dans de l'eau bouillante; 
après filtrage on ajoute 125 centimètres cubes d'alcool et 
7 grammes d'acide salicylique. 

Cette liqueur appliquée sur les épreuves permet l'em- 
ploi de l'encre de Chine et des couleurs d'aquarelle sans 
autre manipulation. 

Charles Jacob. 



SUR LA SEXUALITÉ DU CAROUBIER 

(Ceratonia siliqua L.) 

ET SUR LA. COMPOSITION CHIMIQUE DES GOUSSES DE CET ARBRE 
EN PROVENCE 



I. — PARTIE BOTANIQUE (1). 

11 n'existe certainement, pas d'espèce mieux connue au point 
de vue botanique et économique que le Caroubier, et il ne 
viendrait à l'idée de personne que des incertitudes puissent 
régner sur la constitution florale de cette plante tout à la fois 
sud-européenne et nord-africaine. Nos observations récentes 
tendent cependant à établir qu'il restait quelques points im- 
portants à éclaicir touchant la sexualité de ce végétal. 

Tous les classiques sont unanimes à représenter le caroubier 
comme polygame dio'ique : nous allons examiner si la réalité 
des faits répond à cette description. Remontons pour cela à la 
définition. On entend par espèces polygames dioïques celles 
qui portont sur deux pieds différents des fleurs hermaphro- 
dites, des fleurs mâles et des femelles. Ces trois manières d'être 
se retrouvent-elles dans le Caroubier? 

Durant la fin de l'été 1892, nous avons pu voir dans le Var, 
où elle existe assez abondante mais non spontanée, cette espèce 
simultanément en pleine floraison et en fructification. Les 
nombreux représentants que nous avons soigneusement exa- 
minés étaient constitués par des pieds essentiellement mâles, 
par d'autres essentiellement hermaphrodites correspondant à 
la diagnose admise par tous les auteurs (2), mais nous avons 
vainement cherché l'état femelle. Par contre, nous avons ren- 
contré fréquemment un état particulier dominant dont aucun 
auteur n'a parlé jusqu'ici à notre connaissance, et qui mérite 
d'autant plus de fixer l'attention que certainement il a été con- 
fondu avec un prétendu état femelle alors qu'il n'est, en réalité, 
qu'un état hermaphrodite spécial dans lequel on n'a pas re- 
connu les étamines cachées dans la concavité du calice et dissi- 
mulées par un état concolore avec ce dernier organe. Cette 
condition méritait d'être décrite et figurée. 

Nous l'avons rencontrée pour la première fois sur un beau 
Caroubier végétant luxurieusement contre les pentes de la col- 
line du Castellet (Var), près d'une chapelle en ruines dédiée à 
saint Côme et bien exposée au soleil. Tout d'abord, nous le 
primes pour un pied femelle et le supposâmes fécondé par un 
pied mâle du voisinage. Mais, comme nous apprîmes qu'il était 
sépare de tout mâle ou de tout hermaphrodite voisin par une 
distance de plus de 12 kilomètres et par un massif montagneux 
de 4 à 500 mètres d'altitude, nous en conclûmes qu'il se fécon- 
dait seul vraisemblablement et cette prévision fut confirmée par 
le développement de l'odeur polliniquc (spermatique) dans ses 
fleurs à un moment donné, ce qui nous donna l'idée de recher- 
cher les étamines là où on ne les avait pas signalées jus- 
qu'alors. Elles se présentèrent sous les formes que nous allons 
décrire. Réduites aux anthères seulement, elles sont situées en 
face des sépales et cachées dans les concavités que forment ces 
pièces calicinalcs d'ailleurs normales. Leur couleur est rouge 
foncé, comme les sépales; elles présentent un tout petit sup- 
port à peine visible à la loupe et sont insérées sur le rebord 
supérieur du disque : leurs dimensions sont inférieures à celles 
des anthères propres aux fleurs mâles et hermaphrodites à 
longues étamines pourvues d'un filet normal. La structure ana- 
tomique de ces anthères n'a présenté rien d'anormal ; elles ont 
deux loges et renferment un pollen ordinaire, cependant nous 
avons constaté que, dans une même inflorescence, toutes les 

(1) Extraite d'une communication faite à la Société botanique 
de France, le 11 novembre 1892. 

(2) Voici cette diagnose « espèce dio'ique polygame, calice 
<( rougeâtre, petit, caduc à 5 divisions, corolle 0, cinq éta- 
it mines opposées aux sépales et quatre ou cinq fois plus lon- 
« gues, anthères biloculaires, stigmates scssilesà deux lobes... ;• 



LE NATURALISTE 



47 



•fleurs ne sont pas fécondes, et, le plus souvont ce sontcelles du 
haut de l'inflorescence qui sont pleines de cellules polléniques, 
les autres restant stériles. Les dimensions du pollen là où il 
existe sont (mesurées à l'oculaire micrométrique) les suivantes : 
largeur 21 \i., longueur de 30 à 34 y. (1). 

Comparé au pollen des fleurs mâles, nous avons trouvé que 
ce pollen ne présentait aucune différence avec ce derniei dans 
les dimensions, mais il n'en est pas de même quand on com- 
Cératonia siliqua. L. 




Fis. 1. 






Fis. 2. 



Fig. 3. 



Fis 



Fi 



Fi 



1. — Fleur hermaphrodite normale (dolichostémone) 

d'après Bâillon (Dre de Botanique.) 
Fig. 2. — Fleur hermaphrodite à étamines sessilcs 

(brachystémone). 
Fig. 3. — Coupe longitudinale de la fleur, fig. 2. 
4. — Portion d'une grappe de Heurs hermaphrodites, 
brachystémones montrant le déjettement du pistil pour se 
porter vers les étamines de fleurs voisines (fécondation 
croisée entre fleurs du mémo pied). 



pare le pollen de la forme hermaphrodite normale (dolichos- 
témone) à celui de la forme que nous étudions ici et que j'ap- 
pelle brachystémone. En effet, le premier m'a donné : largeur 
23 \j. et longueur 34 à 41,5 \i.. Il résulte de cette observation que 
la réduction dans les dimensions des anthères de la forme bra- 
chystémone n'a pas retenti sur les dimensions des grains de 
pollen, ce qui permettra de comprendre que la fécondité de ces 
organiles ne soit pas atteinte. Par ailleurs rien d'anormal entre 
les pollens des trois formes florales en ce qui touche à la 
constitution intime de la cellule fécondante. 

Ceci établi, nous avons voulu savoir si le cas du caroubier 
brachystémone du Castellet (Var) n'était pas une anomalie 
réduite à un seul ou à quelques rares cas. Voici le résultat de 
notre enquête. 11 fut facile de constater dans la région même 
du Var où se trouvait notre premier sujet brachystémone, que 
cette condition se retrouve le plus fréquemment dans ce dépar- 
tement. Nous la rencontrâmes notamment dans le territoire de 
Bandol, quartier de la Vernettc, propriété Pascalon. Nous 
avons vu là, le 27 septembre, deux beaux caroubiers brachys- 
témones, l'un très ancien et l'autre âgé de 20 ans, tous deux 
en fleurs et en fruits simultanément. Le plus jeune provient des 

(1) [a indique ici le millième de millimètre ; je n'ai pas cru 
devoir me contenter du centième de millimètre à cause des 
faibles dimensions de ce pollen. 



graines du plus ancien et date de 1870, ce qui établit nette- 
ment la transmission par les graines de la forme florale qui 
fait l'objet de cette étude. Ce point était assez important à éta- 
blir. De plus, dans cette même propriété Pascalon, nous 
constatâmes que les deux arbres sont essentiellement brachys- 
témones dans toutes leurs inflorescences et identiques de part 
et d'autre, il en résulte donc que la forme so transmet inté- 
gralement. Ce fait établirait déjà, si nous n'avions d'autres 
preuves, que l'intervention d'un pollen de la formo essentiel- 
lement mâle ou de la forme dolichostyléc, n'est pas ici pro- 
bable, car il est à peu près certain que cette fécondation croi- 
sée aurait eu pour résultat de fairo naître des intermédiaires 
entre la forme sessile et la forme longue des étamines (1). Ces 
deux pieds dont l'examen m'a paru si intéressant sont féconds 
l'un et l'autre et donnent chaque année une abondante ré- 
colte (2). 

Plus loin dans le mémo territoire de Bandol (quartier de 
Saintc-Tarnidc), nous avons trouvé un groupe de six carou- 
biers tous brachystémones et peu féconds. Ils donnent cepen- 
dant des fruits; mais, dans chaque inflorescence, il ne se trouve 
guère que deux fleurs au sommet qui soient pourvues d'éta- 
mines fertiles. 

Dans la commune du Bcaussct (quartier du Rouvé), nous 
avons trouvé également, le 15 septembre, deux beaux pieds 
hermaphrodites brachystémones, en fleurs et en fruits. — A la 
même date, trouvé deux pieds do la même forme florale dans 
la banlieue de Toulon, au fort d'Artigues (campagne de la 
Canore, chez Mme Revest). Enfin, le 10 septembre à Ollioules, 
à 12 kilomètres de Toulon, j'ai trouvé trois pieds de caroubier : 
le premier situé à la sortie du village sur la route du Bcaussct, 
à gauche, est entièrement mâle ; les deux autres, séparés du 
premier par une colline de 150 à 200 mètres d'altitude et par 
une distance de 2 kilomètres environ, sont tout près de l'abat- 
toir du village, dans un domaine suburbain appelé le Caroubier, 
propriété de M. Infcrnet, notaire dans ce chef-lieu de canton. 
Us sont très féconds l'un et l'autre, couverts de fruits et appar- 
tiennent à la forme brachystémone. Une particularité caracté- 
rise l'un d'eux : toutes les anthères sont très réduites et inco- 
lores, mais pleines do pollen la plupart. 

En somme l'état dominant dans le Var, où les Caroubiers 
ont été introduits, est la forme exclusivement hermaphrodite 
brachystémone, avec variations dans la fécondité. 

Il s'agissait de savoir s'il en est de même dans les Alpes- 
Maritimes où le Caroubier est spontané. Dans ce but. nous ne 
pouvions mieux faire que de nous adressera notre éminent con- 
frère M. Naudin. directeur de la villa Thuret, en lui indiquant 
nos observations. Voici sa réponse à la date du 1 er octobre : 
« Nous avons à la villa Thuret deux caroubiers en fleur, l'un 
« complètement mâle à longues étamines où l'ovaire est réduit 
(( à une saillie punctiforme, ombilicale, l'autre hermaphrodite, 
<i fertile et totalement brachystémone, c'est-à-dire à ovaire très 
« développé et à étamines sessilcs devant les pièces du ca- 
t. lice. 

« Je me suis adressé, en outre, au D 1 ' Jeannel de Villefranche 
« qui a, dans son jardin, de vieux caroubiers produisant 
« chaque année une abondante récolte. J'ai examiné les inflo 
« rescences de trois caroubiers de son jardin et d'un quatrième 
« qui croît dans la garrigue voisine : tous les quatre sont her,- 
« maphrodites brachystémones et fertiles. » M. Naudin m'a- 
dressa des fleurs à l'appui de ses observations. 

D'autre part, nous avons prié M. le D 1 ' Sauvaigo, le savant 
bibliothécaire de la ville de Nice qui s'occupe avec grand succès 
de la botanique de cette région, de vouloir bien examiner au 
point de vue qui nous occupe les Caroubiers spontanés qui 
croissent près de Monaco entre cette ville et Menton. Voici sa 
réponse à la date du 3 octobre : « Les conclusions de ma 
« course à travers les caroubiers de ma région sont les sui- 
« vantes : 1° On rencontre en général un pied mâle sur neul 
« hermaphrodites. 2° Je n'ai pas trouvé jusqu'ici la forme 

(1) Un pied dolichostémone pur existe dans le voisinage à 
2 kilomètres de la propriété Pascalon dans le domaine d'Espi- 
nassy (quartier de la Vernettc). 

(2) Nous n'avons pas recherché les quelques pieds de Carou- 
bier qu'on signale dans le département des Bouches-du-Rhône 
parce qu'ils n'y fleurissent pas toutes les années et que la plu- 
part ont grandement souffert des froids, sauf cependant à 
Ceyreste et à la Ciotat aux confins du Var. M. Naudin nous 
écrit qu'à Collioure un caroubier de ses semis a fleuri et était 
dolichostémone. 



48 



LE NATURALISTE 



a hermaphrodite dolichostémonc (à longues étamines). 3° Les 
« tiges qui prennent naissance sur uno souche commune sont 
<( les unes entièrement mâles, les autres entièrement herma- 
« phrodites. Les deux formes florales ne sont jamais mêlées 
« sur le même pied. Les pieds hermaphrodites brachystemones 
« (à étamines sessiles) produisent tous une grande quantité de 
« fruits. Le pollen est-il fécond, vous le verrez sur les cchanlil- 
« Ions que je vous envoie? Vous pourrez le rechercher. 

« Parmi les CÛ pieds que j'ai examinés à Nice, Yillefranche, 
« Beaulicu, un seul caroubier était entièrement mâle. Tous les 
« autres présentaient sur le même pied ou les deux formes ou 
« uniquement l'état brachystémonc. Cette dernière était la plus 
« répandue. Il m'a été possible de comprendre dans mon exa- 
« mon quelques pieds de caroubiers sauvages croissant dans 
« l'interstice des rochers. » 

Il résulte de cette constatation, qu'en ce qui concerne le 
département des Alpes-Maritimes, les choses se passent, tant 
sur les pieds de caroubier sauvage que sur ceux qui y ont été 
introduits, à peu près de la même façon que dans le Var; que 
la forme hermaphrodite brachystémonc y domine avec ou sans 
voisinage de mâles purs et que la première est féconde (cas du 
jardin du D c Jeannel) sans le secours de la dernière. Du reste, 
l'examen microscopique nous a prouvé que les brachystemones 
portent des étamines rouges, sessiles et fécondes le plus sou- 
vent. 

Il importait, en dernière analyse, de connaître la manière 
d'être du caroubier en Algérie, sa patrie. Pour être utilement 
mis en mesure d'être fixé sur ce point, nous nous adressâmes, 
en lui exposant l'état dc la question en Provence, à M. le pro- 
fesseur Battandier, le savant auteur de la flore d'Algérie. Voici 
sa réponse à la date du 1 er septembre 1892 : « A la réception 
« de votre lettre, j'ai visité les caroubiers des environs; je n'en 
« ai pas trouvé d'hermaphrodite, tous les pieds femelles, ayant 
« des étamines parfaitement stériles. » Nous priâmes M. Bat- 
tandier de nous envoyer ces fleurs femelles et il nous en adressa 
de divers pieds : dans les inflorescences provenant d'Algérie 
le même état déjà indiqué à l'examen des fleurs de Provence, 
se retrouvait intégralement. Toutefois il faut dire que, dans la 
même grappe, le plus grand nombre des fleurs qui la com- 
posent sont stériles, mais on en trouve une ou deux au moins 
de fécondes. Il semble que là, l'état hermaphrodite brachysté- 
monc tend à passer à la condition essentiellement femelle. 

Telle est la situation. Il résulte, en somme, de cette étude, 
que le Caroubier, en quelque lieu qu'on l'examine, est réduit 
comme sexualité à l'état mâle et à l'état hermaphrodite (doli- 
cho où brachystémone). Il n'existe pas de fleurs femelles pro- 
prement dites si ce n'est des hermaphrodites brachystemones 
dans lesquelles le pollen a avorté. Cet avortement ne se produit 
jamais, d'après nos observations, dans les dolichostémones, 
dont toutes les étamines sont fécondes. Le végétal n'est donc 
pas polygame dioïque, mais bien mâle et hermaphrodite à deux 
formes ; toutefois il tend vers cet état polygame dioïque sans 
l'avoir réalisé encore (1). D'autres plantes sont dans un cas 
analogue, par exemple, le cognassier à fleurs rouges du Japon 
(Chœnomeles Japonica. Lindl.) dont certains individus sont 
absolument mâles et certains autres polygames ayant fleurs 
mâles et femelles. La Palmier nain {Chamerops hymilis) pour- 
rait avoir été hermaphrodite à une époque ancienne, car on 
trouve parfois sur des individus femelles, quelques fleurs qui 
portent des étamines. Le fameux Cœlebogyne paradoxa, long- 
temps tenu pour absolument dioïque et qui doit son nom à la 
croyance à la parthénogenèse, est dans le même cas. 

Nous croyons devoir, en terminant, alarmer que les fleurs à 
étamines courtes (brachystémoDcs) ne doivent pas leur avorte- 



(1) Actuellement on peut rapprocher l'état du Caroubier de 
l'état polygame trioïque de Asparagus ofpcïnalis décrit par Bra- 
tenbach (Holanisc/ie Zeilung, 15 mars 1878) et voisin lui-même 
de celui du frêne. Toutefois, dans l'asperge, les hermaphrodites 
présentent toutes les gradations que forment le passage à l'état 
mâle, ;mdis que, dans le caroube, on ne trouve que les termes 
extrêmes de la transition à l'état femelle depuis l'état herma- 
phrodite. — On peut se demander si le grand nombre déplantes 
signalées par Darwin sous le nom de polygames dioïques 
{Différentes formes de (leurs. Trad. française Heckel, p. 294\ 
comme pourvues de fleurs hermaphrodites â longues et à 
courtes étamines, ne sont pas, par cette dernière condition en 
état dc passée vn-.s la forme essentiellement femelle a'vec 
toutes les conséquences physiologiques que ce passade en- 
traine. 



ment partiel (réduction du filet) à un parasitisme quel qu'il soit. 
Le fait que nous venons d'étudier ne se rattache donc en aucune 
façon aux phénomènes de castration parasitaire si bien étudiés 
par MM. Giard et Magnin. 

Enfin, il faut dire encore que, malgré nos recherches persé- 
vérantes, nous n'avons pu relever dans le Caroubier aucun 
caractère extérieur sensible dans les appareils végétatifs qui 
puisse faire reconnaître, en dehors de l'étude florale, la sexua- 
lité du pied qu'on envisage, soit mâle, soit hermaphrodite à 
longues ou à courtes étamines. 



LE JARDIN DES PLANTES DE ROUEN 



Par son étendue, sa distribution, la grandeur et l'a- 
ménagement du Carré de Botanique, où des milliers de 
végétaux sont habilement cultivés, par le nombre et 
l'organisation des serres, et par le Carré d'Arboricul- 
ture, le Jardin des Plantes de Rouen, appelé' aussi Jardin 
de Trianon, est, sans conteste, l'un des plus beaux de 
France. La très riche collection de végétaux indi- 
gènes et exotiques fournit au botaniste toutes les res- 
sources désirables, et le promeneur trouve largement 
de l'espace, des ombrages et du soleil. 

Ce jardin, d'une superficie de dix hectares environ, est 
situé à l'extrémité sud-ouest de la ville, dans le faubourg 
Saint-Sever, et confine directement à de vastes champs 
bornés, d'un côté, par une forêt de Pins sylvestres ; 
aussi reçoit-il toujours un air des plus vivifiants, qui 
annihile presque entièrement les effets plus ou moins 
pernicieux de la fumée des établissements, et des gaz 
émanant d'une fabrique de produits chimiques établie, 
fort heureusement, à une certaine distance. 

C'est en 1736 que fut créé à Rouen, par plusieurs sa- 
vants distingués, grands amateurs de botanique, le pre- 
mier Jardin des Plantes, dans un tout autre emplace- 
ment que celui qu'il occupe aujourd'hui, dans le fau- 
bourg Bouvreuil, dont la rue du Jardin des Plantes, 
actuellement rue Lepecq de la Clôture, a, pendant fort 
longtemps, conservé le souvenir. 

Plus tard, ce jardin, qui avait rapidement acquis une 
importance très grande pour l'époque, fut transféré dans 
un endroit beaucoup plus spacieux, et occupait la plus 
grande partie de l'étendue que limitent, aujourd'hui, 
la partie ouest de la rue du Rempart Martainville, 
la rue des Espagnols, le quai de Paris et le coin ouest 
du Champ de Mars. Les travaux d'aménagement de ce 
Jardin des Plantes, alors connu sous le nom de Jardin 
du Cours Dauphin ou Jardin du Champ de Mars, avaient 
été commencés dans l'année 1758. 

Enfin, ce Jardin des Plantes fut transféré sur l'empla- 
cement actuel, où, après s'être agrandi largement, il oc- 
cupe, comme nous l'avons déjà mentionné, une super- 
ficie d'environ dix hectares. Nous n'étonnerons certes 
pas les personnes compétentes en leur disant que les 
travaux de translation des richesses végétales très nom- 
breuses du Jardin du Cours Dauphin au jardin actuel, et 
la construction des serres, travaux commencés en 1836, 
nécessitèrent plusieurs années pour leur complet achè- 
vement. 

Voulant donner aux lecteurs de ce journal scientifique 
une idée de l'actuel Jardin des Plantes de Rouen, j'ai 
pris, en mai 1892, une vue photographique de la partie 
la plus intéressante pour les naturalistes, de celle qui 
renferme le Carré de Botanique, vue dont la figure ci 
jointe est une reproduction directe par la photogravure. 






LE NATURALISTE 



49 



Malheureusement, les objets y sont représentés en de 
lilliputiennes dimensions, résultat de la nécessité dans 
laquelle j'étais, pour avoir le Carré de Botanique presque 
en entier, de me servir de mon objectif grand angulaire, 
par suite du manque de recul. 

Le Jardin des Plantes de Rouen s'étend, d'une manière 
assez large, à droite et à gauche de la figure en ques- 
tion; mais c'est en arrière que se trouve sa plus grande 
étendue, constituant le jardin d'agrément. A droite de 
cette figure sont l'amphithéâtre, les habitations du di- 
recteur et du gardien, et l'entrée principale du jardin, 
située sur la rue d'Elbeuf. A gauche se trouvent de 
nouvelles serres; et en arrière (à droite, au milieu et à 
gauche) le jardin de promenade, dessiné partiellement à 
l'anglaise et partiellement à la française. 

Le Carré de Botanique — terme sanctionné par l'usage, 
mais inexact, puisque c'est un rectangle et non pas un 
carré — ■ a une longueur de 122 mètres et une largeur 



Outre ces différentes serres, pleines de végétaux des 
plus variés, et dont certains sont d'une grande rareté, il 
en est d'autres encore, qui portent à douze le nombre 
total des serres du Jardin des Plantes de Rouen. 

Le Carré d'Arboriculture, dont l'aménagement est très 
digne d'éloges, se trouve caché par les arbres qui for- 
ment, sur la figure, un rideau s'étendant à gauche de la 
Grande Serre. 

Je n'insiste pas sur la vaste pépinière, et j'ajoute que 
le Jardin des Plantes doit fournir tous les végétaux né- 
cessaires à l'ornementation et à l'entretien des autres 
jardins publics de Rouen. 

Un certain nombre de savants distingués ont été à la 
tète du Jardin des Plantes ; il y en eut même d'illustres, 
notamment Félix-Archimède Pouchet. 

Aujourd'hui, avec des hommes de la valeur et de l'au- 
torité de M. Emile Varenne, le directeur, du D r Emma- 
nuel Blanche, qui fait le cours de botanique, et de M. Th. 




Jardin des Plantes de Rouen (Le Carré de Botanique et la Grande Serre) 



(sa plus grande dimension sur la figure) de 78 mètres, 
dimensions que j'ai relevées sur place, mais pour les- 
quelles je ne crois pas utile d'indiquer ici les décimètres 
on moins ou en plus. La superficie de ce rectangle est 
donc de 9516 mètres environ, c'est-à-dire bien près d'un 
hectare. Ce Carré de Botanique possède le grand avan- 
tage d'être d'une seule pièce et de ne contenir que des 
végétaux pour l'étude. Une grille en fer l'entoure com- 
plètement, et deux allées perpendiculaires le divisent 
en quatre rectangles secondaires, dont chacun renferme 
23 plates-bandes rectangulaires, parallèles et contenant 
presque toutes une double rangée de végétaux, ce qui 
fait, pour le Carré de Botanique, un total de 92 plates- 
bandes. Au centre de ce jardin-école est un grand bas- 
sin, garni de différents végétaux aquatiques. La classifica- 
tion suivie est celle d'Adolphe Brongniart, dans laquelle 
les espèces végétales sont rangées suivant une série 
ascendante, qui, seule, est conforme à l'évolution des 
êtres vivants aux multiples périodes géologiques de 
notre planète. Dans la moitié droite de la figure en 
question se voit la Grande Serre, où l'on a placé les vé- 
gétaux dont plus ou moins imposante est la hauteur. 

A gauche de cette figure se trouvent de nouvelles 
serres, groupées parallèlement l'une contre l'autre, au 
nombre de sept, et d'une parfaite organisation; elles 
furent inaugurées en 1885. 



Lucet, chargé de celui d'arboriculture, le Jardin des 
Plantes de Rouen continue sa marche dans la voie du 
progrès, et reste pleinement digne d'une ville qui justifie 
toujours son antique renom de sapience. 

La longueur, forcément bien faible, que devait avoir 
cet article, m'a fait laisser de côté beaucoup d'intéressants 
détails; néanmoins, j'espère avoir donné une idée assez 
juste de la très grande importance scientifique du Jardin, 
des Plantes de Bouen, dont l'entretien est irréprochable 

Note. — Les personnes qui voudraient avoir des ren- 
seignements plus étendus sur ce Jardin des Plantes de- 
vront consulter, entre autres, les travaux suivants, aux- 
quels j'ai fait de larges emprunts : 

D r de la Brosse. — Notice historique sur le Jardin des 
Plantes de Rouen, depuis sa fondation jusqu'à nos jours, in 
Bulletins du Cercle pratique d'Horticulture et de Bota- 
nique du département de la Seine-Inférieure, 6° année 
(1850), 9 e bulletin, p. 187. — Tir. à part, Rouen, Berdalle 
de Lapommeraye (pagination spéciale). 

Jules B***, docteur-médecin. — Le Jardin des Plantes 
de Rouen, Rouen, Eugène Julien, 1856. 

X. — Jardin des Plantes de Rouen, avec un plan d'en- 
semble de ce jardin tel qu'il est aujourd'hui, et une 
photogravure représentant l'intérieur de la grande serre 
à Orchidées, in Le Jardin, n° du 5 juin 1888, p. 127. 
Henri Gadeau de Kerville. 



50 



LE NATURALISTE 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du 23 janvier. — M. R. Lépine prosente à l'Académie 
les résultats de ses expériences sur le pouvoir pepto-sacchari- 
liant du sang et des organes. D'après M. Lépine, il serait fort 
possible qu'au lieu d'être localisée dans le foie, la production 
du sucre dans l'économie se fit dans beaucoup d'organes. — 
M. A. Milne-Edwards présente une noto de M. V. Galippe sur 
divers cas de gingivite arthro-dentaire infectieuse, observés 
chez des animaux. Ces lésions ont été observées sur la pan- 
thère, l'éléphant, les kanguroos, le chien et les singes; elles 
communiquent des propriétés nocives à la salive des animaux 
malades. L'homme peut en être atteint. — M. Inoslranzeff 
annonce la découverte d'un gisement primaire de platine dans 
l'Oural, au mont Solovieff, au milieu de dolomie, de serpentine 
et de 1er chromé. A propos de cette note, M. Daubrée fait 
observer que c'est là un fait des plus intéressants qui confirme 
les observations qu'il avait faites et présentées en 181*5. — 
M. Ficheur signale à l'Académie l'existence de phénomènes de 
recouvrement dans l'Atlas de Blida (Algérie), dus à un plisse- 
ment anticlinal d'âge helvétien. 

Séance du 30 janvier. — M. Derthelot entretient l'Acadé- 
mie de la composition de quelques objets de date très ancienne 
provenant des fouilles de M. de Sarzec en Chaldée. L'analyse 
établit qu'à cette époque, c'est-à-dire il y a six mille ans, les 
objets d'art étaient en cuivre rouge ; l'étain et par conséquent 
le bronze étaient inconnus. — M. Balland, d'après ses recher- 
ches, établit que, contrairement à des opinions déjà soutenues, 
le gluten préexiste dans le blé, et ne résulte pas de l'action 
simultanée de l'eau et d'un ferment spécial. — Puis vient une 
note de M. Louis Lager sur l'évolution des Grégarines intesti- 
nales des vers marins. Ces grégarines ne sont pas, comme on 
l'a cru des Monocystidées, mais bien des Dicystidéos, parasites 
de l'intestin des Néréis et des Polydora. — M. /. Danyez 
adresse à l'Académie des détails sur l'origine et la multiplica- 
tion dans les moulins en France de l'Epheslia Kuehniella, ou 
papillon gris des meuniers. Sa présence en France n'est pas 
d'importation étrangère, car cette espèce est cosmopolite. Sa 
grande multiplication de nos jours tient à la plus grande 
intensité du travail, et des échanges commerciaux. — M. Du- 
chartre fait part à l'Académie de l'existence des périthèces chez 
YUncinula spiralis. Ce fait, découvert par M. G. Couderc, éta- 
blit l'identité de l'Oïdium américain et de l'Oïdium européen. 
— Ensuite M. Ducharlre donne l'exposé des recherches his- 
tologiques de MM. Dangeard et Sapin-Trou ffy sur la structure 
du mycélium et celle des divers appareils de fructification des 
Urédinées. — Finalement M. Fouqué présente de nouvelles 
observations géologiques de M. Kilian dans les Alpes du Dau- 
phiné et de la Savoie, qui autorisent à penser que la série 
jurassique est entièrement représentée dans la plus grande 
partie de la zone du Briançonnais. 

A.-E. Malard. 



LIYRES I0U7EATLX 



Les Lichens (1), élude sur l'anatomie, la physiologie et la 
morphologie de l'organisme hellénique, par A. Acloque. — 
L'auteur a publié l'an dernier un ouvrage sur les Champi- 
gnons, fort bien fait et pouvant s'adresser à tous. 11 poursuit, 
dans son nouvel ouvrage sur les Lichens, cet esprit de vulgari- 
sation toujours recherché ; nous ne pouvons qu'y applaudir 
et constater ce nouveau succès. M. Acloque étudie succes- 
sivement dans son ouvrage les conditions de la vie des li- 
chens, les organes et leurs formes, les appareils végétatifs, 
reproducteurs, l'évolution des organes, les fonctions de nutri- 
tion, de reproduction, etc., l'utilité médicinale, tinctoriale, des 
lichens, etc. L'auteur termine par l'étude systématique des 
lichens en tant que familles et genres. M. A. Acloque consacre 
un long chapitre à cette question algolichénique qui a passionné 
t'/ut le monde savant; l'auteur n'a pas l'air absolument con- 
vaincu de la théorie généralement admise de l'association de 
L'Algue et du Champignon dont l'un vit aux dépens de l'autre 
pour arriver à composer le lichen ; toutefois ce chapitre capital 



1 I vol. de 37G p. avec 82 fig. Prix, 3 fr. 30 ; franco, 3 75. En 
vente aux bureaux du journal. 



est écrit avec impartialité, toutes les théories sont étudiées et 
discutées avec le pour et le contre de chacune. 



La Cellule animale (1), sa structure et sa vie, étude biologique 
et pratique, par Joannes Chatin. — L'autour, professeur à la 
Faculté des sciences de Paris, a eu pour but de résumer sous 
leur forme la plus simple, et en les appliquant à l'histologie 
zoologique, les principes fondamentaux de la biologie cellulaire. 
Comme il est si bien dit dans la préface, on considère trop 
souvent ces questions comme arides, volontiers même trans- 
cendantes; elles sont en réalité des plus faciles et des plus 
attrayantes ; lorsqu'on cesse de se confiner dans l'étude de l'es- 
pèce humaine pour étendre les observations aux divers types 
de la série animale, les difficultés s'aplanissent aussitôt. Le 
plan du livre est bien conçu : l'introduction expose d'une façon 
générale l'idée actuelle de l'être vivant, la théorie cellulaire, 
l'histologie zoologique. Les chapitres suivants traitent de la 
cellule, du protoplasma, du noyau, de la membrane cellulaire, 
de la vie cellulaire. La technique n'est pas oubliée ; le chapitre 
qui y est consacré est un traité résumé pratique d'histologie 
appliquée à la zoologie. 

Le Thé (2), botanique et culture, par Antoine Biétrix. — Dans 
un petit volume de 150 pages environ on trouve une histoire 
bien intéressante du thé, au point de vue botanique et culture, 
et de ses falsifications, etc. Ce travail est divisé en 4 parties; 
les deux premières traitent de l'étude botanique et culturale, 
et des falsifications. Une autre partie renferme les méthodes 
préconisées pour le dosage de la caféine; puis, enfin, la qua- 
trième partie est consacrée à l'application de la meilleure mé- 
thode de dosage de la caféine aux différents thés. 



« Me serait-il permis de signaler et de recommander aux 
abonnés de votre Revue un manuel qui vient de paraître à. 
Zurich, en Suisse, sur l'élevage des chenilles et des papillons. 
Cet excellent ouvrage, écrit en allemand, renferme un trésor 
inépuisable de bons conseils et de précieuses directions pour 
le jeune collectionneur. Et non seulement les jeunes amateurs 
de l'entomologie, mais les vieux praticiens eux-mêmes, y trou- 
veront des indications utiles et nouvelles pour eux, sans parler 
des nombreux chapitres, que les vrais savants seuls apprécie- 
ront à leur juste valeur, comme ceux qui traitent des hybrides, 
des variétés et aberrations, etc., etc. Tout est examiné, dis- 
cuté, expliqué dans ce livre : la manière de chasser les che- 
nilles et les papillons, la manière de soigner et de nourrir les 
premières, de les hiverner, les soins à donner aux cocons et 
aux chrysalides, les différentes maladies qui menacent les unes 
et les autres et la manière de les prévenir, enfin la manière de 
préparer et d'étendre les papillons éclos ; tout cela donc, et 
mainte autre chose encore, y est exposé et développé avec le 
soin le plus minutieux. On sent à chaque ligne l'homme du 
métier qui a fait par lui-même l'essai de tout et qui ne recom- 
mande aux autres que ce qu'il a expérimenté et trouvé bon 
lui-même. Je ne crois pas que, dans aucun ouvrage, on ren- 
contre autant do conseils et de détails pratiques que dans ce 
livre qui vient de paraître. 

« J'oubliais de dire que l'auteur est M. le D r M. Standfuss, de 
Zurich. Quant au titre exact du livre, c'est en allemand : Hand- 
buch fur Sammler der europàischen Grosschmetterling (3). 

« Si quelque amateur de l'entomologie se sentait poussé à en- 
treprendre la traduction en français do cet excellent manuel, 
je crois savoir que l'auteur verrait la chose avec plaisir. » 

F. DE RoUGEMONT. 



Faune de la Normandie, fasc. III, Oiseaux (Pigeons, Galli- 
nacés, Echassiers et Palmipèdes), fin des Oiseaux, un fort vo- 
lume de 382 pages, avec une planche en noir (extrait du Bul- 
letin de la Société des amis des sciences naturelles de Rouen), 
Paris, 1892, J.-B. Baillière et fils, et aux bureaux du journal. 
Prix, 3 francs: franco, 3 fr. 85. 

(1) Vol. in-8" de 300 p. avec 149 fig. dans le texte. Prix, 
3 fr. 30; franco, 3 fr. 80. En vente aux bureaux du journal. 

(2) Vol. de 152 p. avec 27 fig. dans le texte. Prix, 2 fr. ; 
franco, 2 fr. 15. En vente aux bureaux du journal. 

(3) 1 vol. br., prix 5 francs, f ranch 5 fr. 20. En vente aux 
bureaux du journal. 



LE NATURALISTE 



51 



Notre collaborateur, M. Henri Gadeau de Kerville, a public 
récemment le fascicule II! de sa Faune de la Normandie, ou- 
vrage considérable qui n'aura pas moins de cinq à six mille 
jiages, et demandera, pour être achevé, encore près de vingt 
années à son auteur, par suite des très longues recherches à 
faire, aussi bien dans la nature que dans les bibliothèques et 
les collections. 

Dans la partie terminale de ce troisième fascicule, M. Henri 
Gadeau de Kerville a résumé, en cinq listes méthodiques, l'état 
de nos connaissances sur l'ornithologie normande, et donné la 
bibliographie des Oiseaux de cette province. 

Une planche représentant un exemplaire d'une espèce qui 
est presque certainement éteinte, un Pingouin brachyptère ou 
Grand Pingouin (Alca impennis L.), tué près de Cherbourg 
(Manche) il y a environ quatre-vingt-dix ans, et actuellement 
au Musée d'Histoire naturelle d'Abbeville (Somme), illustre ce 
fascicule, dont l'exécution typographique est très soignée. 



Aide-Mémoire pratique de Photographie, par Albert Londe, 
directeur du service photographique de la Salpètrière. 
1 volume in-16 de 320 pages avec 51 figures et une planche 
en photocollographie, cartonné. Prix, 4 fr.; franco, 4 fr. 40. 
(Kn vente aux bureaux du journal.) 

De la lumière. — Le Matériel photographique. — La Chambre 
noire, l'Objectif, l'Obturateur, le Viseur, le Pied. — L'Ate- 
lier vitré. — Le Laboratoire. — Le Négatif. — Exposition, 
développement. — Le Positif. — Procédés photographiques. 
— La Photocollographie. — Les Agrandissements. — Les 
Projections. — La Reproduction des couleurs. — Orthochro- 
înatisme. — Procédé Lippmann. — La Photographie à la lu- 
mière artificielle. 

Personne n'ignore le développement pris par la Photographie 
à l'heure actuelle, elle est, on peut le dire, entre les mains de 
tous : photographes, industriels, amateurs, savants ont égale- 
ment recours à elle. Pour les guider dans leurs travaux, pour 
faciliter leurs recherches, il était désirable de réunir en un 
Aide-Mémoire portatif tous les documents intéressants qui sont 
épars dans la bibliothèque photographique déjà si riche, de les 
condenser pour que ce livre puisse devenir le compagnon habi- 
tuel de l'opérateur. Le succès obtenu par les précédents ou- 
vrages de M. Londe, dont le nom est si connu de tous les 
amateurs de photographie, comme écrivain aussi bien que 
comme inventeur, le désignaient pour mener à bonne fin ce 
nouvel ouvrage, destiné à devenir rapidement le vade-mecum 
de tous les photographes. 

M. Londe examine d'abord les principes théoriques qui sont 
la base de la Photographie, puis le matériel nécessaire pour la 
production de l'image négative, les divers procédés de prépa- 
ration de la couche sensible, l'exécution du cliché, puis le 
développement de l'image latente. Il aborde ensuite l'étude des 
nombreux procédés qui permettent de multiplier l'imago posi- 
tive, et il s'arrête plus particulièrement sur ceux qui sont les 
plus pratiques, les plus employés et, par suite, à la portée de 
tous. 

Au lieu de se contenter de simples descriptions, ou d'une 
sèche énumération de formules sans commentaires aucuns, il 
donne toujours un avis motivé ou une appréciation impartiale, 
du reste, sur les points examinés. De cette manière, le lecteur, 
au lieu d'être désorienté au milieu des nouveaux procédés 
qu'on lui signale, trouvera, au contraire, dans ses conseils un 
guide sûr qui facilitera ses recherches et lui évitera bien des 
tâtonnements. 



OUVRAGES PARUS RECEMMENT : 

(En vente aux bureaux du journal) 

— L'Homme et les Animaux, histoire naturelle populaire, par 
Charles Brongniart, 1 vol. de 1,000 p. avec 870 fig. Prix, 12 fr. ; 
franco, 12 fr. 83. 

— La Truffe, botanique de la truffe et des plantes truffières, sol, 
climat, pays producteurs, composition chimique, culture, 
récolte, commerce, fraudes, qualités alimentaires, conserves, 
préparations culinaires, par Ad. Chatin, membre de l'Institut, 
1 vol. in-8° de 370 p., avec 15 planches coloriées. Prix, 14 fr. ; 
franco, 14 fr. 85. 



— Monographie des maladies du pommier et dupoirier, par 
Dangeard, 1 vol. avec 10 pi. hors texte. Prix, 8 fr. ; franco, 
8 fr. 35. 

— Allas des plantes marines des côtes de France, parP. Hariot, 
48 pi. en héliotypie tirées en couleurs, avec descriptions. 
Prix 12 fr.; franco, 12 fr. 85. 

— Les Champignons, au point de vue biologique, écono- 
mique et taxonomique, par A. Acloque, 1 vol. in-16, de 
328 pages avec 60 figures, prix 3 fr. 50, franco 3 fr. 80. 

— La Rose, histoire et culture, 500 variétés de rosiers, par 
J. Bel, 1 vol. in-16 de 100 pages avec 41 figures, prix 2 francs, 
franco 2 fr. 20. 

— Les Sciences natia-elles el l'éducation, par Th. Huxley, 
1 vol. de 320 pages, prix 3 fr. 50, franco 3 fr. 80. 

— Galerie des Naturalistes, histoire des sciences naturelles 
depuis leur origine jusqu'à nos jours, 1 vol. in-8° de 396 pages 
avec 16 portraits hors texte, prix 7 fr. 50, franco 8 fr. 25. 

— Les pigeons voyageurs et leur emploi à la guerre, par 
Eugène Caustier, 1 vol. in-12 de 125 pages avec nombreuses 
figures, prix 1 fr. 50, franco 1 fr. 70. 

— L'homme dans la nature, par P. Topinard, 1 vol. in-8" 
relié, prix 6 francs, franco 6 fr. 60. 

— Les Matières grasses, caractères, falsifications et essais 
des huiles, beurres, graisses, suifs et cire, par le D r Beauvi- 
sage, 1 vol. in-16 de 324 pages avec 90 figures cart., prix 4 fr., 
franco 4 fr. 40. 

— Afrique et Africains, par L. Sevin-Desplaces, 1 vol. de 
358 pages, prix 3 fr. 50, franco 3 fr. 90. 

— L'Album des centres nerveux, par Debierre et Doumer, 
48 figures schématiques, avec légendes, prix 1 fr. 50, franco 
1 fr. 63. 

— Plantes médicinales de la Bourgogne, emplois et doses, 
1 br. in-18 de 100 pages, prix 1 fr. 25, franco 1 fr. 35. 

— De la disparité physique et mentale des races humaines 
et de ses principes, par Souffret, 1 vol. in-8°, prix S francs, 
franco 5 fr. 45. 

— Darwin el ses précurseurs français, par A. de Quatre- 
fages, 1 vol. in-8° cart., 6 francs, franco 6 fr. 45. 

— Manipulations de zoologie (Vertébrés), par le D p P. Gi- 
rod. 1 vol. in-8° avec 32 pi. et col. cart. 10 francs, franco 
10 fr. 60. 

— Les Fleurs à Paris, par de Vilmorin, 1 vol. in-16 de 
324 p. avec 203 figures, prix 3 fr. 50, franco 3 fr. 80. 

— Le Potager d'un curieux, hist. cuit, et us. de 200 plantes 
comestibles peu connues ou inconnues, 2 U édition, 54' figures, 
590 pages, prix 10 francs, franco 10 fr. 85. 

— Les problèmes de la géologie et de la paléontologie, par 
Th. Huxley, 1 vol. br. avec 34 figures, prix 3 fr. 50, franco 

3 fr. 90. 

— Précis de Tératologie, anomalies et monstruosités, par 
L. Guinard, 1 vol. de 350 pages avec 273 figures, prix 8 francs, 
franco 8 fr. 63. 

— Produits naturels commerçables ; les produits végétaux 
alimentaires, 1 vol. in-18 de 450 pages avec 45 figures, prix 

4 francs, franco 4 fr. 35. 

— Les Maladies cryplogamiques des céréales, par Jean Lo- 
verdo, 1 vol. br., prix 3 fr. 50, franco 3 fr. 85. 

— Les Alpes françaises, par Albert Falsan, 1 vol. avec 
51 figures, br., prix 3 fr. 30, franco 3 fr. 85. 

— Traité d'anatomie comparée et de zoologie, par Arnold 
Lang, 1 er fasc. Protozoaires et vers avec 191 figures, prix 
12 francs, franco 12 fr. 60. 2 e fasc. Arthropodes, prix 5 francs, 
franco 5 fr. 45. 3 e fasc. Arthropodes (suite). Crustacés et in- 
sectes, prix 5 francs, franco 5 fr. 45. 

— Manuel pratique des cultures tropicales et des plantations 
des pays chauds, par Sagot et E. Raoul, 1 vol. de 780 pages, 
prix 12 francs, franco 12 fr. 85. 



CHRONIQUE 



Empoisonnement des poissons' par le naplite. — De- 
puis plusieurs années, les pécheurs se plaignent du dépeuple- 
ment du Volga qu'ils attribuent au naphte transporté en grande 



52 



LE NATURALISTE 



quantité sur ce fleuve dans des canots mal construits, qui en 
laissent couler à peu près 3 0/0 dans les eaux. 

C'est aux ports de débarquement que les ravages sont les 
plus considérables : il n'y reste pas un poisson. Plusieurs es- 
pèces deviennent impropres à la consommation par suite du 
mauvais goût que leur communiquent les eaux contaminées 
Ce liquide l'ait périr également les infusoires, les insectes et les 
mouches qui servent de nourriture au poisson. A la suite de 
ces constatations un comité de savants a réclamé d'urgence des 
mesures énergiques afin de prévenir la ruine des pécheurs 
dans ces régions. 

Le choléra propage par les mouches. — Les mouches 
passent pour d'excellent agents do transport de tous les prin- 
cipes contagieux. Aussi sont-elles à juste titre redoutables en 
temps d'épidémie. Mais, les germes du choléra étant très sen- 
sibles à la sécheresse, on pouvait objecter que, pendant le vol, 
ils se dessécheraient rapidement et perdraient ainsi leur action 
pernicieuse. 

Pour s'en assurer, le D 1 ' M. Simmands, professeur à Ham- 
bourg, se livra à diverses expériences. Il plaça six mouches sous 
une cloche en verre avec un intestin cholérique. De là, il les 
fît passer dans une cornue où elles séjournèrent une heure et 
demie. Puis il les plongea séparément dans de petits tubes rem- 
plis de gélatine fondue qu'il agita fortement et vida dans des 
moules. Sur chacune des plaques obtenues il se forma d'in- 
nombrables colonies de bacilles du choléra. Les germes avaient 
donc résisté une heure et demie, plus de temps qu'il n'en faut 
pour être transportés à de grandes distances et communiqués à 
des substances offrant un terrain excellent aux bacilles, celles 
que sauces, lait, et autres particulièrement recherchées des 
mouches. 

La conclusion pratique à tirer de cette expérience est celle-ci: 
qu'il faut tenir soigneusement couverts, jusqu'après complète 
désinfection, tous les objets qui ont pu être contaminés par les 
déjections des cholériques et écarter avec le plus grand soin 
les mouches des aliments liquides dans tous les endroits infes- 
tés. 

La société des sciences de Copenhague célèbre cette 
année le 150 e anniversaire de sa fondation et elle devient en 
même temps l'une des plus riches associations de ce genre, 
grâce à la générosité du brasseur Care Jacobsen, décédé il y a 
quelques années. Cet ami des sciences, après avoir partagé à 
ses héritiers ses autres biens, fît don à la société de sa brasserie 
à condition qu'elle conserverait son caractère de brasserie mo- 
dèle. La Société ne devait entrer en jouissance des revenus 
qu'après la constitution d'un capital de réserve de trois mil- 
lions de couronnes qui assurerait à jamais l'exécution de cette 
clause. Ce capital est formé, et désormais la Société jouira des 
revenus qui lui sont légués, et qui pendant ces derniers temps 
s'élevaient à 1.200.000 couronnes par an. 

Archéologie préhistorique. — Depuis que 1889 a réuni 
de nombreuses collections au Champ de Mars, on s'est vu 
obligé de séparer de la Pierre polie, une civilisation que j'avais 
déjà signalée sur la Saône, dix ans auparavant. M. Sal- 
mon, dès 1888, l'a appelé le Campinien. Cette civilisation n'a 
que des silex taillés, nos animaux et n'est jamais accompagnée 
du Renne; elle possède la poterie. La présence du Renne cons- 
tituant le quaternaire, la civilisation campinienne est moderne, 
ou néolithique, le paléolithique étant réservé aux stations du 
Quaternaire : définition qu'il faut accepter, si on ne veut pas 
perdre son temps à des discussions inutiles. Un point impor- 
tant reste à élucider au sujet du Campinien. — Je dis, de- 
puis 1888, que les menhirs sont en général de l'âge du Campi- 
nien. En est-il bien ainsi? C'est utile à savoir, car, sur la 
Saône, il est facile de voir que le Campinien est limitée entre 
deux daies inexorables : le xxii u et le xiv e siècle avant Jésus- 
Christ. Par conséquent, les différences qui séparent les Hélix 
des stations campiniennes de nos Hélix, sont les seules modi- 
fications qu'un climat comme le nôtre permet en quatre mille 
ans. Tardy. 



BIBLIOGRAPHIE 



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PI. XIX-XXV. 

Recueil. Zool. Suisse V. 1892,' 'pp. 435-534. 

G. Malloizel. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE 17. 



FEE 1893 



15 e ANNÉE 



•i" Série — JV 1-24 



1 er MARS 1893 



ÉTUDES ETHNOGRAPHIQUES 
LES TRIBUS 

,DE .... 

L'EMPIRE TOUCOULEUR 



Au moment où le drapeau tricolore flotte sur les murs 
de Ségou-Sikoro; où le roi Ahmadou est en fuite; où les 
trésors enlevés de son palais décorent les salles de l'Ex- 
position permanente des colonies; au moment, enfin, où 
le grand Empire 
toucouleur, fondé 
par El Hadj Omar, 
se disloque et va 
disparaître, il nous 
paraît opportun 
d'en faire un rapide 
croquis et de fixer 
à grands traits son 
aire géographique 
et les éléments de 
son ethnographie. 

L'ancien royau- 
me d'Ahmadou se 
divise en trois 
groupes de posses- 
sions bien dis - 
tincts : 

1° Sur la rive 
droite du Niger, le 
G ué;n i éka 1 et 
le Ségou, compre- 
nant 100,000 habi- 
tants et 200 villes 
dont les plus im- 
portantes sont : 
Ségou - Sikoro, la 
capitale ; Kouma- 
léra, Boghé, Dou- 
gassou , Koghé , 
Yamina et Nango, 
c'est-à-dire toutes 
les localités si - 
tuées. entre le Ni- 
ger et son affluent, 
le Mahel-Balevel, 
depuis Sansanding 
marché sarracolet, 
jusqu'à Kangaba, 
village malinké. 

2° Les dépendan- 
ces de l'ouest, com- 
prenant les régions 
du Kaarta autour 
des forteresses de 

Goro, le Nabou, Je Banakadougou et le Gadougou, enlre 
le Bafing et le Bakhoy. Les principales villes de ces 
régions sont : Tamba (2,000 habitants), Kollou, Gale et 
Koundian (1). 

3° Les possessions qui entourent la place forte de Din- 
guiraydansleDjallonkadougou, le Nioro, de Kouniakari, 
de Diala, et comprises entre le Koulou, le Bakhoy, le 
Baoulé, l'État de Bakhounou et le désert. 




CAVALIER MAND1XGUE 



(1) Lanier, Y Afrique. 

LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris. 



L'Empire toucouleur était de date récente, mais il avait 
pris dès le début, grâce à l'humeur conquérante et au 
caractère indomptable de son fondateur, une importance 
considérable. Ce fondateur était un musulman toucou- 
leur, le marabout Omar, originaire du Fouta sénégalais, 
de la caste torodo. Il était surnommé « El Hadj » (le pè- 
lerin), parce qu'il avait accompli le pèlerinage de la 
Mecque. Il avait entendu parler d'Abd-el-Kader et de ses 
victoires; il résolut de suivre ses traces et de fonder un 
royaume gigantesque qui irait de Timbouctou à Saint- 
Louis. 

Il se déclara l'en- 
voyé du prophète, 
chargé d'une mis- 
sion divine ; il fana- 
tisa la population 
toucouleur, prêcha 
la guerre sainte, 
dévasta le Bam- 
bouk, pilla le haut 
Niger, le Kaarta, le 
Khasso , égorgea 
les peuplades hos- 
tiles et brûla les 
villes rebelles à sa 
prédication. Son 
autorité fut recon- 
nue partout. Il fit 
de Ségou-Sikoro le 
la Mecque de l'Afri- 
que occidentale. 

Il mourut en 
1864. Son fils aîné 
lui succéda. Ah- 
madou n'avait pas 
les qualités guer- 
rières ni la force 
de volonté de son 
père. Aussi, depuis 
longtemps, l'Em- 
pire d'El Hadj don- 
nait des signes ma 
nifestes de décom- 
position. Il n'était 
plus formé que des 
débris des vastes 
conquêtes du re- 
doutable chef noir, 
sur lesquels Ahma- 
dou était impuis- 
sant à maintenir 
son autorité. Il a 
suffi i'une cam- 
pagne de quelques 
mois, au colonel 
Archinard pour 
dont les morceaux 




faire crouler l'Empire toucouleur 
vont aujourd'hui à la dérive. 

Pour comprendre la rapidité avec laquelle El Hadj 
avait brisé toutes les résistances et s'était imposé aux 
populations soudanaises, il faut dire un mot des tribus 
nombreuses qui occupent les vastes territoires dont 
nous venons de parler. Ces tribus sont très diverses 
par la couleur plus ou moins foncée de la peau, les 
mes du corps et le degré d'intelligence. 



54 



LE NATURALISTE 



A leur tête, il faut placer les Peulhs ou Fellatahs. On 
les rencontre surtout dans le Ségou et le Guéniékalari. 

Nous sommes ici en présence de populations qui n'ont 
pas, comme les nègres proprement dits, les cheveux lai- 
neux, mais bien des cheveux raides, et dont le teint, 
loin d'être noir, est brun rougeâtre ou jaunâtre; l'en- 
semble de leurs traits n'a rien de nigritique; les lèvres 
et le nez sont européens. Ils forment la couche supé- 
rieure, la couche conquérante des pays situés entre le 
Darfour, à l'est, et le bas Sénégal, à l'ouest; au nord, 



tochtone. Ils sont surtout en majorité dans le Kaarta, 
dans le Banandougou (qui faisait partie du royaume 
d'Ahmadou) et dans le Guéniékalari et le Ségou. Ils sont 
moins noirs que les Ouoloffs, autres nègres du Niger, 









Homme Toucoulcur. 



Chef Pcuhl. 



Homme Soninké. 



ils confinent au Sahara; au sud, ils pénètrent ça et là 
sur le territoire guinéen. Partout cette race s'est mêlée 
à la population inférieure et plus ancienne, et, en cer- 
tains endroits, elle est elle-même plus condensée, par 
exemple dans le Fouta Toro, d'où El Hadj Omar était ori- 
ginaire. Les Peulhs sont essentiellement pasteurs; ils 
connaissent cependant diverses industries, la forge, le 
tissage, la teinturerie, la tannerie. Ils se vêtent d'un 
large habillement et vont chaussés de sandales. Ce sont 
de fanatiques musulmans. Leurs armes étaient jadis 
l'arc et le javelot, aujourd'hui c'est à coups de fusil 
qu'ils attaquent les colonies européennes (I). 

Les Peulhs, par leur mélange avec les nègres, ont 
donné naissance à une race bien autrement redoutable, 
belliqueuse à l'excès, d'un ardent fanatisme, et ennemie 
acharnée des Européens : ce sont les Toucouleurs ceux- 
là mêmes qui répondirent avec tant d'enthousiasme à 
l'appel d'El Hadj et fondèrent avec lui le grand Empire 
que nos soldats viennent de renverser. Si Ahmadou avait 
hérité tant soit peu de l'énergie paternelle, nous ne se- 
rions peut-être pas aujourd'hui à Ségou-Sikoro. 

Dans le Djallonkadougou on trouve les nègres malin- 
kés, ennemis des Toucouleurs, de haute taille et d'hu- 
meur batailleuse. Les Soninkés sont grands aussi ; on 
les rencontre spécialement dans le Guéniékalari et le 
Ségou. Quant aux Mandingues, qui sont un peu les Juifs 
du Soudan, on les trouve un peu partout dans les anciens 
États d'El Hadj. Ils sont d'une avidité extrême, mais pas 
du tout fanatiques, et s'ils détestent les Européens, c'est 
qu'ils devinent en eux des rivaux dangereux pour leurs 
bénéfices. 

Les Sarracolets sont des métis musulmans fort dé- 
vots qui viennent du nord. On les reconnaît facilement 
au bonnet rond orné de deux pointes placées de chaque 
côté et pouvant se rabattre sur les oreilles. 

Les nègres les plus nombreux de l'Empire toucouleur 
sont les Bambaras, qui paraissent être la population au- 

i.l: Abél Hovelacque, Les Races humaines. 



mais plus foncés que les Peulhs. Ils sont industrieux, 
très sobres, très économes. Le général Faidherbe les 
appelait les Auvergnats du Soudan. Leur antipathie 
contre l'islamisme, leur haine des Toucouleurs en ont 
fait les alliés naturels de la France ; ce sont les seuls 
nègres, il faut l'avouer, qui n'ont pas pour les Européens 
une répulsion mêlée de mépris (1). 

Ils ne possèdent qu'une religion très rudimentaire : 
peut-être serait-il plus exact de dire qu'ils n'en possèdent 
pas du tout. Leurs seuls prêtres sont les sorciers, leurs 
seuls dieux sont des fétiches. Chaque village a dans son 
voisinage un bouquet d'arbres vénérés, où l'on ne peut 
pénétrer, raconte le lieutenant Valière (2), que par un 
étroit sentier embarrassé de plantes épineuses. Là, dans 




Jeune fille Bambara. 

l'ombre et le. mystère, se tient le dieu terrible, maître 
des destinées' du village et de ses habitants. Le village 

(1) Galliéni, Mission dans le haut Niger et à Ségou. 

(2) Exploration dans le Dirgo et le Manding. 



LE NATURALISTE 



ua 



ne doit jamais se hasarder dans une entreprise, sans 
consulter ses volontés. S'agit-il de faire la guerre? On 
immole dansle temple quelque jeune chèvre dontle sang 
est répandu sur les pierres consacrées et, à certains 
signes, le sacrificateur reconnaît les décisions du fétiche. 




Cour du palais d'Alimadou, à Ségou. 



On marche alors au combat ou Ton renonce à toute at- 
taque. M. Vallière ajoute que de même, à l'époque des 
semailles, on sacrifie au dieu, pour obtenir la bonne 
germination du grain; ensuite, vient la fête qui doit 
assurer la maturité complète des récoltes, et enfin, les 
greniers étant bien remplis, une nouvelle visite au bois 
sacré vient donner l'assurance que les ennemis n'auront 
aucune part de la moisson de l'année. L'influence de cet 
être tout-puissant s'étend également sur les simples par- 
ticuliers, et les jeunes filles désirant un bon mari n'hé- 
sitent pas à aller déposer à l'entrée du temple des œufs, 
une poignée de mil ou toute autre offrande agréable au 
grand dispensateur de tout bien. 

A la prise de Daba, dans le Bélédougou, le colonel 
Borgnis-Desbordes découvrit des fétiches semblables à 
des trompettes de Jéricho; mais il fut bien étonné de 
voir sortir d'une cachette où un Bambara l'avait précieu- 
sement serrée, — quoi donc? — une poupée rose et 
blonde, une charmante et authentique poupée de Paris, 
dans toute la fraîcheur de ses grâces ! Comment cette 
poupée se trouvait-elle là? On n'a pu éclaircir ce mystère. 
Elle était peut-être en voie de devenir fétiche (1). 

Nous finirons cette nomenclature des anciens sujets 
d'Ahmadou, en disant un mot des Laobés, qu'on a sur- 
nommés les bohémiens du Soudan. Le premier qui nous 
en ait parlé un peu longuement est Mollien, dans le 
Voyage en Afrique, tome I er , p. 227. Sans habitations, 
nous dit-il, et toujours errants, ils ont pour unique mé- 
tier de travailler le bois, de fabriquer des canaris, de 

(1) Victor Cherbuliez, Discours aux cinq Académies, 25 oc- 
tobre 1883. 



tailler des lits dans des troncs d'arbre, comme celui 
qu'on peut voir en ce moment à l'Expsition des colonies. 
M. de Crozals, dans Peulhs et Foulahs, page 336, con- 
firme Mollien et le complète. Les Laobés, raconte-t-il, 
vivent à l'aventure, sans lien politique, sans organisa- 
tion sociale. Par- 
tout on les mépri- 
se et on les sup- 
porte. Les hom- 
mes font du né- 
goce et se re- 
trouvent partout, 
colporteurs infa- 
tigables et mar- 
chands sans scru- 
pules. On les voit 
aller de village en 
village , montés 
sur des ânes char- 
gés de leurs ou- 
tils. Quand ils 
campent, ils élè- 
vent des huttes de 
branchages . Ils 
s'établissent d'or- 
dinaire sur la li- 
sière des bois, et 
achètent des chefs 
du pays le droit 
de séjourner. Nul- 
le part ils ne con- 
naissent et on ne 
leur permetlapro- 
priété foncière. Il 
y a autour de cette race comme une barrière ; ils ne se 
marient qu'entre eux, et même un captif musulman re- 
garderait comme un déshonneur d'épouser une de leurs 
filles. Ils ne professent aucune religion déterminée et 
disent la bonne aventure. 

Telles sont les populations qui vivent sur les deux 
rives du Niger; nous devons y ajouter quelques Maures, 
mélangés de mulâtres arabes et berbères, qui vont jusque 
dans nos comptoirs échanger les produits indigènes 
contre des marchandises européennes. 

Les populations du Soudan portent toutes, à peu de 
choses près, le même costume : le toubé ou pantalon qui 
descend jusqu'aux genoux et le boubou ou chemise pri- 
mitive avec un trou pour laisser passer la tête, et 
deux trous latéraux pour les bras. En guise de toubé, les 
femmes portent le pagne qui les recouvre de la ceinture 
aux genoux. 

Un mot sur la chevelure : c'est souvent le seul signe 
qui permette de distinguer certaines tribus nègres entre 
elles. Tandis que les Toucouleurs ont la tète complète- 
ment rasée, les Sarracolets séparent leurs cheveux en 
plusieurs mèches tressées. C'est un travail très long, 
mais une fois l'échafaudage dressé, il peut durer des 
mois. 

Quant aux femmes, voici comment on procède à 
l'œuvre laborieuse de leur toilette (1). 

La personne à coiffer se couche à plat ventre. Celle 
qui la coiffe s'accroupit à la hauteur de la tête de la pa- 
tiente — patiente est le mot — et commence sa tâche 

(1)L. Muiron d'Arcenant, Bulletin de la Société de Géogra- 
phie, 18T7, tome 1 er . 



56 



LE NATURALISTE 



pénible en passant dans la chevelure un instrument de 
torture beaucoup plus rapproche' du râteau que du 
peigne. Le travail de démêlage dure plusieurs heures; il 
est facilité par les enduits de beurre ou d'huile qu'on 
applique largement dans les cheveux au moyen d'une 
plume. Cela fait, on divise les crins onctueux en petites 
mèches qu'on noue, au moyen de fibres végétales, au- 
tour d'une paille ou d'une légère baguette de bois. Toutes 
ces mèches sont ensuite rejetées derrière la nuque où 
elles sont nouées en tas. Il faut attendre quelques jours 
que les cheveux se soient ankylosés; lorsqu'ils ont bien 
pris le pli, on enlève les pailles et on procède au lissage. 
La toilette est terminée. 

Adrien Barbusse. 



SUR LA SEXUALITÉ DU CAROUBIER 

(Ceratonia siliqua L.) 

ET SUR LA COMPOSITION CHIMIQUE DES GOUSSES DE CET ARBRE 
EN PROVENCE 

{Suite et fin). 



II. — PARTIE CHIMIQUE (1). 

(Analyse du fruit de Caroubier ou Caroube.) 

Il serait difficile peut-être de retrouver le nom de l'auteur 
qui, le premier, s'est occupé de la composition chimique du 
caroubier puisque, à l'époque de Galien, le fruit de cet arbre 
était déjà désigné sous le nom de Siliqua [dulcis et que, long- 
temps avant notre ère, les médecins égyptiens en connaissaient 
les propriétés édulcorantes. 

Horace, Pline et Théopliraste le signalent comme matière 
alimentaire, réservée uniquement à la classe pauvre ; saint Luc 
dit même qu'on ne le donnait à manger qu'aux porcs. 

Les Arabes dans les temps anciens préparaient et préparent 
encore actuellement, ainsi que les Espagnols, avec ses gousses 
fermentées, un vin de caroubes et une limonade fort estimés. 

C'est évidemment le sucre, contenu dans la plante, quiforme 
la base de cette matière alimentaire connue dès la plus haute 
antiquité. Nous verrons plus loin que les principes protéiques 
y ont également leur part. 

Indépendamment du sucre, Chevallier a découvert dans ces 
gousses de l'acide tannique, de l'acide gallique, de la gomme, 
de la résine et des traces de silice et de fer. 

Wigand dans son Lehrbuch der Pharmacognosie, p. 185 si- 
gnale la présence de la pectine et d'une huile fixe. 

D'après Rcinsch, cité dans le Handbuch der Pharmacognosie 
de Wiggers, page 635 (1864) la caroube renferme : 

Sucre de fruits 41 .2 

Albumine ins. et sol. et traces de potasse 20.8 

Gomme et matière colorante rouge 10.4 

Pectine 7.2 

Tannin 2.0 

Chlorophylle, corps gras, amidon 0.2 

Ligneux 6.2 

Eau 2.0 

100.0 
Redtenbacher (2) y a trouvé de l'acide butyrique en distillant 
les fruits avec de i'eau aiguisée d'acide sulfurique, soit 0,6 0/O : 
c'est à la présence de cet acide qu'il attribue leur odeur spé- 
ciale. Griinzweig a montré que le produit de la distillation ren- 
fermait en outre les acides formique, caproïque et benzoïquo. 
D'après Beîtsenhirts il se produirait toujours, lors de la fer- 
mentation des gousses, une certaine quantité d'acide succi- 
nique (3). 

Les chimistes ont principalement porté leur attention sur la 
richesse saccharine du fruit qui, d'après Wal/cer, seraitde 50 0/0, 
dont une grande partie est constituée par de la saccharose 

(1) Cette partie chimique est l'œuvre de M. le professeur 
Schlagdenhauffen do Nancy. 

(2) Otto Berg. l'harmac. Waarenkunde, p. 428. 

(3) Fllickiger. Pharmacognosie, p. 815-1883. 



(Berlhelot)(\). On comprend dès lors que, grâce à cette énorme 
quantité de sucre, cette partie de la plante puisse être l'objet 
de transactions commerciales très importantes. Chaque année 
en effet on expédie de l'île de Chypre (où abonde le caroubier) 
à Trieste, des quantités considérables de fruits destinés à la 
fabrication de l'alcool. 

Ces résultats au point de vue de la composition chimique de 
la gousse étant acquis, il semblait inutile de les contrôler, et 
surtout do chercher à faire mieux, puisqu'ils sont fournis par 
les savants les plus autorisés. Cependant nous n'avons pas 
hésité à reprendre cette analyse à nouveau dans le but surtout 
d'appliquer la méthode générale de Dragendorff à un cas spé- 
cial, non encore étudié, et de nous permettre d'établir ainsi 
ultérieurement un terme de comparaison entre la composition 
de cette gousse avec celle d'autres fruits de légumineuses (1). 
D'autre part, nous prions le lecteur de ne pas perdre de vue 
que notre analyse a porté exclusivement sur des gousses de 
Caroube recueillies en Provence (Var) , c'est-à-dire à la limite 
nord extrême de végétation de cette plante : il était intéressant 
de relever les différences de composition entre la caroube de 
France et celle d'Espagne, par exemple, ou d'Afrique. 

La méthode en question consiste à épuiser successivement la 
plante ou partie de plante par divers véhicules tels que l'éther 
de pétrole, la benzine, le chloroforme, l'éther, l'alcool et l'eau: 
à prendre les poids des extraits correspondants et à examiner 
ensuite séparément la nature de chacun d'eux. Dans le cas qui 
nous occupe , nous avons reconnu, à l'aide de quelques essais 
préliminaires, qu'il était inutile de faire intervenir la benzine, 
le chloroforme et l'éther et qu'il suffisait par conséquent de 
nous occuper des extraits pétroléique et alcoolique. 

Cela fait on épuise par l'eau, on dessèche de nouveau la subs- 
tance et l'on incinère. On prend le poids des cendres et la dif- 
férence entre ce dernier et le poids primitif donne le poids du 
ligneux et de la cellulose. 

En suivant ce mode opératoire nous arrivons à établir la 
composition immédiate de la gousse comme suit : 

Ext :à l'Ether de pétrole. Cires et corps gras 0.30 

Ext : à l'alcool. Glucose 13 »» 

— — Saccharose 26.366 

— — Sels fixes 0.262 

— — Acide butyrique libre 0.500 

— — Cire, tannin et matière colorante. .. . 4.500 
Ext : à l'eau. Glucose 4.165 

— — Saccharose 5.835 

— — Selsfixes 1.500 

— — Mat. alb. pectiques, gomme 7.750 

Incinération. Sels fixes 0.675 

Différence. Cellulose et ligneux 34.946 

Perte _ 0.200 

Total 100.000 

L'éther de pétrole, comme l'indique, le tableau ne dissout 
qu'une quantité minime de matière grasse et cireuse ; l'extrait 
est à peine jaune paille. 

La solution alcoolique au contraire est très chargée ; ello est 
brun rouge et présente au spectroscope les raies d'absorption 
de la chlorophylle dont la coloration verte est complètement 
masquée parle principe colorant qui domine. Abandonnée au 
repos pendant plusieurs semaines cette solution concentrée 
laisse déposer des cristaux de saccharose en assez grande 
quantité. Le dosage de la glucose et du sucre de canne a été 
effectué au moyen de la solution cupro-potassique, avant et 
après l'interversion. 

L'extrait alcoolique, à odeur butyrique, perd en grande par- 
tie l'acide libre y contenu au fur et à mesure de sa concentra- 
tion. Pour doser l'acide butyrique nous avons procédé, à la 
façon de Redtenbacher, sur 400 grammes de pulpe. Lcnombre 
obtenu se rapproche sensiblement de celui que nous avons in- 
diqué plus haut. Les sels fixes de l'extrait alcoolique se com- 
posent pour ainsi dire uniquement de chlorures. Il n'y a ni sul- 
fates, ni phosphates. 

Parmi les sels fixes provenant de l'extraction à l'eau nous 
signalons la présence de chlorures, de sulfates, de phosphates 
et de carbonates alcalins et calciques. 

Les cendres finales 0,675 se composent enfin d'une partie 

(1) Berthclot. Ann. de Phys. et Chim. 1858. 

(2) Nous avons déjà montré qu'il existe au point de vue chi- 
mique certains rapprochements à établir entre le fruit du Ca- 
roubier et celui de Vllymendea Courbaril (le Nat uraliste 'i890). 



LE NATURALISTE 



57 



soluble, 0,215, principalement de sulfate de chaux, et d'une par- 
tic insoluble dans laquelle dominent les acides silicique et 
phosphorique combinés à la chaux, à la magnésie et à un peu 
de fer. 

La comparaison de notre analyse avec les précédentes nous 
monti/e que la quantité de matière sucrée contenue dans l'ex- 
trait alcoolique et dans l'extrait aqueux est sensiblement la 
même que celle indiquée par Valker. Elle est supérieure à 
celle de Reinsch. Pour ce dernier la proportion de matières 
albuminoïdes serait de 20,8, tandis que nous n'en trouvons que 
7,75 0/0 mélangés à des matières pectiques et à de la gomme. 
Enfin la quantité de ligneux et de cellulose est près de quatre 
fois supérieure à celle mentionnée par Wiggers (1). 

En résumé la gousse sucrée de Caroube constitue un ali- 
ment hydrocarboné qui serait excellent en raison de sa grande 
teneur en matière sucrée, mais la valeur en est nécessairement 
amoindrie par la présence de 42 0/0 environ de glucose. C'est à 
ce dernier principe qu'elle doit principalement ses vertus théra- 
peutiques (édulcorantes). La quantité de matières protéiques, 
quoique faible, n'est cependant pas négligeable, c'est ce qui 
justifie son utilisation en Espagne pour l'alimentation des bes- 
tiaux. Son emploi enfin dans la fabrication de l'alcool est aussi 
parfaitement justifiée en raison de la grande richesse saccha- 
rine qui la caractérise. 

Edouard Heckel. 



REPRODUCTION ARTIFICIELLE DU DIAMANT 



Les alchimistes, qui furent en réalité les premiers chi- 
mistes, cherchèrent pendant plusieurs siècles la compo- 
sition de la pierre philosophale qui devait procurer la 
transmutation des me'taux en or. Les chimistes de notre 
époque ont abandonné les rêves de leurs devanciers, 
mais ils en ont fait d'autres non moins merveilleux et 
qui, de prime abord, ne paraissaient pas plus réalisables. 
Us ontsongé àreproduire les minéraux rares plus connus 
sous le nom de pierres précieuses. 

Deux savants français, MM. Frémy et Verneuil sont 
entrés clans cette voie, il y a deux ans, en faisant la syn- 
thèse des rubis. Le G février dernier, l'Académie des 
Sciences soulignait de ses applaudissements la commu- 
nication de l'un de ses plus jeunes membres, M. Moissan, 
qui venait l'entretenir de ses recherches sur la reproduc- 
tion artificielle du diamant. 

L'éminent professeur de l'École de pharmacie, déjà 
bien connu par ses découvertes sur le fluor, n'est pas le 
premier qui ait eu l'idée de faire la synthèse du diamant. 
Mais, pour reproduire la gemme précieuse, il fallait con- 
naître sa constitution. Or, on l'a ignorée jusqu'à la fin du 
siècle dernier, époque où Lavoisier, en faisant brûler le 
diamant à l'air libre, sous l'action d'un verre ardent, le 
vit se réduire « en une espèce de gaz qui précipitait l'eau 
de chaux ». Le diamant était donc du carbone cristallisé. 

Plus tard Dumas et Stas, reprenant les expériences de 
Lavoisier, apportèrent une légère modification au résultat 
du grand chimiste. Ils brûlaient le diamant dans un tube 
de porcelaine chauffé au rouge et ils obtenaient un très 
léger résidu spongieux qui faisait partie intégrante du 
cristal. Celui-ci n'était donc pas homogène et formé de 
carbone absolument pur. 

Pour faire la synthèse du diamant, il fallait arriver à 
la cristallisation du carbone amorphe pris soit isolément 
soit à l'état de combinaison. 

En 1828, Cagniard-Latour essaya, le premier, d'obtenir 
ce résultat en faisant réagir du phosphore sur le sulfure 

(1) Les analyses de Reinsch et de Wiggers ont évidemment 
porté sur des gousses de Chypre ou d'Algérie, car les produits 
de Provence ne sont pas exportés, on les consomme sur place. 



de carbone, mais ses expériences restèrent sans succès. 

Beaucoup plus tard, Despretz crut aussi avoir réalisé 
la transformation du carbone en diamant, au moyen de 
l'étincelle d'induction et de l'œuf électrique, il n'obtint 
qu'un mélange de charbon et de silicates. 

En 1880, un Anglais, M. Marsten, annonçait l'existence 
de quelques cristaux noris à arêtes courbes, dans l'argent 
chauffé vers 1500°, en présence du charbon de sucre ; on 
reconnut qu'ils n'avaient pas la composition du dia- 
mant. 

A la même époque, M. Hannay essaya de faire déga- 
ger, par des artifices spéciaux, le carbone de certains 
produits où il est combiné de façon à l'amener à cristal- 
liser dès sa formation à l'état libre. Il employait pour 
cela une méthode ingénieuse qui consistait, en principe, 
à décomposer par le lithium divers carbures tels que l'es- 
prit de paraffine. A une température convenable et en 
tubes scellés,, l'hydrocarbure se décomposait, le métal 
absorbait de l'hydrogène, et il se formait quelques cris- 
taux transparents présentant les caractères du diamant; 
mais l'analyse montra que le carbone était combiné 
avec de l'azote. 

Jusqu'ici les tentatives faites en vue d'obtenir le dia- 
mant avait donc été infructueuses. Il était donné à 
M. Moissan de réaliser cette belle découverte. Ses re- 
cherches, conduites avec une grande méthode, se divisent 
en trois parties : 1° dissolution du carbone dans un bain 
métallique ; 2° cristallisation de ce carbone sous une 
forte pression ; 3° séparation des produits cristallisés. 

Il faut d'abord rappeler que le carbone est soluble 
dans la fonte dès que celle-ci entre en fusion, c'est-à-dire 
vers 1100°. En élevant la température de 1100° à 3000° la 
fonte liquide se comporte comme une liqueur dissol- 
vante et dissout de plus en plus de carbone. Pour obtenir 
cette température de 3000°. M. Moissan construit un four, 
dit électrique, dans lequel il utilise la chaleur dégagée 
par une machine dynamo-électrique, qu'actionne un 
moteur de la force de 60 chevaux. Le four (fig. 1) est 
formé simplement de deux plaques de chaux vive 
creusées, en leur centre d'une cavité ; la supérieure, 
servant de couvercle, présente deux rainures pour 
le passage des fils conducteurs. — La cavité du four, 
relativement petite, prend exactement la température 
de l'arc jaillissant à son intérieur. On fond alors dans 
un creuset placé dans ce four 150 grammes de fer 
doux, opération qui ne dure que quelques minutes. 

I. Dans le bain en fusion on introduit du charbon de 
sucre fortement comprimé dans un cylindre de fer doux. 
Le charbon, sous l'influence de la chaleur énorme dégagée, 
se dissout dans le fer. Le creuset est sorti du four et 
plongé dans l'eau où le mélange se solidifie. 

II. A ce momentintervient le second facteurimportant : 
la pression. On sait en effet que la fonte solide aune den- 
sité plus faible, que la fonte liquide et que, comme l'eau, 
elle se dilate au moment de sa solidification. — Lors- 
qu'on plonge la masse fondue dans l'eau, il se forme 
rapidement une couche de fer solide à la surface ; le 
noyau liquide interne se refroidissant à son tour, tend de 
plus en plus à augmenter de volume, mais son accrois- 
sement à l'extérieur ne peut se faire, limité qu'il est par 
la croûte solidifiée. Il s'exerce donc à l'intérieur du culot 
une pression considérable qui favorise la production du 
carbone cristallisé. 



58 



LE NATURALISTE 



III. Il s'agit maintenant de séparer les divers éléments 
qui ont pu se produire. On dissout d'abord le fer dans 
l'acide chlorhydrique bouillant. Il reste trois espèces de 
charbon : du graphite, du charbon de couleur marron 
et une faible quantité de carbone assez dense. C'est cette 
dernière portion qui doit être isolée. L'opération est 
très complexe. Le résidu est en effet traité par l'eau ré- 
gale, l'acide sulfurique bouillant, l'acide fluorbydrique, 
le chlorate de potasse et l'acide azotique fumant ; on se 
débarrasse ainsi des charbons légers ; il ne reste plus 
que quelques fragments très petits de densité assez élevée, 
rayant le rubis et qui chauffés dans l'oxygène à 1000° dispa- 
raissent, c'est-à-dire possèdent les propriétés du diamant. 

« Ces fragments sont les uns noirs et les autres trans- 
parents. Les premiers ont un aspect chagriné, une 
teinte d'un noir gris, identique à celle de certains carbo- 
nados (diamant noir) ; ils rayent le rubis et leur densité 
varie entre 3 et 3,5. Certains à surface unie, d'un noir 
plus foncé, présentent les arêtes courbes du diamant. Les 
fragments transparents qui paraissent brisés en menus 





Fia:, i. 



Fi K . 2. 



morceaux (fig. 1) ont un aspect gras, s'imbibent de 
lumière et possèdent un certain nombre de stries paral- 
lèles et parfois des impressions triangulaires (fig. 2). » 

En résumé il s'est formé dans l'opération, du diamant 
noir en même temps que du diamant cristallisé. 

La question de la reproduction artificielle du diamant 
semble donc résolue au point de vue scientifique et 
c'est là un résultat immense. Nous sommes peut-être 
encore très éloignés du point de vue pratique, car le 
poids de matière obtenue atteint à peine quelques 
milligrammes, et les expériences qu'a nécessitées son 
obtention ont coûté plusieurs milliers de francs. 

Nous souhaitons vivement que M. Moissan continue 
ses recherches, etqu'après nous avoir donné des diamants 
microscopiques, il en reproduise d'aussi #ros que le 
Régent. Les possesseurs actuels de diamants n'y trouve- 
ront peut-être pas leur compte mais l'industrie s'en féli- 
citera. Le diamant, en effet, n'est pas seulement un 
objet de parure; on l'emploie comme pivols dans l'hor- 
logerie ; on s'en sert pour les burins destinés à tailler ou 
graver les pierres dures. Enfin dans ces dernières an- 
nées on l'a utilisé pour scier certaines roches, telles que 
la lave du Volvic, qu'on débite en grandes dalles, et pour 
la perforation des trous de mine dans le percement des 
tunnels du mont Cenis et du Saint-Cothard. 

Pu. Glanueaud. 

Entomologie appliquée à l'Agriculture 

MŒURS ET MÉTAMORPHOSES 
de l'Otiorynchus sulcatus, Fabricius. 
Noos voici en présence d'un Coléoptère, de la grande fa- 
mille des Curculionides, nuisible à l'agriculture; avant d'en- 
trer dans le domaine des faits concernant notre ravageur, 
nous allons d'abord en décrire les phases sucessives : 



Œufs. L'œuf est petit, globuleux, blanc; pondus au collet de 
la racine des plantes nourricières, ils éclosent quelques jours 
après, donnant naissance à de petites larves brunâtres, trans- 
parentes, lesquelles parvenues à leur plus grande expansion 
présentent les caractères suivants : 

Larve. Longueur, 10 à 12 millimètres; largeur, 4 millimètres. 

Corps apode, de 12 segments, courbé en arc, mou, charnu, 
blanc terne, luisant, couvert de longues soies et de courtes 
spinules, convexe en dessus, déprimé en dessous, subatténué 
aux deux extrémités. 

Tête orbiculaire, déclive, cornée, jaunâtre luisant, avec quel- 
ques longues soies clairsemées sur la surface, à pourtour 
inférieur rayé de quatre lignes sous-cutanées à fond jaune foncé ; 
ligne médiane très allongée, se bifurquant au vertex pour 
aller se perdre en ligne peu flexueuse au-dessous de la base 
antennaire ; deux points, un de chaque côté au-dessous de la 
bifurcation ; entre les deux branches est une forte impression 
en forme de V majuscule; ces deux traits à noter comme 
signes caractéristiques ; — lisière frontale droite, noirâtre ; — 
épistome trapézoïdal, testacé, bifovéolé; — labre saillant semi- 
elliptique rougeâtre, à angles arrondis, courtement cilié à son 
bord antérieur ; — mandibules courtes, cornées à base ferru- 
gineuse, à extrémité noire et obtuse, à liséré inférieur droit, 
le supérieur taillé en biseau jusqu'à la moitié, puis droit, 
excavées en avant de l'emplacement des antennes ; mâchoires 
courtes, droites à tige large, charnue, biciliée, lobe petit pec- 
tine à sa tranche interne, à bout arrondi, aussi large que le 
premier article des palpes maxillaires qui sont courts, rou- 
geâtres, biarticulés, l'article basilaire gros, tuberculiforme, le 
terminal court, oblique en dedans, à bout obtus ; — menton 
court, charnu ; lèvre inférieure dilatée, bilobée, les deux lobes 
séparés par un trait rougeâtre qui se continue sur le pourtour 
interne de la lèvre jusqu'à hauteur des palpes labiaux qui sont 
très petits, rougeâtres, biarticulés, le premier article un peu 
plus gros que le suivant; — languette membraneuse, ciliée, peu 
avancée ; en dedans de cette pièce est un empâtement charnu 
que recouvre en partie le labre et qui est divisé en deux masses 
par un sillon profond ; — antennes testacées très courtes, sises 
en arrière du milieu de la base des mandibules, de deux articles 
rétractiles, le premier petit, cylindrique, peu apparent, le 
deuxième très peu visible; — ocelles deux points, à fond pâle, 
peu saillants, en arrière et loin de la base des mandibules. 

Segments thoraciques convexes et transverses, charnus et blanc 
terne, avec longs poils épars; — le premier un peu plus long 
et un peu plus large que la tête, couvert d'une plaque écail- 
leuse jaunâtre clair, sillonnée au milieu d'une ligne à fond 
pâle, transversalement strié, latéralement fovéolé, le pourtour 
de chaque fovéole verticillé ; l'arceau entier est suivi d'un 
long bourrelet médian bilobé, chaque lobe surmonté d'un long 
poil; deuxième et troisième segments égaux, moins longs, mais 
plus larges que le précédent, sans plaque, transversalement 
relevés par quelques cils d'inégale longueur, chacun suivi d'un 
long bourrelet médian bilobé, à lobes ciliés, moins accentués 
au deuxième, moins encore au troisième. 

Segments abdominaux convexes, mous, blanchâtres, avec 
légère teinte jaunâtre aux premiers arceaux, couverts de longs 
poils et de courtes spinules transversalement disposées, dimi- 
nuant de largeur vers l'extrémité; — les six premiers formés 
de trois bourrelets, le premier étroit, entier, garni de cils 
d'inégale longueur; deuxième court transverse avec poil de 
chaque côté de la ligne médiane ; troisième, très étroit au 
milieu puis dilaté aux côtés sur lesquels surgissent deux cils 
dont un très long ; septième plus convexe, entier, avec rangée 
de cils et faible dilatation postérieure surmontée de deux cils ; 
huitième, môme forme avec une simple rangée do cils; neu- 
vième court, à bout arrondi, couvert de six spinules, deux 
courtes en première rangée, quatre en arrière. 

Dessous déprimé, avec rangées transverses de cils ; les seg- 
ments thoraciques mous, blanchâtres, relevés par six apophyses 
surmontées de longs poils, deux médianes, quatre latérales ; 
les sept premiers segments abdominaux blanc terne, formés de 
deux bourrelets étroits, le premier avec rangée transverse de 
courts cils, trois de chaque côté de la ligne médiane correc- 
tement alignés à chaque arceau, le deuxième court, étroit, 
glabre ; huitième et neuvième formés d'un seul bourrelet sub- 
convexe; anus enclos dans un court pseudopode quadrilobé, 
en forme de X encadrant un C entre chaque branche. 

La ligne de séparation d'un double bourrelet latéral forte- 
ment dilaté à chaque arceau et surmonté de deux poils dont 



LE NATURALISTE 



59 



un très court et l'autre très long, marque le point de division 
de la région dorsale avec la région ventrale. 

Pattes nulles ; apophyses sous-thoraciques, bourrelets latéraux 
et pseudopode anal aident aux mouvements de progression de 
la larve qui avance par reptation, en prenant d'abord appui sur 
ses apophyses, ramenant ensuite son corps en avant, puis se 
servant du pseudopode pour permettre au corps dégagé 
de gagner du nouveau terrain en avançant, sans que dans 
tous ses mouvements il lui soit permis de s'éloigner de son 
milieu nourricier : c'est, du reste, autour des racines qu'ont 
lieu les circonvolutions. 

Stigmates ovalaires, blanchâtres, à péritrème roux et corné ; 
la première paire sise au bord postérieur du premier segment 
thoracique, un peu plus grande que les suivantes qui sont sur 
la ligne de séparation des deux régions dorsale et ventrale et 
au milieu des huit premiers segments abdominaux. 

Quoique lente dans ses mouvements, cette larve progresse 
assez facilement, son existence est souterraine : elle vit au 
détriment des fraisiers cultivés, plus particulièrement des va- 
riétés à gros fruit, dont elle ronge le pourtour des grosses et 
des petites racines ; après en avoir corrodé l'extérieur elle 
entre clans l'intérieur de la tige qu'elle achève ainsi de ruiner; 
ses ravages, peu sensibles tant que la larve est jeune, com- 
mencent à se faire sentir dès la fin de l'été ; avant l'arrivée 
des froids, elle s'enfonce de plus en plus dans le sol, de façon 
à se trouver à dix ou douze centimètres de profondeur lorsque 
arrivent les frimas ; elle passe l'hiver sans prendre de nour- 
riture, mais dès les premières belles journées de printemps, 
elle se rapproche de la surface, sans cesser de ronger la plante 
nourricière ; à ce moment, elle est très vorace, c'est alors que 
les plantes contaminées soutirent le plus doses ravages, elles se 
flétrissent et meurent, les tiges restent à la main; en avril, 
parvenue à sa plus grande expansion, elle se façonne en terre, 
non loin du milieu nourricier, une loge oblongue, dont elle 
lisse les parois en y exerçant des pressions à l'aide de son 
corps, et y prend place ; son logement assuré, désormais à 
l'abri de tout danger, elle perd de son activité, son corps 
quitte la forme courbe, apophyses et bourrelets se résorbent 
jusqu'à ce qu'ils disparaissent, le tronc est alors droit, c'est le 
moment où, par des contractions répétées et suivies de dila- 
tations, la peau éclate, et arrive à la fin de la phase à être 
acculée à l'extrémité postérieure du corps où elle aura encore 
son emploi en isolant ce dernier du contact avec le sol envi- 
ronnant. 

Ce n'est pas aux fraisiers seuls que cette larve est nuisible, 
les plantes do serre, saxifrages, primevères, fougères, bégo- 
nias, et en particulier les plantes grasses du groupe des 
Echveria (Crassulacées) sont aussi recherchées par elle : quelle 
relation botanique y a-t-il cependant entre les plantes de la 
famille des Rosacées comme le fraisier et celle des Crassula- 
cées? aucune, ce nous semble, mais il importe peu à notre 
petite béte que la racine appartienne à un végétal ou à un 
autre, pourvu qu'elle soit grosse et charnue et qu'elle soit de 
nature à satisfaire ses appétits : elle est aussi accusée de ronger 
les racines de la vigne, des groseilliers et de divers arbrisseaux. 

Deux moyens sont en présence pour parer ou au moins 
atténuer les effets résultant des dégâts causés par notre 
larve. 

Le premier consiste à donner aux fraisiers et aux arbustes 
des plates-bandes attaquées deux forts binages, l'un en au- 
tomne, au moment où la larve se déplace pour hiverner, 
l'autre au printemps, époque où elle se rapproche des racines; 
mais ce système, fait un peu à l'aveuglette, n'est pas d'une effi- 
cacité, absolue ; le second lui est préférable : il consiste à 
mettre à nu les racines, arracher les pieds attaqués par les 
vers, écraser ces derniers, ne laisser que les pieds indemnes 
de toute espèce de mal et compléter les vides au moyen de 
plantes saines. 

Pour les plantes grasses, les dépoter en automne, faire 
tomber les larves qui rongent les racines, visiter les liges au 
collet, couper toutes celles qui offriraient des traces de des- 
truction ; le ver est dedans, l'ennemi est dans la place. 

Se garder de détruire les taupes et les hérissons qui séjour- 
nent aux alentours infestés ; ces deux insectivores recherchent 
pour s'en nourrir les larves et les nymphes, même l'adulte, et 
nous rendent ainsi de grands services en détruisant les unes 
et les autres. 

Nymphe. Longueur, 8 millimètres ; largeur, 4 millimètres. 

Corps un peu recourbé, charnu, blanchâtre, parsemé de 
petites épines rougeâtres, convexe en dessus, à région anté- 
rieure arrondie, atténué à l'extrémité postérieure. 



Masque frontal dilaté, avec quatre épines arquées en dedans, 
yeux réticulés, rostre allongé garni de trois spinules de chaque 
côté de la ligne médiane, disposées en triangle ; masque tho- 
racique quadrilatéral, couvert de petites spinules irrégulière- 
ment disposées de chaque côté de la ligne médiane ; segments 
abdominaux étroits, transverses, diminuant de largeur de la 
base à l'extrémité, avec rangée transverse de cils d'autant plus 
longs et d'autant plus nombreux qu'ils se rapprochent de l'ex- 
trémité ; segment anal terminé par deux épines rougeâtres 
droites ; scape des antennes droit, funicule reposant sur les 
cuisses de la première paire de pattes ; les genoux des trois 
paires de pattes en saillie portent deux épines rougeâtres dont 
une plus longue terminée en forme de crochet. 

Dans sa loge, la nymphe repose sur la région dorsale : les 
épines et les spinules ont pour objet d'isoler le corps du con- 
tact avec le sol et de lui fournir des points d'appui lorsque 
des circonstances l'obligent à se mouvoir, ce qu'il fait facile- 
ment, en particulier à l'aide des segments abdominaux auxquels 
la nymphe imprime des mouvements de rotation latéraux. 

La phase nymphale prend fin après une durée de vingt à 
vingt-cinq jours, c'est-à-dire au commencement de mai, alors 
les différentes parties de l'adulte se détachent, durcissent; le 
corps perd la couleur blanchâtre pour devenir rougeâtre, 
puis noir, et lorsque les téguments sont assez consistants, 
l'insecte, dès lors parvenu à l'état parfait, se fait jour à travers 
la faible couche terreuse qui le sépare du dehors, il se dégage 
ainsi de son réduit. 

Adulte. C'est un insecte noir, assez grand, à élytres sillon- 
nées, avec les intervalles variés de teintes grisâtres : on le 
trouve dans presque toute l'Europe ; il est nocturne, se tient 
le jour en terre, sous les mottes, sous les pierres, sous les 
feuilles, dans les interstices des écorces ; il est aussi nuisible 
que sa larve, en coupant les bourgeons de la vigne, en ron- 
geant les tiges et le cœur des végétaux que la larve a déjà en 
partie épuisés : le chasser pendant le jour serait perdre son 
temps ; la nuit, à la lanterne, on peut le prendre mais pas en 
très grand nombre ; errant, isolé, de plus se laissant tomber à 
terre au moindre choc, à la moindre crainte, il est bien diffi- 
cile d'en avoir raison ; le mieux est de détruire sa larve à l'aide 
des moyens que nous avons indiqués. 

En juin et en juillet les deux sexes se recherchent, s'ac- 
couplent, puis le mâle meurt ; la femelle disparaît à son tour, 
après avoir assuré le sort d'une nouvelle progéniture. 

Divers auteurs, en décrivant succinctement les divers états 
de cette espèce, ont donné quelques détails sur les ravages 
qu'elle exerce : nous avons repris les données des uns et des 
autres, que nous avons complétées et rectifiées afin de les 
mettre en harmonie avec la science et en application avec 
l'agriculture. 

Capitaine Xambeu. 



Notice préliminaire sur les Collections zoologiques 

RECUEILLIES PAR M. JEAN DYBOWSKI 

Dans son expédition à travers 1e Congo et la région de 
VOubangui 



2 e PARTIE. 



Oiseaux. 



Dans un premier article (1) j'ai parlé des Mammifères 
recueillis par M. Dybowski. Les Oiseaux sont encore plus 
largement repre'sente's dans les collections qu'il a remises 
au Muséum, et qui viennent d'être exposées dans les 
galeries du Jardin des Plantes. On ne compte, en effet, 
pas moins de C00 spécimens appartenant à cette classe 
et se rapportant à 150 ou peut-être même à 160 espèces, 
parmi lesquelles il y en a plusieurs qui manquaient à la 
série ornithologique du Muséum ou qui ne s'y trouvaient 
représentées que par des exemplaires provenant d'autres 
contrées de l'Afrique. Parmi les Rapaces diurnes et 
nocturnes dont les dépouilles ont été envoyées ou rap- 

(1) Le Naturaliste, 1892, n" 140 p. 5. 



GO 



LE NATURALISTE 



portées par M. Dybowski, je citerai d'abord des Aigles 
pêcheurs (Haliastus vocifer Daud.), des Faucons-Vautours 
d'Angola (Gypohierox angolensis Lath.), Rapacesqui rap- 
pellent un peu les Vautours par leur tête dénudée laté- 
ralement et qui, à l'âge adulte, pourraient être confondus 
à une certaine distance avec les Peronoptères, grâce à 
leur livrée blanche, mais qui se rapprochent en réalité 
des Aigles pêcheurs ; puis de vrais Faucons (Falco rufi- 
follis Sev. et Falco Cuvieri Smith), des Asturimdcs (Astu- 
rinula monogramica Tem.), Oiseaux de proie de taille 
moyenne, que l'on trouve répandus dans toute l'Afrique 
tropicale et qui, en dépit de leur nom, offrent plus 




J""^ 



Calao, Bycanistesjsubquadratus. 

d'affinités avec les Spizaètes qu'avec les Autours, de 
petits Éperviers (Accipiter minullus Bodd.), des Milans 
noirs (Milvus Korschun Gm.) semblables aux nôtres, des 
Chals-Huants (Syrnium nuchale Sharpe), qu'on ne trouve, 
au contraire, que dans les forêts de la Sénégambie, du 
Gabon et de la région de l'Oubangui, des Grands-Ducs 
(Bubo poensis Fras.), propres à ces mêmes forêts et des 
Petits-Ducs (Scops giu Scop.) qui ne diffèrent par 
aucun caractère notable de nos Petits-Ducs européens. 
Dans l'ordre des Psittacidés, je trouve, à côté d'une 
vieille connaissance, le Perroquet Jako (Psiltacus eri- 
thacus L.) qui se présente ici avec sa livrée normale, grise 
et rouge ; une espèce moins commune dans les collec- 



tions, le Psittacus ou Pœocephalus aubryanus Souancé, 
dont M. Dybowski a rapporté également des spécimens 
vivants, et qui se reconnaît facilement à sa livrée d'un 
vert brillant, rehaussé par du rouge vif sur le front, le 
pli de l'aile et les plumes qui recouvrent la partie 
supérieure des pattes. Dans ce spécimen de l'Oubangui, 
le bandeau frontal est plus large et plus vivement coloré 
que chez les individus que j'avais vus jusqu'ici et qui 
provenaient du Gabon. 

Les autres oiseaux que Cuvier rangeait dans son ordre 
des Grimpeurs paraissent être bien plus abondants que les 
Perroquets dans les régions parcourues par M. Dybowski 
si l'on en juge par le nombre des exemplaires et par la 
variété des espèces appartenant aux groupes des Barbus, 
des Pics et des Coucous. Parmi les Barbus je mention- 
nerai les espèces suivantes : Melanobucco bidentatus Shaw ; 
M. Levaillanti V., M. leucocephalus Defilippi ; M. Vieilloti 
Leach., Tricholœma hirsutum Sw., Heliobucco Bonapartci 
Hartl., Barbatula chrysocoma Verr., B. Duchaillu Cass., 
et Trachyphonus purpuratus Verr., et, à propos de la pre- 
mière, Melanobucco bidentatus, je ferai remarquer que 
c'est probablement à tort que M. Shell ey a distingué de 
cette forme anciennement connue de l'Afrique occiden- 
tale, une forme orientale, qu'il a proposé d'appeler 
M. œquatorialis. J'ai cru remarquer 
en effet, que certains individus de la 
région de l'Oubangui offraient déjà, 
dans la nuance plus rosée de la bande 
transversale de leurs ailes, une tran- 
sition vers^le AT. œquatorialis qui a 
été trouvé par Emin-Pacha à Hparo 
dans l'Afrique équatotoriale et par F. 
Bohndorff dans le pays des Niams- 
Niams, mais dont M. Shel- 
ley était déjà disposé à 
étendre l'aire d'habitat jus- 
que dans les région du 
Congo. C'est déjà exclusi- 
vement dans cette partie 
de l'Afrique, c'est-à-dire 
dans le Congo français et 
sur la côte de Loango, 
qu'avait été rencontré le 
Melanobucco Levaillanti ; 
mais le M. leucocephalus n'avait été signalé jusqu'ici que 
dans le nord-est de l'Afrique et dans les régions équato- 
riales explorées par Emin Pacha et par Bohndorff. Il 
faut désormais prolonger fort loin du côté de l'ouest le 
domaine de cette espèce, facilement reconnaissable à 
son manteau brun, à sa collerette et à son plastron 
blanc. Comme, d'autre part le Melanobucco Vieilloti a 
été rencontré également en Abyssinie et dans le pays 
de Bogos, que ÏHeliobucco Bonapartei a été retrouvé ré- 
cemment dans le pays des Niams-Niams, on voit que 
la plupart des espèces de Barbus occupent en Afrique 
une étendue de pays bien plus considérable qu'on ne le 
supposait primitivement et sont répandues probablement 
dans toutes les grandes forêts équatoriales. 

Je dirai à peu près la même chose des Pics, dont j'ai 
rencontré au moins six espèces dans la collection de 
M. Dybowski, savoir : Campothera punctataVal., C. Caroli 
Malh., C.permista Reichenow, Dcndropicus Sharpci Oust., 
Mesopicus goertan Malh., M. xantholophus Harg. Ainsi nous 
avons désormais la preuve que la première espèce, Cam- 
pothera punctala, considérée jusqu'ici comme propre à la 



V ,K :i 



LE NATURALISTE 



61 



Côte d'Or et à la Sénégambie, ne s'arrête pas au Niger, 
mais s'étend beaucoup plus loin vers l'ouest et le sud, 
dans l'Afrique intérieure ; la seconde espèce, C. Caroli, 
signalée d'abord dans la partie de l'Afrique occidentale 
comprise entre le Gabon et la République de Libéria et 
retrouvée récemment par Bohndorff dans le pays des 
Niams-Niams, existe probablement aussi dans toute la ré- 
gion intermédiaire, puis que M. Dybowski l'a rencontrée 
dans la région de l'Oubangui ; la troisième espèce, C. per- 
mista, n'est point particulière aux régions du littoral du 
Gabon et du Congo; le Dendropicus Sharpii, que j'ai décrit 
il y a quelques années d'après des spécimens obtenus 
par M. Alfred Marche dans la région du Haut-Ogooué 
habite aussi la région du Congo. Le Pic goertan ou Pic 
vert du Sénégal de Buffon occupe une aire extrêmement 
vaste et peut-être non interrompue, du Sénégal à 
l'Abyssinie et au Sennaar, du Gabon, du Congo, et du 
pays d'Angola au pays des Niams-Niams et son parent, 
le Mesopicus xantholophus, s'étend également jusqu'à ces 
dernières contrées depuis le Gabon et le Congo. 

A côté de notre Torcol (hjnx torquilla L.), qui n'avait 
encore éié signalé, sur le continent africain, qu'au Maroc, 
en Algérie, en Egypte, en Abyssinie, dans le Kordofan et 
au Sénégal, les collections de M. Dybowski renferment 
un spécimen d'un autre Torcol, le lynx pectoralis Vig., 
que l'on a considéré comme une forme propre à l'Afrique 
australe. Ceci confirme pleinement l'hypothèse émise 
par mon ami Edouard Hargitt dans son Catalogue récent 
des Picidés du British Muséum. Après avoir rappelé que le 
lynx pectoralis venait d'être trouvé à Londres par le 
D r Lucan, M. Hargitt ajoutait : «Je ne serais pas surpris 
« d'apprendre que cette espèce remonte le Congo jus- 
« qu'à sa source; s'il en est ainsi, nous aurons bientôt 
« sans doute à enregistrer un fait des plus remarquables, 
« consistant dans la présence simultanée dans une aire 
« restreinte de l'Afrique équatoriale de toutes les espèces 
« de Torcols, y compris notre lynx torquilla, si large- 
« ment répandu à la surface du globe.» 

De tous les Coucous indicateurs, le plus anciennement 
connu, YIndicator Sparrmanni Steph., a été rencontré par 
M. Dybowski à Bangui, sur l'Oubangui, ce qui concorde 
avec les renseignements fournis par mon ami G. E. Shelley 
dans le Catalogue des Cuculidés du British Muséum et 
d'après lesquels cette espèce remonterait de Natal et du 
Transvaal à travers l'Afrique tropicale et s'avancerait 
jusqu'en Sénégambie, en évitant, en contournant, pour 
ainsi dire, les autres régions de la côts occidentale. 
Après cet Indicateur que je citerai, mais sans m'y arrêter, 
un Coucou cuivré (Chryscoccyx cupreus Bodd), espèce 
si largement répandue que l'on peut s'attendre à la ren- 
contrer dans la plupart des collections africaines ; deux 
Coucals (Centropus monachus Rùpp., et C. senegalemis L.) 
dont le premier occupe une aire presque aussi vaste que 
le Coucou cuivré, tandis que l'autre, Centropus monachus, 
s'arrête vers le sud au niveau du 20 e degré environ et ne 
dépasse pas au nord la région saharienne ; puis le 
Ceutmochares scneus\., dont la présence dans l'Oubangui 
montre que l'espèce s'étend sans interruption du Came- 
roun et du pays d'Angola au pays des Niams-Niams ; 
enfin Je Coucou glandivore (Coccystes glandarius L.), 
espèce de l'Europe méridionale et du nord de l'Afrique 
qui avait déjà été signalée en Sénégambie, à la Côte d'Or, 
dans le Mossamedes, le Damara, l'Ovampo, la Cafrerie, 
l'État d'Orange et le Transvaal. 

Les Calaos, qui paraissent être encore plus nombreux 



que les Pics dans les forêts de l'Afrique intérieure, ont 
fourni à M. Dybowski des spécimens se rapportant à sept 
espèces bien tranchées. L'une d'elles, Ceratogymna atrata 
Tem., se reconnaît facilement à sa forte taille, à son bec 
surmonté d'un casque volumineux, de forme cylindrique 
et protégé en arrière jusqu'au delà des yeux, à sa gorge 
dénudée et pourvue d'une caroncule, à son plumage dont 
les teintes varient d'un sexe à l'autre, le mâle ayant les 
plumes de la tête prolongées en forme de crête, les 
plumes du dos et des ailes d'un noir foncé, plus ou moins 
glacé de pourpre et de vert, tandis que la femelle offre 
sur la tête et les parties antérieures du corps une cou- 
leur marron. Comme elle se trouve dans l'Oubangui 
aussi bien que dans la région du Niger, il est certain 
qu'elle remonte dans l'Afrique australe et occidentale 
au delà du 5 e degré de latitude nord qu'elle ne dépasse 
pas à l'est, d'après M. Grant. Vers le nord elle atteint 
certainement le pays d'Angola; mais on ne sait pas en- 
core si elle se trouve sous la même latitude, près de la 
côte orientale. 

Trois autres espèces de Calaos se rapportent au genre 
Bycanistes de Cabanis et Heine, genre caractérisé par un 
plumage noir et blanc, une queue coupée presque carré- 
ment, des plumes occipitales allongées, de manière à 
former une crête et un casque comprimé, tantôt très 
élevé, tantôt rudimentaire. Deux de ces espèces, celle 
précisément dont le casque est le plus développé, occu- 
pent certainement en Afrique une aire plus vaste qu'on 
le supposait jusqu'ici, puisque M. Dybowski a obtenu 
dans l'Oubangui de magnifiques spécimens du Bycanistes 
albotibialis Cab. et Reich., forme que l'on croyait propre 
au Gabon et du Bycanistes subqitadratus Cab., espèce qui 
n'avait été signalée que dans le pays d'Angola, dans le 
pays des Niams-Niams et dans la région supérieure du 
Nil Blanc. Quant à la troisième espèce, Bycanistes Sharpei 
Elliot, elle n'a été retrouvée, en dehors du pays d'Angola, 
que dans le Congo proprement dit, le Gabon et le bassin 
du Niger. 

L'Ortholophus albocristatus Cassin., autre Calao, de 
formes très élancées, pourvu d'une longue queue, et 
dont la tête est ornée d'une belle huppe blanche et 
noire, occupe également une région assez restreinte, 
comprenant le Congo, le Gabon, le Cameroun et l'Ou- 
bangui. Au contraire deux Calaos toks (Lophoceros fasciatus 
Shaw et L. nasutus L.) dont M. Dybowski a tué quelques 
individus en remontant l'Oubangui, sont répandus de 
l'est à l'ouest à travers toute l'Afrique tropicale, le pre- 
mier entre le 10 e degré de latitude sud et le 10 e degré 
de latitude nord, le second entre l'équateuretle 10 e degré 
de latitude nord. 

E. Oustalet. 



LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 



M. Moynier de Villopoix vient de soutenir avec succès, de- 
vant la Faculté des sciences de Paris, une thèse ayant pour 
titre : « Recherches sur la formation et l'accroissement de la 
coquille des Mollusques ». L'auteur a précisé, dans une étude 
très minutieuse et très documentée, le mécanisme des forma- 
tions calcaires du test, et son travail parait trancher d'une 
manière décisive les discussions qui se sont récemment élevées 
en Allemagne sur ce sujet. 

Peut-être les discussions sur un pareil objet paraîtront n'a- 
voir qu'un médiocre intérêt, mais dans les sciences d'observa- 
tion, aucun problème n'est indigne d'attention; l'attrait d'une 



62 



LE NATURA LISTE 



question dépend de la disposition, de la tournure d'esprit in- 
dividuelle et, d'ailleurs, les phénomènes et les choses les plus 
simples d'aspect peuvent suggérer, dans un esprit attentif, des 
aperçus ingénieux et l'idée d'autres recherches dont la portée 
s'élargit. 

On peut distinguer dans la coquille des Mollusques trois 
couches principales ; le Periostiacum, désigné quelquefois sous 
le nom de drap marin, la couche Calcaire Prismatique, et enfin, 
plus intérieurement, la couche Calcaire Amorphe qui constitue 
la nacre. Toutes ces couches sont formées par des cellules qui 
ont leur origine dans les tissus du manteau; deux sortes d'é- 
pithélium concourent à la formation coquilliôrc : l'un est un 
épithélium chitinogène, l'autre un épithélium calcigènc, et ces 
deux organes entrent successivement en fonctions. 

Quand les coquilles gagnent en épaisseur, c'est toujours par 
suite d'une plus grande activité dans la production nacrée, la 
couche prismatique une fois formée ne prenant plus d'accrois- 
sement. 

M. Moynier de Villcpoix décrit aussi le mode de formation 
d'un organe improprement appelé le Ligament et qui, placé 
comme un ressort dans le voisinage de la charnière des co- 
quilles bivalves, sert, comme on le sait, à maintenir l'écartc- 
ment des valves quand les muscles de fermeture se reposent. 
Ce ligament est sécrété par l'épithélium de la suture dorsalo. 

Citons quelques-uns des Mollusques étudiés et dont la com- 
paraison a permis de constater l'uniformité des phénomènes 
généraux de calcification. Parmi les Pélécipodes, ce sont 
Dreissensia polymorpha, Cardium, etc.; parmi les Gastéro- 
podes, Ilelix aspersa, H. nemoralis, H. hispida; parmi les Cé- 
phalopodes, Sepia officinalis et Loligo vulgaris. Des figures 
correspondant aux préparations histologiques de ces animaux 
accompagnent le mémoire. 

Comment, chez les Mollusques, le carbonate de chaux est-il 
déposé à la surface du manteau, quelle est son origine, com- 
ment les éléments composants, chaux et acide carbonique, sont- 
ils mis en présence, par quel chemin ces corps sont-ils con- 
duits sous le periostiacum? Telles sont les questions que l'auteur 
a essayé de résoudre dans une série d'expériences physiologi- 
ques. 

C'est ainsi que des fragments de coquille ont été brisés et 
arrachés pour qu'il fût possible d'assister à la réparation des 
brèches formées. M. Moynier de Villepoix a pu assister à la 
mobilisation d'une avant-garde de Phagocytes, ces admirables 
cellules de guerre qui viennent guetter et surpendre les mi- 
crobes ennemis et dont M. Mestchnikoff osa, le premier, célé- 
brer l'existence et la gloire. En attendant le relèvement du 
rempart calcaire, les phagocytes ont fait bonne garde à la sur- 
face des plaies et, dans leur colère, se sont précipitées sur des 
grains de carmin qu'elles ont dévorés. Doit-on dire un Phago- 
cyte ou bien une Phagocyte? Leur ardeur au combat me permet 
de les comparer aux vaillantes amazones et c'est pour cela que 
je préfère le féminin. 

Sous la protection de cette armée, les tissus vivants se sont 
reformés au-dessus des plaies, et le dépôt calcaire est venu, 
avec une lenteur presque administrative, consolider l'ouvrage. 
Les expériences, faites dans de l'eau dépourvue de sels de 
chaux sur des sujets nourris do substances "végétales produites 
en culture siliceuse, ont montré que la coquille, qui reste molle 
comme on pouvait s'y attendre, garde cependant sa forme spé- 
cifique. Enfin les recherches chimico-physiologiques ont per- 
mis de formuler cette hypothèse : le carbonate de chaux est 
amené par le sang et versé au dehors par les cellules épilhé- 
liales à l'étal de bicarbonate en dissolution dans le mucus 
pour cristalliser ensuite en mélange avec la matière organique 
après le départ de l'acide carbonique . 

Cette explication nous parait simple et ingénieuse et les ex- 
périences qui l'occasionnent sont fort jolies, mais assez déli- 
cates pour souffrir quelques critiques quo nous n'avons pas la 
place de faire ici. 

Co qui parait irréfutable, c'est que le carbonate de chaux se 
forme par des matériaux transportes dans l'organisme à la 
suite de transformation des matièros solides ou liquides ingé- 
rées, et non pas directement aux dépens du milieu ambiant; la 
coquille des Mollusques est, en toutes ses parties fondamen- 
tales, comme dans ses annexes, uniquement le produit de la 
sécrétion des tissus sous-jacents. En somme, M. do Villepoix, à 
la suite de recherches d'anatomie spéciale et d'expériences 
physiologiques, a mis au net dans ses conclusions une page de 
l'histoire des formations calcaires dans l'organisme. Cette his- 
toire est encore aujourd'hui bien incomplète et pourtant elle 
mériterait d'être constituée; car la manière d'être des forma- 



tions calcaires est sans doute d'une importance capitale pour 
la détermination de la forme au cours de l'évolution phylogé- 
nétique des êtres. 

Que les dépôts calcaires soient exogènes ou endogènes, étui 
de tubicolc, arborisation de polypier, coquille, squelette cu- 
tané ou profond, ces dépôts solides ont contribué à déterminer, 
par suite de leur arrangement, les formes organisées. Les lois 
de cristallisation et de groupement moléculaire des éléments 
solides sont-elles profondément modifiées en présence du tissu 
vivant? quelles sont les influences réciproques de ces subs- 
tances? nous l'ignorons encore. 

Quand la genèse des solides de l'organisme pourra entrer 
dans un chapitre de la géométrie, les problèmes biologiques 
seront bien prêts d'être résolus. 

Cet élan vers les sphères philosophiques peut paraître osé ; 
il semblera que c'est marcher bien vite que de passer de l'étude 
d'une coquille de moule à la donnée d'un problème capable 
d'effrayer les mânes de Platon; mais, en fait, les monuments 
aux flèches élancées se bâtissent en surajoutant beaucoup de 
pierres taillées, et M. Moynier de Villepoix apporte la sienne 
dans un coin du chantier où Flourens n'a pas dédaigné de 
bâtir. 

Remy Saint-Loup. 



SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE 



année 1892 {fin). 



Séance dn -1 avril. — M. Marcel Bertrand fait une confé- 
rence sur la continuité des plissements dans les bassins de 
Paris et de Londres. 11 cherche à démontrer : 1° que les plis- 
sements se font toujours aux mêmes places; 2° que leur en- 
semble dessine à la surface un double système de lignes 
orthogonales. Ces conclusions semblent bien découler en effet 
de l'examen des faits géologiques dans le bassin anglo-parisien. 
M. Bertrand croit qu'il est possible de les généraliser et de les 
appliquer à toute la géologie. Cette remarquable conférence 
vient de paraître in extenso dans le Bulletin de la Société. — 
M. de Launay signale les environs de la mer Egée comme 
offrant une confirmation des idées de M. Bertrand. — M. Tardy 
a envoyé à la Société une communication sur l'action de la 
pluie sur les calcaires et sur les phosphates de chaux. — 
MM. Meig, Bleicher et Fliche ont également fait parvenir une 
suite à leur Contribution à l'étude du terrain tertiaire d'Al- 
sace, et M. Pomel un Aperçu rétrospectif sur la géologie de la 
Tunisie. 

Séance du 25 avril. — M. Munier-Chalmas fait une 
communication sur l'anticlinal de Beynes et sur le dôme de la 
Mauldre. L'auteur a cherché à se rendre compte do l'extension, 
dans le bassin de Paris, des plis coupant à angle droit le sys- 
tème de plissements à peu près parallèles au grand axe du 
pays de Bray. Au point où les deux systèmes se rencontrent, 
ils produisent naturellement une surélévation des couches en 
forme de dôme. L'anticlinal de Beynes paraît s'être produit 
avant le dépôt des couches à Micraster Brongniarti, mais il 
n'a atteint son maximum de surélévation qu'après les dépôts 
langhiens et très probablement pendant le pliocène. — M. Doit- 
fus présente quelques observations. La craie apparaît certai- 
nement â Beynes â la faveur d'un anticlinal, mais rien ne 
prouve l'intervention d'un accident orthogonal. On ne com- 
prend pas de quelle manière les cours d'eau peuvent franchir 
des anticlinaux restant tels quels à toutes les époques géo- 
logiques. — M. de Grossouvre revient sur la question de l'ori- 
gine des phosphates de chaux sédimentaircs. Il croit qu'on peut 
affirmer, dès maintenant, que la présence du fluor dans les 
phosphates sédimentaircs ne peut donner aucune indication 
sur leur origine minérale ou organique. — M. Munier-Chalmas 
répond en maintenant les termes de sa première note jusqu'à 
ce que de nouvelles analyses aient été faites. — MM. Dele- 
becque et Duparc ont envoyé une note sur le lac d'Annecy. 

Séance du S mai. — M. M. Boule présente une note sur le 
remplissage des cavernes à ossements. Il ne saurait y avoir de 
réglé générale; chaque caverne a, comme chaque vallée, une 
histoire propre et mérite une étude spéciale, mais il faut re- 
pousser, pour tous les cas étudiés par l'auteur, uno action 
diluvienne quelconque et même l'hypothèse de crues formi- 
dables, invoquée si souvent pour expliquer le remplissage 
des cavernes et l'abondance des ossements. — M. Douvillé, se 
basant sur l'examen d'un très grand nombre de Rudistcs, rc- 






LE NATURALISTE 



63 



connaît et fixe divers niveaux dans la craie des Corbières. — 
M. Carez présente quelques observations. — > M. Munier- 
Chalmas revient sur les faits qui l'ont conduit à admettre que 
la craie à Micraster Bi'ongniavti ne s'est pas déposée sur l'an- 
ticlinal de Beynes. — M. Ramond parle de l'avancement des 
travaux de l'aqueduc do dérivation des eaux de la vallée de 
l'Avrc et des observations géologiques que ces travaux per- 
mettent de faire. M. Munier-Chalmas, a pu voir, en compagnie 
de MM. Ramond et Dollfus, une série de petits anticlinaux régu- 
liers et parallèles dans les marnés vertes, les calcaires et les 
marnes de la base du Tongrien, et ces plis sont perpendicu- 
laires à la direction générale de l'anticlinal de Beynes. — 
M. Toucas envoie une note sur l'âge de VRippurites Corbaricus, 
qui serait surtout caractéristique du Santonien. — MM. Doic- 
villé et Carez présentent des observations. 

Séance du 16 mai. — M. Albert Gaudry signale un tra- 
vail de M. Osborn, qui a découvert en Amérique le Palœo- 
v.ictis, genre de mammifère fossile de l'Eocènc d'Europe. — 
M. Michel Lévy présente une étude d'ensemble sur le raccor- 
dement des couches qui, dans l'ouest de la France, se déve- 
loppent entre les schistes de Saint-Lô et les grès armoricains. 
Cette étude est due aux efibrts combinés du Directeur du ser- 
vice de la carte et de ses collaborateurs, MM. Barrois, Œhlert 
et Lebesconte. — M. Marcel Bertrand signale les difficultés 
qu'on rencontre en cherchant à suivre, dans le Crétacé de la 
Sarthe, la continuation des plis tertiaires du bassin de Paris. 

— M. Vaillant, à propos du transport possible do pierres par 
les Poissons, met sous les yeux de la Société quelques galets, 
l'un d'eux du poids de 447 grammes, trouvés dans le tube di- 
gestif des Turbots et des Congres. — M. de Grossouvre envoie 
une note sur la Craie de Bimont, près Brcteuil (Oise). 

Séance du 9 jniu. — M. Chaper parle de la présence, 
dans le tube digestif des poissons, d'objets de diverses natures. 

— M. M.Bertrand explique de diverses manières le creusement 
des vallées perpendiculairement à l'axe des plis anticlinaux. On 
peut le comprendre, soit par le comblement des synclinaux 
par des dépôts plus récents, soit en admettant que les deux 
phénomènes de plissement et de creusement ont été progressifs 
et simultanés. — M. Bleicher donne lecture d'un mémoiro sur 
le gisement et la structure des nodules phosphatés du Lias de 
Lorraine. Ces nodules se rencontrent à trois niveaux, déter- 
minés avec précision par Fauteur. Ils paraissent d'autant plus 
riches en phosphates qu'ils ont été plus longtemps exposés aux 
intempéries atmosphériques. — M. Toucas revient sur l'âge des 
niveaux à hippurites de Lcycheit et Benaïx. 

Séance dn 13 juin. — M. Marcellin Boule rend compte 
d'une excursion faite dans les terrains quaternaires du nord de 
la France et de la Belgique, sous la conduite de M. Ladrière 
et confirme les observations des travaux de ce géologue. Il 
ajoute quelques détails sur l'âge des divers dépôts pléistocènes 
du bassin de Paris et du nord de la France. 

Séance du 37 juin. — M. Bergeron expose un certain 
nombre de faits intéressants qu'il a observés dans les terrains 
anciens de la Bohême et du Harz. — M. Œhlert présente 
quelques observations. — MM. Munier-Chalmas et de Lapparent 
l'ont part d'un projet d'échelle stratigraphique générale où ils 
se sont efforcés de tenir compte des derniers progrès de la 
science ainsi que des convenances particulières de la géologie 
française. Cette communication est suivie de remarques faites 
par MM. Gossclet et Michel Lévy. — M. Welsch a étudié les plis- 
sements des couches sédimentaires des environs de Poitiers. Il 
y a, dans cette région, deux systèmes de plis orthogonaux. — 
M. Tard;/ a adressé une lettre relative à la communication de 
M. Boule sur les terrains quaternaires du nord de la France. 

Séance du 7 novembre. — M. Vallot fait une communi- 
cation sur les causes de la catastrophe de Saint-Gervais. Il 
combat l'explication donnée par M. Forel. — M. Lemoine pré- 
sente un certain nombre de pièces osseuses nouvellement re- 
cueillies dans les couches éocènes de Cernay. Il a pu établir 
un genre nouveau [Adapicreodon) et étudier comparativement 
la structure des membres de plusieurs mammifères fossiles. 

Séance du 21 novembre. — M. Albert Gaudry présente 
un mémoire de Mme Paulow sur l'histoire des Rhinocéros fos- 
siles. — M. Depéret fait une importante communication sur la 
classification et le parallélisme du système miocène. C'est le 
fruit d'un voyage géologique fait en Suisse, en Wurtemberg, 
en Bavière, en Autriche-Hongrie et en Italie, dans le but de 
comparer les formations néogènes de ces pays avec celles du 
bassin du Rhône. La conclusion la plus curieuse de ce travail, 
c'est que la faune de Sansan caractérise PHelvétien. La faune 
de mammifères de Pikermi est contemporaine des couches à 



Congéries de Vienne et supérieure par conséquent au Tortonien. 
C'est l'étage pontique. — M. Ficheur a adressé une note sur 
les terrains crétacés du massif du Bou-Thalcb (Constantine).— 
M. Tardy a envoyé une note sur la multiplicité et les causes 
des glaciers. 

Séance du 5 décembre. — M. Marcellin Boule fait une 
communication sur quelques points de la géologie du Cantal. 
Il signale l'existence de cinérites plus anciennes que les ciné- 
riten célèbres du Pliocène inféiïeur.Les premières remonteraient 
au Miocène supérieur. Il parle de certaines coulées de roches 
passées inaperçues jusqu'à ce jour, et il donne la coupe du 
Puy Mary, où l'on observe, dans leur ordre stratigraphique, la 
plupart des éléments géognostiques du Cantal. — M. M. Boule 
fait une seconde communication sur une station humaine de 
l'époque du Renne, découverte et fouillée par M. Niiesch, aux 
environs de Schaffouse. — M. Munier-Chalmas parle des zones 
d'Ammonitidées toarciennes et bajociennes de Normandie, qui 
reproduisent les zones établies en Angleterre et en Souabe. Il 
fait l'histoire d'une partie des temps jurassiques dans cette 
partie de la France. — Dans une seconde note, M. Munier- 
Chalmas appuie sur de nombreux arguments l'hypothèse d'un 
dimorphisme sexuel chez les Ammonites. — M. Haug définit ce 
qu'on doit entendre par l'étage aalénieu comprenant quatre 
zones caractérisées chacune par une espèce particulière d'Am- 
monite. — M. Stuart-Menteath parle de la dalle des Pyrénées 
et M. Ramond des documents géologiques rapportés par la 
mission de la Manche. 

Séance du 19 décembre. — M. Haug fait une communi- 
cation sur la continuation vers le sud des plis de la Dent du 
Midi. — M. Marcel Bertrand a lait quelques réserves au sujet 
du raccordement de la région si bien étudiée par M. Haug, avec 
les régions voisines, et M. Michel Lévy résume en quelques 
mots les résultats généraux auxquels sont arrivés les collabo- 
rateurs du service de la carte sur la tectonique de la région 
d'Annecy. — M. Dollfus a entretenu la Société d'un sondage 
exécuté à Dives (Calvados), qui permet de reconnaître la pré- 
sence d'une crête silurienne ayant divisé, à l'époque jurassique, 
le Calvados en deux bassins distincts : celui de Bayeux à l'ouest 
et celui de Lisieux à l'est. — MM. Mieg, Bleicher et Fliche en- 
voient une note complémentaire sur le Tertiaire de certaines 
localités alsaciennes et badoises et M. Toucas une communi- 
cation sur l'âge sénonien de certaines couches de la craie des ■ 
Corbières. 

M. B. 



THÈSE DE DOCTORAT 



M. Citerne, docteur en médecine, a soutenu le 17 décembre 
dernier, à la Sorbonne, une thèse de docteur es ciences inti- 
tulée des Berbéridées et des Erythrospermécs. L'auteur, dans 
cette étude, s'est appliqué à établir les affinités réelles de ces 
deux groupes que certains botanistes, réunissent en une seule 
famille, tandis que d'autres rapportent les Erythrospermées à 
la famille des Bixacées. 

Bien que le sujet choisi présentât quelques inconvénients, 
les Berbéridées ayant été fort étudiées, l'auteur, après de 
patientes et consciencieuses recherches, en a tiré le meilleur 
parti et son travail contient un certain nombre de faits nou- 
veaux. 

M. Citerne admet, dans les Berbéridées, quatre types de 
symétrie florale : les formes trimères, les formes dimères, une 
nouvelle forme qu'il estime comme intermédiaire entre les 
précédentes, et enfin la forme quinconciale. La fleur du Léon- 
tice aurait été considérée à tort comme trimère et serait en 
réalité dimère ; mais, en raison du dédoublement des parties 
florales, leur nombre s'élèverait à six dans le calice, la corolle 
et l'androcée ; le pistil restant monomère. 

On rencontre accidentellement des fleurs de Berbéridées 
quinconciales au sommet des grappes des Berberis et des Epi- 
medium. Malgré le phénomène de dédoublement invoqué anté- 
rieurement pour expliquer ce fait, l'auteur maintient que ces 
fleurs sont réellement pentamères. Quant aux glandes des pé- 
tales de Berberis, M. Citerne ne les considère pas comme loges 
d'anthères transformées, comme certaines' monstruosités sem- 
blaient l'indiquer. 

L'androcée des Podophyllum serait intéressante par le détail 
nouveau suivant : les grains de pollen des anthères restent 
groupées en tétrades sans seidissociec comme d'ordinaire. Puis, 



64 



LE NATURALISTE 



pour le gynécée, le stigmate doit être considéré comme limbe 
de fouille et l'ovaire comme la gaine de celle-ci. Enfin les 
ovules n'auraient qu'un seul tégument dans le genre Caulo- 
phyllum. 

En faisant l'organogénie de la fleur, l'auteur a pensé qu'il 
fallait, dans cette famille, reconnaître les placentas de l'ovaire 
comme élant de nature appcndiculaire et non axillaire, malgré 
les trompeuses apparences du début. 

Le fruit des Berbéridées est variable. La déhiscenec de la 
capsule dans JcfTersonia est due à des « bouquets » de fibres 
qui, en se contractant, déterminent la rupture transversale et 
dorsale de cette capsule. 

Rien de bien saillant à signaler dans les graines de cette 
famille, si ce n'est dans Nandina où l'assise interne du tégu- 
ment externe de l'ovule constitue l'enveloppe testacée de la 
graine. 

Les organes végétatifs présentent une grande variété de 
même que la phyllotaxie. On trouve la disposition 2/5, 1/2, 1/3, 
ou même 3/8 pour les feuilles et les bractées, et variable parfois 
sur la même plante. 

L'auteur nous fait connaître l'organisation des tubercules 
du Léontice avec deux types distincts : l'un à, tubercule formé 
par épaississement de l'axe, puis surmonté d'un petit axe 
rabougri à végétation de rhizome ; l'autre dans lequel les 
deux parties sont entièrement confondues. 

L'anatomie de la tige des Berbéridées n'est caractéristique 
que pour les espèces ligneuses. Elle ne présente pas de 
caractère spécial dans les formes herbacées. 

Los modifications qui servent à distinguer genres et espèces 
résident surtout dans le nombre et l'orientation des faisceaux, la 
présence ou l'absence de faisceaux corticaux, l'origine corti- 
cale ou péricyclique du liège. Le genre Achlys a offert à l'au- 
teur une série de faits anatomiques curieux que nous ne pou- 
vons mentionner ici. 

La racine n'a rien de particulier, si ce n'est dans Nandina 
où le bois secondaire se compose de secteurs fibro-vasculaires 
et de secteurs exclusivement fibreux, avec quelques autres 
particularités intéressantes. Dans les autres genres ligneux la 
structure du bois secondaire est semblable pour la tige et la 
racine. 

11 est utile de signaler, dans la feuille, l'organisation sin- 
gulière du limbe du Bcrberis horrida avec ses cryptes stoma- 
tiques, puis celle du B. empetrifolia à forme spéciale et à 
poils bizarrement enchevêtrés. 

Dix genres de Berbéridées sont admis par l'auteur de cette 
thèse. Il rétablit les g. Mahonia et Caulophyllum en se basant 
surtout sur les caractères de végétation. Par contre, il n'ac- 
corde pas de valeur à la symétrie trimère ou dimère et admet 
dans le même genre (Epimcdium) des espèces ayant les deux 
symétries. 

En discutant les affinités M. Citerne en voit surtout entre 
Berbéridées et Lardizabalées. Quant aux Erythrospermécs, bien 
que l'organisation florale soit en faveur des premières, il pré- 
fère les rejeter dans les Bixacées dont elles ont la structure 
anatomique. 

La placentation n'offre pas de caractères suffisamment cons- 
tants pour lui attribuer, dans cette famille, une valeur systé- 
matique. 

En résumé, cette thèse renferme plusieurs observations iné- 
dites. Elle est le résultat de laborieuses recherches pendant 
deux années. L'auteur, un modeste s'il en fut, n'est jamais 
content de lui-même; il regrette qu'il y ait des lacunes dans 
son travail et il pense qu'il serait utile de le compléter en étu- 
diant la germination et le développement de types qu'il n'a pas 
pu se procurer. 11 s'excuse envers le lecteur des fautes d'im- 
pression nombreuses qu'il n'a pu faire disparaître à temps de 
sa publication. 

Nous ne saurions trop encourager M. Citerno à poursuivre 
ses recherches vers les lacunes qu'il signale lui-même, per- 
sonne mieux que lui ne pourra les combler. Il a toutes les qua- 
lités du travailleur scrupuleux et il est d'une honnêteté scien- 
tifique qui ne saurait être dépassée. 

J. Poisson, 




ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance «lu tt février. — 'M. J. Chatin présente le résultat 
de ses observations, sur le siège de la coloration chez les Huî- 
tres vertes. Cette coloration qui est surtout localisée dans les 



qui 

ments constitutifs du Mollusque et non des cellules végétales 
vivant en symbiose avec lui. D'ailleurs on rencontre ces mêmes 
macroblastes dépourvues de pigment dans les Huîtres inco- 
lores. — Vient ensuite une note de MM. Dangeard et Sapin- 
Trouffly présentée par M. Duchartre, signalant une pseudo- 
fécondation chez les Urédinées. Dans chaque cellule des Téleu- 
tospores, on trouve deux noyaux qui se fusionnent et se 
comportent l'un comme noyau mâle, l'autre comme noyau fe- 
melle. Ce fait est en relation évidente avec l'absence de sexua- 
lité chez les Urédinées, et la remplace complètement. — M. De- 
cagny expose le résumé de ses travaux sur les matières formées 
par le nucléole, chez le Spirogyra setiformis, et sur l'influence 
qu'il exerce sur elles au moment de la division du noyau cel- 
lulaire. — M. Fouqué présente à l'Académie le résultat dés 
explorations effectuées par M. W. Kilian pour le service de la 
carte géologique de France, dans les Alpes françaises, et qui 
peuvent se résumer en une coupe transversale dirigée du N. 0. 
au S. E. de Goncelin à Bardonnèche. La séance se termine 
par une note de M. Emmanuel Fallot présentée par M. de La- 
caze-Duthiers, et ayant, pour objet la disposition des assises 
crétacées dans l'intérieur du bassin de l'Aquitaine, et leurs 
relations avec les terrains tertiaires. 

Séance du 13 février. — M. Ranvier explique à l'Aca- 
démie ce qu'il entend par clasmatocystes. Ce sont des cellules 
qui peuvent se transformer sur place en cellules lympha- 
tiques, et sous l'influence de l'irritation se multiplier pour 
donner naissance au pus. Les clasmatocystes ne sont donc 
pas des cellules lymphatiques. — Ensuite MM. Chauveau et 
Kaufmann exposent les résultats de leurs travaux sur la dé- 
■ pense glycosique due à une hyperglycémie provoquée expéri- 
rimentalement, et sur les conséquences relatives à la cause 
immédiate du diabète. — M. Charcot présente une note de 
M. C. Vanlair sur les conditions de survie après la section 
des deux nerfs vagues. — Enfin vient une communication de 
M. Léon Flot présentée par M. Duchartre sur le péricycle in- 
terne; l'auteur comprend sous ce nom, des formations variées, 
internes au bois primaire, mais distinctes de la moelle, et ayant 
pour origine les mêmes initiales que le tissu vasculaire. 
A.-E. Malard. 

LIVRE NOUVEAU 

Les Plantes potagères et la Culture maraîchère (1),- par E. 
Berger, chef des cultures au fleuriste de la ville de Bordeaux. 

Les ouvrages traitant de la culture maraîchère pratique ne 
sont pas très nombreux ; au moins, ceux qui, écrits par des 
hommes du métier, peuvent être consultés avec avantage. Le 
livre de M. Berger comble cette lacune. Ce travail, conçu sur 
un plan nouveau, peut aussi bien être consulté par l'amateur 
que par le jardinier : chacun y trouvera des renseignements 
qui l'intéresseront. L'auteur n'a fait ressortir que le côté pra- 
tique des cultures, ce qu'il est nécessaire de connaître pour 
arriver à bien faire. Après avoir donné des idées générales sur 
la création et l'installation, à peu de frais, d'un jardin maraî- 
cher, il donne pour chaque plante : 1° l'Origine; 2° la Culture 
de pleine terre et la Culture de primeurs sur couches et sous 
châssis, appropriées aux différents climats ; 3° la description 
des meilleures variétés à cultiver; 4° les Graines, les moyens 
pratiques de les récolter, de les conserver, leur durée germi- 
native; 5° les Maladies et Animaux nuisibles, les meilleurs 
moyens pour les détruire; 6° les Usages et les Propriétés éco- 
nomiques et alimentaires des plantes. Une dernière partie com- 
prend un calendrier des semis et plantations à faire pendant 
les douze mois de l'année. L'ouvrage est orné de 6i figures qui 
donnent l'aspect des espèces décrites et permettent de les re- 
connaître plus facilement. Toutes les plantes, même toutes les 
variétés mentionnées, ont été cultivées, expérimentées et étu- 
diées par l'auteur avec le plus grand soin. En suivant exacte- 
ment ses indications de culture, qui sont le fruit d'observations 
sérieuses et sûres, on obtiendra de bons résultats. 

Erratum. — P. 44, ligne 79 (dernier numéro), ajouter : 
« Nous avons encore recueilli deux poinçons, l'un d'eux est 
taillé dans un os long, on a eu soin de lui' réserver une espèce 
de tête qui permettait à l'ouvrier, d'appuyer fortement sur 
l'instrument. 

(1) Un vol. in-16 de 400 p. avec 64 iig. car t. Prix, 4 francs, 
franco, 4 fr. 35. (En vente aux bureaux du journal.) 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 

PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE 17. 



i«ï ANNÉE 



°2 e Série 



IV 1 ^425 



lo MARS 1893 



ÏÏIT IOÏÏYEAÏÏ EEPTILE TRIASIQÏÏE 

LE PAREIASAURUS 



L'Europe et l'Amérique n'ont pas le privilège des cu- 
riosités paléontologiques ; si l'on y trouve des Reptiles 
sans dents et des Oiseaux dentés, la colonie anglaise du 
Sud africain fournit des Reptiles non moins singuliers 
dont Richard Owen a l'ait connaître les caractères ana- 
tomiques et qui restent jusqu'à pre'sent confinés dans 
l'Afrique australe. Les uns, à l'aspect de Tortues, pos- 
sèdent deux grands crocs comme les Morses : ce sont 
les Dicynodontes ; d'autres, les Thériodontes, rappellent 
les Mammifères par leur allure générale. Enfin, il en est 
qui ne sont connus complètement que depuis quelques 
années : ce sont les Paréiasauriens, dont les restes avaient 
été classés d'abord dans un groupe plus élevé en orga- 
nisation, les Dinosauriens. C'est M. Seeley, l'éminent 
continuateur de l'œuvre d'Owen, qui, par d'habiles et 
patientes recherches, a montré que les Paréiasauriens 
devaient être rangés dans l'ordre des Anomodontes. 

Il vient de publier un nouveau mémoire (1) sur une 



pairs; la suture médiane se termine au trou pariétal 
qui existe chez tous les Anomodontes. 

De chaque côté des pariétaux se trouve une ossifica- 
tion latérale qui a été appelée l'épistique. Les maxil- 
laires forment une grande partie de la face en remontant 
vers les orbites et les narines; ils donnent ainsi au mu- 
seau un aspect étrange. 

L'articulation basi-occipitale présente des caractères 
qu'on n'avait pas encore observés, sur un Reptile. Elle ne 
diffère pas sensiblement dans sa forme de celle d'une 
surface articulaire du centrum d'une vertèbre : elle est 
ovale transversalement avec une cavité centrale bien dé- 
finie. Cette cavité est semblable à celle des Poissons. Elle 
est probablement, comme l'a montré M. Albert Gaudry 
dans ses Enchaînements, un caractère primitif de la petite 
fossette qui se trouve entre les ex-occipitaux et les basi- 
occipitaux des tortues. « Quand on compare les têtes de 
tortues, on voitunpassage de l'état où lespleurocentrums, 
qui représentent les deux condyles occipitaux, sont dis- 
tincts, à l'état où les pleurocentrums sont confondus 
en un condyle unique. » 

M. Gaudry, se basant sur ce caractère et sur d'autres 




restauration du PAREIASAURUS BAINI grandeur 1/20 environ. 
pm. prémaxillaire; — n. nasal; — or. orbite; — ap. apophyse mandibulaire ; — ax. axis ; — om. omoplate; — cor coracoïde; — 
pc. puécoracoïde ; — cl. clavicule; — ici. interclavicule; — ■ ecl. épiclavicule; — h. humérus; — eu. cubitus; — r. radius; 
— il. ilion; — pu. pubis; — is. ischion; — /'. fémur; — t. tibia: — p. péroné: — a.cal. astragalo-calcanéum. 



espèce mal connue jusqu'ici, le Pareiasaurus Baini. Ce 
fossile a été trouvé dans la région du Karoo, si célèbre 
par tous les documents paléontologiques qu'elle a 
fournis. 

Le Pareiasaurus Baini était un animal de forme tra- 
pue, ayant près de 3 m. 30 de long. 

La tête a triangulaire est plus large que longue. Les 
os du crâne sont sculptés comme chez les Labyrintho- 
dontes et les Crocodiliens. Les ouvertures nasales et les 
orbites sont petites ; le trou pariétal, au contraire, est 
relativement grand. Les prémaxillaires envoient une 
apophyse verticale et pointue à rencontre des os nasaux 
également atténués à leur sommet et forment avec ceux- 
ci un rostre d'aspect particulier. Les pariétaux sont 

(1) Philosoplùcal transactions of the Royal Society of London 
vol. 183(1892), B. 

LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris. 




données tirées du squelette, concluait à des rapports 
assez étroits entre les Labyrinthodontes munis d'un 
double condyle et les Reptile* proprement dits. M. Seeley 
arrive aux mêmes conclusions par l'étude du Pareia- 
saurus Baini et considère même les Labyrinthodontes 
comme de vrais Reptiles. 

En résumé l'articulation monocondylienne du crâne 
ne serait pas exclusivement caractéristique de la classe 
des Reptiles. 

Un caractère crânien très remarquable nous est fourni 
par les palatins présentant 10 crêtes longitudinales 
couvertes de dents, ce qui fait ressembler la voûte pala- 
tine de notre fossile plutôt à celle d'un Poisson osseux 
qu'à celle d'un Reptile. Ces dents qui existent chez toutes 
les espèces du genre Pareiasaurus, sont très nombreuses, 
flindriques et fort petites. 



66 



LE NATURALISTE 



Derrière les palatins, sont les ptérygoïdes, puis l'os 
carré qui est perforé comme chez l'Iclithyosaure ; l'auteur 
a cru voir également l'os transverse. Il y a deux espaces 
vides, en forme de virgules, de chaque côté du palais, 
comme chez les Lézards. 

Les dents de la mâchoire supérieure sont aplaties et 
leur bord est muni de sept crénelures; serrées les unes 
contre les autres, leurs couronnes ont une disposition 
imbriquée. 

La mâchoire inférieure a la forme d'un fer à cheval. 
Son articulation se trouvant très en arrière, il en résulte 
que cette mâchoire a une longueur presque aussi consi- 
dérable que la tête. Les dents ont une racine carrée ; 
mal conservées chez le Pareiasaurus Baini, elles n'offrent 
pas de crénelures; mais, dans une espèce voisine, le 
P. Russouvi , les crénelures sont nettement indiquées. 
Cette mâchoire envoie en bas une curieuse apophyse 
que M. Seeley considère comme l'os angulaire. 

Le crâne du P. Baini a des affinités multiples, notam- 
ment avec celui des Lacertiliens, surtout avec ceux des 
formes éteintes. 

Le Champsosaurus, figuré par le D r Lemoine, pré- 
sente un mince museau dans lequel les ptérygoïdes, le 
palatin et le vomer sont couverts de petites dents ana- 
logues à celles de ce fossile. 

Les Labyrinthodontes et en particulier VEryops offrent 
aussi de nombreux traits de resf emblance. Certains dé- 
tails de structure, comme l'oblitération complète de la 
voûte palatine, rappellent également le crâne des mam- 
mifères. 

La colonne vertébrale ne saurait nous arrêter long- 
temps. Il faut noter cependant sa division en régions, 
l'absence d'une cavité articulaire de l'atlas (carac- 
tère ne se montrant chez les reptiles éteints que chez 
les Dicynodontes), l'existence de quatre vertèbres sa- 
crées munies de larges côtes transverses servant à sup- 
porter l'ilion, et enfin une queue très longue dont les 
mouvements latéraux étaient possibles. Les côtes qui 
sont conservées avaient une grande dimension et elles 
s'élargissaient à leur extrémité proximale. 

Le corps de l'animal était préservé dans sa région 
sacrée et caudale par de petites écailles à bords tran- 
chants. Il en existait trois rangées : une médiane située 
au-dessus du sommet des épines neurales et deux ran- 
gées latérales. Cette armure dermique sert à caractériser 
l'espèce. 

La ceinture thoracique est formée par un arc antérieur 
comprenant une interclavicule très développée en forme 
de T, 2 clavicules et 2 épiclavicules ou superclavicules, 
semblables à celles des Labyrinthodontes et des Pois- 
sons, épiclavicules qui n'avaient été décrites jusqu'ici 
dans aucun Reptile. L'arc scapulaire postérieur est formé 
de deux omoplates assez étroites, prolongées longue- 
ment en arrière. Le coracoïde large et aplati est en rap- 
port avec le précoracoïde qui est perforé et occupe la 
position ordinaire du coracoïde chez les Anomodontes. 
La conservation du trou précoracoïdien porte à croire 
que, chez les Crocodiliens et les formes voisines éteintes, 
le précoracoïde est confondu avec le coracoïde. 

Les Labyrintliodontes, comme l'Actinodon et surtout 
l'Eryops, offrent un arc claviculaire qu'on peut parallé- 
liser avec celui du P. Baini. 

Le membre antérieur est court, la largeur de l'humérus 
à son extrémité supérieure est plus grande que sa lon- 
gueur. Le cubitus, fort curieux, a l'aspect d'un éteignoir 



à courte-hampe ; la cavité de l'éteignoir sert à loger 
une partie de la tête du radius, de sorte que le cubitus 
est beaucoup plus long que le radius. Il y a là une 
ressemblance assez grande avec l'Eryops. — Les pieds 
ont o doigts armés de griffes, pouvant se plier en dessous 
à la manières des Carnivores. 

Les caractères frappants du bassin sont : 1° la direction 
antérieure et le grand développement supérieur des os 
iliaques; 2° la soudure complète du pubis et de l'ischion 
en une plaque osseuse ventrale ne présentant pas de 
trou obturateur; 3° M. Seeley, se basant sur la présence 
d'une rainure sur la surface interne de l'ilion, conclut à 
l'existence probable d'un os parallèle à cet ilion, os qui 
proviendrait du pubis et serait situé entre la côte sacrée 
et l'ilion. L'on aurait ainsi cet exemple unique parmi 
les animaux de deux côtes sacrées articulées avec le 
pubis. 

Dans son ensemble, le bassin a l'aspect de celui d'un 
Mammifère, surtout d'un Carnivore, quoiqu'on ne puisse 
le mettre en parallèle avec aucun d'eux. Seuls les Dino- 
sauriens parmi les Reptiles ont l'ilion dirigé en avant; 
mais, par contre, les pubis ont leur maximum d'extension 
en avant de Facétabulum. 

Le membre postérieur est un peu plus fort que le 
membre antérieur, mais ses doigts sont plus petits. Le 
fémur a une surface supérieure aplatie avec une énorme 
crête proximale, et ressemble à un humérus. Ce carac- 
tère ne se présente chez aucun autre animal. — Le 
tibia est massif, le péroné grêle est plus petit que le 
tibia, car il est en contact avec un grand os, par une 
surface étroite, s'élevant beaucoup au-dessus de l'at- 
tache pour le tibia. L'os avec lequel s'articulent le tibia 
et le péroné résulterait de la soudure de l'astragale et 
du calcanéum. Le reste du pied postérieur ressemble 
au pied antérieur. 

En résumé le Pareiasaurus Baini est apparenté : l°avec 
les Labyrinthodontes que l'auteur place résolument 
parmi les Reptiles, malgré leurs deux condyles occipi- 
taux; 2° avec l'Eryops, dont M. Seeley est tenté de faire un 
Paréiasaurien, à cause de ses affinités multiples avec ce 
groupe; 3° avec les autres Anomodontes, dont il partage 
les principaux caractères (foramen pariétal, sacrum avec 
plus de deux vertèbres, etc.) ; 4° enfin ce Reptile montre 
beaucoup de traits de ressemblance avec les Dinosauriens 
et possède aussi quelques traits généraux des Mammi- 
fères. 

Ph. Glangeaud. 



MŒURS ET MÉTAMORPHOSES 

DU PURPURICENUS BUDENSIS 

Coléoptère de la famille des Longicornes. 



Larve: Longueur, 20 millimètres ; largeur, 4 à 5 millimètres. 

Corps hexapode, mou, charnu, allongé, cylindrique, d'un 
beau jaune, lisse et luisant, avec mamelons très saillants, cou- 
vert de courtes soies rousses, à région antérieure large et ren- 
flée, l'extrémité postérieure arrondie. 

Tête petite, transverse, en partie enchâssée dans le premier 
segment thoracique, couverte do cils roux: ligne médiane ob- 
solète se bifurquant au vertex; lisière frontale cornée, rou- 
geâtre, à milieu excavé, avec six points ciliés; épistame petit, 
trapézoïdal, cilié, flavescent ainsi que le labre qui est subar- 
rondi et longuement cilié; mandibules fortes, carrées, à base 
rougcàtrc, à extrémité arrondie; mâchoires courtes, charnues, 
avec quelques rares cils, lobe massif à bord cilié : palpes maxil- 



LE NATURALISTE 



67 



laires courts de trois articles, les deux premiers maniliformes, le 
terminal petit, rougeàtre; menton charnu, ridé, en carré long; 
lèvre inférieure flave terne; palpes labiaux courts de deux ar- 
ticles', languette peu apparente; antennes allongées, cylin- 
driques, de quatre articles, le basilaire long, testacé, les deux 
médians rougeàtres courts, le terminal petit, grêle, avec cils 
au bout ; ocelles, trois petits points carrés, noirs en dehors et 
au-dessous de la base antennaire. 

Segments thoraciques charnus, jaunâtres, à côtés ciliés avec 
ligne médiane, au nombre de trois ; le premier plus large que 
la tète, dilaté et ridé, le bord antérieur tuméfié avec quatre 
taches jaunâtres, deux médianes rectangulaires, deux latérales 
en forme de virgule, le disque couvert par une large plaque 
blanchâtre obeordée. les flancs peu tuméfiés ; le deuxième étroit 
transverse, en forme de bourrelet avec cils latéraux ; le troi- 
sième plus long, moins large, renflé avec légère incision mé- 
diane transverse. 

Segments abdominaux au nombre de neuf, convexes, char- 
nus, jaunâtres, à côtés ciliés, avec ligne médiane ; les trois 
premiers égaux, avec mamelon granuleux médian cruciale - 
ment incisé susceptible de se dilater; les quatre suivants un 
peu plus longs avec mamelon plus proéminent; le huitième 
court sans mamelon ni granules, avec léger bourrelet latéral ; 
le neuvième cilié, sans bourrelet ; mamelon anal cilié, arrondi. 

Dessous un peu plus pâle qu'en dessus; le premier segment 
thoracique sans plaque, avec bourrelet postérieur; les deuxième 
et troisième avec mamelon crucialemcnt incisé ; les segments 
abdominaux même forme et même consistance qu'en dossus; 
mamelon anal dilaté, cilié, fente et forme d'Y. 

Pattes très courtes de quatre articles terminés par un onglet 
charnu, cilié, blanchâtre, oblique en dedans. 

Stigmates petits, orbiculaires, roux, à péritrème corné et 
blanchâtre, la première paire près du bord antérieur du 
deuxième segment thoracique, les suivantes au tiers antérieur 
des huit premiers segments abdominaux. 

Dans son jeune âge cette larve est blanchâtre avec la région 
antérieure large, ce qui la fait paraître triangulairement al- 
longée, elle est munie de trois ocelles; plus tard, à la fin de 
son existence, elle devient d'un beau jaune, avec plaque pro- 
thoracique blanche, son corps s'allonge, devient de plus en 
plus cylindrique, les ocelles disparaissent, les mamelons abdo- 
minaux semblent unis et non divisés : elle progresse à l'aide de 
ses mamelons et de ses bourrelets, elle avance ou recule dans 
sa galerie assez facilement en s'appuyant contre les parois avec 
ses mamelons dilatés; pressée entre les doigts, elle dégorge 
une humeur acre et incolore. 

Aux environs de Ria (Pyrénées-Orientales), c'est au détri- 
ment des jeunes tiges de chêne vert qu'elle vit, c'est toujours 
la tige médiane, la mieux venue, qui est choisie pour le dépôt 
de l'œuf; dès son éclosion, la jeune larve traverse le liber et 
l'aubier et s'enfonce dans les couches ligneuses qu'elle ronge 
circulairement, ce travail s'accomplit sans qu'aucun indice ne 
puisse trahir le point contaminé, les feuilles continuent à 
rester vertes ; mais, dès que l'ablation des couches intérieures 
est complète, alors qu'il ne reste plus que l'écorce et une 
mince épaisseur d'aubier, le végétal ne recevant plus l'élément 
vital indispensable ne pousse plus, ses feuilles jaunissent, mais 
la larve n'est pas encore parvenue à son complet développement, 
elle se rapproche de la surface, entre dans le bois qu'elle ronge 
en remontant, et quand sa galerie a atteint une longueur de 
quinze â vingt centimètres, elle est arrivée à sa plus grande 
expansion; au milieu de sa galerie, elle se ménage une loge 
oblongue dont les deux extrémités sont garnies de légères fibres 
formant tampon et se prépare aussitôt à subir sa transfor- 
mation nymphale ; si, â ce moment, on tire à soi la branche, 
elle rompt en se cassant à la partie circulairement rongée. 

Contrairement à ce que pratiquent les larves phytophages 
rongeant circulairement les couches corticales et ligneuses â 
la fin de leur existence, en vue d'empêcher la sève d'affluer 
dans la loge nymphale, notre larve commence par les couches 
ligneuses dont elle fait l'ablation, tout en respectant les couches 
corticales mais en affaiblissant le végétal assez à temps pour 
que la phase nymphale ne coure aucun danger; par des 
moyens différents, toutes deux arrivent au même résultat; en 
effet, les premières descendent la branche en la rongeant, puis 
en iont l'ablation circulaire; la nôtre commence parfaire l'abla- 
tion intérieure, puis remonte la tige, et ce résultat se traduit 
au moins par la perte d'une partie du végétal attaqué, aussi l'es- 
pèce doit-elle être classée parmi celles nuisibles à l'agriculture. 

Nymphe. Longueur, lu millimètres; largeur, o millimètres. 



Corps allongé, d'un beau jaune d'ocre, couvert de courtes 
soies rousses et de courtes spinules rougeàtres. 

Masque frontal convexe, glabre, binoduleux. 

Masque thoracique large, couvert de très courtes soies. 

Segments abdominaux convexes, d'autant plus longs et d'au- 
tant moins larges qu'ils se rapprochent de l'extrémité, couverts 
de spinules, avec mamelon peu saillant de chaque côté de la 
ligne médiane ; segment anal court, arrondi. 

Cette nymphe est très agile, elle se retourne en tous sens 
dans sa loge au moindre attouchement, elle remonte et des- 
cend aussi le long de la tige en s'aidant de ses spinules. 

La phase nymphale commencée en juin, se prolonge jusqu'à 
fin juillet ; une fois terminée, l'adulte ronge la faible couche 
corticale et prend son essor. 

Adulte. Mulsant, dans ses Longicornes, 2 e édition, 1863, 
p. 68, en a donné la description. 

C'est un insecte localisé dans nos contrées méridionales, que 
l'on prend sur le chêne vert; on le dit rare, il ne l'est cependant 
pas autant que l'attestent les dégâts qu'il commet; mais, à ce 
point de vue, il en est de cette espèce comme de toutes celles 
que l'on fait rares, parce qu'on n : en connaît pas les phases 
successives : un peu plus d'observations biologiques et ces 
raretés disparaîtront de jour en jour, sans que la science y 
perde, bien au contraire, une parcelle de son savoir. 

Capitaine Xambeu. 



LA YUYUCHA 

Algue alimentaire 



Les Algues ont, de temps immémorial, été utilisées pour 
l'alimentation dans certains pays. La classe peu fortunée 
y cherche un supplément de nourriture comme en 
Irlande, sur quelques points des côtes de la Bretagne, 
au Chili. Dans d'autres régions on consomme les algues 
comme tout autre produit végétal ou animal, au Japon, 
par exemple, où il serait plus facile de dire ce qu'on ne 
mange pas que ce qu'on mange. Habituellement on se 
sert des grandes espèces marines, des Laminaires, du 
Durvillœa utilis, des Rhodymenia, des Ulves, etc. : d'une 
manière ou d'une autre, quelle que soit leur préparation, 
les Algues ne constituent jamais qu'une triste nourriture 
et qu'un pis-aller. 

Voici maintenant que les formes les plus dégradées, 
les Nostocs viennent d'être révélées à nos instincts culi- 
naires. Il vaudrait mieux dire rappelées, car on a déjà 
signalé ces curieuses algues comme servant à l'alimen- 
tation. Montagne a en effet signalé en 1856 le Nostoc 
csculentum comme comestible à Carabaya, dans les 
Andes de la Bolivie. Le Nostoc edule Berkeley et Montagne 
dont le nom n'est pas moins significatif que le précédent, 
habite les eaux douces de la Tartarie. Il est usité comme 
aliment à Canton, à Macao et probablement encore en 
d'autres points de l'empire du Milieu. Il paraît que le 
goût n'en est pas trop désagréable. Voici ce que Montagne 
dit de cette plante dans la notice qu'il lui a consacrée 
d'après les renseignements qui lui avaient été fournis 
par MM. Ivan et Callery : « Dans un diner qu'il fit à 
Macao, chez le mandarin Huang, et auquel assistaient 
plusieurs personnes de l'Ambassade, entre autres 
M. Callery, on leur en servit en potage. M. Ivan pria 
notre célèbre sinologue de s'informer près du haut fonc- 
tionnaire chinois de l'origine et de la nature de cette 
substance alimentaire qui était inconnue à nos compa- 
triotes. Le mandarin fit réponse que c'était une plante 
d'eau douce, qu'elle croissait dans les eaux courantes et 
les ruisseaux en Tartarie, et qu'on la vendait à Canton 
conservée dans de petites boîtes. Ces Messieurs ayant 
demandé à en voir et à en emporter quelques grains, leur 



68 



LE NATURALISTE 



hiUe s'empressa gracieusement de satisfaire à leur désir. 
Ce mets, très estimé des Chinois, n'est pas d'un prix 
fort élevé. » La récolte doit en être abondante car chaque 
échantillon ne dépasse guère la grosseur d'un pois. 

A Soerabaja près Java, d'après le docteur Schneider 
cité par M. Cohn, on consommerait des quantités 
énormes d'un Nostoc qui paraît être la même espèce 
que celle qu'on trouve partout en France, le Nosloc com- 
mune. C'est encore cette même plante que M. de Lager- 
heim, de Quito, indique comme comestible dans l'Amé- 
rique équatoriale et en Bolivie où on la désigne sous le 
nom de Yuyucha. Conservé dans le vinaigre, le Nostoc 
passe pour constituer un aliment savoureux ; on peut 
également le manger cru ou préparé de différentes 
manières. Là-bas c'est, paraît-il. un aliment recherché, 
une friandise, et dans les environs de la ville de Lata- 
cunga, <; il n'est pas rare que les jeunes filles et les 
jeunes gens de la province fassent une promenade pour 
manger de la Yuyucha étendue sur du pain » tout comme 
du miel ou des confitures. Heureuses gens qui savent se 
contenter de peu et vivre à bon marché ! On en fabrique 
aussi des sortes de pâtés, autrement dits des tortillas. 
On peut d'ailleurs en manger beaucoup et sans inconvé- 
nient, la Yuyucha passant pour être un rafraîchissement 
du foie di primo cartello. 

Mais il y a Yuyucha et Yuyucha comme il y a fagots et 
fagots. Les gourmets préfèrent au produit vulgaire 
qualifié du nom de Yuyucha gniesa, la succulente 
Yuyucha menuda, qui ne dépasse pas la dimension d'une 
cerise et n'atteint même habituellement que celle d'un 
pois. Cette dernière espèce appartient au Nostoc ellip- 
sosporum. 

Les Noslocs sont chez nous des Algues représentées 



par un grand nombre d'espèces. On les rencontre dans 
les eaux douces et sur la terre humide où elles appa- 
raissent rapidement à certaines époques de l'année. 
Malgré leur diversité spécifique, les Nostocs ont entre 
eux un air de famille qui les fait toujours reconnaître. 
Ce sont des masses plus ou moins grosses, variables 
depuis la grosseur d'une tète d'épingle jusqu'à celle 
d'une noix et même plus, de consistance gélatineuse et 
tremblotante, d'un vert noirâtre, jouissant de la propriété 
de se ratatiner par la dessiccation et de disparaître 
presque entièrement. La moindre humidité les regonfle 
et leur fait reprendre leur consistance et leurs dimensions 
premières. Toutes les espèces sont globuleuses dans leur 
jeune âge et se conservent plus ou moins longtemps à 
cet état avant de passer à leur forme définitive. Pour se 
rendre compte de la structure de ces singuliers végé- 
taux, il suffit d'en écraser un fragment sous le micros- 
cope. On observe d'innombrables filaments flexueux 
composés de petites cellules arrondies ou en forme de 
tonneaux ; de place en place certaines de ces cellules 
revêtent une forme et une coloration spéciales et ont 
reçu le nom d'Hétérocystes. La reproduction se fait par 
spores arrondies ou allongées disposées en série dans la 
longueur des filaments. Le tout est englobé dans un 
abondant mucilage qui donne à ces plantes leur con- 
sistance spéciale. 

L'abondance des Noslocs dans toutes les parties de la 
France pourrait en faire essayer l'utilisation. Quoi qu'il 
en soit de la Yuyucha, qu'elle soit grucsa ou menuda, je 
lui préférerai toujours un Chateaubriand aux pommes ! 

P. Hariot. 



LA CHENILLE DE LA HARPYA FAGI 




La chenille de la Harpya du Hêtre (Ilurpya l'agi) et ses diverses positions. 



LE NATURALISTE 



69 



La chenille de la Harpya fagi est une des plus curieuses 
qui existent. Dès son éclosion, qui a lieu une huitaine 
de jours après la ponte, elle s'agite vivement, tantôt à 
droite, tantôt à gauche, par mouvements saccade's, pen- 
dant un jour sans rien manger. Elle a ainsi, avec ses 
longues pattes ante'rieures, l'apparence d'une fourmi; 
puis on la voit se fixer sur une tige à l'aide de fils de soie 
pour se préparer à la première mue, elle reste dans cette 
position tranquille pendant une autre journée. C'est seu- 
lement quand elle est délivrée de cette crise qu'elle se 
met à manger du hêtre, du charme, du bouleau et du 
chêne, mais principalement des deux premiers arbres ; 
elle attaque quelquefois les feuilles en faisant un trou 
dans le milieu. 

Trois jours après environ elle se dépouille pour la se- 
conde fois. Elle subit six mues pendant l'espace de 
soixante jours environ, au bout desquels [un cocon à 
tissu mince et serré filé dans la mousse ou des feuilles, 
abrite la chrysalide pendant l'hiver jusqu'au printemps 
ou au commencement de l'été. 

De vive qu'elle est en sortant de l'œuf elle devient 
graduellement paresseuse et, au dernier âge, elle ne 
quitte le rameau qui l'a nourrie que lorsqu'il est entiè- 
rement dévoré. Elle se place généralement sous les 
branches ou après les feuilles de manière à avoir le 
ventre en l'air et le dos en bas. Pendant l'état de repos 
elle a la tête renversée et touchant même quelquefois la 
partie postérieure qui est toujours relevée. Les longues 
pattes antérieures repliées sur la poitrine complètent 
cette attitude bizarre qui devient alors comique et me- 
naçante lorsqu'on vient à l'inquiéter : dans ce cas on voit 
ces quatre grandes pattes s'allonger frémissantes et 
les deux pattes droites caudales s'écarter jusqu'à ce que 
le calme soit rétabli. 

Le papillon éclôt en mai ou juin, il est rare aux envi- 
rons de Paris. Poujade 



REPRODUCTION DE LA GENETTE DE FRANCE 

GENETTA VULGARIS, G. Cuv. 



Dans La Faune des Mammifères de France (Musée scolaire 
Deyrollc), je dis p. 223, au sujet de ce rare Carnivore : 

« On ne sait rien de sa reproduction. En captivité la femelle 
n'a qu'un seul petit, mais il est probable qu'il y en a au moins 
deux dans l'état de nature. » 

M. Galien Mingaud, secrétaire général de la Société d'Études 
des Sciences naturelles de Nîmes, correspondant du Ministère 
de l'Instruction publique, m'envoie la confirmation de ce fait, 
dans les lignes suivantes : 

« Un préparateur naturaliste de Nimes, vient de me montrer 
fin janvier) une Genette qu'il a naturalisée récemment avec 
>cs deux petits. 

« Cette femelle a été tuée au moment où elle allait mettre 
bas, puisque l'un des petits était déjà engagé dans Je col de 
l'utérus. Tous deux paraissent au moins deux fois aussi gros 
que des jeunes chats nouveau-nés. Ils mesurent 27 centi- 
mètres de l'extrémité du museau au bout de la queue. M. Fer- 
rand assure qu'ils avaient les yeux fermés : l'un était mâle et 
l'autre femelle. La livrée de ces jeunes est en tout semblable 
à celle de l'adulte comme nombre des taches, mais le fond du 
pelage est d'un gris violacé et les taches d'un noir plus clair. 

« La Genette de M. Ferrand est montée dans la position 
couchée, allaitant ses deux petits, dans la pose familière à la 
chatte. 

« Cette espèce est assez commune dans le département du 
Gard, dans les endroits montagneux, secs et rocailleux, qui 
avoisinent les cours d'eau. Un amateur d'Alais en achète les 
peaux et a déjà un magnifique tapis confectionné avec plus de 
vingt dépouilles de ce Carnivore. » 

D r E. Trouessart. 



LE CREUX DE SOUCY 



Non loin du lac Pavin, si connu des géologues et des tou- 
ristes s'ouvre dans l'une des coulées du volcan de Montchamc, 
une sorte de puits naturel, un avenc désigné de temps 
immémorial sous le nom de Creux de Soucy. Ce gouffre est 
mentionné dans tous les guides, porté sur toutes les cartes de 
la région, et cependant il compte bien peu d'explorateurs. De- 
puis le commencement du dix-huitième siècle, époque où la 
première mention en est faite par le chanoine Audigier (1), 
jusqu'à l'exploration encore toute récente de M. Martel, les 
seules données précises que l'on possédait sur la nature 'de ce 
curieux avenc, sont les mesures de Chevalier, inspecteur des 
ponts et chaussées. Cet ingénieur parvint, en 1770, à sonder le 
Creux de Soucy et à opérer un nivellement précis de la région 
qui le sépare du Pavin ; il aboutit aux résultats suivants : 

Profondeur du Creux : 10 toises, dont 1 toise pour une nappe 
d'eau couvrant le fond du puits. 

Différence de niveau entre la surface de cette nappe d'eau et 
celle du lac Pavin : 186 pieds 5 pouces. 

Parmi les nombreux géologues qui, depuis lors, étudièrent le 
massif du mont Dore, quelques-uns font mention du Creux de 
Soucy (Legrand d'Aussy, Lacoste, Delarbre, le capitaine 
Bozet, H. Lecoq) ; mais, s'appuyant sur les notions fournies par 
Chevalier, ils n'apportent aucun document nouveau. Us voient 
là le résultat d'explosions gazeuses, et certains d'entre eux s'ac- 
cordent à considérer ce lac souterrain comme l'origine des 
sources qui alimentent le Pavin. 

A diverses reprises, des habitants du pays avaient essayé de 
pénétrer dans ce gouffre ; mais le manque d'air respirable'ou l'in- 
suffisance du matériel entravèrent leurs recherches. En juin 1892, 
M. Martel, l'intrépide explorateur des grottes des causses, 
tente enfin une reconnaissance méthodique ; malheureusement 
la présence d'une couche d'acide carbonique met obstacle à 
son aventureuse tentative. Parvenu aune profondeur de 17 m. 50, 
il peut néanmoins se rendre à peu près compte de la forme 
et des dimensions de la grotte, sur l'origine de laquelle il paraît 
professer la même opinion que ses devanciers. Mais les résul- 
tats les plus importants de cette expédition consistent dans la 
notation précise de la température si anormale de la caverne : 

Eau du lac + 1° 2 

atmosphère ( 20 m. de profondeur +1» 

atmospnere H m . ; L 4 m . d e profondeur. +2" 25 
mteneur-e | 2 m. 50 - +6° 

Atmosphère extérieure + 10° 5 

La note de M. Martel (2) attira notre attention sur le Creux 
de Soucy. L'orifice du gouffre, débarrassé des rocs éboulés qui 
l'encombraient, muni d'une grille à claire-voie était devenu 
d'un accès plus commode. 

Nous décidâmes une nouvelle exploration. L'accueil si sym- 
pathique et l'amabilité si captivautc de M. Berthoule, maire 
de Berse, étaient bien pour la meilleure part dans notre déter- 
mination. Tout d'ailleurs faisait espérer le succès. M. Ber- 
thoule, descendu à plusieurs reprises dans l'abîme avait cons- 
taté la disparition de l'acide carbonique. 

Le 15 novembre 1892 nous nous rendons au but de notre 
expédition, toujours guidés par M. Berthoule. — Un bateau, 
ou du moins un primitif radeau formé de deux tonneaux reliés 
par des planches; les différents engins relatifs à l'éclairage au 
magnésium, la photographie, la pèche, les sondages, etc.; 
constituent tout notre matériel. 

Le système de descente comprend deux poulies mouflées ; un 
câble goudronné, de longueur plus que suffisante et fixé à un 
seul point d'appui passe dans la poulie mobile, puis dans la 
poulie fixe qui est assujettie à une forte potence de fer. Trois 
aides vigoureux sont là pour répondre de la sécurité des 
voyageurs. 

Ceux-ci s'assoient isolément sur un bâton transversal atta- 
ché par le milieu à une corde qui se noue sur le crochet de la 
poulie mobile. 

Ce dispositif si simple, nous permet d'atteindre sans acci- 
dent mais non sans d'émouvantes péripéties le fond de l'avenc 
dont l'exploration nous demande près de quatre heures. 

Le Creux de Soucy est une excavation ellipsoïdale, dont le 
plus grand diamètre mesure une soixantaine de mètres et le 
plus petit environ quarante. Le bassin inférieur est occupé 

(1) Manuscrit inédit de la Bibliothèque nationale. 

(2) C. R. de l'Académie des Sciences. 4 juillet 1892. 



70 



LE NATURALISTE 



par un lac de Forme ovale, et de profondeur variable. Les son- 
dages accusent en effet un fond encombré de blocs de rochers, 
et indiquent un maximum de 9 m. 50 dans la partie sud, 
non loin de la paroi. Les eaux absolument calmes sont lim- 
pides et cependant d"un vert intense, comme teintées par une 
matière colorante ; leur température est très basse. Elle attei- 
gnait seulement 2°1 lors de notre exploration. 

Près de la rive septentrionale, séparé d'elle par un canal de 
3 ou i mètres de large, émerge un îlot placé exactement au- 
dessous de l'orifice et sur lequel nous avons pris pied en arri- 
vant. C'est un simple monticule formé par l'accumulation des 
débris éboulés de l'extérieur. Lors des hautes eaux cet îlot 
doit disparaître ; nous avons en effet observé sur les parois de 
la caverne une ligne horizontale très nette, marquant indubi- 
tablement le niveau supérieur du lac à 2 m. 50 environ du 
niveau actuel. 

La rive N. est constituée par un amas gigantesque de blocs 
tombés de la voûte. A l'opposé au contraire, une falaise d'ar- 
gile forme une paroi verticale et régulière. Au sommet de 
cette muraille une étroite corniche peut livrer passage à l'ex- 
plorateur assez hardi pour s'y aventurer. 

La lave seule forme l'immense voûte surbaissée de la grotte; 
cette voûte se montre très inégale, hérissée de blocs anguleux 
et saillants mais complètement dépourvue de stalactites. A sa 
face inférieure perlent une infinité de gouttelettes d'eau qui 
tombent en pluie continue. Avec quelques suintements assez 
abondants, relevés sur les parois au contact de l'argile et de la 
lave, c'est le seul apport que reçoive le lac. 

Au sommet de la voûte et rapproché de la paroi N, s'ouvre 
l'orifice qui forme un court passage de 2 à 3 mètres d'épaisseur 
sur un diamètre de 5 ou 6. Au dehors une dépression très 
régulière, en forme d'entonnoir, entoure cet orifice et en ren- 
drait l'approche très dangereuse sans la grille qu'y a fait éta- 
blir la municipalité de Besse. 

Quant à la profondeur du Creux de Soucy elle est au total de 
42 m. 50, se décomposant ainsi ; 

Profondeur de la dépression 11 m. 50 (Martel) 

Distance de l'orifice à la surface du lac 21 m. 50 (id.) 
Profondeur maximum du lac 9 m. 50 

Cette caverne offrant des conditions si défavorables en appa- 
rence au développement de la vie, il était intéressant de 
rechercher les êtres qui pouvaient l'habiter. 

Nous n'avons rencontré aucune forme terrestre, les 
anophthalmus, les aphœnops paraissent faire totalement dé- 
faut, du moins en cette saison. La faune aquatique elle-même 
n'a fourni qu'une espèce saillante appartenant au groupe des 
Rotifères Notholca longispina Kell. Les Entomostracés si 
nombreux dans les lacs voisins n'ont montré aucun représen- 
tant. 

La flore, sans être beaucoup plus riche que la faune, offre des 
espèces intéressantes ; elle ne comprend d'ailleurs que des 
algues. A côté de quelques formes inférieures, les Diatomées 
se font remarquer par leur abondance relative. Voici la liste 
des espèces trouvées dans nos pèches et déterminées par 
F. Héribaud. 

Asterionella formosa Hass. C, Cyclolelia operculata Ag. var. 
antiqua Ag. À.R., Cymbella Ehrenberg Ktz R.R., Cymbella 
cislula Hemp. R., Cymbella aspera Ktz R.R., Epilhemia ocel- 
lata Ehr. var. Alpina R., Epilhemia Zébra Ehr A.R., Epilhemia 
Argus Ehr. A. R., Epilhemia turgida Ehr. A.R., Fragilaria 
virescens Ralfs A.C., Melosira aurichalca Mart. A.C., Navi- 
cula elliptica Ktz R., Navicula viridis Ktz R., Synedra ulna 
Ehr. R. (1). 

Parmi toutes ces formes, YAslerionella formosa attire sur- 
tout l'attention. Elle est signalée dans les lacs des Alpes, mais 
inconnue dans ceux des Pyrénées. Un seul exemplaire en avait 
été découvert par P. Héribaud au lac Servières; elle vient 
d'être retrouvée au Pavin dans la vase péchée par 90 m. de 
profondeur, cette espèce comptait donc parmi les plus rares 
d'Auvergne : or elle est très abondante au Creux de Soucy. 

La présence d'êtres vivants dans cette grotte, et aussi le peu 
de diversité des formes découvertes ne sont pas sans soulever 
des hypothèses ; mais des recherches suivies peuvent seules 
fournir une réponse aux questions possibles, car la structure, 
la disposition de la grotte créent un milieu spécial devant pro- 



duire une sélection profonde sur les espèces qui parviennent à 
s'y introduire. 

Et d'ailleurs quelle est l'origine delà grotte elle-même? 

La structure géologique de la région voisine est très simple : 
les laves de Montchalme ont coulé sur le basalte ancien des pla- 
teaux (B. de la feuille de Brioude) qui repose lui-même sur le 
gneiss. 

Or une exploration minutieuse a permis de relever la coupe 
suivante des parois du Creux. 



Coupole de la voûte 
Ligne de repos 

Muraille (8 à 10 m. d'épais- 
seur) . 



Lave de la coulée de Montchalme. 
Lave scoriacée, mélangée de blocs 
d'argile cuite. 



1. Conglomérat de blocs de basalte 
ancien. 

2. Mélange de scories balsaltiqucs 
et d'argile. 

3. Argiles sableuses non altérées 
en place. 

■4. Argiles sableuses cuites et re- 
maniées. 

Les argiles, très sableuses, sont stratifiées à la partie supé- 
rieure, sur une épaisseur d'un mètre environ, au contact de la 
lave. Elles contiennent de nombreux débris arénacés de gra- 
nits et gneiss, ainsi que des fragments anguleux de plus forte 
dimension de ces mêmes roches d'andésite et d'un basalte an- 
cien. Cette dernière roche est surtout abondante vers la base 
de la falaise S. O. 

Comme le conglomérat est placé au niveaude l'eau, il nous 
a été impossible de constater la nature des dépôts qui la sup- 
portent; mais il annonce, par ce volume de ses éléments la 
proximité du basalte des plateaux. 11 serait donc le résultat du 
remaniement par les eaux de ce basalte, il constitue en tout 
cas une zone très perméable, étant formée d'éléments incohé- 
rents . 

Les argiles du Creux de Soucy nous paraissent occuper le 
fond d'une vallée qui descend vers Compains, vallée creusée 
dans le basalte ancien ainsi qu'en témoignent les conglomérats 
dont nous venons de parler, et remplie par les débris triturés 
des andésites et gneiss des plateaux voisins. Ces argiles furent 
recouvertes parles laves de Montchalme qui s'éjjanchèrent dans 
la vallée, et les eaux qui descendent sous la coulée ont en ce point 
lavé les argiles pour se perdre ensuite par des fissures à tra- 
vers les éboulis des basaltes anciens. 11 s'est produit ainsi sous 
la coulée un espace vide et, comme dans les nombreuses 
grottes creusées sous les laves du pays, la portion qui surmon- 
tait cet espace, s'est lentement éboulée par fragments volumi- 
neux qui ont couvert le fond du lac et son rivage. Enfin une 
perforation s'est constituée par amincissement graduel sur un 
point de la voûte et dès lors les matériaux meubles provenant 
de la cheire glissèrent par ce trou et constituèrent l'île actuelle 
par leur accumulation. 

• L'examen de la face inférieure de la voûte lavique et surtout 
le contact des parties latérales avec les argiles cuites, ne lais- 
sent aucun doute sur la formation du dôme par dislocation 
progressive. 

Quant au rapport du fond du lac avec une couche perméable, 
il semble évident : le lac ne présente aucune trace de déversoir 
et sa surface est immobile. En outre l'observation des niveaux 
successifs démontre que l'apport varie suivant les saisons. Or 
les conditions physiques de la caverne ne permettent pas d'in- 
voquer l'influence de l'évaporation pour expliquer la dispari- 
tion de l'eau. Il faut donc chercher dans le conglomérat 
basaltique du fond, le lieu où se fait l'épuisement graduel de 
la nappe d'eau. 

Le Creux de Soucy s'est donc formé par l'action lente et gra- 
duelle des eaux qui occupent la face inférieure de toutes nos 
coulées laviques, et ce point de départ du creusement est sans 
doute une de ces fissures si fréquemment observées dans les 
terrains recouverts par les laves. Peut-être aussi doit-on voir 
là un des moyens d'alimentation des sources de la vallée de 
Compains et même du lac de Montcineyro placé à près de 
100 m. en contre-bas de la partie la plus profonde du Creux de 
Soucy. C'est d'ailleurs ce que paraissent indiquer la pente 
générale du terrain et l'inclinaison des couches d'argile. 

Paul Gautier et Charles Bruyant. 



(1) Forme intermédiaire entre le type et la variété longissima 
Pin. Y . Héribaud in litt. 



LE NATURALISTE 



71 



LES FLEURS ZYGOMORPHES 

(Fleurs symétriques par rapport à un plan.) 



D'une manière constante, dans certaines familles- 
(Labiées), sporadiquement dans d'autres (Renonculacées), 
on rencontre des fleurs syme'lriques par rapport à un 
plan, et, que l'on désigne sous le nom de fleurs zygo- 
morphes. De la comparaison des plantes qui les possèdent 
avec celles pourvues d'un appareil floral syme'trique par 
rapport à un axe, il ne semble pas y avoir de date que 
les premières dérivent des secondes, par suite d'une 
adaptation sur l'origine de laquelle les botanistes ne 
sont pas d'accord (1). A la suite des beaux travaux de 
Darwin sur le rôle joué par les insectes dans l'acte de 
la fécondation des plantes, on a été amené à considérer 
l'élongation unilatéral de la fleur, la zygomorphie, comme 
une adaptation entomophile, soit en créant une sorte 
d'appareil de réclame, un point de mire, une bannière 
destinée à signaler de loin l'existence de la fleur aux 



à tomber sur les étamines au moment de la reproduction, 
les grains de pollen vont se gonller, éclater et devenir 
inaptes à opérer la fécondation. De Gandolle a cité quel- 
ques cas des moyens de défense des fleurs contre la 
pluie ou l'humidité de la nuit : il est probable qu'ils sont 
beaucoup plus nombreux, car la plupart des fleurs sont 
à l'état ordinaire éminemment mal disposées pour éviter 
l'eau de pluie : les fleurs régulières sont en effet de 
véritables récipients à ouverture tournée vers le ciel, en 
sorte que la pluie y pénètre très facilement : il est vrai 
que cette disposition défectueuse est en partie rachetée 
parladéhiscence des anthères qui ne s'opère que par un 
temps sec. Mais on comprend facilement que la protec- 
tion serait bien mieux obtenue, si la fleur était disposée 
de manière à empêcher l'eau de venir au contact des 
étamines; et l'on comprend aussi qu'un des moyens les 
plus simples pour arriver à ce résultat, consisterait à 
faire accroître une des parties de la fleur, de telle sorte 
qu'en s'accroissant, cette région vienne surplomber les 
étamines et par suite les protéger. Or cette disposition 





Fie. 1. 



Fk> 



Fleur d'aconit. 



Fleur de pois. 

insectes (Ex. : Pisum), soit en figurant une sorte d'animal, 
semblant inviter les insectes à s'approcher, croyant voir 
leur propre image. Certes, cette théorie féconde explique 
un certain nombre de faits , mais elle est loin de les 
expliquer tous. Et cela nous semble dû à ce que la 
zygomorphie reconnaît pour origine première une autre 
cause, celle-là très générale, et, à ce que l'adaptation 
aux insectes n'est que secondaire, sporadique et super- 
posée seulement dans quelques cas à la précédente. En 
effet, la fleur, comme toutes les autres parties du végétal, 
se trouve sous la dépendance immédiate du milieu 
ambiant, et elle doit lutter avec les agents extérieurs 
qui tendent à la détruire ou à abolir son rôle. Or; quel 
est le milieu physique de beaucoup le plus dangereux 
pour une fleur : c'est évidemment l'eau. Chez les plantes 
aquatiques, on observe toute une série de dispositions 
ayant pour but de soustraire la fleur au liquide ambiant. 
Les plantes terrestres ont aussi à redouter l'eau sous 
forme de pluie : que quelques gouttes de pluie viennent 

(1) Nous ne parlerons pas ici de ces cas de zygomorphie si 
fréquents que l'on voit dans certaines fleurs d'une inflorescence 
compacte. Les fleurs zygomorphes de la périphérie des inflo- 
rescences de l'Iberis, de YHeracleum, de tant de composées, sont 
évidemment produites par l'action mécanique, la pression 
qu'exercent les .leurs les unes sur les autres, forçant les fleurs 
extérieures à se développer unilatéralement. 




- Fleur d'aconit coupée. 

est presque toujours réalisée chez les fleurs zygomorphes ; 
il suffit de regarder une fleur d'Aconit ou de Sauge, pour 
voir tout de suite que le périanthe est développé surtout 
du côté du ciel, en formant un dôme qui protège les 
anthères contre les gouttes de pluie. A notre avis, c'est 
surtout dans ce but que des fleurs régulières se sont 
transformées en fleurs irrégulières, symétriques par 




rapport à un plan : et cette théorie explique pourquoi le 
plan de symétrie est, sauf dans des cas fort rares et 
même douteux, vertical. Si en effet, la zygomorphie était 
due à l'adaptation aux insectes, on ne voit pas pourquoi 



'ri 



LE NATURALISTE 



ce plan n'aurait pas été quelconque, puisque le seul but 
à atteindre était de développer une partie quelconque du 
périanthe. Nous croyons donc que lazygomorphie recon- 
naît pour première origine, la défense contre la pluie. 
Accessoirement elle a servi à attirer les insectes et on 
peut même noter dans les fleurs les parties qui ont subi 
l'influence de ces derniers; c'est à eux sans doute qu'il 
faut attribuer le développement parfois excessif des 
pétales inférieurs qui, tout en augmentant la zygomorpbie, 




Fig. 5. — Fleur coupée longitudinalemcnt de pied d'alouette. 

servirait alors de reposoirs aux insectes ; c'est aussi à 
eux qu'il faut attribuer la présence des éperons. 

Ainsi la défense contre la pluie et l'attraction pour les 
insectes, agissant dans le même sens, l'un vers le haut, 
l'autre vers le bas, ont donné naissance aux fleurs zygo- 
morphes ; tantôt les deux adaptations se retrouvent bien 
pondérées (ex. : Salvia), tantôt c'est la première qui 
prédomine (ex. : Aconitum), tantôt enfin c'est la seconde 
(ex.: Ajuga). Dans ce dernier exemple même, la pre- 
mière adaptation a complètement disparu, mais c'est 
l'exception. 

Enfin la réduction des étamines que l'on observe dans 
toutes les fleurs zygomorphes s'explique facilement : 
le pollen étant mieux protégé, n'a pas besoin d'être si 
abondant. 

H. Coopin. 
Préparateur à la Faculté des sciences. 



DESCRIPTION DE II CMIILE SMERIITHUS ATIAÏTICDS 

AUSTAUT 



Atlanticus, Austaut. (Le Naturaliste, n° 83, 13 août 1890.) 
Ce rare et beau sphingien, dont nous avons publié la diag- 
nose dans le n° 83 du présent journal, en date du 15 août 1890, 
n'était connu jusqu'à présent que sous sa formo parfaite. On 
ne possédait, en effet, aucune indication relative à ses premiers 
états. Nous venons combler aujourd'hui cette lacune de son 
histoire, en faisant connaître les caractères exacts de sa larve, 
tels que nous avons pu les établir d'après deux exemplaires 
soufflés, en excellent état de conservation. 

La Chenille dont il s'agit est d'un vert clair, légèrement jau- 
nâtre, rugueuse, c'est-à-dire chagrinée d'une foule de points 
saillants, comme beaucoup de ses congénères. Sept lignes 
obliques, en forme «le chevrons interrompus au milieu du dos, 



sont disposées de chaque côté du corps ; elles sont d'un blanc 
pâle, excepté la dernière qui aboutit à la corne, laquelle est 
plus vivement écrite que les autres en blanc pur. La première 
de ces lignes descend moins bas que celle de la chenille de 
notre Ocellata; elle s'arrête à mi-corps et se prolonge par une 
brusque inflexion en un trait horizontal qui vient aboutir à la 
partie supérieure de la tète. Celle-ci, de forme triangulaire et 
très pointue vers la région occipitale, est d'un vert sombre, 
largement encadrée sur les côtés de la face par une ligne en 
V renversé d'un jaune-soufre. Les mandibules sont noirâtres. 
Les pattes écailleuses, d'un rose affaibli, sont terminées par 
une pointe brune; les pattes membraneuses sont d'un vert 
clair uniforme, y compris la couronne. La corne du pénultième 
segment est d'un bleu cendré depuis sa base jusqu'à son ex- 
trémité. A tous ces caractères très particuliers, il convient d'en 
ajouter un autre d'une grande importance qui consiste en une 
double rangée longitudinale de taches irrégulièrement arron- 
dies, d'un brun carminé, qui règne de chaque côté du corps, 
dont l'une occupe la région sous-dorsale et l'autre la région 
stigmatale ; de telle sorte que chaque stigmate occupe le centre 
d'une de ces taches. 

Nous ne connaissons pas la chenille du Smerinthus Argus, 
Ménétries, espèce avec laquelle Atlanticus offre tant d'analogie; 
nous ne pouvons, par conséquent, faire ressortir les diffé- 
rences qui existent à l'état larvaire entre la forme sibérienne 
et celle qui est spéciale au nord de l'Afrique; mais ce que nous 
pouvons établir, et ce qu'il sera aisé de constater, du reste, 
par la caractéristique qui précède, c'est que la Chenille d'A- 
tlanticus s'éloigne notablement de celle de notre Ocellata : d'a- 
bord par sa taille qui est d'un tiers plus grande, ensuite par la 
teinte claire de sa robe, par la nuance d'un vert sombre et non 
d'un vert bleuâtre de sa tète, par les lignes obliques qui sont 
unicolores, c'est-à-dire jamais doublées supérieurement d'un 
liséré de couleur plus foncée, par la double rangée de taches 
carminées dont il vient d'être question; enfin par sa corne 
d'un bleu cendré uniforme, alors que cet organe chez notre 
Ocellata n'est bleu qu'à la base et vert à son extrémité. 

Les deux Chenilles préparées qui ont servi d'objectif à la des- 
cription qu'on vient de lire proviennent d'une éducation qui a 
été entreprise pour nous à Méridja (Maroc) par un de nos cor- 
respondants qui a eu la bonne fortune de capturer, l'année 
dernière, une femelle fécondée de cette rar» espèce, laquelle 
avait pénétré la nuit dans son appartement, attirée sans doute 
par l'éclat de la lumière. Malheureusement, malgré les soins 
minutieux qui furent donnés aux jeunes larves, elles périrent 
presque toutes rapidement et sans cause apparente, ce qui 
semble prouver qu'elles sont extrêmement délicates à élever en 
captivité, même dans leur propre pays, ainsi que c'est le cas, 
du reste, de la Chenille du Smerinthus Austauti. Trois seuls 
papillons lurent obtenus de cette éducation absolument ines- 
pérée ; et ces exemplaires, dont l'un est presque aussi développé 
que l'espèce algérienne que nous venons de nommer, présen- 
tent les mêmes caractères que ceux que nous avons décrits 
dans la notice rappelée en tête de cet article. 

Jules-Léon Austaut. 



LIVRES NOUVEAUX 



Le Classement des Coléoptères. Table alphabétique de tous les 

qenres du catalogue de De Marseul avec leur numéro d'ordre 

dans la classification suivie par cet auteur. 

Ce travail fort simple, mais fort long, a rendu à l'auteur, le 
D r S. tant de services, et a épargné à ses collections tant de 
remaniements inutiles, qu'il ne saurait trop en recommander 
l'usage à des confrères en Entomologie. Soit qu'on inscrive le 
numéro d'ordre sur l'étiquette, soit qu'on découpe le Catalogue 
lui-même dans ce but, ou qu'on se contente de le consulter à 
la manière d'un dictionnaire, le classement des collections de- 
vient aussi facile que rapide. 

Cette table est surtout indispensable aux commençants, en- 
leur indiquant à l'avance le rang que doit occuper chaque es- 
pèce. (Prix : fr. 60 franco, en vente aux bureaux du journal.) 

Les Races et les Langues (1), par André Lefèvre, profes- 
seur à l'École d'Anthropologie de Paris. 
L'origine et l'évolution du langage ont exe rcé la sagacité de 

(1) Un vol. in-8° cart. Prix, 6 francs, franco, 6 fr. 60. (En 
vente aux bureaux du journal.) 



LE NATURALISTE 



73 



Leibniz, de Brosses, Renan, Max Miiller, Whitney, Hovc- 
lacque, P. Regnaud. Tout en rendant pleinement hommage à 
ses devanciers, M. André Lefèvre aborde les mêmes problèmes 
avec un tour d'esprit qui lui est particulier, une liberté de 
pensée, une absence de parti pris, qui se sentent à chaque page 
de son livre. Il ne sépare pas le langage de l'organisme qui l'a 
produit, des êtres qui l'ont façonné à leur usage. Le langage, 
contre-coup sonore de la sensation, a débuté par le cri animal, 
cri d'émotion, cri d'appel. Varié par l'onomatopée, enrichi par 
la métaphore, il a évolué dans la mesure même du développe- 
ment cérébral et des aptitudes intellectuelles. Tous les groupes 
ethniques passés en revue par l'auteur : Chinois, Ouralo-Al- 
taïques, Dravidiens, Malais, Polynésiens, Africains, Basques, 
Américains, Egypto-Berbèrcs, Sémites, Aryas, qui sont par- 
venus ou se sont arrêtés aux divers stades du cycle linguis- 
tique, tous ont su mettre la parole en exacte correspondance 
avec leurs facultés et leurs besoins. Une grande partie de l'ou- 
vrage est, comme de juste, consacrée à la puissante famille 
indo-européenne, dont les nombreux idiomes ont refoulé, pour 
ainsi dire, et rejeté en marge de la civilisation les langues 
moins souples et moins bien ordonnées. Dans ses études sur le 
nom, le verbe, la préposition, sur les relations entre les Conti- 
nues ^voyelles et semi-voyelles) et les Explosives (consonnes), 
M. André Lefèvre a^proposc des vues nouvelles et originales. 
Toujours il s'est inspiré de ces lignes qui terminent l'ouvrage : 
« Tout ensemble facteur et expression de nos progrès, créa- 
teur de la conscience et de la science, le langage relio la zoo- 
logie à l'histoire, l'anthropologie physiologique à l'anthropo- 
lohie morale. » 

V Aquarium d'eau douce et ses habitants, animaux et végé- 
taux (1), par Henri Coupin. 

M. Henri Coupin, licencié es sciences naturelles et es sciences 
physiques, préparateur d'histologie zoologique à la Sorbonne, 
vient de faire paraître, à la librairie J.-B. Baillière et fils, un 
volume sur Y Aquarium d'eau douce. Ce livre s'adresse aux 
jeunes naturalistes et aux gens du monde qui s'intéressent 
aux choses de la Nature. 

Prenant un sujet, en apparence un peu spécial, mais en réa- 
lité très vaste, l'auteur s'est efforcé de montrer que, sans 
grandes connaissances scientifiques préalables, et en ne se 
servant presque jamais du microscope, on peut faire, avec le 
plus simple des aquariums, une multitude d'observations 
aussi variées qu'utiles. 

Il indique les moyens de récolte, de conservation, d'étude de 
quelques-uns des types, animaux et végétaux, pris générale- 
ment parmi les plus communs et qui habitent nos fleuves, nos 
rivières, nos lacs, nos étangs et même la plus modeste mare. 

L'étude des animaux vivants, envisagés dans leurs mœurs, 
leur biologie et leur évolution, est, à notre avis, un peu dé- 
laissée par les amateurs. C'est un aperçu sur cet horizon que 
M. Coupin a voulu donner; après l'avoir lu, on sera bien con- 
vaincu qu'un aquarium n'est pas seulement un récipient pour 
élever des poissons rouges, niais que, dans des mains même 
inexpérimentées, il peut devenir un sujet d'études des plus ins- 
tructifs et des plus attrayants. 

M. H. Coupin écrit avec beaucoup de verve et d'entrain; ses 
articles au Bulletin des sciences naturelles, à la Revue encyclo- 
pédique, à la Nature, à la Science moderne, au Monde illustré 
et au Naturaliste, l'ont mis au premier rang parmi les chroni- 
queurs scientifiques; il est certainement connu de tous nos 
lecteurs. 

L'ouvrage est très simplement divisé : l'auteur commence 
par décrire l'aquarium en donnant tous les procédés employés 
pour renouveler et aérer l'eau qu'il contient; il énumère en- 
suite, sous forme de tableau, l'ensemble des espèces végétales 
dont la culture peut être entreprise par les amateurs les moins 
habiles. Les chapitres sur la Flore de l'aquarium sont parti- 
culièrement intéressants. (Récolte et conservation des plantes. 
— Plantes flottantes. — Plantes submergées. — Plantes semi- 
aquatiques). 

La seconde partie du livre est naturellement plus développée 
que la première, elle traite de l'élevage et de l'observation des 
animaux aquatiques en captivité. [Chasse et transport des ani- 
maux. — Les Protozoaires. — Les Cœlentérés. — Les Spon- 
giaires. — Les Vers. — Les Crustacés et les Insectes. — Les 
Mollusques. — Les Poissons. — Les Batraciens et les Reptiles.) 

(1) 1 vol. de 3o2 pages avec 228 figures, prix cart. .4 fr., 
franco, 4 fr. 3o. (En vente aux bureaux du journal). 



Pour la rédaction des chapitres, M. Coupin a surtout fait 
appel à ses observations personnelles et à ses souvenirs. 

Pour rehausser la valeur du texte, il a donné plusieurs ex- 
traits des auteurs les plus compétents qui se sont occupés de 
la question, tels que Trembky, Réauinur, Léon Dufour, Ed. 
Perrier, Vaillant, etc. 

Enfin il a multiplié les figures autant qu'il était possible de 
le faire ; c'est là un jîoint que les lecteurs apprécieront tout 
particulièrement. 

Que d'aperçus réellement scientifiques, que de réflexions hu- 
moristiques dans ces pages où sont décrites les habitudes du 
Ver rouge, de la Crevette des ruisseaux, du Dytique et de 
l'Hydrophile! 

Comment ne pas s'intéresser à la malheureuse Hydromène 
dont les pattes ont été dégraissées par l'expérimentateur facé- 
tieux ? 

Les changements de couleur de l'irascible Epinoche main- 
tiennent l'attention en éveil et les connaissances météorologi- 
ques de la Rainette ont même fait passer d'agréables instants 
à l'Académie des sciences lorsque le maréchal Vaillant pro- 
posa d'établir des bocaux à rainettes dans les postes pour la 
prévision du temps. 

Il disait, en insistant sur la nécessité des observations de ce 
genre, alors même qu'elles n'auraient pas une exactitude 
scientifique absolue : « La Grenouille du père Bugeaud, aussi 
bien que sa casquette, égayé encore aujourd'hui les bivouacs 
de nos soldats en Afrique. Ce grand homme de guerre, qui a 
tant fait pour l'Algérie, ense et aratro, consultait sa Rainette 
avant de mettre ses troupes en marche pour une expédition. » 

Léon Gkrardin. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du SO février. — Observations de M. Daubrée sur 
les conditions qui paraissent avoir présidé à la formation des 
météorites. Elles ne paraissent pas dues à une simple fusion, 
mais à une précipitation de vapeurs amenées brusquement de 
l'état gazeux à la forme solide. — M. Mascart présente une 
note de M. C.-J. A. Leroy sur le champ optique, le champ visuel 
relatif et absolu de l'œil humain. Le champ optique est un 
maximum, ses limites sont les mêmes que celles du champ 
visuel. Celui-ci a la même étendue chez tous les sujets, et pour 
toutes les couleurs, et cette étendue égale les trois quarts de 
la sphère. — Ensuite M. Dehérain donne connaissance des 
travaux de MM. Mûntz et Coudon, sur la fermentation ammo- 
niacale de la terre. La formation de l'ammoniaque dans le sol 
n'est pas due à une action chimique, mais à l'intervention de 
nombreuses espèces diverses d'organismes inférieurs. — M. De- 
hérain dépose encore une note de MM. J. Dybowski et De- 
moussy sur la composition des sels employés comme condi- 
ment par les populations voisines de l'Oubangui. Ces sels, 
obtenus par la combustion de diverses plantes aquatiques, 
contiennent une forte proportion do chlorure de potassium, 
une quantité moindre de sulfate de potasse, et des traces de 
carbonate de potasse, mais l'analyse chimique n'y décèle 
aucun vestige de chlorure de sodium ou sel ordinaire. — M. de 
Lacaze-D uthiers entretient l'Académie des recherches de M. A. 
Gruvel sur la structure et l'accroissement du test calcaire de la 
Balane (B. tintinnabulum) et des diverses couches de tissus 
que cet auteur a signalées dans la constitution de la base et de 
la paroi ou muraille. Enfin M. Milne-Edwards fait connaître 
l'opinion de M. S. Jourdan sur les causes de la viridité des 
Huîtres. La couleur verte des branchies, des palpes et du tube 
digestif, est provoquée par l'ingestion et l'assimilation par les 
cellules de ces parties de matières vertes d'origine végétale. 
Cette coloration n'est que temporaire et disparaît avec les 
causes qui l'ont produite. 

Séance dn 2? février. — M. de Lacaze-D uthiers remet à 
l'Académie une note très détaillée sur l'essai d'ostréiculture 
tenté au laboratoire de Roscoff. Il, rappelle que, depuis le dépôt 
du naissain en avril 1890, les huîtres s'étaient rapidement dé- 
veloppées, et, cette année, ces mollusques se sont engraissés et 
ont pris du corps, de telle sorte que l'essai tenté a complète- 
ment réussi et que les Huîtres obtenues à Roscoff sont non 
seulement de belle taille, mais de saveur fine et délicate. Il 
reste maintenant à étudier quelles sont leurs qualités prolifi- 
ques. — M. Milne-Edvmrds communique le résultat des recher- 



7t 



LE NATURALISTE 



ches de MM. E. Chevreux et J. de Guerne sur les Crustacés et 
les Cirrhipèdes commensaux des Tortues marines do la Médi- 
terranée. Ensuite vient une communication de M.R. Blanchard 
présentée par M. Milne-Edwards sur une sangsue terrestre du 
Chili. Cette espèce, décrite pour la première fois par Grube en 
1871 sous le nom de Hirudo brevis, doit former un genre nou- 
veau Mesobdella, intermédiaire aux Hirudinidés et aux Glossi- 
phonidés. ■ 

A.-E. Malard. 



BIBLIOGRAPHIE 



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milanjensis. — Xenochila fuscipes. — Callene ano- 
mala. — Apalis flavigularis. — Bradypterus Nyassse. 
— Pachyphora dimorpha. — Hirundo asligma. — 
Hyphantornis Bertrandi. — Haplopelia Johnstoni. 

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LE NATURALISTE 



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149. Marsh, O.-C. Skull and Brain of Claosaurus. PL IV-V. 

American Journ. of Sci. pp. 83-86. 

150. Marsh, O.-C. Restauration of Anchisorus, PL VI. 

American Journ. of Sci. 1893, pp. 169-170. 

151. Massée, George. Beterosporum Asperatum (Berck.) 
Mass., a Parasitic Fungus. PL VIII. 

Journ. B. Microscop. Soc. 1892, pp. 577-581. 

152. Maurer, Fr. Palœontologische Studien im Gebiet des 
rheinischen Devon. PL I-1V. 

N. Jahrb. fur Minerai. 1893, pp. 1-14. 

153. Meunier, Stanislas. Examen minéralogique de deux 
Météorites bourguignonnes. PL XIII-XIV. 

Soc. d'Hist. Nat. d'Autun. 1892, pp. 335-364. 

154. Michel-Lévy, A. Sur un nouveau gisement d'anda- 
lousite dans les schistes carbonifères du Beaujolais. 

Bull. Soc. Franc, de Minerai. 1892, pp. 121-122. 

155. Michel, L. Sur quelques minéraux provenant des envi- 
rons de Thiviers (Dordogne). 

Bull. Soc. Franc, de Minéral. 1892, pp. 195-196. 

156. Newton, H. -A. Lines of Structure in the Winnebago 
Co. Météorites, and in the other Météorites. 

American Journal ofSci. 1893, pp. 152-153. 

157. Newton, R. B. On the Occurrence of Chonetes Pratti 
in Western Australia. 

Geol. Magazine. 1892, pp. 542-544. 

158. Michel Lévy et Munier-Chalmas. Mémoire sur 
diverses formes affectées par le réseau élémentaire du 
quartz. PL I-III. 

Bull. Soc. Franc, de Minéral. 1892. pp. 159-190. 

159. Picard, K. Ueber Baiatonites sondershusanus N. Ip. 
PL XXIV. 

Zeitsch. Deutsch. Geol. Gesellsch. 1892, pp. 483-487. 

160. Pockels, Fr. Ueber die Anderung des optischen Ver- 
haltens von Alaun und Bervll durch einscitigen Druck. 
PL IV. 

A T . Jahrb. f. Min. VIII. Beilag. 1892, pp. 217-268. 

161. Pohlig, Hans. Die Cerviden des thiiringischen Dilu- 
vial-Travertincs mit Beilràgen liber andere diluviale 
und liber récente Hirsch-formen. PL XXIV-XXVIL 

Palaeontographica. 1892, pp. 315-361. 

162. Pomel, A. Aperçus rétrospectifs sur la géologie de lu 
Tunisie. 

Bull. Soc. Géol. de France. 1892, pp. 101-110. 

163. Rauff, H. Ueber PolygonosphEerites (fig.). 
N. Jahrb. fur Minerai. 1893, pp. 43-48. 

164. Renault, B. Note sur un nouveau genre de Gymnos- 
perme fossile du terrain permo-carbonitère d'Autun. 

Soc. d'Hist. Nat. d'Autun. 1892, pp. 152-158. 

165. Renault, B. Conférences sur les racines et les stolons 
des Calamodendrées. 

Soc. d'Hist. Nat. d'Autun. 1892, pp. 373-378. 

166. Renault, B. Communication faite au Congrès des 
sociétés savantes, dans la séance du 26 mai 1891, sur le 
genre Betinodendron. 

Soc. d'Hist. Nat. d'Autun. 1892, pp. 379-381. 

167. Renault, B. Communication faite sur un nouveau 
genre de Gymnosperme fossile. 

Soc. d'Hist. Nat. d'Autun. 1892, pp. 382-385. 

168. Reunert, Th. Les Mines de diamant du Cap. PL A. B. 

Soc. d'Hist. Nat. d'Autun. 1892, pp. 85-151. 

169. Romberg, J. Petrographische Untersuchungen an Ar- 
gentinischen Graniten mit besonderer Beriicksictigung 

ihrer Sructur und der Enstehung derselben. PL VI- 
XVIII. 
N. Jahrb. f. Mi». VIII. Beilag. 1892, pp. 275-407. 

170. Roussel- Note sur l'âge de YHippurites corbaricus des 
Pvrénées. 

"liull. Soc. Géol. de France. 1892, pp. 29-31. 

171. Sandberger, F. Widdringtonia keuperina Heer im 
untersten Keupergypse bei Windsheim (Mittelfranken). 

N. Jahrb. fur Minerai. 1893, p. 50. 

172. Sauvage, H.-E. Recherches sur les Poissons du 
Lias supérieur de l'Yonne. PL XVI-XVII. 

Soc. d'Hist. Nat. d'Autun. 1892, pp. 386-4C0. 

G. MALLOUEr.. 



76 



LE NATURALISTE 



COLEOPTERES EUROPEENS 

DERNIERS ARRIVAGES 

De la Maison Emile DEYROLLE, 46, rue du Bac 
PARIS 



JV. B. Les prix sont marqués en francs 

Cicindela octusis (Turcoin.) 3 

— Kirilowi (id.) 2 

— Sturmi (Caucase) 1 

— Maura (Algérie) 

— Barthelemyi (id.) 

Calosoma Substriatuui (Caucase) , 6 

— Usgentensis (id.) 3 

— Rcticulatum (Hongrie) 2 

Procerus syriacus (Syrie) ■ 3 

— Modestus (Turquie) 2 

— Tauricus (id.) 4 

— Olivieri (id,) 4 

— Bosphoranus (id. 4 

Procrustcs v. rugifer (Carp.) 

Carabus v. procerus (Monténégro) 1 

— exaratus (Caucase) 1 

— v. Mulleri (Espagne) 4 

— v. Sublœvis (Pologne) 2 

— v. Nigrinus (Caucase) 2 

— Tamsi (Caucase) 1 

v. Montenegrinus (Monténégro) 1 

— Fabricii (Carpat.) 

— Prometheus (Caucase) 10 

— Starclii (Caucase) 

— Reitteri (Caucase) 

— Kotnarowi (Caucase) 

— Circassicus (id.) 

— v . Justinte (id.) 

— Ganglbaueri (id.; 

— Reideli (id.) 

— Incatennatus (id.) 1 

— Stygius 4 

— Cuuianus (id.), 4 

— Mnisczechi (Taschkent) ■ S 

v. Bohatschi (Lombardie) '. 3 

— VietinghofFt (Sibérie centrale) 20 

— Odoratus 6 

— Mannerhcimi 3 

— Loschnikowi (Caucase) 8 

— Linnei(Carp.) 

— Splendens (Pyrénées) 1 

Hispanus (France m.) 1 

— Olytnpiaj (Piémont) , 10 

— v. Superbus (Hongrie) 1 

' — v. Cœruleus (id.) 

Nebria viridipenuis (Caucase) 1 

— Tabrica (id.) 

Reicheia l'rondicola (Dalmatie) 

Dcltomcrus pseudoplatymis (Caucase) 2 

Omphreus Beckianus (id.) 6 

Pristodactyla Horsti (Caucase; • 2 

Pristodactyla prœstans (id.) 2 

Pseudotaplioxcnus thoracicus (Turks.) 

Lœmosthenes caspius (Caucase) 1 

Ptcrostichus lacunosus (id.) 1 

— Starcki (id.) 1 

— Walteri (Monténégro) 2 

Zabrus Castroi (Espagne) i 1 

Myas chalybœus (Hongrie) 

Liamnie Dufouri (Pyr.)g 

— planipennis (Carniole.) 5 

Aiuara v. circassica (Caucase) 8 

Pangus bracuypus (Russie) 2 

Acupalpus v. ruficeps (Caucase) 

Chlœnius sulcicollis (Hongrie) 1 

— Cœlatus (France) 2 

— 4 Sulcatus (id.) 1 

Anophthalmus Kicsenwetteri (Croatie; 2 

— Likancnsis (id.) 2 

— Ccrbcrus (Carn.) 2 

llypcrcomeston (n. g.) callistoides (Caucase) 5 

Gly/.ia cingulata (Turcom) 3 



KO 



Dolicaon sparsus (Caucase) 1 25 

Domene aciculata (Bosnie) 1 50 

Mazeris pallipides (Caucase). 2 » 

Stenus grossepunctatus (id ) 80 

Leptusa microph.th.alma (id.) 1 » 

Boreaphilus Henningianus (Laponie) 3 » 

Trichonyx Talyschensis (Caucase) 1 » 

Amauronyx Kraatzi (Espagne) 125 

Bcrgrothia Saulcyi (Caucase) 1 » 

Batrisus Ruprechti (Caucase) 1 » 

— Circassicus (id.) 2 » 

Bryaxis-transversalis (id.) 50 

Pselaphophrus Kubischteki (id.) 6 » 

Sognorus Croissandeani ' - . . 4 » 

Paussus furcicus (Caucase) 2 » 

— Favieri (France) 2 50 

Nanophthalmus armeniacus (Caucase) 2 » 

Euconnus prolixus (Syrie) 80 

— Langei (id.) 80 

Bathyscia bosnica (Bosnie) 1 &0 

Pteroloma Forsstrosmi (Sibérie) 2 » 

Calyptomerus alpestris (Hongrie) 40 

Engis pontica (Caucase) 40 

Endomiclius armeniacus (Caucase) '• 40 

Cartodere elegans (Tyrol) 40 

Triphyllina Lederi (Caucase) 60 

Rhizophagus grandis (Bohème) 2 » 

Nemosoma cornutum (Caucase) 3 » 

Trogoderma megatomoides (Hongrie) 60 

Saprinus Brenskei (Grèce) 1 » 

Onthophilus cicatricosus (Grèce) 1 » 

Abroemorphus minutissimus (Caucase) • 40 

Ceruchus chrysomelidus 2 50 

Homalocopris Tmolus (Turcom.) 3 » 

Sisyphus Boschnaki (Grèce) 40 

Gymnopleurus violaceus (Caucase) 30 

Chironitis Haroldi (Grèce) ■ 6 60 

Onthophagus Felschci (id.) 1 » 

Aphodius lunifer (Caucase) 60 

Geotrupcs impressus (id.) 1 » 

— molestus (id.) 2 » 

— inertmis (id.) 2 » 

Lethrus tuberculifrons (Grèce) 80 

— Scoparius (Hongrie) 40 

Rhizotrogus porosus (Caucase) 1 25 

— holosericeus (id.) ' 1 25 

— persicus (id.) 1 » 

Pcctinichelus rhizotrogoides (id.) 80 

Polyphylla tridentata (id.), ' -4 » 

— Alba (Russie) '.-.:" "3 » 

— Adspersa (Turcom.) 3 » 

Melolontha prseambula (Caucase) ' 2 » 

Serica Renardi (Sibérie orientale) * 60 

Hymcnoplia Korbi (Espagne) .........' 1 » 

Adoretus validus (Caucase) ' 2 » 

Phyllopertha arenicola (Caucase) 2 » 

— pilosella (id.) '....: 1 50 

— v. multicolor (id.) 1 » 

— glabra (id.) 40 

— v. monochroa (id.) 40 

Hoplia nigrina (Grèce) 1 » 

— corallipes (Caucase) 1 » 

Epicometis turanica (Perse) 2 i> 

Stalagmosoma albella (Caucase) 1 25 

Potosia marginicollis (Turcom.) 1 » 

— conspersa (id.) 1 50 

— Karalini (id.) 2 » 

/Ethyessa rugipennis (Arménie) 3 » 

Glaphyrus caucasicus (Caucase) 2 50 

— oxypterus (id.) 1 50 

— feslivus (id'.) 150 

— varians (Caucase) ■ 1 » 

Amphicoma pyrrhotrix (id.) 2 » 

— v. armeniaca (id.) 80 

— v. chrysopyga (Caucase) 30 

— Kuschakewitschi (id.) 40 

Sternocera syriaca (Syrie) 14 » 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 

PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE 17. 



15 e ANNÉE 



2 e Série — IV 146 



1 er AVRIL 1893 



UNE PLANTE CURIEUSE 

LE WELWISTCHIA MIRABILIS {Hooker fils). 



Ce fut le docteur Welwistch, naturaliste de talent, 
charge' d'une mission botanique par le gouvernement 
portugais, qui a découvert en 1860 cette plante si singu- 
lière, dans le sud-ouest de l'Afrique, sur des plateaux 
sablonneux élevés, près du cap Negro, à une latitude de 
lo°40. 

D'autres explorateurs la découvrirent également dans 
la suite. Quelque temps après, un des compagnons de 
Livingstone, qui accompagnait ce grand voyageur dans 
le Zambèse.Th. Baines, artiste distingué, signala le Wel- 
wistchia dans la contrée de Damara, à 180 lieues du cap 
Negro, entre le 24 e et 
le 2o e degré de latitude 
sud ; il en fit une re- 
production et l'envoya 
en Angleterre avec des 
cônes de la plante, qui 
s'altérèrent pendant le 
voyage et dont on ne 
sauva qu'un petit nom- 
bre de graines. 

Un peu plus tard, en 
1862, MM. J. Monteiro, 
Esq.deLoando, et J.-N. 
Anderson, Esq. de Da- 
mara, en recueillirent 
aussi des spécimens 
dans l'intérieur du 
pays, à 30 milles envi- 
ron de la côte. A diffé- 
rentes époques, ces cé- 
lèbres voyageurs ont 
envoyé à Sir W. Hoo- 
ker, directeur des jar- 
dins royaux de Ke w, des 
plantes vivantes ainsi 

que des spécimens desséchés accompagnés de dessins et 
de renseignements intéressants sur la découverte et 
l'extension géographique de ce curieux végétal ; l'étude 
de son développement et de sa structure permit au sa- 
vant botaniste de Kew de le rapporter au groupe des 
Gnétacées. 

D'après Anderson, le Welwistchia mirabilis n'occupe 
qu'une aire très circonscrite dans la contrée de Damara 
et elle appartient à une zone qui ne reçoit que très ra- 
rement ou jamais une goutte de pluie. Le sol où fut dé- 
couverte cette plante est sablonneux et des plus stériles, 
elle végétait dans une terre dure et siliceuse associée à 
un peu d'oxyde de fer; sa végétation est surtout luxu- 
riante quand elle peut fixer dans un sol pierreux sa ra- 
cine extraordinaire en forme de pivot, qui pénètre à plu- 
sieurs pieds de profondeur, de sorte que son extraction 
exige un long travail et une grande patience. 

Cette Gnétacée est une plante ligneuse qui peut deve- 
nir centenaire; elle n'a ni grandes Heurs, ni propriétés, 
et son portn'ariende gracieux, et cependant c'est, dans 
l'acception du mot, la plus retentissante découverte bo- 
tanique depuis longtemps. Ce végétal est si singulier qu'il 
semblerait que la nature s'est arrêtée en chemin lorsque 
cette plante est apparue et qu'elle a oublié d'achever son^ 

LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris. 





œuvre. Son tronc oboconique ou turbiné ou subglobu- 
leux est long de deux pieds environ, dont quelques pouces 
seulement s'élèvent au-dessus du sol, présente un sommet 
aplati, affectant à peu près la forme d'une table ronde ou 
d'un cône renversé dont la circonférence atteint souvent 
14 pieds et plus. Dans son parfait développement, il est 
d'un brun foncé, dur et crevassé sur toute sa surface, 
assez semblable alors à une tranche de pain brûlé. La 
partie inférieure du tronc est solidement attachée au sol 
par une forte racine pivotante qui s'y enfonce et se ra- 
mifie à son extrémité. Au sommet de cette espèce de 
tige tronquée, on aperçoit deux profonds sillons d'où 
naissent deux énormes feuilles qui atteignent une lon- 
gueur de 6 pieds (2 mètres) sur 2 à 3 de large (1 mètre) 
et probablement plus encore lorsqu'elles sont arrivées à 
leur développement complet; elles sontopposées, planes, 

linéaires et couchées 
sur le sol. Ces deux 
feuilles sont toujours 
vertes, sauf à leur ex- 
trémité qui est d'un 
blanc rougeâtre,et sont 
indivises dans les pieds 
jeunes ; mais dans les 
plantes âgées, elles sont 
plus ou moins déchi- 
rées en lanières régu- 
lières dans toute leur 
longueur; ces feuilles 
ont une consistance qui 
rappelle le vieux cuir. 
Le tronc est ligneux, 
mais d'une consis- 
tance particulière et 
feutrée qui lui donne 
une grande résistance 
et de l'élasticité. D'ail- 
leurs, tout Je tissu de 
cette plante est pénétré 
d'un élément particu- 
lier qu'on retrouve 
dans quelques Aroïdées et d'autres plantes encore et qui 
semble augmenter la résistance du tissu en général. Il 
consiste en une grande quantité de cellules rameuses à 
parois épaissies et granuleuses pénétrées d'oxalate de 
chaux et que n'aiment pas à rencontrer les instruments 
tranchants. 

Les organes floraux se développent sur les bords de la 
plante, un peu au-dessus des deux feuilles où est ménagé 
ordinairement un sinus qui bientôt en voit un autre se 
former, puis un troisième, etc., etc., qui s'éloignent tou- 
jours du centre ; c'est de ces dépressions circulaires que 
sortiront de nombreuses panicules devant donner direc- 
tement des fleurs et des fruits. Ces derniers sont des 
cônes ou strobiles dressés, anguleux (comme dans quel- 
ques Cycadées); ils atteignent S centimètres de longueur, 
et sont d'un rouge cocciné brillant. 

Le Welwistchia mirabilis est un végétal des plus cu- 
rieux et des plus singuliers par sa structure et sa végéta- 
tion. Cette Gnétacée est connue et désignée par les indi- 
gènes sous le nom de Toumbo. Elle a été introduite en 
Angleterre en 1862. Cette plante est très rare dans les 
cultures; plus souvent on la rencontre dans les galeries 
botaniques. Les échantillons que j'ai vus en France et à 
J^étranger se trouvent dans les musées suivants : Muséum 

«5 



Une plante curieuse, le "Welwistchia mirabilis 



•78 



LE NATURALISTE 



d'histoire naturelle de Paris (galerie botanique); École 
de médecine navale de Rochefort) ; Musées botaniques 
des jardins royaux de Kew (Angleterre) ; Exposition per- 
manente des colonies françaises (Palais de l'Industrie, 




Fruit du Wehvistchia mirabilis. 

Paris). Ce dernier exemplaire estcomplètement dépourvu 
de ses immenses feuilles. 

Le premier Welwistchia que j'ai vu est celui qui était 
à l'Exposition universelle de Paris en 1867, dans la sec- 
tion du Portugal. Il mesurait 2 mètres de circonférence. 

Henri Joret. 



L'EXPOSITION INTERNATIONALE 
DE MÉDECINE ET D'HYGrlÈO 



A l'occasion du XI e Congrès International de Médecine et 
d'Hygiène, qui se tiendra à Rome au mois de septembre pro- 
chain, il y aura une Exposition Internationale de Médecine et 
d'Hygiène, avec des classes spéciales pour la Croix-Rouge, la 
Balnéologie et l'Hydrologie. La ville de Rome a destiné à cet 
effet le palais des Beaux-Arts, situé rue Nationale, à peu de 
distance du siège du Congrès Médical. L'Exposition sera ouverte 
du 13 septembre au lo octobre et pourra être prorogée. Elle 
comprendra les classes ci-dessous : 

I. Appareils, matériaux et plans d'édifices pour recherches 
scientifiques et techniques de biologie, de thérapie et d'hygiène. 

II. Appareils, instruments et matériaux de subside thérapeu- 
tique dans les diverses branches de la médecine. 

III. Service et matériel d'assistance publique et de sauvetage. 

IV. Plans, modèles et matériel intéressant la bonification du 
sol et l'assainissement des villes. 

V. Plans, appareils et matériel pour le service hygiénique 
des villes. 

VI. Plans, modèles et matériaux de constructions hygiéniques. 



VIL Appareils et matériels pour le service hygiénique dans 
l'intérieur des habitations et des édifices publics et collectifs. 

VIII. Matériel, appareils et objets divers pour l'hygiène indi- 
viduelle. 

IX. Plans, modèles, appareils et institutions pour l'hygiène 
de l'ouvrier. 

X. Livres, photographies, atlas, lithographies, imprimés, etc., 
de publication récente, ayant trait aux sciences médicales, à 
la biologie, à l'hygiène. 

Classe spéciale d'hydrologie et de balnéothérapie. 

Classe spéciale de la Croix-Rouge Italienne. 

Des diplômes et des médailles seront décernés aux meilleurs 
exposants par le Ministère de l'Intérieur et par le Comité de 
l'Exposition. Les demandes pour programmes et pour infor- 
mations concernant l'Exposition devront être adressées au 
Président, Prof. L. Pagliani, Ministère de l'Intérieur, Rome. 



STEREOSCOPE PERFECTIONNÉ ET PORTATIF 



La photographie stéréoscopique est tombée en discré- 
dit : c'est un fait qu'on ne saurait nier. On s'en étonne 
à bon droit, quand on pense à la vogue dont a joui le 
stéréoscope à son apparition, et surtout quand on pense 
au merveilleux effet des épreuves stéréoscopiques. 

Aujourd'hui qu'il en est de la photographie comme 
du bicycle et du tricycle , aujourd'hui que la mode 
impose, pour ainsi dire, la chambre noire, et que cha- 
cun tient à produire par lui-même les épreuves qu'il 
désire, nous ne croyons pouvoir mieux faire que d'appe- 
ler l'attention de nos lecteurs sur un nouvel appareil 
fabriqué par la maison Mendel. 

On a prétendu que le discrédit jeté sur les épreuves 
stéréoscopiques était imputable aux photographes trop 
peu consciencieux, qui livraient au commerce des pho- 
tographies soi-disant stéréoscopiques, mais formées, en 
réalité, de deux épreuves semblables collées côte à côte, 
— ce qui est malheureusement vrai pour bien des cas. 
On reproche quelquefois aussi à la photographie stéréo 
scopique d'être difficile à pratiquer pour l'amateur, 
d'exiger un matériel plus compliqué et plus coûteux; 
mais ces raisons peuvent-elles entrer en ligne de compte, 
quand on considère le résultat obtenu, et la fin ne jus- 
tifie-t-elle pas les moyens? 

A notre avis, il faut, en outre, chercher encore autre 
part la cause du discrédit dans lequel est tombée la pho- 
tographie stéréoscopique : elle tient surtout à ce que la 
plupart des stéréoscopes mis dans le commerce ne rem- 
plissent pas leur rôle d'une façon satisfaisante. Ainsi, il 
n'est pas rare d'entendre dire, quand on présente une 
épreuve stéréoscopique : « Je regarde d'un œil; c'est 
beaucoup mieux! » Est-il besoin d'ajouter que les per- 
sonnes qui parlent ainsi n'ont jamais vu le relief stéréo- 
scopique, et que la première fois qu'on leur montre 
dans un bon stéréoscope une épreuve bien réussie, elles 
ne trouvent pas de mots pour exprimer leur admira- 
tion?... 

Les constructeurs de stéréoscopes semblent s'être ap- 
pliqués spécialement à faire des objets de luxe, mais 
avoir oublié souvent les conditions nécessaires pour 
qu'un stéréoscope s'adapte à toutes les vues. L'œil est un 
organe merveilleusement élastique, qui peut corriger, 
dans une certaine mesure, les imperfections de l'appa- 
reil, mais c'est au prix d'une fatigue qu'il est facile 
d'éviter. 



LE NATURALISTE 



79 



Dans la construction d'un bon stéréoscope, il faut 
tenir compte des circonstances suivantes : 

1° Il existe des différences très sensibles dans les 
écartements des yeux des observateurs ; 

2° Il est rare que les épreuves stéréoscopiques soient 
collées sur leurs cartons à des distances bien définies. 

3° Ces épreuves peuvent être collées un peu oblique- 
ment, par rapport aux bords du carton, ou coupées à 
des hauteurs légèrement différentes. 

La mise au point des lentilles n'a qu'une importance 
secondaire; si l'appareil est mis au point, pour une vue 
normale, il pourra servir pour un myope et un presbyte, 
à condition qu'ils se servent de leurs lunettes. Il est tou- 
tefois commode de pouvoir mettre au point soi-même le 
stéréoscope. 

Il est très important quel'écartement des oculaires soit 
variable; c'est une condition trop souvent négligée, — 
presque toujours, — et c'est le principal défaut des sté- 
réoscopes ordinaires; ils ne peuvent servir que dans des 
limites étroites, et déterminées uniquement par l'élasti- 
cité de l'œil. Dans certains stéréoscopes à. mise au point 
par vis ou crémaillère, la variation de la distance entre 
les oculaires et l'épreuve sert beaucoup plus à corriger 
le défaut précédent qu'à la mise aupointproprementdite- 

u- c 




Enfin, il est à désirer que la position de la photo- 
graphie ne soit pas fixe dans le stéréoscope, de façon à 
ce qu'on puisse parer aux petites inexactitudes du col- 
lage des épreuves. 

M. Mendel a réussi à réunir ces conditions dans l'appa- 
reil que représente notre figure ci-dessus. Ce nouveau 
stéréoscope est construit de la façon suivante : 

Une glissière horizontale est supportée par deux pieds 
sur lesquels elle peut se monter à des hauteurs varia- 
bles ; les deux boutons A, A' servent à fixer a la hauteur 
voulue. Sur cette glissière peuvent se déplacer les porte- 
lentilles B, B', que des boutons C, C permettent de fixer à 
l'écartement désiré. La distance des pieds est telle qu'ils 
viennent s'appuyer sur les bords du carton d'une 
épreuve de format ordinaire; mais l'emploi du stéréo- 
scope n'est pas limité aux épreuves de ce format; il peut 
en effet, servir à regarder des épreuves montées d'une 
façon quelconque. En particulier, il peut être utilisé 
pour les épreuves stéréoscopiques imprimées dans untexte 
et il donne la possibilité de relier en album les épreuves 
ordinaires. 

L'appareil, entièrement métallique, est démontable et 
se range dans un écrin qui permet au besoin de le porter 
dans la poche. Un détail, futile en apparence, mais qui 
est cependant important, est que le nez de l'observateur 



trouve place entre les deux lentilles. Ceux de nos lec- 
teurs qui se servent de stéréoscopes à prisme dont la 
monture n'est pas échancrée, apprécieront la valeur de 
ce détail. 

Nous recommandons aussi un autre modèle de stéréo- 
scope, de la même maison, dans lequel le déplacement 
des deux lentilles se fait simultanément à l'aide de deux 
vis à pas inverses. 

Pour tirer tout le parti possible de ces stéréoscopes, 
il est nécessaire de bien se rendre compte de la façon 
dont se présentent les deux images et de les amener 
à se superposer, sans que l'œil soit obligé de faire 
un effort. Une courte pratique suffit, du reste, pour se 
rendre bien maître de l'appareil. Toutes les fois que 
le relief ne se saisit pas d'une façon immédiate, c'est 
qu'un déplacement des lentilles ou du stéréoscope entier 
est nécessaire. Dans ce cas, deux images sont visibles, 
soit séparées, soit superposées en partie. 

Lorsque les images sont séparées ou superposées, 
il suffit d'écarter les lentilles pour amener la superpo- 
sition totale et la perception du relief par conséquent. 
Lorsque les images sont superposées comme en 2, il 
suffit d'incliner le stéréoscope, par rapport à l'épreuve; 
enfin, lorsqu'elles se présentent comme en 3, il faut à 
la fois écarter les lentilles et incliner l'appareil pour 
arriver à la superposition exacte. Grâce à cette faci- 
lité de régler exactement, on peut voir dans le stéréos- 
cope ainsi construit des épreuves dont on ne peut tirer 
aucun parti avec le stéréoscope ordinaire. 

Pour regarder des épreuves transparentes, on procède 
de la même façon, en prenant à la fois l'épreuve et le 
stéréoscope : les pieds de l'appareil sont évidés, à cet 
effet, pour permettre d'y placer le pouce et de maintenir 
la plaque (1). 

E. N. Santini (de Riols). 



A propos de certains fossiles probablement tithoniques 

(horizon à Terebratula diphya) de lïlorée 
comparés avec certains autres tithoniques de Sicile 



En étudiant les faunes malacologiques vivantes dans nos 
mers et en les comparant avec celles du postpliocène, il m'est 
arrivé de consulter le splendide ouvrage de M. Deshayes, Expé- 
dit. scient, de Morée, qui a été publié en 1833, contenant 
des planches magnifiques de mollusques marins vivants et 
tertiaires. Or, parmi celles-ci, il y en a une (la vingt- 
sixième) qui regarde des fossiles secondaires, en examinant 
laquelle je me souvins tout de suite de notre tithonique. C'est 
vrai que la figure 12 de celte planche reproduit un hippurite, 
mais celle-ci ne provient pas de la même localité des autres, 
elle est du reste en trop mauvais état pour pouvoir en dire 
quelque chose. Je dois noter que M. Deshayes dit avoir eu 
entre ses mains une Diceras do Morée qui lui paraît très ana- 
logue à une autre du mont Salève. 

En donnant un coup d'œil à la planche citée, je trouve que 
la Nerinea, reproduite par la figure 1-2 et nommée par lui N. 
Defrancei, a une très grande affinité, ou peut-être une identité 
avec la N. Suessi Peters (1855 Die Nerineen Ober Jura) et des- 
sinée dans le livre classique du professeur G. Gemmellaro 
{Cale. Ter. janitor,?. 11, pi. 2, f. 4-5). — M. d'Orbigny (Iridr. 
Et. coroll.) rapporte la nodulosa Deslong, et la turrita Woltz 
à la Defrancei, mais je crois qu'il a fait cela à tort. 



(1) Le pris de ce • stéréoscope, article soigné, nickelé, livré 
dans un écrin façon maroquin doublé en velours, est de 20 fj\ 



80 



LE NATURALISTE 



Les figures 6-7 de la même planche de Deshaycs qui repro- 
duisent la N. nodulosa Desh. (reproduite à la page 185) me 
paraissent très semblables ou plutôt identiques avec la N. Schlœr- 
bachi Ciomra. (Gemmellaro Cale. Ter. Janitor, p. 14, pi. 2 bis, 
p. 14-17). 

La Nirinea simplex Desh. {Morée. p. 186, pi. 26, f. 8-9) est 
très voisine de la Goodhalli Son. et de la Santonensis d'Orb. 
Il est probable que ces trois espèces doivent être réunies; dans 
ce cas le nom de TV. simplex a le droit de la priorité. — La 
.V. Goodhalli a été figurée par Fitton (1836, Trans. Geol. Lon- 
don, p. 348, pi. 33, f. 12) et par le professeur Gemmellaro (loc. 
cit.?. 28, pi. 3, f. 22-23). La N. Santonensis d'Orb. a été 
figurée par d'Orbigny (Paléo?it. Franc., p. 156, pi. 184) et par 
le professeur Gemmellaro (Loc. cit., p. 29, pi. 5, f. 3-5). 

Enfin la Nerinea imbricata Desh. (Morée, p. 185, pi. 26, 
f. 4-5) ressemble beaucoup à la M. Moreana d'Orb. (d'Orbigny 
Pal. Franc., p. 10, pi. 257), Gemmellaro (Loc. cit., p. 22, pi. 3, 
f. 6-7), mais peut-être on ne peut pas les identifier. 

Ces observations ne me paraissent pas sans importance, car 
elles me font croire qu'on doit retrouver en Morée une for- 
mation semblable à celle de notre tithonique. 

Marq. Antoine de Grégorio. 



L'ÉPOME MAISONNETTE 

Suberites domuncula 



Parmi les épaves abandonnées par le flot sur nos 
côtes méditerranéennes on trouve fréquemment une 
forme bizarre, ayant généralement l'apparence d'une pe- 
tite pomme d'une teinte orangée et percée d'un ou de 
plusieurs trous. Ce singulier corps est un Spongiaire, ou, 
plus exactement, une Association animale dont le Spon- 
giaire est la partie dominante. Si, en effet, on brise cette 
masse globuleuse, on trouve à l'intérieur une coquille 
de Gastéropode recouverte entièrement par le Spongiaire 
et dans laquelle est logé un Pagure. 

L'histoire de ce Spongiaire .est intéressante à con- 
naître : Lamarck, dans son Histoire naturelle des animaux 
sans vertèbres, l'avait décrit comme un Polypier et placé 
parmi ses Alcyons sous le nom (TAlcyonium domuncula. 
Lamouroux admit le premier, mais avec réserve, que ce 
Polypier n'était en réalité qu'un Spongiaire et le décrivit 
ainsi dans son ouvrage sur les Polypiers flexibles :' 

« Éponge maisonnette. — Convexe, surface unie, 
presque papillaire, très celluleuse intérieurement. 

Spongia domuncula, rubro-aurantia, convexa, superficie 
impervia, subpapillosa, intus creberrime cellulosa. Golfe 
de Gênes. 

« Nota. — M. Bertoloni a cru devoir retirer ce Polypier 
du genre Alcyonium pour le placer parmi les Éponges, 
parce qu'il n'a vu aucun polype, aucune cellule polypi- 
fère sur des individus fraîchement sortis de la mer; 
mais il y a tant de circonstances qui ont pu faire périr 
ces petits animaux! J'ai adopté cependant l'opinion du 
naturaliste génois par la confiance que j'ai dans ses lu- 
mières, en attendant que je puisse étudier ce Polypier. » 

En 1824 les doutes du consciencieux naturaliste étaient 
probablement dissipés et dans le tome II de Y Encyclopé- 
die méthodique (Vers) Lamouroux ajoutait les observa- 
tions suivantes : 

« Cette singulière production est arrondie et tubéri- 
forme, enveloppant des coquilles sans pénétrer dans 
leur intérieur qui fournit quelquefois une habitation au 
Pagure-Herrûite ; il semble la préférer à toutes les 
autres ; souvent elle recouvre comme un parasol le dos 
du ( >tarcr dromia. Sa contexture, dans l'état de dessicca- 



tion, est fibreuse, mais à fibres très fines, très serrées 
et très douces, peu élastiques; la surface est très lisse, 
presque toujours sans pores ni cellules, ou bien avec 
quelques oscules virguliformes, petits, épars et clairse- 
més. La couleur de ce polypier est d'un rouge orangé ou 
brun clair. Sa grandeur varie suivant le corps qui le sup- 
porte. Je l'ai souvent reçu de la Méditerranée. Dans 
l'état sec il me semble se rapprocher davantage des 
Alcyons que des Éponges. Les pêcheurs des côtes d'Ita- 
lie lui donnent le nom de Perclla di mare; on l'a égale- 
ment appelé le Reclus marin, à cause du Pagure qui 
semble en être inséparable. » 

Les naturalistes modernes ont reconnu que ce corps 
était un vrai Spongiaire et l'ont placé dans la famille 
des Subéritidés, qui comprend des Éponges d'apparence 
subéreuse, de formes massives, à spicules capités. 
V Alcyonium domuncula de Lamarck est ainsi devenu le 
Suberites domuncula (Nardo). 

Nous avons dit que ce Spongiaire était une véritable 
association animale : il suffit de le briser pour s'en con- 
vaincre et l'on constate alors dans l'intérieur la présence 
d'une coquille : Cerithium vulgatum, Turritella communis, 
Murex brandaris, quelquefois ISatica, dont il ne reste que 
le test; le Subérite, qui s'était d'abord étendu comme 
une mince couche rougeâtre sur cette coquille, l'a en- 
globée progressivement, mais un Pagure s'est logé dans 
ce test et a résisté à l'invasion du Spongiaire ; dans ce 
but il a prolongé l'ouverture de la coquille par une ga- 
lerie qu'il allonge à mesure que le Subérite s'accroît. Ce 
Pagure, voisin du Bernard-l'Hermite (Paijurus Bernhardus), 
est le Pagure de Prideaux (P. Prideauxi), ou le Pagure 
strié (P. striatus), plus souvent le Pagure tacheté (P. ma- 
culatus). 

On sait que les Pagures n'occupent que les derniers 
tours des coquilles dans lesquelles ils se logent, mais 
l'habitant du Subérite, qui, par suite de l'accroissement 
du Spongiaire, a dû former un vestibule dans lequel il 
met à l'abri la partie antérieure de son corps, a été 
forcé d'allonger simultanément son segment abdominal, 
et l'on trouve, en effet, de ces Pagures dont la partie 
postérieure du corps a contracté une forme plus ou 
moins contournée et dont la longueur atteint trois fois 
celle de la partie antérieure. 

On remarque également, en examinant ce Spongiaire, 
de petits crustacés amphipodes du groupe des Gamma- 
rides, qui se logent dans les canaux aquifères et pro- 
duisent à l'extérieur de petites piqûres virguliformes que 
Lamarck et Lamouroux avaient prises pour des oscules. 
Enfin dans les pores et dans les tissus du Subérite 
s'abritent des Syllidiens et des Nérèidiens; ces Annélides 
trouvent dans le Spongiaire un abri pour leur corps 
souple et ondulé et peuvent ainsi chasser en sécurité au 
moyen de leur trompe qu'ils font saillir au dehors. 

Les Suberites que l'on voit dans les collections d'his- 
toire naturelle, et qui sont ridés et grisâtres, ne ressem- 
blent guère aux exemplaires recueillis à l'état frais; ces 
derniers, qui ont des formes assez irrégulières, mais 
généralement globuleuses, ont l'apparence lisse et lui- 
sante d'une pomme; ils sont colorés d'une teinte oran- 
gée, mais exhalent une odeur fétide. 

Le Suberites domuncula est très commun sur toutes nos 
côtes de la Méditerranée ; les pêcheurs en draguent au 
large de grandes quantités dans leurs filets ; au retour 
ils les brisent pour en exlraire les Pagures qu'ils em- 
ploient comme appâts pour la pêche. 



LE NATURALISTE 



81 



Ce Spongiaire n'a pas encore été signalé sur nos côtes 
du Sud- Ouest où on trouve une espèce appartenant à la 
même famille : le Suberites suberea. 

Albert Granger. 



LIVRE NOUVEAU 



Éléments de paléontologie (1), par Félix BERNARD,premièrs 
partie, pages 1 à 528, avec 266 figures dans le texte. 
Paris, J.-B. Baillière, 1893. 
Voici un livre qui vient combler une grosse lacune dans 




la littérature scientifique classique de notre enseigne- 
ment supérieur. Jusqu'à aujourd'hui les étudiants de nos 
Facultés des sciences n'avaient, pour apprendre la Paléon- 
tologie, que des Manuels tout à fait démodés ou des tra- 
ductions fort indigentes de livres élémentaires allemands. 
Nous mettons à part, bien entendu, l'admirable traité ds 
Zittel, qui ne saurait être considéré comme un Manuel 
didactique. 

M. Félix Bernard a donc eu une heureuse idée en com- 
posant ses Éléments de Paléontologie. Nous le félicitons 
sincèrement du courage qu'il lui a fallu pour entre- 
prendre cette tâche, et du talent avec lequel il a en déjà 
accompli une bonne partie. Le volume qui vient de 
paraître comprend, avec de longues généralités, l'histoire 
paléontologique des Protozoaires, des Spon- 
giaires, des Cœlentérés, des Echinodernes, des 
Arthropodes et une partie des Mollusques. 

Les générantes sont d'une lecture attrayante. 
Elles se composent d'une série de chapitres ou 
de paragraphes sur l'objet de la Paléontologie, 
son histoire, la doctrine de l'évolution, la phy- 
logénie, etc. Il m'a semblé que l'auteur n'avait 



Myriapodes de l'ambre; A. Cermatia Illigeri; B. Polyxenus 
conformis; C. Lithobius longicornis (très grossis). 



(1) Les Eléments de paléontologie formeront un volume d'en- 
viront 900 pages avec nombreuses figures. Prix de l'ouvrage 
complet 20 fr. (En vente aux bureaux du journal.) Les ache- 
teurs de la première partie qui vient de paraître recevront la 
deuxième et dernière partie dès son apparition. 




Spicules de Dictyonina. 

pas suffisamment insisté sur la part qui revient 
à la France dans les progrès de la Paléontolo- 
gie. Je me fais un devoir de rappeler, par 
exemple, que le premier paléontologiste qui ait 
cherché à placer les êtres fossiles dans leur 
ordre statigraphique pour chercher leurs pa- 
rentés réciproques est M. Albert Gaudry. Aujour- 
d'hui la doctrine de l'évolution est à la mode; 
elle est pour ainsi dire en odeur de sainteté, 
même dans les milieux scientifiques officiels. Il 
n'en a pas toujours été ainsi. M. Bernard, qui 
a consacré aux variations de l'espèce, aux for- 
mes intermédiaires, aux transitions entre les 
genres et entre les grands groupes, à la phy- 
logénie, etc., d'excellents paragraphes, aurait 
bien fait, à mon sens, de rappeler les noms des 
savants indépendants qui ont ouvert la voie à 
une époque où la chose n'était pas sans péril. 

La partie descriptive de l'ouvrage répond par- 
faitement au but poursuivi par l'auteur, qui a 
écrit son livre pour des étudiants. Des défini- 
tions en caractères italiques, de bonnes dia- 
gnoses des genres principaux, des détails d'im- 
portance secondaire imprimés en petits caractères 
et des tableaux récapitulatifs, composent la description 
de chaque grand groupe zoologique. Nous sommes heu- 
reux de féliciter l'éditeur d'avoir compris qu'un livre de 
ce genre demandait de nombreuses et d'excellentes 
figures et de n'avoir pas hésité à sacrifier son stock de 



82 



LE NATURALISTE 



vieux clichés pour les remplacer par des dessins origi- 




Eryon propinquus (Solenhofen) 

naux. Nous reproduisons ci-contre quelques cliche's de 
cet ouvrage que nous devons à l'obligeance des éditeurs. 

M. rs. 



DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX 



CarpellaMiegîî, n. sp. — g* 58 et 62, 9 69 millimètres. Cette 
espèce se place tout à côté de Carpclla districta Wlk (Reise 
derNovara, pi. 130, fig. 28); mais elle en est bien distincte. Les 
quatre ailes sont blanches comme dans Districta, mais les 
lignes sont plus larges, celles des supérieures se rapprochent 
davantage au bord interne et arrivent presque à s'y toucher 
dans deux de mes spécimens; l'apex et une partie du bord ter- 
minal sont largement bordés de noir en dessous (dans un o* 
l'apex est saupoudré de noir même en dessus) ; enfin les franges 
.-sont noires et non blanc pur comme dans l'espèce de Walker. 

Antennes beaucoup plus fortement pectinées dans le o* que 
chez la 9- 

Deux c* et une Ç, Rivière Numbala 1885 et 1890. 

C'est avec plaisir que je dédie cette espèce à mon ami 
M. P. Thierry -Mièg. 

>l \ < lioniu ftalanafa, n. sp. — 30 à 33 millimètres. Bord 
terminal des supérieures renflé au centre, ailes inférieures 
rondes. Dessus des supérieures d'un gris très paie à la base, se 
fonçant au delà du milieu. L'aile est traversée par une extraba- 
silairc très nette en forme d'accent circonflexe, possède un 
point cellulaire bien marqué, est de nouveau traversée au delà 
de la cellule par une ligne noire, presque droite, puis enfin 
est bordée par une bande terminale gris d'acier, à bordure 
intérieure plus claire, ondulée. Frange brune. 

Dessus et dessous des inférieures blanc vif pur avec une fine 
ligne subterminale arrondie, le bord terminal et la lrangc, gris. 

1 ie s., us des supérieures comme en dessus mais .avec la teinte 
plus uniformément grise et l'cxtrabasilaire ne se voyant que 
par transparence. 



Antennes pectinées à extrémité filiforme; trompejaune; tête, 
corps et pattes gris uniforme. 
Loja; trois o" absolument pareils entre eux, 1890 et 1892. 

PRINCIPES DE LA CLASSIFICATION 

DES MOUSSES 



Voici la saison favorable à la croissance et à la fructi- 
fication des Mousses. Les collectionneurs de tout âge se 
sont de'jà mis en campagne, et, munis de l'excellente 
Flore illustrée, de M. Douin, ils ont sans doute déjà goûté 
le « charme » de ce « monde nouveau » dont parle 
M. Gaston Bonnier dans la préface de cet intéressant 
ouvrage (1). 




Fig. i. — Mousses acrocarpes. Tiges fertiles du Polytrichum 
formosum, Hedw. pour montrer les fructifications termi- 
nales. 

« Ce qui fait l'attrait de l'étude des Mousses, » dit en- 
core le savant professeur de la Sorbonne, « c'est qu'on 
« peut composer avec ces plantes aux formes varie'es de 
« très jolies collections, tenant peu de place, et qu'il 
« n'est pas nécessaire d'empoisonner. Ces végétaux con- 



(1) Nouvelle Flore des Mousses et des Hépatiques, pour la dé- 
termination facile des espèces avec 1288 figures inédites. — Em, 
Deyrolle; broché 5 lrancs. — franco 5 fr. 45. 



LE NATURALISTE 



83 



« servent très bien leur aspect, leur couleur, et l'on 
« peut examiner à loisir leurs organes de'licats lors- 
« qu'ils sont desséchés; enfin, on les rencontre en 
« toute saison, ce qui permet d'herboriser, même au 
« cœur de l'hiver. » 

Nous n'avons rien à ajouter à cet exposé si clair et si 
précis ; de plus nous n'avons pas la prétention de refaire 
un travail que M. Douin a traité avec la plus parfaite 
compétence, mais pour répondre à un désir qui nous a 
été bien des fois exprimé par nos jeunes correspondants, 
nous nous proposons de résumer en quelques mots les 
premiers principes qui servent de base à la classification. 

Considérons tout d'abord une tige fertile dePolytrichum 
formosum, espèce fort répandue dans les bois et sur les 
talus des haies ombragées, nous voyons immédiatement 
que la capsule est située à l'extrémité de cette tige. 
Toutes les Mousses qui possèdent ainsi une fructification 
terminale sont dites Acrocakpes (fig. 1 et 2); elles sont 





Fig. 2. — Port du Grimrnia piclvinata, Sm. Petite mousse 
croissant en touffes soyeuses sur les murs et sur les toits. 

fort nombreuses, et, à côté des Polytrichs, on peut citer 
les Funaria, les Bryum, les Grimrnia, les Orthotrichs, etc., 
Ce sont toutes celles que M. Douin désigne sous le nom 
de Bryacées (1). 

Examinons au contraire la Mousse à reposoir, celle que 
nos ménagères emploient le plus souvent pour garnir 
leurs corbeilles" de Heurs, nous verrons que la fructifica- 
tion est latérale, c'est-à-dire que la capsule naît sur le 
côté de la tige ou de ses principales ramifications. Toutes 
les Mousses qui présentent ce caractère sont dites Pleu- 
rocarpes (fig. 3) ; ce sont les Hypnacées de M. Douin, et il 
est juste en effet de leur donner ce nom, parce que la 
plupart d'entre elles avaient servi à constituer l'ancien 
genre Hypnum. 

Enfin, on désignait autrefois sous le nom de Clado- 
carpes, un petit groupe de Mousses dont les capsules sont 
placées à l'extrémité de rameaux latéraux très courts, 
analogues aux bourgeons florifères des Hypnum ; mais 
ce groupe, qui n'est représenté en France que par le 
Mielichhoferia nitida, N. et Hornsch, est aujourd'hui, avec 
raison le plus souvent réuni aux Acrocarpes. 

On a donc, par conséquent, deux divisions primitives 



(1) Nous négligeons avec intention les Phascacées et les 
Andrasacées : ce sont des Mousses en général fort petites et par 
là même très difficiles à déterminer. Quant aux Sphaignes, elles 
forment une famille à part, que nous étudierons ultérieure- 
ment. 



de Mousses faciles à distinguer l'une de l'autre : les Acro- 
carpes et les Pleurocarpes. 

Quand on a reconnu à laquelle de ces divisions se rap_ 




Fig. 3. — Mousses pleurocarpes. Tige fertile de YHylocomium 
triqitetrum B. E. pour montrer les fructifications latérales 
d'après nature. 




Fig. 4. — Péristome nul. Urne du Gymnostomum ovatum, 

Hedw. (Pottia cavifoiia, Ehr.) d'après J. F. Turpin. 

Fig. 5. — Péristome simple du Barbula muralis , Hedw. formé 

de filaments libres contournés en spirale (d'après nature). 



Si 



LE NATURALISTE 



porte l'espèce que -l'on considère, on passe à l'examen 
des caractères fournis par le Péristome. 

Tout le monde sait qu'on donne le nom de Péristome à 
l'ensemble des filaments plus ou moins développés qui 
garnissent l'orifice de la capsule. 

Il existe quelques Mousses où cet orifice est complète- 
ment nu, on les dit gymnostomcs (fig. 4); mais le plus sou- 
vent, après la chute de l'opercule, le bord supérieur de 
la capsule est garni d'appendices variés disposés sur un 
ou deux rangs. 

Dans le premier cas le péristome est simple, et c'est 
ainsi qu'on le rencontre chez les Dicranées, les Enca- 
lyptées, les Grimmiées (Mousses aplopéristomées). 

Le péristome simple affecte des formes particulières 
qui permettent de caractériser facilement certains 
groupes. C'est ainsi que, chez les Trichostomécs, dans le 
genre Barbula, par exemple, il est formé par des appen- 
dices filiformes plusieurs fois contournés en spirale 

(fig- 5). 

Chez les Poly trichées, au moins dans celles de notre 
flore, le péristome possède une structure spéciale, unique 
dans la classe entière des Mousses; il est formé de dents 
entoure'es de cellules allongés très étroites, et ces dents 
sont soude'es au sommet à une membrane horizontale, 
qui ferme l'orifice de la capsule [épiphragme] (fig. 6). 




Fig. 6. — Péristome simple de VAtrichum undulatum, Pal- 
Beauv. {Poly trichée) (d'après nature). 

Dans la tribu des Tétraphidées, petit groupe qui ne 
comprend guère plus de trois ou quatre espèces en 
Europe, le péristome est formé seulement de quatre 
dents allongées. 

Le péristome est double quand l'orifice de la capsule 
est garni de deux rangées d'appendices ; il convient alors 
dans ce cas de distinguer le péristome interne et le péri- 
stome externe (fig. 7). 

Dans les Mousses à péristome double (diplopéristomées), 
l'externe est presque toujours construit sur le même 
plan que celui des Orthotrichs, mais l'interne peut pré- 
senter quelques variations intéressantes parmi lesquelles 
nous ne citerons que la membrane conique et réticulée 
des Fonlinales (fig. 8). 

Qu'il soit simple on double, la forme du péristome a 
une grande importance pour la détermination des 
espèces ; mais, en général, quand le développement est 
normal, il y a des variétés plus nombreuses dans les pé- 
ristomes simples que dans les péristomes doubles. 

Après le péristome, l'organe le plus susceptible de 
fournir de bons caractères à la classification est la Coiffe. 
La coiffe est un organe très fugace, et pour l'observer fa- 



cilement, il estnécessairederecouriràdes plantes incom- 
plètement développées; cependant quelques espèces la 
conservent jusqu'à la dissémination des spores. 
Pour plus de simplicité, on rapporte à deux types les 




Fig. 7. — Péristome double du Climacium dendroides, Wel. 

et M. (d'après Payer.) 

Fig. 8. — Péristome double du Fantinalis antipiretica, L. 

(d'après Payer). 

formes différentes qu'affecte la coiffe ; celles qui sont en 
forme d'éteignoir, de cloche ou de cône plus ou moins 
parfait, sont dites mitriformes ou campanulées. On en 
trouve des exemples très remarquables chez les Orthotri- 
chum (fig. 9) ; celle des Eucalyptées est en forme d'étei- 





9. — Coiffe en éteignoir de YEucalypta vidgai'is, Hedw. 
(d'après nature). 
Fig. 10. — Coiffe mitriformo de YOrthotrichum Hutchinsise, Sm. 
(d'après Payer) . 

gnoir allongé, recouvrant entièrement la capsule (fig. 10). 

D'autres fois, la coiffe est fendue d'un seul côté, dans 
le sens de sa longueur, elle s'applique alors sur la cap- 
sule à la manière d'un capuchon, et, pour cette raison, 
elle est dite çucullée (fig. M). 

Quelle que soit sa forme d'ailleurs, la coiffe peut être 
lisse ou plissée, glabre ou garnie de poils (fig. 9). 

Malheureusement, entre ces deux types si nettement 
différents, il existe des intermédiaires, de sorte qu'il est 
parfois difficile de savoir si l'on a affaire à une coiffe 
mitriforme ou à une coiffe çucullée. Ce cas se présente 
assez fréquemment dans la tribu des Grimmiées, où l'on 
trouve des coiffes plus ou moins lobées à la base et très 
souvent déjetées d'un seul côté (fig. 2. C). 



LE NATURALISTE 



85 



En résumé — et malgré que certaines variations vien- 
nent troubler la généralité de ces résultats — si l'on se 
base sur les caractères que nous venons d'énumérer et 




Opeivule 



Fig. 11. — Coiffe cucullée et opercule de YAtrichum andu- 
latum, Pal-Beauv. (d'après nature). 

si on essaye de les grouper d'une façon méthodique, on 
obtiendra un petit tableau fort simple, permettant de 
faire rapidement un premier classement des principales 
espèces de Mousses. 

/ Coiffe campanulée | Orthotrichées, en partie. 

Péristome ) ( Bartramiêe^ 

double \ Coiffe cucullée \ ^V 6 **; 

1 Meeséaes. 
Funariées. 
Poli/ trichées (1). 
■ Encaly plies. 

Coiffe campanulée / Spjachnacées. 

\ letraphidées. 
i Péristomo 1 / %P«riées. 

simple \ \ Grmimiées. 

i l< issu/enlacées. 
I \ Trichostomées. 

I Goitte cucullée , Dicranées. 

I Leucobfyêes. 
„, . \ , [ Pottiées, en partie. 

Péristome nul | Hedwigiêes. 

[ Coiffe campanulée \ Fontinalées. 

( Lryphxées. 

Péristome ; ( %"'«• 

» , double I r .- ... \ Chmaeiêes. 

J Coiffe cucullée ) Necké racées. 

I ) Antitrichiées. 

i ( Ptèroqoniées. 

Péristome simple | Selérodontiées. 

Péristome nul j Anxctanyiêes. 

Constant Houlbert. 



CHRONIQUE 



Muséum d'histoire naturelle. — Cours de Zoologie 
(annélides, mollusques et zoophytes). — M. Edmond Perrier, 
professeur, membre de l'Institut, a commencé ce cours le 
14 mars 1893, à une heuro et demie, dans la salle des Cours 
des nouvelles galeries de Zoologie (deuxième étage) et le conti- 
nuera à la même heure les mardi, jeudi et samedi de chaque 
semaine. Le professeur exposera l'histoire des vers (Bryo- 
zoaires, vers parasites, vers annelés, etc.) ; il montrera le rôle 
fondamental que ces êtres ont joué dans la constitution des 
formes animales les plus importantes et traitera en détail du 
développement et des migrations des vers parasites. Ces leçons 
seront complétées par des conférences pratiques et des visites ' 



(1) En réalité, la coiffe des Polytrichées est cucullée, mais les 
poils retombants qui la recouvrent lui donnent une apparence 
mitriforme. 



aur- galeries. Des expériences sur des animaux vivants expédiés 
du Laboratoire maritime du Muséum, â Saint-Waast-la-Hougue, 
auront lieu au Laboratoire le samedi. 

Cours de Physique végétale. — M. Georges Ville, professeur 
(M. Guignet, professeur intérimaire), a ouvert ce cours le 
21 mars 1893, à trois heures et demie, dans le grand amphi- 
théâtre du Muséum et le continuera les vendredi et mardi de 
chaque semaine à la même heure. Dans la première partie, le 
professeur résumera dans leurs grandes lignes les conditions 
qui règlent la production des végétaux. 

Cours de Culture. — M. Maxime Cornu, professeur, a com- 
mencé son cours le 10 mars 1893, à neuf heures du matin, dans 
l'amphithéâtre de la galerie de Minéralogie et le continuera» 
à la même heure, les lundis, mercredis et vendredis suivants. 
Ce cours aura pour objet l'exposé des cultures coloniales, prin- 
cipalement de nos possessions d'Asie; l'étude des espèces 
végétales ou des variétés qui peuvent être utilisées par les 
colons, et la comparaison avec les cultures usitées dans des 
régions voisines ou analogues. Les leçons du mercredi seront 
des leçons pratiques (Étude des végétaux et des produits en 
relation avec le cours) ; elles auront lieu au Laboratoire de 
Culture, n° 61, rue de Buffon, à neuf heures, pendant la durée 
du cours. 

Cours de Chimie. — M. Arnaud, professeur, a commencé ce 
cours le 16 mars 1893, dans le grand amphithéâtre du Muséum 
d'histoire naturelle, à quatre heures, et le continuera les 
lundis et jeudis suivants, à la même heure. Des conférences 
pratiques auront lieu le samedi, â cinq heures, dans le grand 
amphithéâtre ; elles seront annoncées par des affiches particu- 
lières. Le cours de cette année sera divisé en deux parties : 
Dans la première partie, le professeur exposera les méthodes 
d'analyse organique, en insistant sur les procédés d'analyse 
immédiate; dans la seconde partie, il étudiera les principes 
immédiats généraux constitués par les espèces chimiques qui se 
rencontrent constamment dans les végétaux, en réservant tou- 
tefois les hydrates de carbone dont l'étude sera faite ultérieu- 
rement. 

— L'Exposition des collections d'Ichthyologie, Herpétologic, 
Malacologie, Entomologie, Botanique, etc., rapportées de ses 
missions et voyages par M. Chaper, a été ouverte dans les gale- 
ries de Zoologie du Muséum, le 26 mars; elle restera visible 
jusqu'au 30 avril de une heure à quatre heures. 

A. propos des caractères sexuels du crâne. — Le 

bord postérieur de l'os malaire, — bord qui commence par 
descendre et se recourbe ensuite, en bas, pour se diriger en 
arrière et se continuer avec le bord supérieure de l'arcade zygo- 
matique, — porte parfois une saillie tuberculeuse nommée 
l'épine jugale. M. Rod. Panicchi estime que l'examen de cette 
protubérance peut amener à reconnaître un caractère sexuel. 

Il en distingue huit types divers et cherche à déterminer, au 
millimètre, la hauteur de chacun des spécimens qu'il a étudiés. 
Les crânes masculins, offrant cette protubérance plus accen- 
tuée, répondraient aux types IV, V, VI, VII, VIII, IX; les 
crânes féminins aux quatre premiers. 

Il y aurait donc incertitude pour la quatrième. Pour tirer un 
indice, il compare la hauteur de l'épine à la hauteur de l'apo- 
physe pyramidale (sur laquelle se montre l'épine en question), 
qu'il cherche à déterminer d'une façon précise. 

Le même auteur se demande â quel âge, chez l'enfant, com- 
mencent â se montrer les caractères crâniens sexuels; il exa- 
mine à cet effet, 32 crânes de garçons et 28 crânes de filles, 
et arrive aux indications que voici. Vers six ans, on peut ren- 
contrer une différence dans le développement des apophyses 
orbitaires externes. La courbe frontale enfantine persiste 
chez les filles jusque vers dix et douze ans; elle prend de 
beaucoup meilleure heure chez les garçons le caractère mas- 
culin. Les bosses sourcilières donnent un renseignement 
moins net ; la diversité ne se manifeste qu'assez tardivement, 
après quinze ans, et encore y a-t-il bien des cas incertains 



86 



LE NATURALISTE 



(même à l'âge adulte). La glabelle apparaissant dans un crâne 
d'enfant indique le sexe masculin ; mais, comme l'a écrit 
Broca, elle apparaît au plus tôt. même chez les hommes, vers 
la quinzième année, souvent vers la vingtième, parfois plus 
tard seulement. L'inion est toujonrs peu développé chez les 
lilles ; il l'est un peu plus chez les garçons à la fin du premier 
âge. A cette même époque s'accentue déjà la diversité dans le 
plus ou moins de robustesse des attaches musculaires, selon 
le sexe. Enfin l'épine jugale s'accentue progressivement par 
âges, plus forte chez les garçons, plus faible chez les filles, 
et ici l'auteur donne non plus des appréciations mais des 
indices établis comme il a été dit ci-dessus; dès avant la 
sixième année, la différenciation serait possible sous ce rap- 
port, ce qui constituerait un caractère important, établi dé- 
finitivement d'ailleurs vers la dix-huitième année. (Revue 
d'Anthropologie.) 

Photographie. — Nouveau virage au platine pour épreuves 
sur papiers aux sels d'argent. 

Dissoudre successivement : 

Eau de pluie !i00 centimètres cubes 

Chlorure de sodium 35 grammes. 

Acide tartrique 8 — 

Sulfate de soude 6 — 

Chloroplatinite de potassium (solu- 
tion à 12 0/0) 8 — 

Ce bain donnera des tons gravure magnifiques, imitant à s'y 
méprendre l'impression et la couleur obtenues avec les vrais 
papiers au platine ; il a, en outre, l'avantage de se conserver 
très longtemps et de servir jusqu'à épuisement. 



VOCABULAIRE ORNITHOLOGIQUE 



La branche de l'histoire naturelle qui traite de l'Oiseau 
emploie un grand nombre de termes relatifs à son orga- 
nisation, à la description des phases de son plumage et 
de ses habitudes. La liste de ces termes est assez longue 
pour ne pas rester toujours gravée dans la meilleure 
mémoire ; en outre, elle comprend de nombreux syno- 
nymes qui embarrassent quelquefois le naturaliste, voire 
même le spécialiste. Nous espe'rons combler une lacune 
en exposant sous forme de vocabulaire le langage admis 
dans la science ornithologique pure et appliquée et celui 
qui en dérive dans l'Aviculture, la Plumasserie, la Fau- 
connerie, la Colombophilie, la Chasse, i'Aviceptologie, 
enfin dans le Blason. Si nous y avons adjoint quelques 
termes employés généralement par la Zoologie, nous 
nous sommes tenu strictement à ceux dont l'usage est 
fréquent en Ornithologie, et nous les avons mentionnés 
brièvement, sans prétendre à donner ici un mémento 
d'Embryogénie ou d'Anatomie comparée. 

Les ouvrages consultés seront mentionnés à la fin de 
ce mémoire. 

Abréviations. 

Autourserie. . . Aut. 

Aviceptologie.. Avicept. 

Aviculture .... Avic. 

Blason Blas. 

Chasse Chasse. 

Colombophilie. Colomb. 

Fauconnerie... Fauc. 

Plumasserie . . . Plum, 



Abaissé (Vol). — Blas. On désigne ainsi deux ailes 
réunies dont les extrémités sont tournées vers la pointe. 

Abaisser. — Fauc. C'est rationner les Faucons pour 
les faire maigrir. On dit encore essimer ou tenir ferme. 

Abandonner. — Fauc. Quand un Faucon n'est plus 
propre au service on Yabandonne, c'est-à-dire on lui rend 
la liberté. 

Abattre. — Fauc. Tenir l'Oiseau immobile entre ses 
mains pour l'observer. 

Abdomen, ou ventre de l'Oiseau, est la région qui 
fait suite à la poitrine et s'étend jusqu'à la queue, entre 
l'extrémité du sternum et l'anus. 

Abécher. — Fauc. C'est donner au Faucon une par- 
tie réduite de la nourriture ordinaire ou pût (voyez ce 
mot) pour le tenir en appétit quand il doit voler. 

Abecquement. — Colomb. Action de donner la bec- 
quée aux Pigeonneaux. 

Abecquer. — Colomb. Introduire la nourriture dans 
le bec d'un Pigeon pour l'élever. 

Acharner. — Fauc. Garnir le leurre de petits mor- 
ceaux de viande pour affaiter un Faucon qu'on élève. 
(Voyez Affaiter et Leurre.) 

Accouvée. — Avic. Se dit d'une couveuse naturelle, 
Poule ou Dindon, dont le rôle est de couver dans un 
panier. 

Adopteuse. — Avic. On désigne ainsi la volaille 
qui se prête à l'élevage des poussins qui ne sont pas les 
siens. 

Adoué, — Fauc. et Chasse. Est synonyme d'Apparié. 
Un Faisan est adoué. 

Aduire, — Colomb. Locution belge, qui signifie ha- 
bituer les Pigeons à un nouveau Colombier. 

Aétîte. — Pierre d'Aigle (oTtoç, Aigle). — D'après la 
croyance populaire, cette pierre ajoutait à la vue mer- 
veilleuse de l'Aigle les facultés d'engendrer et de regarder 
le soleil en face. Pline en parle: «Les actites se trouvent 
« dans les nids d'Aigles. On prétend qu'il y en a tou- 
« jours deux, l'une mâle, l'autre femelle, que sans elle 
« les espèces d'aigles dont nous avons parlé n'engen- 
« drent pas, etc.. » 

Levret ajoute (1766): « La pierre d'Aigle est ordinai- 
« rement de la grosseur d'un œuf de Pigeon. C'est cette 
« pierre que tient dans ses serres l'Aigle, ce qui lui 
« permet de regarder le soleil en face sans cligner des 
« yeux. » (Oustalet, art. Oiseaux. Dechambre.) 

Affaire. — Fauc. Un Faucon est de bonne affaire lors- 
qu'il est bien dressé. 

Affaitage, Affaiter. — Fauc. Est l'action de 
dresser un Faucon pour voler, c'est-à-dire pour chasser. 

Affriander. — Fauc. Donner au Faucon une nour- 
riture qu'il aime, un pât friand. 

Aigle éployée ou employée. — Blas. Terme hé- 
raldique désignant une Aigle à une ou à deux têtes avec 
les ailes étendues. 

Aigle au vol abaissé. — Blas. Aigle dont les 
bouts d'ailes sont dirigés vers la pointe de l'écu (1). 

Aiglette. — Blas. Dans le langage héraldique, on 
appelle ainsi les petites Aigles quand elles sont re- 



(1) Extrémité inférieure de l'armoiric. 






LE NATURALISTE 



87 



présentées en nombre. Ex. : Armoirie de la Trimouille 
avec trois Aiglettes. 

Aiglon. — Jeune de l'Aigle. 

Aiglures. — Fauc. On nomme ainsi les taches de 
couleur claire, souvent rousse, que présente le plumage 
de certains Faucons. 

Aigrette. — Mot usité le plus souvent pour distin- 
guer les plumes allongées qui garnissent la partie infé- 
rieure du devant du cou chez quelques Oiseaux. D'Orbi- 
gny le définit comme suit : « Sorte d'ornement donné 
« par la nature à certains Oiseaux, tels que le Paon, les 
« Ducs, les Hiboux, etc.. L'existence de cet ornement, 
« ou de quelque partie ayant de l'analogie avec lui, a 
« motivé la désignation individuelle d'un assez grand 
« nombre d'animaux... C'est ainsi qu'on appelle Ai- 
« grette plusieurs espèces de Hérons, un Singe, un 
« Poisson. » 

Aile. — Désigne l'ensemble des membres antérieurs, 
revêtus de fortes plumes et conformés en sortes de ra- 
mes qui servent au vol. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire a 
distingué les formes principales de l'aile d'après sa ter- 
minaison. Nous indiquons plus loin ces termes. — Ses 
téguments se composent de ['aileron, des pennes, des 
couvertures et parfois d'un miroir. (Voyez ces mots.) Chez 
la plus grande partie des Oiseaux, les ailes leur don- 
nent la faculté de s'élever dans les airs ; chez les Oi- 
seaux coureurs, elles accélèrent la marche. Ex. : Autru- 
che, Casoar ; enfin, dans d'autres groupes, elles sont 
disposées en forme de nageoires (penniformes) et servent 
à la natation. Ex. : Pingouins, Manchots. 

Aile bâtarde. — Partie de l'aile qui porte les plu- 
mes du pouce. (Voyez Alula.) 

Aile aiguë. ■ — Forme de l'aile où la seconde grande 
plume, ou rémige primaire (Voyez ces mots), est la plus 
longue de toutes. Ex. : les Faucons. 

Aile intérieure. — (Voyez Plumes auxiliaires.) 

Aile obtuse. — Quand la quatrième grande plume 
est la plus développée. Ex. : l'Aigle ; la plupart des Galli- 
nacées, Coqs, Faisans, etc.. 

Aile proprement dite. — On désigne ainsi l'en- 
semble des pennes ou plumes rigides qui constituent 
l'aile, à l'exception de l'aile bâtarde. (Voyez ce mot.) 

Aileron est l'aile bâtarde ou l'alula. (Voyez ce mot.) 

Ailerons. — Fauc. Terme appliqué aux petites plu- 
mes de l'extrémité de l'aile. 

Aile sub-aiguë. — Forme de l'aile la troisième 
grande plume, ou rémige primaire, est égale à la se- 
conde. Ex. : les Vautours; un grand nombre de Passe- 
reaux, comme le Moineau, le Merle. 

Aile sub-obtuse. — A la troisième grande plume 
égale ou supérieure à la troisième. Ex.: la Brève, le Ca- 
catoès, etc.. 

Aile sur-aiguë. — Quand la première grande 
plume égale ou dépasse la seconde. Ex.: le Colibri, l'Hi- 
rondelle. 

Aile sur-obtuse. — Lorsque la troisième grande 
plume égale ou surpasse la seconde. Ex. 

Air. — Fauc. Prendre l'air se dit d'un Faucon qui s'é- 
lève beaucoup pendant son vol. 

Aire (aîpto, j'emporte). — Désigne le nid des grands 
Oiseaux de proie, comme l'Aigle, le Vautour. Il est ordi- 
nairement placé très haut dans les rochers. Le Kapace 
y revient chaque année et le restaure. D'après d'Orbigny 
ce mot viendrait peut-être de la forme aplatie et large 
que l'on a comparée à une aire de grange. — Dans le 



Blason, on l'applique spécialement au nid du Pélican ; 
cet Oiseau est presque toujours représenté avec ses petits 
dans son aire. 

En Fauconnerie, un Oiseau est de bonne aire quand il 
se montre courageux. 

Alaire (I*teryle). — Pteryla alaris, terme de Ptéry- 
lographie (Voyez ce mot), qui indique la disposi tion, d'après 
des lois déterminées, des pennes et des plumes sur la 
région de l'aile. 

Alaires (Couvertures ou tectrices). — (Voyez 
ces mots.) 

Albin. — Employé adjectivement pour les Oiseaux 
qui sont atteints d'albinisme. 

Albinisme. — Anomalie qui atteint quelquefois la 
coloration du plumage, des yeux et des pattes. Elle est 
produite par la suppression de la matière colorante ou 
pigment. (Voyez ce mot.) On distingue trois catégories 
principales : 

Albinisme complet, ou décoloration générale du 
plumage qui devient parfois d'un blanc pur. Dans ce cas, 
l'iris et les pattes sont rouges. On observe plus souvent 
l'albinisme chez les Passereaux aux couleurs sombres 
tels que la Corneille, le Merle, le Moineau, l'Hirondelle. 
On l'a noté dans la plupart des groupes. 

Albinisme imparfait, consiste en une diminu- 
tion de la matière colorante. Le plumage devient grisâ- 
tre, isabelle, ou blanc sale. On en a vu des cas chez la 
Grive, l'Allouette, le Moineau, le Pinson, etc.. 

Albinisme partiel, connu encore sous le nom de 
leucopathie quand certaines parties du plumage sont dé- 
colorées, le reste étant normal. Les Merles bariolés ou 
mouchetés de blanc ou de jaunâtre, les Moineaux avec 
des taches claires sur l'aile ou sur la queue sont assez 
fréquents. 

Albinos.— Oiseau affecté d'Albinisme. (Voyez ce mot.) 

Albrené. — Fauc. Un Faucon est albrené quand son 
plumage est encore jeune, gâté ou en désordre. 

Alcyon. — Blas. Oiseau représenté comme symbole 
dans son nid flottant sur les ondes. Ce nom est appliqué 
à notre Martin-pêcheur (Alcedo hispida). 

Alérion ou Alelyons. — Blas. Aiglette (Voyez ce 
mot) dénuée de bec et de pattes, représentant les enne- 
mis désarmés et mis hors de combat. Ex. Montmorency 
avec seize alérions d'azur. 

Alèthe. — Fauc. Autrefois, les Fauconniers appe- 
laient ainsi un Faucon de passage qu'ils supposaient 
être d'une race distincte du Pèlerin. 

Allantoïde. — Excroissance vésicoïde, riche en 
vaisseaux sanguins, qui apparaît au troisième jour sur 
la partie postérieure de l'embryon et tend à l'envelopper. 
Elle part du cœur. La circulation allantoïdienne com- 
mence au sixième jour. 

Alphanet. — Fauc. Nom appliqué au Faucon tuni- 
sien (Voyez ce mot), qui est une variété du Lanier. 

Alula ou Olala (Mauduyt) connue sous les dési- 
gnations d'aile bâtarde, d'aileron ou de fouet de l'aile, 
représente les plumes qui s'insèrent le long du pouce. 
Valida se compose de trois ou cinq plumes, à l'exception 
des Faucons qui en possèdent quatre. 

Alula spinosa ou Aileron épineux.. — Aileron 
qui porte une épine dont la pointe est dirigée en avant. 
Ex. le Vanneau épineux, le Jacana, le Kamichi, l'Anhinga 
à deux épines. Ces éperons leur servent dans les com- 
bats pour la possession des femelles. 

(A suivre.) 



88 



LE NATURALISTE 



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parasitischer Pilze auf ihre Nahrpflanzen. PI. XIX-XXIII. 

Jahrb. fur wissensch. Botanik. 1892, pp. 499-548. 

217. West, William. Algœ of the English Lake District. 
' PL 1X-X. 

Journ. R. Microscop. Soc. 1892, pp. 713-748. 

G. Malloizel. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE 



PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE 17. 




lo e ANNÉE 



2" Série 



1%' 147 



15 AVRIL 1893 



DEÏÏX RODEUSES DE BETTERAVES 



11 est incontestable qu'en défrichant les terres incultes, 
en arrachant les plantes inutiles, — je veux dire celles 
dont il n'a pas pu, ou su tirer profit, — l'homme s'est 
attiré une foule innombrable d'ennemis sous forme de 
bestioles rampantes ou ailées qu'il appelle insectes nui- 
sibles. 

Celles de ces bestioles qui se nourrissent à peu près 
exclusivement d'une seule espèce de plante disparais- 
sent en même temps que cette dernière, ou du moins 
leur nombre en est plus 
restreint ; celles au con- 
traire qui sont polyphages, 
ne trouvant plus les plan- 
tes qu'elles avaient l'habi- 
tude de manger, se rejet- 
tent tout naturellement 
sur celles que l'homme 
leur a substituées, et opè- 
rent de grands ravages 
dans ses cultures. 

Pourquoi s'étonner, par 
exemple, que des milliers 
et des milliers d'hectares 
uniquement plantés en vi- 
gne soient de temps à au- 
tre ravagés par des insec- 
tes tels que la Tortrix Ssil- 
leriana Schiff., qui, pour se 
sustenter et se perpétuer, 
se contenterait volontiers 
d'autre plante: le Stachys, 
l'Iris, VAsclepias, voire le 
Statice limonium; tels en- 
core que diverses chenil- 
les à'Agrotis qui attaquent 
les jeunes pousses de la 
vigne, lui portant ainsi un 
tort considérable et qui 
se nourriraient sans dif- 
ficulté de tous les végé- 
taux possibles? 

Autrefois, quand ces bes- 
tioles pullulaient par trop. 

occasionnaient des dommages presque désastreux et de- 
venaient une sorte de calamité publique, on avait 
recours aux prières de l'Église, aux processions, aux 
exorcismes; de nos jours, on s'adresse au gouverne- 
ment : « Le gouvernement devrait faire ceci, le gouver- 
nement devrait faire cela! » Il n'y a donc rien de changé. 
De tout temps, on paraît avoir eu besoin du concours 
d'Hercule et de sa massue pour écraser... une puce, et 
du tonnerre de Jupiter ponr foudroyer un ciron. 

Je n'ai pas l'intention de passer en revue toutes les 
plantes cultivées par l'homme pour ses besoins, aux- 
quelles les bestioles dont j'ai parlé plus haut s'atta- 
quent continuellement et nuisent dans des proportions 
plus ou moins appréciables selon les années. Ce serait 
un travail de trop longue haleine. 

Parmi ces plantes, je choisis aujourd'hui la betterave, 

et je ne veuxm'occuper que de deux de ses ennemis qui, 

cette année même, ont fait parler d'eux, s'étant montrés, 

dans certaines régions du Nord et de la Belgique, parti,-. 

LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris. 



Une rongeuse de Betteraves, l'Agrotis segetum, ou ver gris. 




culièrement malfaisants en détériorant un nombre con- 
sidérable de ces racines au suc si précieux. J'ai nommé 
l'Agrotis segetum ou ver gris, et la Plusia gamma. 
.r I. L'Agrotis segetum. Est-il vraiment besoin de parler 
encore de cette peste des cultures? Qui ne connaît ce 
ver gris, ce haut et puissant seigneur de la rapine, à qui 
l'agriculture paie chaque année une dîme si élevée, si 
démesurée. Il atteint à peine 55 millimètres de longueur, 
et cependant quelle consommation de primeurs, quelle 
ingestion de légumes et de racines! tant sont avides, 
insatiables, ses millions de bouches répandues partout, 
au nord comme au midi, à l'ouest comme à l'est, sur- 
tout dans ces terres que 
l'homme cultive avec un 
soin tout particulier, qu'il 
a labourées, ensemencées 
péniblement, et qu'il en- 
toure d'une constante sol- 
licitude. 

Plus un champ est pro- 
pre, c'est-à-dire plus il 
est dépouillé de toute 
plante étrangère à celle 
dont la culture lui a été 
confiée, plus il est soumis 
au sarclage, au binage et 
à toute autre œuvre agri- 
cole, plus les atteintes de 
l'Agvotis segetum sont à 
redouter, plus ses dépré- 
dations funestes s'exer- 
cent aisément. 

Il n'est pas besoin d'in- 
sister. 

Eclose d'un œuf qui af- 
fecte la forme hémisphé- 
rique un peu surélevée, 
qui présente à sa surface 
une quarantaine au moins 
de petites cannelures à 
rebords peu saillants et 
qui est de couleur vert 
jaunâtre avec la tache mi. 
cropylaire et la zone rous- 
ses, la petite chenille à'A- 
grotis segetum est d'un gris 
mat, non vitreux, tête, écusson et clapet noirs, points 
verruqueux d'un brun noir brillant, surmontés de poils 
terminés par un bouton, corps relativement court et un 
peu renflé postérieurement, et marqué de stries rous- 
ses ; pattes écailleuses brunes, les deux premières 
paires membraneuses rudimentaires, les trois dernières 
bien conformées. 

Bien qu'elle n'ait alors que douze pattes, cette che- 
nille ne m'a pas paru marcher comme une semi-arpen- 
teuse en arquant son corps, mais comme une noctuelle 
déjà pourvue de ses seize pattes. Du reste, les seize 
pattes lui viendront bientôt ; après la deuxième mue les 
premières paires ventrales atteindront presque la gros- 
seur des autres ; cependant, chose curieuse, toutes les 
membraneuses resteront d'une petitesse relative, sans 
doute parce que la chenille adulte n'en aura pas un be- 
soin urgent, comme on va le voir. 

Jeunes encore, c'est-à-dire jusqu'à la 3 e ou 4 e mue en- 
viron, les chenilles de ces Agrotis se plaisent à grimper 




!)0 



LE NATURALISTE 



sur les végétaux, surtout pendant la nuit. Que de fois, 
on chassant au fauchoir, la nuit, dans certaines prai- 
ries, j'ai capturé de ces chenilles, ou hien à l'aide de la 
lanterne j'en ai vu montées sur des brins d'herbe ou des 
tiges de plantain, des feuilles d'oseille, etc. A ce mo- 
ment de leur existence, leurs pattes membraneuses, de 
grosseur normale leur étaient nécessaires. Plusavancées 
en âge, adultes, à taille comme on dit, elles ne grimpent 
plus, elles vivent cachées, ou rampent à la surface de 
la terre, bien contraintes en effet à ne plus s'élever du 
sol car leurs pattes écourtées et presque sans colonne 
se refuseraient à les maintenir en équilibre ou à les ac- 
crocher solidement aux tiges des plantes basses. 

Ces coquines de chenilles ont tout ce qu'il faut pour 
s'adapter aux modes d'existence les plus divers. 

Par goût, par tempérament, par instinct, par néces- 
sité même, elles passent une grande partie de leur vie 
enfouies dans la terre, sortant à peine leur tête pour se 
repaître du végétal qui se trouve à leur portée; mais, 
en plein été, quand la terre est desséchée, durcie par 
les rayons du soleil et devenue impénétrable, ces che- 
nilles se cachent sous une feuille sèche, une pierre, un 
abri quelconque, et attendent une occasion favorable, 
telle que la pluie, qui rendra la terre plus meuble et 
leur permettra de s"y retirer. 

Ces occasions se présentent souvent d'une façon bien 
inopinée et plus brusque que les bestioles ne le désire- 
raient sans doute, je l'ai constaté plus d'une fois. Des 
orages subits, des averses abondantes tombent à l'im- 
proviste sur un champ et le transforment bientôt en 
un lac éphémère, à la surface duquel surnagent quan- 
tité de chenilles à'Agrotis que le retrait des eaux dépose 
ensuite à terre. Il s'en noie bien un certain nombre, 
mais le reste ne tarde pas à disparaître dans le sol hu- 
midifié. 

Pas plus que la sécheresse, l'excès d'humidité ne les 
gêne. Grâce à leurs points vemiqueux, par où s'opère 
une sorte de suintement huileux, elles conservent dans 
une terre détrempée la liberté de leur allure et le fonc- 
tionnement régulier de leurs organes. 

Quand on constate chez ces chenilles une telle en- 
durance, quand on pense qu'elles sont tout ce qu'il y a 
de plus polyphages, on n'est plus étonné de les savoir si 
répandues et l'étendue de leurs méfaits ne surprendplus ; 
la vigne, le tabac, la betterave, tout, y passe. 

C'est qu'il y gras dans la betterave. Comme une che- 
nille doit se trouver à son aise, lorsqu'elle est accrochée 
à une de cesgrosses racines qu'elle rongea mandibules 
que veux-tu et transforme à sa manière, non en sucre 
mais en écailles de papillon, ce qui n'offre pas la même 
utilité. 

C'est au mois de juillet que les chenilles ô.'Âgrotis 
segetum commettent le plus de dégâts : a ce moment, 
les racines de la betterave ne sont pas très volumineuses, 
elles sont vite perforées ou gravement endommagées au 
ras de terre, les feuilles se dessèchent bientôt; la plante 
périt et la récolte est fort compromise. 

En septembre et octobre, au contraire, quelles que soient 
l'avidité et la voracité des chenilles de la 2 e génération, 
les racines arrivées à toute leur grosseur supportent 
mieux les atteintes du ver gris et, tout entamées et dé- 
tériorées qu'elles soient, laissent encore quelque chose 
pour la sucrerie. 

Après l'arrachage, les chenilles de Segetum se con- 
tentent des débris qui restent aux champs, des plantes 



basses qui repoussent pendant l'automne et au premier 
printemps. Du reste, elles mangent bien peu en atten- 
dant le moment de la transformation qui d'ordinaire 
a lieu fin avril. 

II. Plusia gamma. — Sans doute, la chenille de la Plusia 
gamma est considérée comme nuisible aux plantes cul- 
tivées, mais à un degré bien moindre que celle de V Agro- 
Us segetum. Si, de temps à autre, elle se fait remarquer 
par les dégâts qu'elle occasionne, il ne faut pas en re- 
chercher la cause ailleurs que dans certaines conditions 
atmosphériques qui ont favorisé son développement, sa 
multiplication dans des proportions inusitées, surtout 
dans les pays du Nord- 

En réalité, c'est une espèce assez délicate: lesbrumes, 
les brouillards, les pluies abondantes, l'excès d'humidité 
en un mot, lui sont contraires, et arrêtent sa diffusion. 
Par contre, une longue série de beaux jours, une saison 
sèche et chaude, lui sont tout ce qu'il y a de plus 
agréable. Ainsi cette année elle a été servie à souhait. 
Aussi s'est-elle montrée en nombre incalculable et dans 
des pays peu habitués à en voir en aussi grande quan- 
tité. Certains cantons du Nord et de la Belgique en ont été 
littéralement infestés. La conséquence la plus immé- 
diate en a été un ravage épouvantable dans les champs 
de betterave. 

Comme cette chenille ne s'attaque qu'aux feuilles de 
ce végétal, la présence de ce dévastateur fut vite recon- 
nue, tant les feuilles rongées, déchiquetées, disparais- 
saient de jour en jour l'une après l'autre. 

Le papillon de cette espèce de Plusia porte sur le 
disque des ailes supérieures une tache métallique 
affectant la forme d'une lettre grecque : le y pour 
quelques-uns, le X pour d'autres ; d'où le nom de Plusia 
gamma ou lambda qui lui a été appliqué indifféremment. 

La femelle pond sous les feuilles des végétaux un œuf 
de forme hémisphérique plus ou moins régulier mais 
très aplati et dont la surface présente 30 à 40 petites can- 
nelures longitudinales, sa couleur est d'un jaunâtre 
pâle. Au bout de quelques jouis il en sort une petite 
chenille allongée, vitreuse, avec tête, écusson, et verru- 
queux noirs, n'ayant que douze pattes et marchant en 
arquant le corps. Cette chenille est une de celles qu'on 
nomme semi-arpenteuses, car elle n'a toute sa vie que 
douze pattes. Arrivée à taille, cette chenille mesure un 
peu plus de 5 centimètres. Elle est verte avec des lignes 
dorsales ondulées interrompues et des mouchetures blan- 
châtres. La partie antérieure du corps est très amincie, 
la partie postérieure au contraire est renflée ; les verni- 
queux, surtout ceux du dos, sont un peu saillants ; la tête 
est verte et porte latéralement un gros trait noir. 

Pour se métamorphoser elle se tisse un léger cocon en 
soie molle et peu consistante : sa chrysalide est noire. 

On n'est pas bien fixé sur le nombre des générations 
de cette Plusia ; elles se succèdent toute la belle saison 
et il y en a plus ou moins selon la douceur ou la rigueur 
de la température. 

Quelques entomologistes croient que dans nos con- 
trées le papillon passe l'hiver, d'autres pensent que c'est 
une espèce migratrice, qu'elle est propre aux contrées 
méridionales et qu'elle nous arrive portée sur les ailes 
du vent avec les beaux jours. 

Il est une chose certaine, c'est que la première appa- 
rition printanière du papillon de gamma n'est pas en 
rapport avec la dernière de l'été précédent. Après une 
excessive abondance, une grande rareté. A mon avis et 



LE NATURALISTE 



91 



d'après ce que j'ai pu observer dans mes chasses, la 
Plitsia gamma passe l'hiver chez nous en chrysalide : 
mais il faut, admettre que la très grande majorité n'aboutit 
pas, exterminée qu'elle est par les intempéries de l'hiver 
ou leurs suites naturelles. S'il n'en était pas ainsi, cette 
drogue de chenille serait un véritable fléau, dont il serait 
bien difficile de se préserver. 

Si les chenilles de l'Agrotis segetum et de la Plusia 
gamma ont causé un grave préjudice à la culture, leur 
présence dans les localités que j'ai signalées plus haut 
n'a pas été sans profit pour quelques animaux parmi 
lesquels il convient dé citer particulièrement le corbeau 
appelé freu. Il se souviendra longtemps de cette bom- 
bance. Non content de cueillir du bec les chenilles qu'il 
voit sur les feuilles lorsque, semblable à un garde cham- 
pêtre, il inspecte ses champs et poursuit les maraudeurs, 
il a encore la bonne idée de fouiller la terre autour du 
collet des betteraves et d'y saisir avec avidité les vers 
gris, gras et dodus qui ne manquent pas de s'y trouver 
et de s'en repaître avec délices. 

' A ce jeu, il laisse bien les quelques poils et plumes 
qui ornent la base de son bec ; à force de gratter le sol, 
il se dénude; mais quel plaisir d'en extraire d'aussi suc- 
culents morceaux. 

Vraiment, le porc qui déterre une truffe n'éprouve 
pas autant de joie. 

Et dire que c'est sans y avoir été invité par circulaire 
ministérielle ou contraint par arrêté préfectoral que cet 
oiseau échenille ainsi les betteraves! 

Excellent freu, va! 

P. Chrétien. 



NOTE SUR L'HABITAT 

DES ESPÈCES DU GROUPE DE L'HELIX RAYIÏiONDlMoq. 



Le groupe auquel appartient l'Hélix Raymondi Moq., 
est assurément le plus caractéristique de la région des 
hauts-plateaux de la province d'Alger. Il rappelle énor- 
mément, bien qu'il faille chercher ailleurs ses analogies, 
les espèces du groupe des Leptaxis de l'archipel de Ma- 
dère et des Canaries. Cette ressemblance extérieure a 
causé des rapprochements prématurés entre ces espèces 
et nos formes Algériennes, et certains naturalistes, en 
présence des similitudes qu'ils percevaient, ont voulu 
établir entre la faune du Nord de l'Afrique et celle des 
archipels précités, une corrélation qu'un examen plus 
approfondi ne justifie nullement. 

Il existe, au contraire, en Tripolitaine et au Maroc, 
des Hélices similaires. Je veux parler des Hélix Leachi 
yyrostoma, Fér., des montagnes des environs de Tripoli 
et des H. sicanoides, platicheloide*, Tetuanensis et Bôttgeri, 
des montagnes des Beni-Hosemar (Tétuan). Ces der- 
nières affectent une forme et des caractères tout à fait 
inattendus, parce que la Sicile paraît fournir une série 
d'espèces correspondantes. 

Quoi qu'il en soit, l'area de dispersion de chacune de 
ces séries paraît être assez restreinte. On n'a jamais 
rencontré non plus, dans l'intervalle qui sépare leurs 
habitats, d'espèces qui leur ressemblent. 

Celle de l'Hélix Raymondi, Moq., est strictement li- 
mitée aux hauts plateaux de la province d'Alger. Je 



tiens d'autant plus à affirmer le fait que l'on a, par suite 
d'une erreur géographique, prétendu que Y Hélix Raymondi 
décrite comme provenant de Boghari habitait la province 
d'Oran. 

Le groupe dont fait partie cette jolie coquille est un 
groupe essentiellement rupestre; il habite les fissures 
des rochers et il est souvent malaisé d'en extraire les 
individus à cause de la présence, dans les lieux où on a 
quelque chance d'en rencontrer, de la terrible vipère à 
cornes (Cérastes cérastes, Lin.), qui se dissimule en 
même temps qu'elle dans les assises de grès calcaire. 
C'est, du moins, le cas aux environs de Boghari, où se 
trouve, au-dessus du village arabe, ou ksar, une série 
de massifs dénudés où l'on ne s'attendrait guère à ren- 
contrer une Hélice de ce groupe Les échantillons de 
cette localité appartiennent à Y H. Sollieri Bourg., décrite 
en 1883, d'après des exemplaires recueillis dans le djebel 
Sahari. C'est une coquille d'un jaune-paille à l'état frais, 
unicolore, parfois — mais très rarement, — pourvue de 
bandes placées comme sur les individus de YHelix 
Raymondi, mais toujours très pâles et très peu marquées, 
ornées parfois aussi, et plus souvent, de maculations 
indistinctes au-dessous de la suture du dernier tour. 

Les autres formes affines actuellement décrites sont 
an nombre de deux. Ce sont les Hélix Raymondi, Moq., 
et H. Miloni, Bourg. La première est indiquée comme 
habitant les environs de Boghar, mais le djebel Amour 
est la patrie du type. C'est donc dans cette chaîne saha- 
rienne qu'il faut le rechercher; aux environs immédiats 
de Boghar (ou plutôt de Boghari), je ne l'y ai point ren- 
contré, quoique j'aie résidé pendant trois ans dans cette 
dernière localité. Dans ces environs, l'espace où se 
trouve YHelix Sollieri est assez restreint et ne s'étend 
guère au delà des montagnes d'Aïn-Seba, situées à 
9 kilomètres au Sud. 

Les formes analogues reparaissent à l'Est, sur les 
collines pierreuses d'Aïn-Boucif, à 57 kilomètres à 
l'Est de Boghari et, au Sud-Est, sur les crêtes dénudées 
de Birine, sur la route de Bou-Saada et à 80 kilomètres 
environ de Boghar. Plus au Sud, elles sont nombreuses 
dans la chaîne du djebel Sahari, non loin de Cuelt-es- 
Stel et à proximité de Djelfa, enfin dans le djebel Amour, 
du côté de Taguine, où existe le type. 

A Birine, les échantillons se rapportent également 
ace type; ils sont vivement colorés avec des bandes 
d'un rouge- brique, très apparentes. A Ain-Boucif, leur 
test est le plus souvent orné de bandes plus ou moins 
apparentes, parfois unicolores. 

Outre les Hélix Raymondi, Miloni et Sollieri, il existe, 
ainsi que me l'a jadis fait connaître feu M. Bourguignat, 
sept autres formes inédites de ce groupe; elles habitent 
les mêmes régions. 

Toutes ces espèces sécrètent un mucus qui leur 
permet d'adhérer si fortement aux roches, pendant les 
périodes de sécheresse, qu'il m'est arrivé de briser des 
coquilles en m'efforçant de les en détacher. 

Les commensaux habituels de ces coquilles sont de 
grandes Ferussacia delà série des Charopia, Dact ylohila, etc. 
des Helixàu. groupe de la Sordidanta, YHelix Vatonniana, 
le Pupa granum et quelques autres. 

C.-F. Ancey. 



92 



LE NATURALISTE 



Un nouvel Insecte nuisible au Bois de Boulogne 

SES MŒURS, SON PARASITE. MOYEN DE DESTRUCTION 



Le 23 juin 1891, mon attention fut appelée sur un 
taillis de charmes (Carpinus lui ni us) du bois de Boulogne 
à peu de distance du grand lac. Plusieurs de ces arbres 
étaient complètement desséchés; d'autres, maladifs, avaient 
les feuilles à moitié flétries ; en examinant avec soin, je 
remarquai un nombre considérable de petits trous sur 
le tronc et sur les grosses branches de ces arbres, et, en 
projetant de la fumée de tabac dans ces trous, j'en fis 
sortir des Scolytus Carpini (Ratzeburg). Je pus constater 
que, pour tous ces arbres (10 à 12), les trous de sortie 
ne commençaient qu'à environ un mètre du sol et al- 
laient toujours en montant, que les branches ayant moins 
de trois centimètres de diamètre n'étaient pas perforées 
et que les arbres entièrement secs n'étaient plus habités 
par les insectes. 

Cette espèce, qui n'a pas encore été signalée au bois 
de Boulogne et qui est considérée comme rarissime aux 
environs de Paris (L. Bedel, Fawne des Coléoptères du bassin 
de la Seine), menace tout à coup de détruire les charmes 
par son extrême développement, car j'ai constaté sa pré- 
sence dans diverses parties du bois de Boulogne éloi- 
gnées les unes des autres (1892). 

Dans mon étude sur les mœurs des Scolytus, Hylosinus 
et Phlœosinus des environs de Paris (Feuille des jeunes 
naturalistes, avril, mai et juin 1890), sur les treize es- 
pèces mentionnées douze ont été obtenues par éclosion, 
de parties d'arbres ou de branches provenant du bois 
de Boulogne ; pour la treizième, Scolytus Carpini (Ratz), 
je n'avais pu en suivre les mœurs, l'ayant recueillie : un 
exemplaire à Meudon, et un exemplaire à Saint-Germain 
en battant au parapluie. 

Scolytus Carpini (Batzeburg). — Longueur 3 à 3 
l/2millimètres. Prothorax à ponctuation assez fine, sur 
le disqueplus forte et serrée sur les côtés, lignes striai es 
et intervallaires fies élytres égales ; 2° segment ventral 
sans apophyse à son bord postérieur. 

La larve de cette espèce n'a pas été décrite à ma con- 
naissance. Longueur 3 à 4 millimètres, blanche, molle ; 
les palpes maxillaires sont, comme les palpes labiaux, 
formés de deux articles ; les yeux sont invisibles ; les 
antennes sont très courtes, de deux articles, et logées 
dans une cavité. Les pattes manquent entièrement et 
sont remplacées par des mamelons sternaux et des bour- 
relets latéraux, et surtout par les très petites aspérités 
dont tout le corps est couvert et qui doivent favoriser 
ses mouvements de progression dans l'intérieur des 
galeries ; le corps est formé de douze segments sans 
compter la tête qui est ronde, rentrée en partie dans le 
premier segment ; les trois premiers segments sont un 
peu plus gros que les autres ; elle se tient courbée en 
arc dans sa galerie. 

La nymphe est nue dans sa cellule, elle est blanc sale, 
légèrement jaunâtre, puis devient brune au moment de 
se métamorphoser. 

La sortie de l'insecte a lieu dans la seconde quinzaine 
de juin; la femelle creuse sous l'écorce, en entamant, lé- 
gèrement l'aubier, une galerie de ponte horizontale, 
légèrement montante ; longue d'environ deux centi- 
mètres, un centimètre de chaque côté du trou d'entrée, 
elle dépose ses œufs dans de petites encoches qu'elle 



prépare à gauche et à droite de sa galerie. Les larves 
aussitôt nées creusent des galeries légèrement flexueuses 
dans le sens des fibres, les unes en montant, les autres 
en descendant. 

Afin de connaître plus intimement la manière de 
vivre de ce Scolyte, j'ai essayé de le faire pondre en cap- 
tivité et de l'élever. Voici ce que j'ai pu constater. 

Ayant préparé une caisse vitrée, recouverte d'une 




Bois de Charme rongé par le Scolytus Carpini. 

toile métallique, j'y plaçai des tronçons de grosses 
branches de charme : 

1° entièrement sèches et mortes depuis l'année der- 
nière ; 
2° malades, mais contenant encore de la sève ; 
3" saines et d'une végétation robuste, bien en sève. 
Dans une autre caisse, j'avais disposé d'autres bran- 
ches de charme analogues , mais légèrement recou- 
vertes d'une couche de goudron minéral, rendu liquide 
par l'addition de 5 à 10 0/0 de pétrole. 

Dans la caisse contenant les branches goudronnées, 
j'ai abandonné dix couples, mâles et femelles, de Scolytus 
Carpini; ils sont morts, sans pondre, du premier au troi- 
sième jour. 

Dans la caisse contenant des branches à l'état naturel, 
j'ai déposé vingt couples, mâles et femelles, du même 
scolyte; la ponte a eu lieu uniquement sur les branches 
malades contenant encore de la sève. Je n'ai pas remar- 
qué de trous d'insectes sur les deux autres catégories 
de branches. 

11 est donc bien démontré que le Scolytus Carpini n'at- 
taque que les arbres déjà malades. Si tous les arbres des 
forêts étaient toujours dans un bon état de santé et de 
vigueur, ils ne seraient jamais exposés aux atteintes des 
insectes rongeurs, mais diverses causes concourent à 
leur affaiblissement momentané ou permanent, telles 
que les feuilles, en nombre plus ou moins considérable, 
mangées par des chenilles; des blessures faites au tronc 
ou aux racines ; un sol épuisé ou desséché par un été 
trop chaud et sans pluie. Nous avons remarqué d'une 
façon générale, au bois de Boulogne, que les arbres en 
bordure étaient plus souvent attaqués par les insectes 
que ceux en taillis, et que ces derniers conservaient une 
végétation plus vigoureuse, l'explication en est facile : 
par motif de propreté, on a bien soin d'enlever dans les 
allées les feuilles qui tombent en automne, on prive 
ainsi ces arbres de l'aliment que la nature leur destine, 
sans le remplacer par un engrais artificiel. 

Dans le travail cité plus haut (Feuille des jeunes na- 
turalistes, avril 1890) j'ai longuement décrit les mœurs 
des insectes parfaits, larves .et nymphes des Scolytes,elc. 
Qu'il me soit permis de revenir sur la question d'accou- 






LE NATURALISTE 



93 



plement, que j'avais constaté uniquement à l'extérieur 
des arbres, à façon normale, contrairement à l'opinion 
de Ratzeburg et du colonel Goureau, qui l'indiquent 
comme ayant lieu à l'orifice du trou d'entrée ; la femelle 
dans le trou, et le mâle à l'extérieur, ayant la tête en 
bas et le corps placé en équerre avec celui de la 
femelle. 

Pour Scolytus Carpini (Ratz), j'ai pu constater, dans 
mes boîtes d'élevage, que la femelle travaille seule à 
percer la galerie de ponte, qu'elle y travaille sans re- 
lâche et la termine généralement en deux jours ; que 
cette galerie est horizontale ; que les jeunes larves font 
leurs galeries dans le sens des fibres. Pendant que la 
femelle travaille, le mâle erre sur l'arbre ; chaque fois 
qu'il rencontre un trou, il y pénètre, mais il ne tarde 
pas à en sortir : soit qu'il ne rencontre pas de femelle 
ou que celle-ci n'ait pas encore terminé de percer sa 
galerie ; car, dans ce cas, elle le chasse inexorablement. 
Enfin, il finit par rencontrer une femelle prête à pondre; 
celle-ci s'est avancée à reculons jusqu'à l'aubier, le 
mâle pénètre d'abord par la tête ; après être resté envi- 
ron une minute, il ressort, puis se retourne et s'enfonce 
à reculons pour rejoindre la femelle ; dans cette position 
sa tête atteint l'orifice du trou, le dépasse quelquefois. 
Il reste ainsi une heure et quelquefois plus sans bouger. 

Ayant recommencé l'expérience l'année 1892 avec 
les éclosions provenant de mes éducations, j'ai cons- 
taté les mêmes faits et remarqué, comme l'année 
précédente, que certaines femelles avaient un second 
accouplement le lendemain. 

En faisant éclore chez moi les insectes (larves) con- 
tenus dans des branches contaminées provenant du 
bois de Boulogne, j'ai obtenu la sortie d'un parasite hy- 
ménoptère, de la famille des Chalcidites. 

Eurytoina Carpini (Decaux), n. sp. (1). 

Mâle, longueur 2 à 2 d /2 millimètres, noir ; les antennes 
sont noires, coudées, formées de dix articles, la base du 
premier est fauve, les suivants sont pédicules, entourés 
d'un verticille de poils grisâtres, le dernier est terminé 
en pointe ; la tête est noire ; les yeux sont marron bru- 
nâtre. Le thorax, noir, de la largeur de la tête, avec de 
gros points enfoncés ; l'abdomen est noir, lisse, luisant, 
sensiblement moins long que le thorax, à pédicule assez 
long, droit, les autres segments forment une massue 
ovulaire, notablement plus étroite que le thorax. Les 
hanches, les cuisses, les pattes et les tibias sont fauves, 
avec le milieu des cuisses et des tibias noirs ou brun de 
poix. Les ailes sont hyalines, dépassant l'extrémité de 
l'abdomen, à stigma et nervures irisés. 

Femelle : elle est semblable au mâle ; mais les an- 
tennes sont simples et leurs articles vont un peu en 
grossissant vers l'extrémité sans être pédicules. L'abdo- 
men est terminé par une petite queue pointue. La ta- 
rière est roulée en spirale et cachée dans l'abdomen 
pendant le repos. 

DESTRUCTION 

Le badigeonnage des arbres ; au goudron minéral pé- 
trole, excellent pour les arbres isolés et surtout sur les 
plaies, ne nous paraît pas pratique pour une forêt. Dans 
ce cas, il faut rechercher les arbres attaqués, reconnais- 



(1) N'ayant pas trouvé la détermination de cet Eurytoma 
dans les auteurs, j'ai cru bien faire d'en donner une descrip- 
tion sommaire, et de lui donner un nom rappelant sa manière 
de vivre. 



sables aux petits trous de sortie de l'insecte, les faire 
abattre pendant l'hiver et les brûler immédiatement, 
afin d'anéantir les colonies de Scolytes, qui ne manque- 
raient pas au mois de juin d'aller pondre sur d'autres 
arbres restés indemnes jusqu'ici. 11 ne faut pas détruire 
les parasites, qui en se propageant aideront à arrêter 
l'extension des Scolytus Carpini. 

Decaux, 
Membre de la Société entomologique de France. 



PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE 

DÉVELOPPEMENT DES ÉLÉMENTS DE LA FLEUR 



On sait que beaucoup de Monocotylédones affectent le 
nombre 3 dans le nombre des éléments des diverses par- 
ties de leur fleur, tandis que bien des Dicotylédones 
présentent le nombre S. Ainsi, la fleur du Lis a un pé- 
rianthe composé de 6 pièces, 3 pour le verticille exté- 
rieur et 3 pour le verticille intérieur; 6 étamines dispo- 
sées sur une spirale à 2 tours, de 3 étamines chaque ; 
enfin un ovaire à 3 loges surmonté d'un pistil à 3 stig- 
mates, représentant 3 carpelles soudés entre eux. 

La fleur de la Primevère possède un calice à 5 dents, 
parce que les 5 sépales sont soudés entre eux jusque 
vers leur extrémité; une corolle à 5 lobes, pour la même 
raison; 5 étamines; et enfin une capsule s'ouvrant au 
sommet par 5 valves, trace de b carpelles primitifs sou- 
dés ensemble. 

Mais il y a d'autres Dicotylédones qui affectent le type 
3, comme les Monocotylédones. Je citerai notamment 
la Ficaire, qui a 3 sépales et 6-9 pétales; l'Hépatique, 
qui a un involucre à 3 folioles et un calice de 6 à 9 sé- 
pales ; etc. Puisque les nombres 3 et o sont possibles 
chez les Dicotylédones, ce n'est pas la question d'em- 
branchement du règne végétal qui est en cause ; c'est 
donc ailleurs qu'il faut chercher le motif de leur appari- 
tion. 

Je me suis demandé quelle était l'origine probable de 
cette évolution des organes de la fleur par 3 et par 5. 
Pour résoudre le problème, j'ai observé quelques faits 
très simples et je les soumets à l'examen des lecteurs de 
ce journal. 

Si l'on examine l'Anémone nemorosa, cette petite 
plante si commune au printemps dans les bois des en- 
virons de Paris, qu'elle égaie de ses petites étoiles 
blanches à o rayons, on voit, au-dessous de son calice 
pétaloïde à 5 divisions, un involucre situé à quelque dis- 
tance plus bas. Or cet involucre foliacé, qui joue à peu 
près le même rôle que le calice de la Ficaire, par rap- 
port à l'enveloppe florale, est formé de 3 folioles : une 
médiane 3-fides, et 2 latérales 2-fides. total : 7 divisions. 
Qu'une foliole latérale avorte, il n'y a plus que 3 divi- 
sions, au lieu de 7 ; que les 2 folioles latérales avortent 
ensemble, il n'y a plus que 3 divisions seulement. Rete- 
nons bien ces nombres 3, 5 et 7 ; car nous allons les re- 
trouver plus loin, dans la suite de ce petit travail. 

L'Anémone sylvestris est une plante beaucoup plus 
rare : je ne l'ai encore vue que dans les jardins de 
Noyon, d'où elle peut s'échapper dans les campagnes 
voisines. Sa fleur, beaucoup plus grande que celle de 
l'Anémone nemorosa, est formée de 7 sépales pétaloïdes, 
quelquefois o, avec un involucre de 3 folioles. Il n'y a 



!)'. 



LE NATURALISTE 



pas loin de l'involucre de l'hépatique aux sépales de la 
Ficaire : de sorte que ce qui est vrai pour le dévelop- 
pement de l'involucre est certainement applicable à 
celui des sépales : fussent-ils teintés du vif éclat de la 
corolle, comme cela a lieu chez les Anémones. Les 7 di- 
visions de l'involucre, que nous avons étudiées plus 
haut, correspondent à une enveloppe florale constituée 
de la façon suivante : 

1. Verticille extérieure, 3 sépales. 

2. Verticille intermédiaire, 2 sépales. 

3. Verticille intérieur, 2 sépales. 

Ceci posé, si nous avons une fleur où tous les verti- 
cilles de sépales se développent intégralement, nous 
tenons une fleur d'Anémone sylvestris à 7 sépales. 

Si nous avons une autre plante où le verticille interne 
doive avorter, nous tenons une fleur d'Anémone nemo- 
rosa à î> sépales. 

Enfin, si nous nous adressons à un autre genre, chez 
lequel 2 des verticilles internes avortent simultanément, 
nous avons une fleur d'Hepatica triloba à 3 sépales. 

Jusqu'à présent, nous n'avons considéré que les sé- 
pales du 'calice ; mais 'on 'pourrait faire, pour les pé- 
tales de la corolle, un raisonnement identique; dès lors, 
on conçoit très bien que les chiffres 3 et 5 puissent se 
présenter dans les fleurs de plantes appartenant à la 
même famille : quitte à faire intervenir, s'il y a lieu, 
l'hypothèse d'un dédoublement des organes, pour passer 
de 3 à 6, ou de S à 10; ou l'hypothèse d'un arrêt de dé- 
veloppement pour passer de 3 à 2, dans les Graminées, 
ou de 5 à 4 dans les Labiées. Des pétales, nous pouvons 
passer insensiblement aux étamines et aux carpelles, 
qui ne sont en définitive que des feuilles modifiées, au 
même titre que les folioles de l'involucre, les sépales du 
calice et les pétales de la corolle. 

Ainsi, c'est dans le développement des organes de 
chaque espèce, dans l'intensité de la vie de chaque 
plante, qu'on doit chercher la cause du nombre des élé- 
ments qui composent chacun des verticilles de la fleur. 

D r Bougon. 



DISTRACTIONS PHOTOGRAPHIQUES 



L'amateur photographe comme le praticien peuvent 
produire directement avec la chambre noire des images 
tournant à la caricature, comme celles que nous don- 
nons ci-dessous et bien d'autres encore : des personnages 
dont la tète et la partie supérieure du corps sont exa- 
gérées, ou dont les mains et les pieds sont énormes en 
comparaison de la corpulence, etc. 

C'est par l'exagération directe de la perspective au 
moyen de la chambre noire qu'on peut obtenir le plus 
facilement ces images grotesques; en effet, avec des ob- 
jectifs à court foyer, on produit des premiers plans à 
une échelle vingt ou vingt-cinq fois plus grande que celle 
des objets situés à une distance moyenne. On met au 
point sur un plan intermédiaire, et on munit l'objectif de 
son plus petit diaphragme : l'objectif grand-angulaire con- 
vient fort bien pour ce genre de travail. 

Voici quelques-unes des supercheries que l'on peut 
produire de cette façon. 

Mettez au premier plan un oiseau quelconque, vivant, 
ou mieux empaillé et perché, et au fond un chasseur ; en 
regardant l'image sur la glace dépolie, faites en sorte 



que le chasseur paraisse viser l'oiseau, et puis photo- 
graphiez. Le résultat sera très curieux : l'oiseau paraîtra 
monstrueux, et l'homme tout petit; l'image pourrait 
servir à illustrer les Mille et Une Nuits, au conte des aven- 
tures de Simbad le Marin, qui eut à lutter contre cet 
oiseau prodigieux, le Roc, dont l'œuf était aussi gros 
qu'une maison. 

On peut varier à l'infini la composition de tels ta- 
bleaux : un chat, convenablement disposé, simulera un 
énorme tigre royal. Un poisson, tenu à l'extrémité de la 
ligne à quelques centimètres de l'objectif, paraîtra trois 
ou quatre fois plus grand que le pêcheur, placé trois 
mètres plus loin. 

Du reste, cet effet de perspective intervient souvent 
d'une façon fâcheuse dans certaines compositions : les 
photographes qui ne disposent que d'un atelier court, 
et qui par conséquent doivent employer des objectifs à 
court foyer, doivent soigneusement éviter les grandes 
différences de plans, que la photographie exagère tou- 
jours : les mains du modèle, placées en avant, appa- 
raissent quelquefois avec des dimensions peu com- 
munes; dans un autre cas, une personne assise un peu 
en avant d'un groupe, au premier plan, et les pieds un 
peu trop allongés, se trouvera copieusement, avantagée : 




Image multiple d'un individu sur le même corps. 

tel le cheval de la figure ci-contre, dont la tête qui était 
fort près de l'objectif, se trouve aune échelle démesurée. 
Quant au laboureur, il paraît un nain auprès du cheval. 

Ces exemples suffiront pour mettre le lecteur en garde 
contre l'exagération de la perspective, — o\i pour en 
tirer parti, s'il lui plaît de se distraire. 

Un autre genre de distraction photographique, c'est 
l'image multiple d'un même individu sur le même corps, 
comme le représente la figure ci-dessus. 

Supposons, par exemple, que nous placions notre mo- 
dèle assis devant un fond noir mat, le corps incliné vers 
la droite, et que nous le photographiions dans cette po- 
sition. Seule, la partie de la plaque où se forme l'image 
du modèle sera impressionné ; de sorte que nous pour- 
rons, en invitant le sujet à s'incliner à gauche, le photo- 



LE NATURALISTE 



graphier de nouveau dans cette attitude. La partie infé- 
rieure du corps n'ayant pas bougé, l'on verra deux 
bustes sur une seule paire de jambes. Le résultat sera 
plus drôle encore si le modèle prend dans Tune des 
poses une figure souriante, et si dans l'autre il fait une 
grimace. 



Sur un échantillon de Lignite venant d'Islande 




Effet de perspective, cheval dont, la tète était fort prés de l'objectif et qui se trouve 
à une échelle démesurée. 

Au lieu de bouger le corps, on peut simplement dou- 
bler ou tripler les bras ou les jambes. 

Il faut éviter soigneusement tout accessoire de pose 
derrière le modèle ; ces accessoires se verraient sur le 
corps à travers l'épreuve : par exemple si, dans la figure 
ci-dessus, on avait employé une chaise à dossier, il est 
évident qu'une partie du dossier se serait vue dans 
chaque cas, et se superposerait successivement à chaque 
image. 

Au moyen d'un stratagème analogue on obtient lare- 
présentation du même personnage deux ou trois fois 
successivement, et dans des attitudes différentes, sur la 
même épreuve; nous possédons de fort jolis spécimens 
de ce genre de travail : dans l'un, le personnage est de- 
bout, au centre de l'épreuve, dans une attitude fort 
embarrassée, se grattant la tête, comme s'il cherchait à 
sortir d'une impasse dangereuse ; de chaque côté de lui 
se trouvent deux autres personnes, le menaçant de fort 
près ; l'une de la main ouverte, l'autre, du poing fermé. 
Or, ces deux autres personnes sont tout simplement le 
personnage du centre, qui a changé deux fois de place, 
et se menace deux fois lui-même. 

Du reste, la seule difficulté qu'on éprouve pour obtenir 
ces photographies est d'avoir un éclairage symétrique : 
autrement, malgré la ressemblance forcée des deux ou 
trois sujets, on les reconnaît moins facilement, et le 
résultat est moins frappant (1). 

E. Santini de Riols. 

(1) Ces expériences sont extraites des Récréations photogra- 
phiques, un beau volume illustré de nombreuses gravures et 
de deux planches hors texte tirées en phototypic ; prix : 6 fr. 



Malgré le talent avec lequel a été fait le dessin accom- 
pagnant le présent article, il ne peut pas donner au lec- 
teur une idée complète du bel échan- 
tillon qu'il représente. La très grande 
réduction de taille nécessitée par le 
format du Naturaliste, l'absence de cou- 
leur, ne permettent pas d'apprécier 
tous les caractères de l'objet naturel. 
Mais il est exposé maintenant dans la 
galerie de géologie du Muséum d'his- 
toire naturelle de Paris, et chacun 
pourra compléter de visu la description 
que nous allons en donner. 

C'est un très gros fragment de bois 
fossile, passé à l'état de lignite. 

Sa couleur brune générale, veinée 
de noirâtre, tranche complètement avec 
la nuance bien plus claire de certaines 
régions telles que celle qu'on a mar- 
quée d'un L sur le dessin et qui pré- 
sentent une roche vitreuse à éclat é- 
maillé, exactement enchâssée dans les 
fissures du tronc d'arbre. 

Ce spécimen provient du fjord, où il 
gisait, avec beaucoup d'autres du mê- 
me genre, sous d'épaisses coulées de 
roches volcaniques, et appartient à la 
variété de combustible connue sous 
les noms de surtarbrandur , suter- 
brand, sutur-brand, suturbrand, etc. 
On connaît en Islande un assez grand nombre de gise- 
ments de cette matière, et il y a lieu de s'étonner qu'on 
n'en fasse pas un plus actif usage. D'après Wormius qui 
écrivait au milieu du xvn e siècle, les habitants de la lande 
de Grœnne brûlaient tous les ans de ce surtarbrandur. 
« Dans le nord, dit-il, les habitants de Skagafjord se 
rendent tous les ans dans ce lieu afin d'enlever le sur- 
tarbrandur pour en faire du charbon pour leurs forges 
et leurs ateliers. » Parlant plus loin du lignite de Bo- 
garfjord, le même auteur écrit : « On pourrait employer 
du bois fossile pour le chauffage, principalement quand 
on a besoin d'un feu ardent ; mais il faudrait en même 
temps le mêler avec quelque matière ou bois qui prenne 
facilement feu : il donne une petite flamme claire et 
beaucoup de chaleur. La fumée a une odeur acide et 
désagréable, mais elle n'est ni étouffante ni malfaisante, 
autant qu'on a pu s'en assurer jusqu'à présent. Lors- 
qu'on l'étouffé à propos, après l'avoir bien enflammé, il 
donne un charbon dur, noir et luisant; il est plus lourd 
que le charbon de bois ordinaire, mais plus léger que le 
charbon de terre. Il donne un feu ardent, une flamme 
pure et ne fume point, en quoi il est préférable aux deux 
autres. Les serruriers qui l'ont essayé le préfèrent au 
charbon de terre, assurant qu'il n'altère point le fer , la 
cendre est très fine et d'un rouge de safran. Et plus 
loin : « Cette matière est noire, dure et unie et se polit 
comme du bois d'ébène. Ce bois est plus pesant que le 
chêne et autres bois pareils. Il se laisse bien manier soit 
au rabot, à la hache ou à la scie. » 

Comme le fait remarquer M. Edelestan Jardin dans 
une intéressante étude communiquée à la Société lin- 



9(i 



LE NATURALISTE 



néennne de Normandie, il semblerait, d'après ces don- 
ne'es,que le surtarbrandur devrait être pour les habitants 
de l'Islande une source de bien-être. Cependant ils n'en 
font presque aucun usage. On doit reconnaître que, pour 
brûler avantageusement ce combustible, il faudrait dis- 
poser d'un appareil de chauffage qui manque jusqu'à 
présent. Les habitants des campagnes et du littoral pré- 
fèrent brûler la tourbe qu'ils préparent dans la saison 
d'été, des algues, des roseaux, des os de poisson, des 
mottes de gazon et même la fiente de leurs bestiaux 
séchée au soleil. Les transports sont si incommodes que 
le lignite ne saurait en tout cas, jusqu'au perfectionne- 
ment des chemins, être consommé que sur les points 
mêmes de son exlraction. 

Quant aux localités qui peuvent le fournir, elles sont 
nombreuses. Sur la côte du nord de l'Islande le sur- 
tarbrandur est signaldé ans le Skagafjord, principalement 
dans la gorge de la montagne appelée Hofsgil près de la 
rivière Tinna et près de la métairie d'Ulfa et du cap 
Tjornes ; sur la côte est, dans la montagne appelée Bau- 
tarfelt non loin de Vopnafjord. 

Dans le sud, les gisements sont moins connus à cause 
de la stérilité complète du sol qui le rend en grande 
partie inhabitable; mais, dans l'ouest, ils sont en grand 
nombre à la montagne de Baula, à quelque distance de 
la métairie d'Hredavaln, à l'ouest du Nordura, près de 
Stafliolt. sur la côte nord de Breydarfjord, à Grun- 
darfjord. Près d'Arnafjord et à lsafjord, on en trouve des 
gisements considérables. D'autres localités sont encore 
indiquées par Olafen, et il n'est pas douteux qu'on en dé- 
couvrira d'autres encore. 

Le combustible se présente tantôt au niveau de la mer, 
tantôt au-dessus de ce niveau et parfois à plusieurs cen- 
taines de mètres d'altitude. Quelquefois il est très com- 
pact et 'tout à fait exempt de matières étrangères; 
d'autres fois, il est en petits fragments, mélangés de 
cailloux et de terre, quelquefois même presque en pous- 
sière. 

Les couches sont d'une épaisseur très variable, depuis 
douze mètres comme à Verki, jusqu'à un simple feuillet. 
Généralement elles sont horizontales, et intimement 
associées aux épanchements volcaniques. C'est ce que 
montre bien l'échantillon ici figuré par les injections de 
perlite qu'on observe entre les fibres ligneuses. Ailleurs 
le combustible a été plus ou moins carbonisé parle voisi- 
nage des laves chaudes. Enfin, M. Brichet vient de dé- 
poserà mon laboratoire au Muséum des blocs de cinérite 
ou cendre volcanique agglutinée tout remplis d'em- 
preinte de feuilles et d'autres débris végétaux. 

Ce dernier fait paraît avoir une signification très 
nette quant à l'origine même du surtarbrandur. On a en 
effet émis anciennement l'opinion qu'il dérive de végé- 
tations jadis florissantes dans l'île d'Islande à présent 
sensiblement dénudée; ou bien qu'il représente des 
accumulations de bois ilottées apportées des régions 
méridionales et spécialement du golfe du Mexique parla 
branche ascendante de Gulf-Stream. 

La vérité est que très probablement ces deux sources 
interviennent dans le résultat mais dont l'efficacité est 
tirs différente; le bois flotté n'étant qu'une ex- 
ceptioo très rare et le bois autochtone la forme princi- 
pale. 

Il est vrai qu'à première vue il peut sembler difficile 
'!i démontrer que l'Islande, où les arbres sont aujourd'hui 
une véritable rareté, a été à une époque, en définitive peu 



ancienne, couverte de forêts. Mais la chose n'est pas im- 
possible et loin de là, comme on va voir. 

Olafsen et Povelsen, deux savants islandais chargés 
de 1752 à 1757 d'une mission officielle du roi de Dane- 
mark pour étudier l'île en détail, disent au para- 
graphe 105 de leur célèbre relation : « Plusieurs histo- 
riens islandais assurent que le district de Kjos (dans le 
Sud) était si plein de forêts dans le temps qu'il com- 
mença à se peupler, que les nouveaux colons furent obli- 
gés d'en abattre considérablement pour y construire leurs 
habitations. Leur Kjalnesinga Saga parle aussi de ces 
nombreuses et vastes forêts et, quoique ce livre renferme 




Lignite injecte de roche volcanique, recueilli en Islande (fjord) 
par MM. le professeur G. Pouchet et Buchct. 



beaucoup de fables et d'erreurs, principalement dans les 
époques et les dates, on peut y ajouter foi sur ce sujet 
puisque les détails qu'il fournit sont trop circonstanciés, 
et que la plupart des endroits ont conservé des noms qui 
dérivent absolument des mots bois et forêts, tels que ce- 
lui de Brautarholt et d'autres semblables. » 

Au paragraphe 346 du même ouvrage se trouve cité un 
passage, relatif au district de Borzarfjord du Landnama 
Saga et le chapitre 21 de ÏÊgih-Saga skalla grimssonar. 
Ces annales affirment que toute l'étendue du pays, vers 
le ix e siècle, depuis la côte jusque sur la montagne, était 



LE NATURALISTE 



97 



garnie de bois. Et il serait facile de multiplier beaucoup 
ces citations qui sont unanimes. 

Quant à la cause du déboisement, elle est au moins 
double : le vulcanisme et l'exploitation inconsidérée. 

Au premier point de vue il n'y a qu'à rappeler com- 
ment, en quelque point de l'Islande qu'on aborde, on 
foule au pied des déjections volcaniques récentes, comme 
le fait remarquer M. Jardin. Les conséquences en sontfa- 
ciles à déduire et les historiens citent de vastes surfaces, 
qui jadis habitées et fertiles ne sont plus que des déserts 
de lave de la plus complète stérilité. Tout indique en effet 
des mouvements de terrain considérables : les rivages 
profondément accidentés; les chaînes de montagnes 
courtes et se repliant, pour ainsi dire, sur elles-mêmes ; 
des cours d'eau jadis abondants et maintenant desséchés, 
d'autres suivant un cours différent de celui qu'ils avaient 
précédemment (comme la Hvita); des montagnes entières 
disparaissant (comme la montagne d'Euneberg) pour 
faire place à des plaines de lave ; des coquilles marines 
portées au-dessus du niveau actuel de la mer; des incen- 
dies effrayants causés par l'éruption des volcans. Toutes 
ces circonstances sont bien de nature à détruire les fo- 
rêts d'un pays et à remplacer des régions fertiles par des 
plaines arides et désolées. 

Une seconde cause de la destruction des forêts en Is- 
lande, c'est, continue M. Jardin, la fréquence et l'impé- 
tuosité des vents. Les arbres, entamés par la hache d''une 
manière peu intelligente, ne pouvaient plus soutenir l'effort 
des tempêtes, se brisaient et finissaient par être anéantis. 
Les ouragans sont quelquefois tellement violents qu'ils 
détachent des quartiers de rocher du sommet des mon- 
tagnes et les font rouler dans le fond des vallées où ils 
causent souvent de grands désastres ; la gelée combinée 
avec les vents peut aussi avoir contribué à la disparition 
des arbres en les rendant trop rigides pour se courber 
sous l'effort de la tempête. 

Enfin l'ancien mode d'exploitation des forêts paraît 
avoir été foncièrement désastreux; les forêts n'étant 
pas, comme celles des pays plus civilisés, soumises à une 
réglementation sévère et aune surveillance continuelle, 
étaient à la merci des habitants qui faisaient couper in- 
distinctement les arbres à leur convenance, jeunes ou 
vieux, utiles ou non pour protéger les autres contre la 
violence des vents, ou pour servir à la reproduction. On 
abattait ces arbres à coups de hache, sans se préoccuper 
de la souche ; la section restait exposée aux intempéries 
et pourrissait rapidement; il se faisait un vide là où, 
avec un peu de soin, on aurait pu voir s'élever des jets 
vigoureux qui auraient donné de nouveaux arbres aux 
générations suivantes. A l'époque où l'Islande commença à 
être peuplée, les troupeaux n'étaient pas en aussi grand 
nombre qu'ils l'ont été depuis. 

Il est probable que lors, de la grande prospérité de cette 
îles dans les xm c et xiv e siècles, les propriétés étaient mieux 
divisées qu'elles ne le sont maintenant et que les trou- 
peaux n'erraient pas ainsi à l'aventure. Actuellement, 
quand le printemps revient, c'est-à-dire vers les mois 
d'avril et de mai, alors que l'herbe n'a pas encore suffi- 
samment poussé, et qu'une partie du terrain qui, plus 
tard, serait capable de leur offrir quelque pâture est en- 
core couverte de neige, les troupeaux affamés par un long 
jeûne de six mois d'hiver se jettent avec avidité sur les 
pousses vertes, sur les bourgeons de bouleaux et de 
saules et occasionnent un dommage dont les consé- 
quences sont faciles à comprendre. 



L'énumération de ces diverses causes de déboisement 
conduit tout naturellement à concevoir les mesures 
propres à réparer le mal et l'on peut espérer qu'un jour 
ou l'autre on se décidera à les mettre en pratique. 

Stanislas Meunier. 



PHILIBERT PICART 



On nous annonce la mort à l'âge de 68 ans de Philibert Picart, 
graveur distingué; c'est une très grande perte pour l'iconogra- 
phie des sciences naturelles. 

Pour permettre à nos lecteurs d'apprécier le mérite de cet 
excellent artiste qui fut en même temps un homme de bien, 
nous ne saurions mieux faire que de citer un extrait du dis- 
cours prononcé sur sa tombe par un de ses plus vieux amis 
et collègues M. J. Migneaux. 

« Membre de la Société des artistes peintres, graveurs, etc., 
fondée par le baron Taylor, il fit partie du comité pendant plu- 
sieurs années prenant part à ses travaux, toujours avec son sen- 
timent de la justice et de l'équité, fonctions toutes gratuites 
qui lui prenaient un temps précieux qu'il ne marchanda cepen- 
dant jamais. » 

«Après l'ami, permettez-moi d'essayer d'esquisser la phy- 
sionomie de l'artiste : D'abord travailleur infatigable des plus 
consciencieux et excellent observateur ; d'un talent souple et 
ingénieux, peu à la portée du vulgaire que les artistes spéciaux 
et les maîtres es sciences naturelles, surtout les monographes, 
purent seuls apprécier à sa juste valeur, Philibert Picart fut 
certainement le plus remarquable de cette pléiade de graveurs 
aujourd'hui à peu près disparue qui illustrèrent les travaux 
d'histoire naturelle de la seconde moitié de notre siècle. Parmi 
la multitude d'ouvrages variés auxquels il collabora pendant 
cinquante ans, il convient de mentionner comme les plus im- 
portantes les remarquables illustrations des travaux cryptoga- 
miques de M. Tulasne et de ceux de MM. Thuret et Bornet. Les 
planches gravées d'après les beaux dessins de Riocreux, son 
bon et fidèle ami, furent tout simplement des chefs-d'œuvre, 
dont on ne reverra peut-être jamais l'équivalent dans ce 
genre. 

«Pauvre ami! pour prix de tant de talent, de tant de services 
rendus à la science, de tant d'efforts qui ne l'enrichirent ja- 
mais, il fut fait officier d'Académie, sans doute par les soins 
reconnaissants de savants naturalistes et particulièrement de 
M. le docteur Bornet dont je citais le nom tout à l'heure, qui 
tenait l'homme en aussi grande considération que l'artiste. Eh 
bien, Messieurs, cet incomparable artiste, je le dis hautement, 
n'eût pas été trop largement récompensé par le ruban envié 
de la Légion d'honneur dont on s'est montré si prodigue ail- 
leurs et que ses amis et ses appréciateurs ont toujours regrette 
de ne pas voir sur sa poitrine. 

« Philibert Picart a succombé le 27 mars dernier, à la suite 
d'une longue et bien douloureuse maladie, ses souffrances 
furent grandes, sa fin fut celle d'un martyr. Il repose à côté de 
son frère Eugène, son digne émule, qui eût du être son conti- 
nuateur, avec eux disparaît presque complètement la gravure 
d'histoire naturelle en taille-douce française qu'aucun artiste 
étranger ne parvint jamais à égaler ni même à approcher. 



LES GARDÉNIAS 
DÉ LA IOÏÏYELLE-CALÉDOIIE 

ET LEUR RÉSINE 



La flore phancrogamique de la Nouvelle-Calédonie, dont le 
caractère général est a la fois australien et indo-asiatique, se 
fait surtout remarquer par la prédominance des représentants 
de la famille des Rubiacées. Ce fait établit nettement pour 
cette flore la prépondérance du caractère indien sur le faciès 
australien. On ne compte, en efl'et, d'après Brongniart (Consi- 
dérations sur la flore d?. la Nouvelle-Calédonie, Annales des 
Sciences nat. Bol, 1885), pas moins de 105 espèces de Rubiacées 



m 



LE NATURALISTE 



(et ce chiffre n'est certainement pas définitif) (1) sur les 
4,100 dicotylédones qui y sont connues; c'est donc une propor- 
tion de uu dixième ; qu'on re- 
trouve à peu près dans la flore 
de l'Inde orientale chaude, où 
les Légumineuses, comme en 
Australie, occupent le premier 
rang, lundis que ces mémos Ru- 
biacées ne sont pas comprises 
dans les familles prédominantes 
de la flore néo-hollandaise. 

D'autre part, on peut dire, 
étant donnée la situation élevée 
qu'occupent lcs.Rubiacées dans 
la série végétale, que l'évolu- 
tion de la flore néo-calédonienne 
est arrivée au même niveau à peu 
près que celle de l'Inde asiati- 
que et a laissé loin derrière elle 
celle de l'Australie, autant que 
nos connaissances actuelles per- 
mettent de l'affirmer. 

Ceci étant établi, il nous a 



des Garcinias de l'Inde et de la Nouvelle-Calédonie. Cette fa- 
mille des Clusiacées (à laquelle appartiennent les Garcinias) 
est encore une de celles qui établissent un lien étroit en- 
tre la flore néo-calédonienne et celle de l'Inde et d'une façon 
d'autant plus saisissante que les Clusiacées n'ont pas de 
représentants dans la partie tropicale de l'Australie. Au 
contraire la Nouvelle-Calédonie compte 27 espèces, actuel- 
ement connues, de cette famille. 

Enfin pour montrer au point de vue qui nous occupe tous 
les côtés de cette flore néo-calédonienne, nous prendrons un 
genre (Spermolepis) de Myrtacées qui n'a pas de représen- 
tant similaire dans le reste du globe et nous montrerons 
que les produits fournis par les espèces de ce genre ne 
ressemblent en rien par leur constitution chimique à ceux 
qui sont connus dans les autres genres connus de la môme 
famille. 

A. Résine de Gardénia. — Les bourgeons foliaires de 
trois Gardénias néo-calédoniens, savoir : G. OudiepeY ieil., 
G. Aubryi Vieil, et G. Sulcata Gaertn., se couvrent d'un 
épais enduit protecteur de résine verte (1). Les deux 
dernières espèces sont les plus répandues à la baie de 




paru intéressant de prendre un genre de Rubia- 
eées identique en Nouvelle-Calédonie et dans la 
région indienne asiatique, et d'y rechercher si 
les affinités morphologiques s'accompagnent de 
certaines similitudes chimiques dans la compo- 
sition des produits connus et utilisés qu'elles 
fournissent. C'est dans cet esprit que nous avons 
abordé cette étude des produits dus aux Gardénias 
néo-calédoniens, que nous avons voulu comparer 
aux mômes produits de Gardénias iudo-asiatiques. 
Dans le même sens, nous publierons bientôt 
des recherches comparées sur les gommes-gutles 



Prony. Nous donnons ci- contre une figure du (i. 
Aubryi avec son fruit f, son bourgeon h et ses 
divisions calicinalcs falciformes c. Les plaies du 
tronc donnent aussi une sécrétion résineuse. Un 
arbuste produit 500 grammes de ces bourgeons. 
Les indigènes en emploient larésinc enveloppante 
comme masticatoire. Ils la font également dissou- 
dre dans le tafia pour panser leurs plaies et 
leurs ulcères. C'est évidemment un antiseptique 
et il est couramment employé à ce titre, notam- 
ment à l'île Ouen. Mais l'usage qu'ils en font le 
plus communément est pour le calfatage des pi- 
rogues. Ils fondent alors la résine au bain-marie, 
en l'agitant constamment et l'appliquent encore 
chaude sur les fissures de leurs barques, en la 
manipulant avec les doigts humectés d'eau : ils 



Le Gardénia Aubryi.— f, fruit; b, bourgeon; c, divisions calicinalcs falciformes. 



M) La flore, t;mi phanérogamique que cryptogamique, delà 
Nouvelle-Calédonie à peu près établie pour la zone littorale et 
les iles voisines d'après les travaux relativement récents de 
Brongniarl et Gris, Vieillard, Pancher et Sibert, Bureau, 
Nylander, Mettenius, Bescherelle, Pournier, et Heckel, est à 
peu prés encore inconnue pour tout ce qui touche au massif 
montagneux central, garanti contre les incursions des bota- 
nistes : 1" par leur accès difficile; 2° par l'anthropophagie des 
indigènes. 



(1) Un travail anatomiquo spécial indiquera le singulier mode 
de sécrétion de cette gomme-résine (blastocole) par les feuilles 
du bourgeon. Ce mode ne rappelle en rien celui qui est propre 
aux peupliers (assise superficielle sécrétante des feuilles); il 
se rapproche de celui qui est le plus communément répandu 
dans les végétaux comme Rumex, Cunonia, Co/fea, Ribes, etc. 
(poils sécréteurs), mais sans cependant se confondre avec ce 
dernier procédé. 



LE NATURALISTE 



99 



plaquent enfin, sur le tout, une poignée de sable bien sec et 
bien fin qui s'incruste dans la masse. 

Les bourgeons sont complètement noyés dans cette résine, 
jaune verdâtre, cassante, que les Canaques mâchent par plaisir 
quand ils sont privés de tabac. Cette résine s'amollit sous la 
dent, perd peu à peu sa couleur jaune et prend une teinte 
mate analogue à celle du mastic du vitrier. Elle imprègne la 
bouche d'un goût assez agréable, qui est celui de la plante, en 
général très odoriférante elle-même ; de plus elle favorise la 
salivation. Cette plante est excessivement abondante à Prony, 
à ce point que notre correspondant a pu nous en expédier 
20 kilos de bourgeons résineux pour en faire une analyse 
sérieuse (1). 

Insoluble dans l'eau, cette résine est soluble en toutes pro- 
portions dans l'éther, qui, en s'évaporant, laisse une masse 
d'un beau jaune-soufre opaque, ne durcissant qu'au bout de 
trois semaines à l'air libre, à moins qu'on ne l'étalé en couche 
mince. A la chaleur elle fond en se boursouflant et s'éboule en 
gouttelettes transparentes, en exhalant une odeur agréable. 

Voici maintenant le résultat de l'étude chimique. On verra 
l'intérêt qui se dégage de l'examen approfondi de cette 
composition chimique, au point de vue de la connexion origi- 
nelle dans les végétaux des matières résineuses et tanniques, 
qu'on croyait généralement être de nature et de genèse tout à 

fait distinctes. 

E. Heckel et Fr. Schlagdenhauffen. 



CHRONIQUE 



Muséum d'histoire naturelle. — Enseignement spécial 
pour les voyageurs. Programme du cours pour l'année 1893 : 

25 avril Leçon d'ouverture M. Milne-Edwards. 

27 — Anthropologie M. Hamy. 

29 '_ Ethnographie M. Verneau. 

2 mai Mammifères M. Oustalet. 

4 — Oiseaux M. Oustalet. 

6 — Reptiles et Poissons M. Vaillant. 

9 — Mollusques M. Perrier. 

13 — Vers et Zoophytes M. Bernard. 

16 — Insectes et Crustacés M. Ch. Brongniard. 

18 — Anatomic comparée M. Pouchet. 

20 — Botanique (Phanérogames) . . M. E. Bureau. 

23 — Botanique (Bois, Cryptoganes) M. Van Tieghem. 
25 — Plantes vivantes M. Cornu. 

21 — Paléontologie ... '. M. A Gaudry. 

30 — Géologie.. - . M. Stanislas Meunier. 

1 er juin Météorologie M. Daniel Berthelot. 

3 — Minéralogie M. Lacroix. 

6 — Hygiène des voyageurs M. Gréhant. 

Ces leçons commenceront le mardi 25 avril, à 10 heures du 
matin, dans l'amphithéâtre de la galerie de Zoologie, et conti- 
nueront les jeudis, samedis et mardis suivants, à la même 
heure. Dans des conférences pratiques faites dans les labora- 
toires et sur le terrain, les auditeurs seront initiés à la récolte 
ou à la préparation des collections. (Les jours et heures de ces 
conférences seront indiqués à la suite des leçons.) 

(1) Il n'est pas inutile de rappeler ici, pour montrer les 
affinités de la flore néo-calédonienne avec celle de l'Inde, qu'il 
existe, dans cette dernière région asiatique, d'après Héber 
Drury (Useful plants of India, 351-352), deux espèces de 
Gardénia : G. resinifera Roth. et G. f/ummifera L., qui ont 
leurs bourgeons foliaires noyés dans une résine jaune verdâtre, 
semblable â celle que nous étudions ici et employée aussi dans 
l'Inde à des usages semblables. Voici ce qu'en dit cet auteur : 
'( Des bourgeons et des blessures do l'écorce de Gardénia gum- 
« mifera découle une très belle résine jaune, semblable â la 

« gomme élémi et qui doit avoir quelque utilité Une résine 

« odorante, connue dans Canara et Mysore sous le nom de 
« résine Dikamalé, est obtenue de cet arbre (bourgeons 
« foliaires et plaies du tronc). On la dit employée dans les 
« hôpitaux, pour éloigner les mouches des plaies, à cause de 
« son odeur pénétrante. Elle est utilisée par les vétérinaires 
« indigènes et constitue une substance certainement digne 
< d'attention. » Tout laisse présager que les produits résineux 
indiens ont la même composition chimique que ceux dont nous 
faisons ici l'étude; mais nous l'établirons sur des faits précis de 
recherche analytique dans une étude qui suivra de prés celle-ci. 



Cours de Paléontologie. — M. Albert Gaudry, profes- 
seur, membre de l'Institut, a commencé ce cours le 
13 avril 1893, â trois heures et demie, et le continuera les jeu- 
dis de chaque semaine à la même heure. Les leçons auront 
lieu dans l'amphithéâtre d'Anatomie comparée. Les lundis, le 
professeur fera une leçon pratique, soit dans le laboratoire de 
Paléontologie, soit dans les galeries publiques. Une affiche 
particulière indiquera l'heure et l'endroit où cette leçon sera 
donnée. 

Cours de Géologie. — M. Stanislas Meunier, professeur, 
a commencé ce cours le 15 avril 1893, à cinq heures, dans 
l'amphithéâtre de la galerie de Géologie, et le continuera les 
samedis et mardis suivants, à la même heure. Le professeur 
exposera l'ensemble des phénomènes qui constituent le méta- 
morphisme et résumera les notions procurées par la méthode 
expérimentale à l'histoire mécanique et chimique des réactions 
internes des roches. Le cours sera complété par des excur- 
sions géologiques que des affiches spéciales annonceront suc- 
cessivement. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du SO mars 1893. — MM. A. Chauveau et Kanf- 
mann communiquent à l'Académie le résultat des expériences 
qu'ils ont entreprises pour démontrer l'identité du mécanisme 
par lequel le pancréas et les centres nerveux agissent sur la 
fonction glycoso-formatrice du foie. Leurs démonstrations ex- 
périmentales sont empruntées à la comparaison des effets de 
l'ablation du pancréas avec ceux de la section bulbaire. — 
M. A. Chauveau présente ensuite une note de M. E. He'don sur 
la production du diabète sucré chez le lapin par destruction 
du pancréas. M. E. Hedon, au moyen d'une injection d'huile 
d'olive dans le canal de Wirsung, a pu déterminer chez le la- 
pin le diabète sucré ; l'ablation du pancréas étant impossible 
chez le lapin à cause de sa disposition rameuse et diffuse dans 
le mésentère, l'auteur a dû recourir au procédé de Claude Ber- 
nard, de destruction de la glande par injection de corps gras, 
dans son canal excréteur ; ce procédé lui a réussi : ce qui semble 
prouver que, s'il ne réussit pas chez le chien, c'est à cause de 
la disposition particulère du pancréas de cet animal, qui, 
comme on le sait, possède plusieurs canaux excréteurs. Dans 
ces conditions la destruction du pancréas par injection de 
corps gras dans le canal de AVirsung du chien, n'est jamais 
complète. — M. Duchartre présente à l'Académie une note de 
M. Louis Mangin sur l'emploi du Rouge de Ruthénium en 
anatomic végétale; suivant l'auteur le Rouge de Ruthénium est 
le meilleur réactif des composés pectiques qui sont toujours 
associés à la cellulose dans les jeunes tissus et dans les tissus 
adultes que l'imprégnation de matières étrangères n'a pas mo- 
difiés ; c'est aussi le seul réactif pour les produits de trans- 
formation des composés pectiques, c'est-à-dire la plupart des 
gommes et des mucilages. — A la suite des études dcM.H.E. Sau- 
vage sur la faune ichtyologique du permien français de l'Au- 
tunois, l'Allier, l'Aveyron et l'Hérault, il résulte que cette faune 
est celle du permien inférieur, caractérisée par la prédominance 
des espèces appartenant au genre Amblyptérus. Sur 24 espèces 
de poissons étudiées par l'auteur, 1 4 sont spéciales à la 
France. 

Séance du 27 mars. — M. Daubréc communique à l'Aca- 
démie un extrait d'une lettre de M. Nordenskiôld, dans lequel 
il signale la ressemblance du fer d'Ovifak avec le fer diaman- 
tifère de Canon-Diablo ; ce fer ne peut ni se scier, ni se cou- 
per, à cause probablement de la présence de petits diamants. 
M. Nordenskiuld signale également la présence de bitume 
dans les roches cristallines de Suède et particulièrement dans 
les mines de fer de Norberg et de Dannemora. Ce bitume ap- 
partient à deux types différents : 1° des bitumes donnant 
beaucoup de produits à la distillation et ne laissant après leur 
combustion presque point de cendres; 2° des bitumes ressem- 
blant à l'anthracite, n'abandonnant à la distillation que des 
quantités insignifiantes et laissant un poids assez notable de 
cendres. — M. A. Laboulb'ene signale à l'Académie le résultat 
d'expériences qu'il a faites sur le moyen de préserver les plants 
de betteraves, ainsi que les jeunes végétaux économiques ou 
d'ornement contie les attaques des vers gris (chenilles d'Agro- 
tis), et d'autres larves d'insectes; des macérations ou des dé- 
coctions de plantes à alcaloïdes toxiques (Delphinium, Aconits, 



100 



LE NATURALISTE 



Datura, Jusquiamc, etc.), en arrosements sur des plants de 
jeunes betteraves et autres plantes récemment levées, les ont 
préservées des attaques des larves dévastatrices. 

A. Eur. Malard. 



VOCABULAIRE ORNITHOLOGIQUE 

(Suite.) 



\ m*- de la plume ou papille desséchée qui est en- 
tourée par le tube corné ou calamus (Voy. ce mot) et 
située à la base de la plume. 

Amnios (a(j.vio;). — Membrane qui enveloppe 
l'embryon; elle forme une sorte de poche qui contient le 
fœtus et le liquide ambiant ou eau de Vamnios. 

Anales (Plumes). — Désignées plus souvent comme 
sous-caudales ou sub-caudales, sont les plumes qui recou- 
vrent la partie inférieure de la queue. (Voy. tectrkes.) 

Anneau sclérotieal. — Disposition particulière 
à L'œil de l'Oiseau. Douze à seize lamelles osseuses, qua- 
drilatères (imbriquées), se recouvrent en partie les unes 
les autres comme les tuiles d'un toit; ces pièces varient 
de forme et de grandeur. 

Antanaire ou Anténaire. — Fauc. Les Faucon- 
niers appellent ainsi un Oiseau qui a manqué sa mue et 
conservé le plumage de l'année précédente. 

Aorte. — Principale artère du corps des animaux qui 
ont un véritable cœur. Chez l'Oiseau, ['aorte naît,'comme 
chez le Mammifère, du ventricule gauche mais elle est un 
peu dirigée de gauche à droite. Elle rejoint les aortes 
thoracique et ventrale en fournissant des branches aux 
organes de ces deux régions. 

Apex. — Pointe du bec ou extrémité terminale des 
deux mandibules. 

Apoltronir. — Fauc. Opération qui consiste à 
émousser les ongles des pouces des Faucons. On la pra- 
tique encore sur les Oiseaux de cage. 

Apophyses uneinées. — Sont situées aux extré- 
mités des côtes ; elles recouvrent chacune la côte sui- 
vante et donnent de la solidité à la cage thoracique. 

Appât. — Chasse. Substance alimentaire dont on se 
sert pour attirer et prendre au piège les Oiseaux comme 
tous les animaux en général. 

Appareil crypteux. — (Voy. Crypte.) 

Appareiller. — Colomb. Accoupler un mâle et 
une femelle qui portent le même plumage. Se. dit sur- 
tout en parlant des Pigeons. 

Appareilloir. — Avic. et Colomb. Compartiment 
réservé dans la volière ou le pigeonnier, possédant une 
entrée distincte, que l'on destine aux veufs et aux céli- 
bataires des deux sexes, pour délerminer de nouvelles 
unions sans crainte de déranger les autres couples. 

Apparier. — D'une manière générale, se dit des 
Oiseaux qui s'accouplent. — En Colombophilie, c'est 
réunir un mâle et une femelle de Pigeons. 

Appeau. — Avicept. et Chasse. Signifie : 1° un ins- 
trument à l'aide duquel le chasseur imite le cri de l'Oi- 
seau qu'il veut attirer; 2" un Oiseau vivant qui sert à 
faire venirceux qu'on veut prendre ou tirer. 

Appel. — Avicept. Son différent que lejeune Oiseau 
rend un mois environ après sa naissance. Chez la plu- 
pari des espèces, c'est la répétition d'une même note 
qu'il conservera pendant toute sa vie. 

Appel varié. — Avicept. c'esl un Appel (Voy. ce 



mot) composé de notes variées. On l'observe chez les 
Poulets, chez les jeunes Coucous. 

Appelant. — Avicept. et Chasse. Synonyme d'Appeau 
(Voyez ce mot.) 

Approche, Approcher. — Ruses dont on se 
sert pour tirer au fusil les Oiseaux d'eau, surtout les 
Canards. 

Arachnoïde. — Est l'une des trois membranes qui 
sert d'enveloppe au cerveau de l'Oiseau; cette dispo- 
sition existe chez l'Homme. 

Araignée. — Chasse. Sorte de filet dont les Oiseleurs 
se servent pour capturer les Merles et d'autres Oiseaux. 

Arête du bec. — Employé dans le même sens que 
Culmen (Voy. ce mot.) 

Argent (Vol d'). — Terme héraldique (Voy. art. 
Vol.) 

Astragale (astragalus). — Est représenté par l'os 
supérieur du tarse qui se trouve réuni avec celui du 
tibia. 

Attombisseur ou Tombisseur. — Fauc. On 
désigne sous ce nom le second Faucon qui est lâché sur 
la proie pour la harceler. 

Attrape. — Colomb. Désigne le Pigeon voyageur 
étranger qui pénètre dans un colombier auquel il n'ap- 
partient pas. 

Auréole. — (Voyez la définition à Région ophtal- 
mique.) 

Auriculaires (auricula, petite oreille). — Sont les 
plumes qui garnissent la région des oreilles. — Dans un 
autre sens, un Vautour, le Vultur auricularis, est appelé 
ainsi parce qu'il lui pend de chaque côté de la gorge et 
près des oreilles un appendice membraneux. 

Auricules. — Se rapportent aux crêtes formées de 
plumes qui sont situées au-dessus des yeux chez certains 
Hiboux : le Grand-Duc, le Scops etc.. 

Autourserie. — Aut. Art de dresser pour la chasse 
et de diriger l'Autour et l'Epervier. Les ouvrages fran- 
çais les plus anciens sont d'après M. d'Aubusson, l'Au- 
tourserie de P. de Gommer (Chaalons 1594) et De V Au- 
tourserie et de ce qui lient au vol des Oiseaux (Paris, 1605) 
du même auteur. 

Autoursier. — Aut. Eleveur ou chasseur chargé 
de gouverner l'Autour ou l'Epervier. 

Autruche. — Blas. se rencontre dans quelques ar- 
moiries. Ex. Sougy. 

Autruchon. — Se dit de la jeune Autruche. 

Auxiliaires (Plumes). — Nommées encore aile 
intérieure. Mauduyl le premier en a fait l'objet d'une 
savante dissertation. Ces plumes prennent naissance au- 
dessous des couvertures inférieures, à la jonction de 
l'aile avec le corps. Elles sont allongées, étroites, roides, 
parfois lancéolées avec des barbes très serrées. Elles 
manquent ou sont peu développées dans certains grou- 
pes. Chez l'Oiseau de Paradis, elles constituent un pa- 
nache qui masque à peu près la queue de chaque côté. 

F. DE SCHAECK. 

(.( si/ ivre.) 

ERRATUM 

Dans le dernier numéro du journal, les Descriptions de Lé- 
pidoptères nouveaux [sont de M. P. Docnin; le nom de l'auteur 

;i été omis. 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 

PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE 17. 



lo" ANNÉE 



2° SÉRIE 



f¥° 148 



1 er MAI 1893 



L'ÉPINARD ET SES SUCCÉDANÉS 



« Je n'aime pas les épinards et je suis content de ne 
pas les aimer, parce que si je les aimais j'en mangerais, 
et je ne peux pas les sentir. » C'est en ces termes 
qu'Henri Monnier exprimait l'opinion de M. Joseph 
Prudhomme sur les épinards. Il est bien peu de légumes 
qui aient été aussi décriés ; il en est bien peu également 
qu'on ait autant comblé d'éloges. C'est le balai de l'es- 
tomac, dit un Champenois de nos amis; que c'est fade et 
nauséeux, dit un autre! Malgré tout, l'épinard est un lé- 
gume, « un herbage », suivant le mot consacré, que 
l'on rencontre partout et dont le besoin se fait réelle- 
ment sentir. La banlieue de Paris en envoie des masses 
énormes sur les marchés de la capitale; tous les jardins 
ont leur carreau d'épi- 
nard depuis le potager 
des favorisés de la fortune 
jusqu'à celui du plus 
humble des habitants de 
la campagne. 

Il est donc admis que 
l'épinard est bon: mais ^ x 

l'excellent beurre frais et 
la crème n'y contribuent- 
ils pas un peu ? il faut 



bien reconnaître que oui. 
Il y a, d'ailleurs, épinard 
et épinard, comme il y a 
fagot et fagot. L'épinard 
de Hollande, avec ses lar- 
ges feuilles, est générale- 
ment estimé ; la variété à HÉ8BB 
feuilles de laitue est re- 
marquable parla largeur ; " - ; v -,^-?.: 
de ses feuilles ; l'épinard 
d'Angleterre est recher- 
ché des maraîchers pa- 
risiens, car il résiste mieux à la chaleur que les au- 
tres variétés. Le goût de l'homme s'est exercé sur l'é- 
pinard comme sur toute autre chose. 

Nous ne ferons pas à nos lecteurs l'injure de leur dé- 
crire l'épinard; tout le monde le connaît et personne ne 
le confondrait avec l'oseille, quoique la « Cuisinière 
bourgeoise » les classe tous deux dans la même famille. 
Nous ne rappellerons pas non plus comment on le cultive, 
pour arriver de suite à dire quelques mots des diverses 
herbes qui peuvent le remplacer. 

L'Arroche, la Belle-Dame! qui connaît cela aujour- 
d'hui! et pourtant jadis on en raffolait. C'était le lé- 
gume des demeures aristocratiques. Son signalement 
en deux mots : un grand bâton raide teinté de vert ou 
de rouge (selon la variété), portant dans toute son éten- 
due des feuilles d'un vert un peu glauque ou rouges, 
hastées ou triangulaires, en cœur à la base. Comme 
l'épinard, la Belle-Dame (Atriplex hor ternis) est annuelle 
et demande à être semée tous les ans. Est-il bien dom- 
mage qu'on ait oublié ce végétal d'antan, que nos aïeux 
prisaient si fort? Non, non, mille fois non, c'est une fa- 
deur de moins. 

Et la Poirée! combien déchue des grandeurs d'autre- 
fois! On mangeait ses feuilles cuites. Aujourd'hui, on 
daigne encore déguster les côtes d'une de ses variétés 
connue sous le nom de carde. Et, pourtant, elle n'est 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 




pas inconnue dans nos campagnes, où nos paysans 
savent très bien l'apprécier. Mais ce n'est pas sur leurs 
tables qu'on la rencontre; l'usage qu'on en fait, tout en 
étant intime, est moins noble, quoique non sans utilité. 
Les feuilles en sont réduites à servir au pansement des 
vésicatoires. 

Au moment où l'Arroche et la Poirée se partageaient 
les faveurs des gourmets du bon vieux temps, brillait 
encore en leur société, les dépassant l'une et l'autre au 
moins d'une coudée, Y Epinard immortel, la Patience, 
dont le nom n'est plus guère prononcé que dans les 
pharmacies. Bares sont les amateurs qui en mangent; 
nous en avons longtemgs cherché et, à notre grand 
désespoir, il nous a toujours été absolument impossible 
d'en découvrir un. Après tout, la Patience ! ça doit être 
si dur, si filandreux, qu'il faudrait être doué d'un appé- 
tit et d'un pouvoir diges- 
tif comme on n'en ren- 
contre plus, en nos temps 
de mièvrerie et de déca- 
dence. On n'oserait pas 
avouer qu'on a mangé de 
la Patience. 

Et ceux qui mangeaient 
le Bon-Henri, le Chenopo- 
dium bonus Henricus! où 
sont-ils, hélas!... mais où 
sont les neiges d\intan ? 

Le Bon-Henri, à la ri- 
gueur, nous comprenons 
qu'on l'utilise; ses feuil- 
les, d'un beau vert, sont 
appétissantes; elles sont 
épaisses et produisent en 
abondance. On le rencon- 
tre partout, au bord des 
chemins, dans, les rues des 
villages, dans les cours 
des fermesqu'il paraît tout 
particulièrement affectionner. C'est l'ami de l'homme et 
il suit ce dernier dans ses divers habitats. Les chalets des 
montagnes qui ne servent de refuge à l'espèce humaine 
que pendant quelques mois de la belle saison sont gé- 
néralement le lieu de rendez-vous d'une petite colonie 
végétale où toujours vient au premier rang le Chenopo- 
dium bonus Henricus. A la rusticité il joindrait aussi le 
grand mérite d'être vivace. 

Que diriez-vous si l'homme avait borné ses désirs aux 
produits qu'il voyait de tous temps autour de lui, aux 
végétaux indigènes ou naturalisés depuis longtemps dans 
ses jardins? Vous seriez saisis d'étonnement et ajuste 
titre. N'est-il pas convenu, en effet, que tout ce qui vient 
de loin est bon, même et surtout quand c'est mauvais? 
N'a-t-on pas, par tous les moyens possibles, cherché à 
supplanter la pomme de terre? c'était inept, mais il 
fallait bien parler de YApios, de Ja Piquotiane, des Oca, 
et de toute une série d'horreurs dont nous ne savons 
même plus les noms. L'épinard a eu le même sort. On a 
fait venir des Antilles la Brede ou Épinard marron, 
V Amaranlus oleraceus, mais on a rapidement reconnu que 
la culture n'en était pas recommandable. Laissons les 
amarantes à ceux qui sont obligés de s'en contenter et- 
aux créoles qui en raffolent quand ils sont mêlés à d'in- 
nombrables condiments dans le Calalou. 
Les Baselles de la Chine et du Malabar, pourraient à la 



ÉPINARD 




102 



LE NATURALISTE 



rigueur être utilisées pendant l'été, à l'époque où les 

épinards manquent à la con- 
sommation. Mais il faut se- 
mer sous châssis, sur couche 
chaude, et transporter les 
jeunes plants en pleine terre 
à la fin de mai. En un mot 
c'estbeaucoupde travail pour 
peu de chose. Dans leur voi- 
sinage nous trouvons le Bous- 
singaultia baselloides, cultivé 
fréquemment comme plante 
grimpante. Si le produitqu'on 
en retire était mangeable, ce 
serait une excellente acqui- 
sition; il aurait toutes les 
qualités avec son appareil 
souterrain tuberculeux et 
très développé, ses tiges hau- 
tes de dix mètres et de plus 
chargées de feuilles. La mul- 
tiplication en est on ne peut 
plus facile. Malheureuse- 
ment, le Mexique et le Chili 
ne nous ont pas gâtés en nous 
dotant de la Boussingaultic. 
Les avis sont unanimes à ce 
sujet : les tubercules prépa- 
rés pour remplacer la pomme 
de terre — quel aplomb ! 
— sont gluants ou mous ; les 
feuilles sont grasses et fades. 
Nous en avons mangé un 
jour,— sansj|le] savoir, — mé- 
langé a de l'oseille, et nous nous demandions ce qu'on 




Epinard en fleurs. 




L'Ari-ochc 
avait pu ajouter au plus sur des herhages pour le dé- 
naturera ce point. Nous allions en être réduit à accu- 



ser la cuisinière, qui était pourtant un cordon bleu. On 
avait tout simplement voulu nous faire goûter subrep- 
ticement le Boussingaullia! Nous y pensons encore depuis 
six longues années. 

Nous n'en finirions pas si nous voulions seulement 
énumérer tous les succédanés qu'on a proposés pour 
remplacer l'épinard : la Ficoïde glaciale, la moutarde de 
Chine, le Quinoa, jusqu'à la grande Ortie, qui semblait 
pourtant être réservée à l'alimentation dans le bas âge 
des dindons et des oies. Hélas ! il y en a tant dans l'es- 
pèce humaine! 

Et l'épinard préparé, « l'herbe cuite » du crémier de 
Paris! de quoi est-il composé? Ne cherchons pas à ap- 
profondir la question, nous pourrions quelquefois trop 
en apprendre et gardons pour la bonne bouche le seul 
végétal qui puisse en son temps rappeler l'épinard avec 
les qualités qu'on y recherche, nous voulons parler de 
la Tétragone. 

La Tétragone, ou l'épinard de la Nouvelle-Zélande, a 




Tétragone ou épinard de la Nouvelle-Zélande. 

fait son apparition en Europe depuis fort longtemps 
déjà sous le haut patronage de Robert Brown. C'est une 
herbe annuelle traînant sur le sol, à feuilles charnues. 
On en mange les feuilles et les jeunes pousses pendant 
l'été, époque où l'épinard fait défaut. La culture en est 
simple et facile, et la durée du pouvoir germinatif des 
graines est de cinq années. L'épinard d'été, comme on 
l'appelle, a déjà fait ses preuves, et il n'est plus rare, 
actuellement, de le rencontrer dans les potagers. Il rap- 



LE NATURALISTE 



103 



pelle suffisamment l'épinard, et M. Joseph Prudhomme 
n'eût pas hésité, s'il l'avait connu, à en penser, pendant 
l'été, ce qu'il pensait de l'épinard pendant l'hiver. 

P. Hariot. 



PHOTOGRAPHIE 
CLICHÉS CONTRE-TYPES ET POSITIFS DIRECTS 



Tant qu'il ne s'agit que d'un nombre restreint d'é- 
preuves, le tirage sur les papiers actuellement em- 
ployés est certainement le plus pratique; les papiers au 
gélatino-bromure permettent même d'obtenir presque 
instantanément le nombre d'épreuves désiré, mais il est 
encore bien plus commode de recourir à la photocollo- 
graphie mieux connue sous le nom de phototypie. 

Beaucoup d'attention et un peu de persévérance vous 
sont indispensables pour appliquer ce procédé, car il faut 
arriver par la pratique à posséder un certain tour de 
main, et les insuccès des premiers essais ont souvent fait 
abandonner ce mode de tirage des épreuves pourtant 
bien intéressant. Le plus long est d'obtenir la planche, 
mais, une fois cela, deux minutes suffisent pour tirer une 
épreuve dans la teinte qui vous plaît et qui mieux est 
une épreuve inaltérable puisque c'est une véritable im- 
pression aux encres grasses. 

Je reviendrai dans quelque temps sur le détail des 
opérations dont voici les grandes lignes. 

Un négatif est appliqué dans un châssis-presse contre 
une plaque de gélatine préalablement imbibée d'une so- 
lution de bichromate de potasse et séchée. Après une 
exposition variable, à la lumière du jour, il se forme sur 
la gélatine une épreuve positive; on soumet la plaque de 
gélatine à un lavage assez prolongé, et on obtient ainsi 
une planche que l'on encre au rouleau comme une pierre 
lithographique et dont on tire les épreuves avec une 
presse à bras, voire même une presse à copier. 

Le sujet se trouve reproduit sur la gélatine dans son 
véritable sens, il sera donc retourné sur l'épreuve défi- 
nitive; c'est sans importance pour certains paysages 
mais absolument inadmissible pour une photographie 
documentaire, de là la nécessité d'établir la planche au 
moyen d'un cliché retourné. 

Avec les clichés au collodion aucune difficulté : les 
glaces bien talquées, on double son cliché d'une couche 
de gélatine et on décolle du support la pellicule ainsi 
obtenue et, pour le tirage de la planche, on la retourne à 
volonté dans le châssis-presse. 

Il en est de même avec les pellicules, glaces pellicu- 
laires au gélatino-bromure. 

Plusieurs moyens ont été indiqués pour le tirage du 
cliché retourné appelé contre-type. 

L'un des plus anciens, du au capitaine Biny, consistait 
à tirer au châssis-presse une épreuve positive sur plaque 
au gélatino-bromure bichromatée ; cette plaque rincée 
abondamment, puis exposée à la lumière, est développée 
et fixée par les procédés ordinaires et de ces diverses 
opérations il résulte un cliché. 

D'après M. Vallot le fait doit être attribué seulement 
à l'insolation de la plaque déjà tirée sous le cliché, car 
on peut, en exposant quelques minutes une plaque au 
gélatino-bromure sous un cliché obtenu par simple dé- 
veloppement, obtenir un contre-type absolument parfait. 



La durée de l'exposition varie dans des limites assez 
grandes, deux à quinze minutes, et ne peut être déter- 
minée qu'après quelques tâtonnements. 

Le procédé indiqué par M. Charles Weatherwax dans 
l'Anthony^s Photographie Bulletin est de beaucoup plus 
simple. 

La plaque au gélatino-bromure est exposée sous le 
cliché dans les conditions ordinaires d'obtention d'un 
positif sur verre, c'est-à-dire quelques secondes à la lu- 



mière d'une bougie. 



Solution A 



Solution B 



On la développe dans : 

[ Sulfite de soude cristallisé 
Iconogène 
Eau chaude 
Sel de soude 
Eau 

\ Solution A 
Bain de développement j Solution B 

Quand le développement est presque 
expose la cuvette à la lumière du jour en ayant soin que 
le bain couvre bien complètement la plaque 

Au bout d'une demi-minute environ, l'on voit le positif 
se changer en négatif qu'il suffit de lever et de fixer 
comme d'habitude. 

En appliquant ce procédé du développement d'un cli- 
ché obtenu à la chambre noire on aura directement un 
positif du sujet photographié. 

Charles Jacob. 



90 grammes 
32 » 
1.440 » 
128 grammes 
1 80 » 
fS parties 
01 » 
achevé, on 



Les premiers états de la Talaepopia conspurcatella Z. 

Papillon de la famille des Tinéites 



On s'explique difficilement, ou plutôt on ne s'explique 
pas du tout, pourquoi l'on a donné le nom de Misérables 
(raXaiTrupia, misère) à tout un genre de Tinéites dont les 
chenilles ont l'habitude de vivre dans un fourreau por- 
tatif. 

Si, comme la plupart, comme le plus grand nombre des 
autres chenilles, elles erraient à l'aventure, couchant ici, 
couchant là, se cachant dans une feuille roulée, sous 
une pierre, se terrant même au pied d'une plante, véri- 
tables vagabondes, sans feu ni lieu, on comprendrait à 
la rigueur cette épithète de misérables ; mais toutes ces 
Talœporia ont pignon sur rue, ont un domicile, une mai- 
son qu'elles construisent, ou mieux qu'elles tissent elles- 
mêmes; les murs en sont bien moelleux, faits de belle 
soie, bien blanche et bien douce, et, chose précieuse pour 
elles, cette maison ne les quitte jamais : elles l'emportent 
constamment avec elles et y trouvent toujours un abri 
suret commode, trop douillet peut-être s'il faut en croire 
des moralistes moyenâgeux: Vestis serica, vestis lubrica. 
Peut-on raisonnablement, je vous le demande, leur trou- 
ver quelque aspect miséreux? Ca n'est pas mon avis. 

At-on voulu exprimer plutôt la peine, la fatigue que 
ces bestioles éprouveraient à traîner toujours après elles 
leur habitation? Qui ne voit que cette peine, cette fati- 
gue, elles pouvaient d'une façon bien simple se l'épar- 
gner? 

Mais, au fait, que ces bestioles s'appellent Talœporia 
ou autrement, en quoi cela nous avance-t-il? Nos con- 
naissances s'en sont-elles accrues? Avons-nous pour cela 
écarté un peu le voile qui nous cache encore tant de 



10 i 



LE NATURALISTE 



secrets dans l'histoire de ces insectes? Inutile d'insister. 
Et, sans plus de préambule, je vais parler des premiers 
états de la Tal. COnspurcatella qu'il m'a été possible d'ob- 
server à Paris, l'an dernier. 

Au mois de janvier 1892, M. de Joannis, à qui j'avais 
manifesté le désir de posséder la chenille de cette Talœ- 
poria, pria un de ses amis habitant l'île de Jersey, où il 
avait trouvé cette espèce en grand nombre sur les 
rochers, de vouloir bien récolter des fourreaux à mon 
intention et de me les envoyer. C'est ce qui eut lieu et je 
reçus de l'obligeance de ces messieurs près de deux cents 
fourreaux de Talwporia ronspurcatella. Mais, à leur arri- 
vée, les chenilles étaient toutes transformées; elles me 
donnèrent en février suivant une cinquantaine de papil- 
lons. 

Les mâles apparurent les premiers : ils éclosaient tou- 
jours dans l'après-midi à partir de deux heures. Les 
femelles éclosaient toujours le matin. Leur chrysalide 
qui porte de petites ptérothèques, — bien que le papil- 
lon Ç soit complètement aptère, — sort du fourreau 
comme celle des mâles. 

A peine éclose, la femelle se place sur son fourreau, 
allonge et élève son abdomen qu'elle tient rigide et fait 
sortir son oviducte, attendant le mâle. L'accouplement 
n'est pas très long. Puis, la $ plonge son oviducte dans 
le fourreau par l'ouverture libre, entre la dépouille de 
sa chrysalide et l'enveloppe du fourreau, se débarrassé 
de ses œufs et ferme l'entrée du fourreau au moyen de 
la bourre qui entoure l'extrémité de son abdomen. 

Cette femelle est un véritable sac à œufs. Pleine, elle 
paraît blanchâtre et zonée de brun ; vide, elle est d'un 
brun noirâtre. Quoiqu'il ne renferme plus rien, son 
abdomen reste cependant gonflé, tant que la bestiole 
conserve un peu de vie; mais, morte et desséchée, elle 
est réduite à rien. 

Ayant ainsi obtenu des accouplements et des pontes, 
j'eus l'idée un peu téméraire défaire l'éducation de cette 
espèce. Je ne savais pas trop d'abord comment m'y 
prendre : il me semblait peu pratique d'aller chercher 
un rocher à Fontainebleau et de l'installer dans ma 
chambre d'éducation; mais, toute réflexion faite, un 
rocher était-il donc nécessaire à ce point? Ce n'est pas 
le rocher même que mangeaient sans doute les Tal. cons- 
purcatclla, mais bien ce qui se trouvait sur le rocher, 
par exemple : des lichens, des mousses, des fétus 
d'herbe, des débris, des détritus de végétaux. Donc, nul 
besoin de rocher, — soupir de soulagement, — mais un 
petit amas de mousse convenablement aménagé, un peu 
de terre, un cylindre de toile métallique pour retenir 
prisonnières les bestioles à l'élevage, un vaporisateur 
pour humecter les mousses de jour en jour : il ne me 
parut pas en falloir davantage pour tenter cette éducation 
peu ordinaire. 

Du reste, j'avais pris soin de porter en différents 
endroits du bois de Boulogne, présentant des conditions 
suffisamment favorables, plusieurs pontes de conspurca- 
tella, dans l'espoir que les petites chenilles s'y acclima- 
teraient et que je pourrais un jour les y retrouver sans 
trop de peine. 

Quatre ou cinq semaines après avoir été pondus, les 
nuls commencèrent à éclore. Lis petites chenilles se 
mirent immédiatement à se confectionner un petit 
fourreau lubulaire de soie bien blanche, garni extérieu- 
rement de quelques poils provenant de la bourre soyeuse 
anale de la mère ; puis, quand elles furent sorties du 



fourreau maternel, elles attachèrent au bord antérieur 
de leur propre fourreau de fines parcelles de pierre, de 
petits grains de terre ou même de menus débris arra- 
chés au fourreau maternel. 

Cette opération faite, mes petites chenilles s'en allèrent 
de droite et de gauche et se mirent à grignoter les 
mousses et les lichens que je leur avais préparés. 

Deux jours après qu'elles eurent commencé à s'en 
nourrir, je les vis se fabriquer un petit fourreau prisma- 
tique triangulaire ajouté au bord antérieur du premier 
fourreau. Ce nouveau fourreau est brun, parce qu'il est 
mi-soyeux et mi-terreux à l'extérieur. 

Tant que la mousse est suffisamment humide, les 
petites chenilles y demeurent presque continuellemenl 
occupées à manger. Quand elle est sèche, elles s'agitent, 
et il est curieux de voir manœuvrer tous ces petits four- 
reaux à bout blanchâtre constamment en l'air. 

La chenille de la Tal. conspurcatella croît lentement, 
puisque ce n'est qu'en septembre et octobre qu'elle 
atteint toute sa grosseur; durant ce temps, sa constante 
préoccupation est de manger et de travailler à l'agran- 
dissement progressif de son fourreau. 

Ses habitudes sont des plus simples. Pourvu que sa 
nourriture soit toujours à sa disposition — et elle n'est 
vraiment pas difficile sur ce point — elle ne cherche pas 
à s'échapper. Ce n'est point parce qu'obligée de traîner 
sa maison avec elle, elle redouterait la fatigue d'un long 
déplacement. Il suffit d'assister à ses marches et contre- 
marches pour comprendre que cette considération ne 
l'arrêterait guère. Non, son petit tas de mousse lui suffit. 
Elle ne le quitte jamais, tantôt se tenant dessus, le 
fourreau droit en l'air et l'extrémité antérieure du corps 
plongeant et fouillant entre les tiges de mousse, tantôt 
se glissant dessous et restantdes journées entières immo- 
bile sur le sol où elle semble rechercher quelque fraî- 
cheur, quelque humidité, surtout pendant l'été. 

En définitive, que mange-t-elle? — Il serait plus juste 
de demander ce qu'elle préfère, car tout ce qui a une 
origine végétale lui convient admirablement. Je puis dire 
cependant qu'elle a une prédilection marquée pour tout 
ce qui n'est plus frais. Ainsi, j'ai vu souvent, au pied du 
las de mousse, le sol jonché de petits débris verts qui 
n'étaient autres que l'extrémité des tiges de mousse 
coupée et rejetée par la chenille, lorsqu'elle s'enfonce 
entre les tiges, dont elle préfère par conséquent la partie 
inférieure moins fraîche et les feuilles fanées, mortes 
mais suffisamment humectées et attendries. 

Si, chaque jour, ou à peu près, la chenille de la Taise* 
poria conspurcatella grignote quelque brin de mousse, 
s'acquittant ainsi quotidiennement de sa première obli- 
gation, elle n'agit pas de même pour la seconde : 
l'accroissement progressif de son fourreau. C'est seule- 
ment à époques régulières qu'elle y travaille, quelques 
jours avant de muer. 

J'ai dit que son premier fourreau, tubulaire, était suivi 
d'un autre, triangulaire et prismatique. J'ignore ce que 
devient le premier. La chenille le mange-t-elle, le re- 
jette-t-elle ou le modific-t-elle? Je ne sais. Toujours est- 
il qu'il disparaît vers le septième ou huitième jour et le 
fourreau restant est alors entièrement prismatique. 

Ce fourreau est composé de trois pans, de trois 
lamelles de soie amincies brusquement et graduellement 
depuis le milieu jusqu'aux extrémités. Ces lamelles sont 
reliées ensemble par les bords, l'extrémité antérieure 
liés légèrement recourbée avec une ouverture arrondie 



LE NATURALISTE 



105 



ou bouche, sur un côté, l'autre extrémité ayant les 
pointes des lamelles libres. 

Ce fourreau est fort différent de ceux des Talseporia 
pseudobombycella, politella, lapidella, etc. ; par contre, il 
se rapproche beaucoup de ceux des Solenobia clathrella, 
triquetrella, parthenogcnetica. Il est mou, peu consistant, 
fortement renflé au milieu et relativement court. 

Les fourreaux des femelles sont plus grands que ceux 
des mâles. J'en ai obtenu qui mesuraient près de 10 mil- 
limètres. Est-ce à dire que les chenilles des mâles soient 
moins industrieuses, moins actives que celles des 
femelles? Non, ces bestioles travaillent uniquement selon 
leurs besoins. Les femelles étant plus grosses que les 
mâles, il leur faut une plus grande maison, voilà tout. 
Mais les unes et les autres se montrent aussi habiles et se 
tirent également bien d'affaire. Elles se servent des 
mêmes matériaux pour confectionner leur fourreau, lui 
donnent la même forme et l'agrandissent de la même 
façon. 

Décousant, si je puis parler ainsi, les lamelles du four- 
reau l'une après l'autre, elles ajoutent successivement à 
chaque bord, des fils de soie entremêlés, auxquels elles 
accrochent des grains de terre et suspendent divers 
objets qu'elles trouvent à leur portée. Ces menus objets, 
qui sont assez nombreux et parfois relativement volumi- 
neux, sont fixés près des arêtes du prisme, mais ils n'y 
demeurent pas toujours longtemps : la bestiole en se 
déplaçant les perd en route, de sorte qu'il ne reste, le 
plus souvent, que les petits grains de terre sertis dans la 
soie du fourreau. 

Comme on le voit., ce mode d'accroissement employé 
par la chenille de conspurcateila est autrement perfec- 
tionné que celui en usage chez la plupart des chenilles à 
fourreau, qui se bornent tout simplement à agrandir leur 
sac par un bout, comme font les Psychés et tant d'autres 
tinéites. 

Peut-on toujours traiter de misérable une ouvrière 
aussi adroite, aussi industrieuse, aussi « avancée »? Son 
savoir proteste donc aussi contre cette épithète. 

Un mot maintenant sur chacun des premiers états de 
cette intéressante espèce. 

Œuf. — C'est un ellipsoïde assez régulier à surface lisse 
ou présentant quelques facettes bien peu prononcées ; 
couleur blanchâtre. Lorsqu'il est sur le point d'éclore, 
on voit à travers la coquille la petite chenille qui est 
pliée en deux. 

Chenille. — Au sortir de l'œuf, la petite chenille mesure 
environ I mm ,2. Corps médiocrement allongé, un peu ren- 
Ilé aux segments intermédiaires, atténué postérieure- 
ment, tête blonde avec ocelles formant points noirs, et 
portant quelques poils dont deux bien plus grands que 
les autres et placés latéralement comme des antennes ; 
écusson du premier segment très large, le second moi- 
tié plus petit, le troisième peu indiqué, châtains ; clapet 
et points verruqueux blond pâle peu distincts; pattes 
écailleuses blondes avec des plaques plus foncées, ven- 
trales sessiles, c'est-à-dire réduites aux seuls crochets, 
très petites, mais distinctes; anales fortes, comme des 
pinces. 

Ni la forme, ni la couleur ne varient dans la suite, de 
sorte que cette description sommaire peut convenir à la 
chenille adulte sauf la taille, car en septembre, au 
moment où elle est arrivée à toute sa grosseur, elle peut 
mesurer, à peau tendue, près de 8 millimètres. 

Chrysalide. — Pour se transformer, la chenille de 



T. conspurcateila fixe son fourreau sous une pierre, un 
quartier de rocher en saillie ou même à un tronc d'arbre 
et, pendant l'hiver, se change en une petite chrysalide 
d'un brun cannelle, plus foncé sur l'abdomen, plus clair 
au thorax et aux ptérothèques, ainsi qu'aux incisions de 
l'abdomen, lequel est en outre très fortement serrulé en 
dessus : ptérothèques très allongées et acuminées sur 
la chrysalide des mâles, très courtes et arrondies sur 
celle des femelles. L'extrémité anale est obtuse et paraît 
dépourvue de crochets. 

Bien que le catalogue de MM. Staudinger et Wocke ne 
signale pas la présence de la conspurcateila en France, 
cette espèce est cependant bien française, car elle n'est 
pas rare sur les rochers de la forêt de Fontainebleau. 

P. Chrétien. 



LES GARDÉNIAS 

DE LA ÏÏOÏÏVELLE-CALÉDONIE 

ET LEUR RÉSINE 

(Suite.) 



1. Action de l'eau. — La résine paraît entièrement insoluble 
dans l'eau froide : un fragment de l'ô grammes environ peut 
rester en contact avec elle sans la colorer. Mais en opérant au 
bain-marie, le liquide prend au bout d'une heure ou deux une 
légère teinte acajou, qui devient de pius en plus foncée parla 
concentration. Cette solution précipite par l'alcool. Le chlorure 
t'errique y fait naître une coloration vert foncé. La gélatine et 
Témétique la précipitent en blanc. Le résidu, calciné avec du 
sodium, présente Jes caractères d'un composé azoté. 

Ces diverses réactions indiquent donc que la solution 
aqueuse renferme des traces de matières gommeuses, tan- 
niques et albuminoïdes. Leur existence n'a pas lieu de nous 
surprendre, puisque d'autres résines et gommes-résines four- 
nissent identiquement les mêmes résultats. 

2. Action des dissolvants neutres.- — La résine se dissolut plus 
ou moins vite dans les véhicules employés habituellement. 
L'acétone, le chloroforme, l'éther ordinaire et l'éther acétique 
tiennent le premier rang. Après eux, se rangent l'alcool à 95°, 
l'alcool à 90°, la benzine et l'acide acétique cristallisable, puis 
l'alcool amylique, et enfin le sulfure de carbone, qui n'en 
dissout qu'une faible proportion. 

3. Solubilité'. — A 10 centimètres cubes de véhicule, nous 
ajoutons, par fractions successives, jusqu'à refus, gr. 20 de 
résine, et arrivons ainsi au tableau suivant, qui indique le 
degré de solubilité de la substance pour 100 centimètres cubes 
de dissolvant : 

Ether acétique 98 0/0 

Acétone 98 — 

Chloroforme 92 • — 

Ether ordinaire 90 — 

Alcool à 95° 65 — 

Alcool à 90» 38 — 

Benzine 30 ■ — 

Acide acétique cristallisable 25 — 

Sulfure de carbone 8 — 

Ether de pétrole — 

Le meilleur moyen de préparer la résine pure consiste donc, 
d'après cela, ;ï épuiser la matière brute par l'un ou l'autre des 
premiers véhicules et à évaporer ensuite la solution. 

En opérant dans un appareil à déplacement continu, on 
réussit très bien, et Ton parvient, en moins d'une heure, à 
obtenir une grande quantité de produits. L'impureté de la 
résine consiste en menus fragments de tiges, et surtout de 
feuilles (des bourgeons), dont le poids varie de 2 à 3 0/0 du 
poids total. 

4. Densité : 1.102. Point de fusion : 83 degrés. 
La résine s'électrisc aisément par le frottement. 

!i. Propriétés chimiques. — La résine présente un certain 



106 



LE NATURALISTE 



nombre de caractères qui la différencient de toutes les autres. 

Nous signalerons principalement les colorations vert foncé 
au contact du chlorure ferrique, et rouge avec l'acétate d'urane, 
qui semblent indiquer, de prime abord, que l'on a affaire à 
une préparation lannique. 

La solution éthérée, acétonique ou alcoolique de la résine, 
étendue ou concentrée, peu importe, traitée par une goutte- 
lette de chlorure ferrique dans l'alcool, devient vert foncé 
comme certaines solutions de tannin; mais, si la résine domine, 
on voit que la teinte verte du mélange passe au brun et au 
rougo foncé, phénomène que ne présentent jamais les tannins 
des divers végétaux. Si l'on ajoute au liquide vert foncé une 
goutte de carbonate de soude, on obtient une coloration rouge 
rubis, en même temps qu'un précipité rouge foncé. La liqueur 
alcoolique convenablement étendue ne présente, au spectro- 
scope, aucune réaction qui mérite de fixer l'attention. Il n'existe 
pas de bandes d'absorption; presque toutes les couleurs sont 
absorbées par une certaine épaisseur de liquide; le rouge seul 
ne l'est pas. 

Le sel d'urane, ajouté à la solution alcoolique de la résine, 
fait naître une coloration rouge aussi vive que celle que donne 
le tanin. 

En présence de ces deux réactions si nettes et se rapportant 
tout aussi bien à un principe tannique qu'à une résine, nous 
avions à rechercher si la substance ne contiendrait pas du 
tanin en proportion plus ou moins considérable ou serait 
constituée par un mélange de tanin et d'un autre principe. 
Cette hypothèse nous paraissait d'autant plus légitime que 
nous avions déjà trouvé des traces de tanin dans le traite- 
ment de la matière par l'eau. Mais, comme notre échantillon 
avait été préalablement débarrassé de tanin par l'eau, nous 
n'avions pas à craindre d'opérer sur un mélange. 

A cette preuve de l'absence de tanin dans la matière nous 
en ajoutons d'autres. La solution alcoolique ou acétonique de 
la résine est traitée par l'eau en présence d'une goutte d'acide 
chlorhydrique. Il se forme un précipité volumineux blanc, que 
l'on jette sur filtre. Le liquide qui passe est évaporé : on n'y 
constate pas la moindre coloration verte par addition de 
chlorure ferrique, ni de coloration rouge en présence de 
l'acétate d'urane. 

Nous concluons donc de là que ces deux colorations, vert 
foncé et rouge, ne peuvent et ne doivent être attribuées à la 
présence de tanin mélangé à la résine, mais appartiennent, en 
propre, à cette dernière matière et constituent, par conséquent, 
des caractères spécifiques et différentiels. 

La potasse caustique dissout la résine et donne une solution 
rouge-orange, dont les acides minéraux étendus la précipitent 
de nouveau. En opérant à plusieurs reprises on arrive à 
obtenir une résine incolore. 

Les carbonates alcalins la dissolvent moins aisément; mais, 
en prolongeant le contact suffisamment longtemps et au bain- 
marie, toute la résine finit par se dissoudre. L'acide chlorhy- 
drique la reprécipite de nouveau comme ci-dessus. 

L'ammoniaque dissout également la résine à chaud ; mais, au 
fur et à mesure que la solution est évaporée, elle devient 
trouble, en raison de la volatilisation du dissolvant. Le résidu 
ne constitue plus que de la résine insoluble dans l'eau. L'acide 
chlorhydrique concentré n'attaque pas la résine, pas plus à 
chaud qu'à froid. 

Avec l'acide azotique ordinaire, à chaud, on voit à peine se 
produire des vapeurs rutilantes, ce qui prouve la lenteur de 
son action. Mais l'acide fumant l'attaque énergiquement à 
chaud : la résine se colore en rouge brun, se dissout ensuite 
et se transforme en un composé difficilement soluble dans l'eau. 
Nous n'avons pas constaté, dans cette réaction, la formation 
d'acide oxalique ou picrique. 

L'acide sulfurique concentré colore la résine en rouge- 
orange. Quand on chauffe le mélange au bain-marie, il brunit 
au bout de quelques minutes et noircit plus tard, surtout si la 
quantité d'acide n'est pas bien considérable. Il se dégage de 
l'acide sulfureux. En traitant le résidu par l'eau on obtient 
une masse floconneuse noire qui, jetée sur filtre et lavée, se 
redissout de nouveau dans l'alcool : ce dépôt n'est autre chose 
que do la résine non décomposée par l'acide. La solution acide 
filtrée concentrée laisse déposer des cristaux aiguillés, dont 
l'action sur la lumière polarisée est très nettement accusée et 
qui sont constitués par du sulfate de chaux. Leur origine, dans 
ces conditions expérimentales, s'explique aisément, puisque 
l'incinération de la résine laisse comme résidu fixe une minime 
quantité de chaux. L'acide sulfurique concentré peut donc 
Bervir de réactif caractéristique, en raison de la coloration 



rouge-orange qui se produit au contact de la résine. Mélangé 
aux oxydants généralement employés, il fournit un certain 
nombre de colorations spéciales ; c'est ainsi que, associé au 
bichromate, on voit apparaître très rapidement la teinte verte : 
preuve de la réduction énergique produite par la résine. 

En présence du molybdate d'ammoniaque, on obtient une 
teinte bleue. L'acide sulfurique, additionné d'un fragment 
d'acide iodique, colore la résine en jaune-orange; au bout de 
quelques minutes le mélange brunit et noircit. Il est aisé de 
constater la mise en liberté de l'iode. 

L'acide sélénieux, ajouté à l'acide sulfurique, provoque égale- 
ment la formation d'un dépôt noir au bout de quelques 
instants. 

L'acétate de plomb, en solution alcoolique, précipite la solu- 
tion alcoolique de la résine. Use forme un composé d'un beau 
jaune, qui se dissout dans un excès de résine, dont le lavage à 
l'alcool s'effectue difficilement en raison de sa solubilité par- 
tielle. Mais ce résinate de plomb est complètement insoluble 
dans l'eau. Desséché et calciné il fournit la composition sui- 
vante : 

PbO = 29.6 
Matière organique = 70.4 

100.0 
Comme dernière réaction, nous citerons encore le précipité 
do bleu de prusse, très abondant, que l'on obtient en versant 
dans une solution alcoolique de résine un mélange de cyanure 
rouge et de sel ferrique. 

6. Composition. — L'analyse élémentaire donne les résultats 
suivants : 

Matière employée = 0.250 

H^O = 0.1H0 d'où H = 6.2604 0/0 

CO* = 0.4855 C = 52.9600 — 

O = 40.7796 — 

En comparant ces nombres à ceux fournis par d'autres 
résines, on est étonné de voir des différences si énormes entre 
les éléments constitutifs. Voici, en effet, les analyses citées 
dans le Traité de Chimie organique de Gerhardt, t. III, 
p. 654-68S. 

Térébenthine Copal Olibau Myrrhe Sandaraquc 

H = 9.93 10.13 9.43 8.(16 9.41 

C = 79.47 76.91 75.47 74.78 75.47 

O = 10.60 12.96 15.10 17.16 15.12 

Il n'y a donc absolument aucune analogie entre les résultats 
de notre analyse (qui est une moyenne des trois opérations) 
et ceux qui se rapportent aux analyses des autres résines. 

Mais, en rapprochant ces nombres de ceux des diverses 
espèces de tanins, on trouve une concordance presque par- 
faite : 

A. Morin- A. Querci- A. Quino- 

tannique A. Morique tannique tannique 

H = 4.1 4.08 4.8 5.82 

C = 55.1 55.10 51.9 52.02 

O = 40.8 40.82 43.8 42.16 

C'est donc avec la composition élémentaire de l'acide quino- 
tannique que colle de notre résine présente le plus de ressem- 
blance, et on voudra bien remarquer que ce fait vient encore 
à l'appui de la nécessité de poursuivre les affinités des plantée 
jusque dans leur constitution chimique la plus intime, les 
Quinquinas et les Gardénias appartenant les uns et les autres 
à la même famille de Rubiacées. 

Malgré la différence considérable qui les sépare, au point de 
vue de leurs propriétés physiques, surtout de leur solubilité 
dans les divers véhicules, de leur état moléculaire et de leur 
densité, il existe, néanmoins, comme on le voit, entre la résine 
de Gardénia et les tanins, en ce qui concerne leur action 
sur les sels de fer, d'urane et de plomb, et leur richesse en 
carbone, hydrogène et oxygène, une très grande analogie. 

Ce fait expérimental, qui n'est pas sans intérêt, mérite de 
fixer l'attention et constitue certainement un argument très 
important en faveur de l'opinion de ceux qui admettent une 
relation génétique entre les substances tanniques et résineuses. 

Il nous semble inutile d'insister sur les emplois que pour- 
rait recevoir cetto résine, soit comme base de vernis à. l'alcool, 
soit comme substance médicinale. Ce que nous en avons dit 
le fait suffisamment prévoir. Du reste, M. Jeanneney, notre zélé 
correspondant en Nouvelle-Calédonie, nous annonce que cette 
résine employée contre les cas d'ulcères des jambes, si fréquents 



LE NATURALISTE 



107 



dans ce pays, a donné deux cas de guérison chez deux surveil- 
lants de l'administration péniterttiaire. 

Dans un prochain article nous étudierons comparativement 
les résines des Gardénia indo-asiatiques. 

E. HECKEL et Fr. ScHLAr.DENHAUl''FEN. 



LARVE DE COLÉOPTÈRE VOMIE PAR UN ENFANT 



M. le D r Blanchard vient de présenter à la Société 
entomologique de France une note sur une larve de 
Coléoptère, vomie par un enfant, au Sénégal. 

La larve dont il a été question ici a été vomie par un 
enfant de quatre ans ; elle a été envoyée de Saint-Louis 
(Sénégal) par le D r Jean Morin, missionnaire évangé- 
lique. Elle est longue de 8 millimètres, large de 2 milli- 
mètres au plus (fig. A, B, C) et présente un aplatissement 
remarquable, qui s'est exagéré sans doute dans la gly- 
cérine où elle a été longtemps conservée. 




Larve de Coléoptère vomie par un enfant, au Sénégal. — 
A, face dorsale ; B, face ventrale ; C, côté gauche ; a, gran- 
deur naturelle. 

La description de cette larve ne mérite guère de nous 
arrêter; sa présence dans l'estomac d'un enfant est toute 
accidentelle et résulte de l'ingestion fortuite de subs- 
tances végétales avariées ; elle ne saurait, à aucun titre, 
être considérée comme un exemple de vrai parasitisme. 
Aussi le principal intérêt de ce faitréside-t-il en la déter- 
mination, aussi rigoureuse que possible, du groupe d'In- 
sectes auquel la larve appartient. 

Il s'agit évidemment d'une larve de Coléoptère; mais 
les métamorphoses des Coléoptères sénégalais sont en- 
core inconnues, et nous ne pouvons arriver à une déter- 
mination approximative qu'en comparant notre larve 
avec celle des Coléoptères d'Europe, mieux connues à 
cet égard. 

Chapuis et Candèze ont donné une figure de la larve 
d'Opilo domesticas Sturm, qui a de telles analogies avec 
notre larve, que vraisemblablement celle-ci provient 
aussi d'un Coléoptère pentamère de la famille des Clé- 
rides. Le genre Opilo est précisément représenté au Sé- 
négal par plusieurs espèces, telles que 0. cinctus Klug, 
0, dimidiatus Castelnau, 0. Gigas Castelnau. Le genre 
Phlœocopus, très voisin du précédent et dont la larve doit 
avoir aussi d'étroites ressemblances avec celle des Clerus, 
est représentée au Sénégal par Phi. Buqncti Spinola et 
Phi. tricolor Guérin-Méneville. 

Dans VIntroduction de son Gênera des Coléoptères d'Eu- 
rope (Paris. 1856), Jaqcuelin du Val représente aussi des 



larves de Malachiide (Dasytes flavipes Fabr., pl.xiv, fig. 8), 
de Cléride (Opilo mollis Lin., fig. 9) et de Ciside (Ennear- 
thron cornutum Gyl., fig. 11), qui ont des affinités évi- 
dentes avec la larve qui nous occupe ; mais c'est encore 
à la larve d'Opilo qu'elle ressemble le plus. 

Nous croyons donc pouvoir rapporter notre larve à la 
famille des Clérides. La larve de ces Coléoptères vit or- 
dinairement sous les écorces, et la forme aplatie de notre 
spécimen du Sénégal tend à prouver que tel était aussi 
son genre de vie. Les Clérides doivent donc figurer dé- 
sormais au nombre des insectes dont la larve, introduite 
fortuitement dans le tube digestif, peut déterminer les 
accidents de la canthariasis. 

D r B. Blanchard. 



LIVRES NOUVEAUX 



M. Remy Perrier vient de publier chez M. J.-B. Baillère un 
traité d'anatomie comparée, qui comble une lacune regrettable 
dans notre littérature scientifique nationale. Nous ne nous ser- 
vions plus depuis longtemps déjà, en effet, que de traductions 
plus ou moins bien faites de traités allemands ou anglais. 
L'anatomie comparée, qui fut dans ses débuts une science émi- 
nemment française, a depuis de longues années passé nos 
frontières, où elle a pris une extension bien plus grande que 
chez nous, tant par la multiplicité que par l'importance des 
travaux publiés. 

Tant que les vertébrés à eux seuls furent considérés comme 
ayant une importance capitale et devant annihiler l'intérêt des 
autres embranchements du règne animal ; tant que, par anti- 
thèse, on confondit dans un autre groupe, sorte de caput mor- 
tuwm digne tout au plus d'études de détails, presque tout l'en- 
semble des êtres, l'anatomie comparée qui réservait ses spécu- 
lations philosophiques pour les vertébrés seuls, se contenta de 
monographies souvent admirables sans doute, comme celles 
dont Cuvier, Milne-Edwards, Lacaze-Duthiers nous ont laissé 
de si nombreux modèles; mais cela sans chercher à les relier 
les unes aux autres, par aucune conception générale. 

Avec Darwin a commencé une autre période. La doctrine 
transformiste a donné de nouvelles tendances à l'anatomie 
comparée, et une nouvelle signification aux résultats qu'elle 
fournit. Les rapports que les zoologistes pressentaient entre les 
êtres, mais dont la nature était pour eux mystérieuse, sont 
alors devenus de véritables liens de parenté et des affinités 
fondées sur la loi générale d'hérédité. 

C'est à cette doctrine qu'appartient M. Remy Perrier, ou 
plus exactement à cette doctrine dite celle des néo-lamarkistes, 
qui accorde plus à l'adaptation qu'à la sélection naturelle, et 
dont son frère, M. Edmond Perrier, et son ancien maître à 
l'École normale supérieure, M. Giard, sont les représentants les 
plus autorisés parmi nous. Nous ajouterons, pour pi.*éciser les 
tendances scientifiques de M. Remy Perrier, qu'il est partisan 
convaincu de la belle doctrine de constitution coloniale des 
organismes que son frère, M. Edmond Perrier, a vulgarisée 
parmi nous, et à laquelle il a consacré le magnifique traité des 
colonies animales qui est l'exposé de toute la doctrine. 

Rassemblant tous les beaux travaux de l'école moderne épars 
dans les recueils de mémoires publiés à l'étranger bien plus 
qu'en France, M. Remy Perrier a fait œuvre utile en nous 
dotant d'un véritable traité d'anatomie comparée français : si 
je dis français, c'est à dessein, car il l'est véritablement par 
la clarté et la méthode qui sont les principales qualités de son 
auteur. Evidemment, ce traité est appelé à remplacer chez nous 
beaucoup do traductions d'ouvrages étrangers bien plus indi- 
gestes et moins assimilables ; d'une lecture facile, il deviendra 
le vade-mecum de tous nos zoologistes. Il ne faut donc pas trop 
s'étonner si on lui reproche d'être trop touffu, trop bourré de 
faits; c'est évidemment un défaut qu'on a voulu trouver chez 
lui; mais reprocher à un arsenal de contenir trop d'armes, à 
une réserve, trop de provisions : cela m'a bien plus l'air d'être 
un compliment qu'un reproche, et c'est pourtant le seul qu'on 
a pu formuler contre cet excellent travail. On ne peut résumer 
un travail déjà très concis; aussi dois-je me borner ici à en 
indiquer sommairement le plan. C'est le plan qu'ont suivi, 
avant M. Remy Perrier, M. H. Milne-Edwards et Gcgenbaur 



108 



LE NATURALISTE 



Après avoir, clans un chapitre d'introduction, compare la struc- 
ture histologiquc des êtres dans ce qu'elle a de comparable, 
M. Rcmy Perrier étudie successivement les divers appareils 
dans chaque série, ou chaque embranchement : Protozoaires, 
Mesozoaires, Spongiaires, Cœlentérés, Echinodermes, Arthro- 
podes, Nemathelminthes, Vers ciliés, Plathelminth.es, Mol- 
lusques, Protochordes, chaque embranchement faisant le sujet 
d'un chapitre. 

Pour les Vertébrés, chaque système fait à lui seul l'objet 
d'un chapitre spécial ; après un chapitre d'ensemble dans 
lequel l'auteur expose une esquisse phylogénétique du groupe, 
il étudie successivement les téguments, le squelette, l'appareil 
digestif, l'appareil respiratoire, l'appareil circulatoire, le sys- 
tème nerveux, les organes des sens, l'appareil génito-urinaire ; 
enfin, dans un chapitre annexe, M. Remy Perrier expose la 
doctrine de la métamérisation des vertébrés. Et notons en pas- 
sant, que l'on voit par ce chapitre que jamais l'auteur n'est de 
parti pris, et que, lorsque plusieurs doctrines sont en présence, 
également soutenables, quelles que soient ses préférences per- 
sonnelles, il expose avec une égale impartialité les pièces du 
procès, tout en indiquant, bien entendu, les raisons qui, sui- 
vant lui, militent en faveur de telle ou telle opinion : il laisse 
ainsi à chacun le droit de se faire la sienne. 

Ajoutons que plus de 630 figures intercalées dans le texte, 
et 8 grandes planches en couleurs dont plusieurs sont entière- 
ment nouvelles, et presque toutes empruntées aux mémoires 
originaux, avec un choix parfait, viennent encore ajouter au 
mérite réel de ce livre que je ne puis que hautement recom- 
mander à tous ceux qui veulent se faire une idée de l'état 
actuel de la science de l'anatomie comparée. 

A.-E. Mai.ard. 

Les Papillons palœarctiques et leur histoire 
par Fritz Rtthl. 

Le catalogue publié par Staudinger (1), précieux au point de 
vue de la nomenclature, de la synonymie et de l'habitat des 
Papillons était jusqu'ici le seul volume récent de classification. 
Cependant, il ne comporte pas la totalité des espèces décrites 
jusqu'en 1871, ni toutes celles qui furent découvertes depuis 
lors. 

L'ouvrage de M. Fritz Riihl (2j vient y remédier ; ses avan- 
tages sont de ne pas multiplier outre mesure le nombre des 
variétés créées et d'offrir des diagnoses rendant les détermina- 
lions faciles. Dans les deux premiers fascicules, l'auteur trace 
d'abord les modes d'enchaînement des animaux suivant les 
diverses théories, puis il traite do l'origine des Lépidoptères, 
Insectes apparus en dernier lieu. 

Walter et d'autres naturalistes les rattachent aux Hyménop- 
tères, en particulier aux Phytophages, et considèrent les Microp- 
lérygines comme leur forme ancestrale. En s'appuyant sur la 
découverte de fossiles {Pala'ocossus jurassicus et Phragma- 
tkœcites Damesï) dans le terrain jurassique de la Sibérie 
Orientale, Oppenheim et Brandt regardent le genre Cossus 
comme le plus ancien. Le curieux Rhipidorhabdus trouvé par 
IRpberlcin dans .les couches de Solcnhofcn et pris à tort pour 
un Sphingide, ne peut être attribué à aucun groupe de Lépi- 
doptères actuels, mais il en est très voisin. On reconnaît plutôt 
que les Papillons descendent de certains Neuroptères, les 
chenilles de quelques-uns d'entre eux vivant encore de nos 
jours dans l'eau. Telle, Palustra Laboulbeni de la Guyane. Le 
Ncuroptère se développe de la môme manière. 

L'apparition des Lépidoptères en Europe, si l'on admet qu'ils 
ont émigré remonterait à la seconde période glaciaire. Passant 
à la répartition des espèces, M. Riihl insiste particulièrement 
sur les formes alpines de l'Europe centrale qui ont tant d'alli- 
oités avec celles des régions arctiques (Labrador, Groenland, 
Laponie). Ainsi YAnarta melanopa existait certainement dans 
nos pays à cette époque reculée. En Suisse, où la faune est si 
variée (1220 espèces), M. Riihl compte 00 espèces des Alpes 
contre 44 que M. Frcy avait signalées. 

Nous ne développerons pas les documents nombreux que 
nous offre ce livre; ils sont enrichis d'observations personnelles 
concernant l'habitat des espèces palsearctiqnes, de celles 

■ .ires aux deux continents, et leurs déplacements. Dans 
l'introduction, on peut suivre encore les diverses phases depuis 



i Dresde, 1811. 

(2) Die palseàrktischen Grossschmellerlinge und ihre Natur- 
geschichle. 



l'œuf à l'Insecte parfait. En outre, collectionneurs, chasseurs 
et éleveurs y trouveront une l'Cule de conseils pratiques. 

La partie descriptive de l'ouvrage — qui comprendra environ 
75 fascicules — commence par les Rhopalocères, genres : Papi- 
lio, Sericinas, Thaïs, Hypermenestra, Doritis et Parnassius. 
Des renseignements sur la distribution et les passages sont 
indiqués pour chaque espèce. 

F. DE SCH-ECK. 



CHRONIQUE 



De l'étude «lu forceps dans le genre Ca- 

rabug. — On sait que, depuis la publication des Essais 
de M. Thomson sur les Carabus, les entomologistes ont 
reconnu l'importance qu'on doit attribuer à un examen 
exact de la pointe du forceps. 

La forme de cette pointe est souvent le seul caractère 
qui permette de distinguer avec certitude quelques es- 
pèces très semblables les unes aux autres (par exemple 
les Carabus Kônigi et Stahlini; les différentes variétés 
(ou espèces?) comprises sous le nom de violaceus). Nous 
admettons qu'on puisse avoir une opinion à soi si la 
forme du forceps est constante ou si elle varie ; mais 
tous conviendront qu'il faut toujours, dans les cas dif- 
ficiles, l'examiner. 

Cet examen est quelquefois assez difficile, surtout si la 
pointe du forceps n'est pas visible, ce qui arrive fort 
souvent. 11 faut alors ou renoncer, ou préparer l'insecte 
pour le faire sortir. 

On ne se résoudra guère à ce procédé si l'insecte est 
fort coûteux ou très rare, et pourtant on pourrait nous 
épargner cet ennui si l'on savait partout qu'il y a un 
moyen fort simple pour faire sortir le forceps aux mâles, 
du moins aux mâles des Carabiques. 11 faut seulement 
les tuer avec de la benzine ou dans un mélange, moitié 
alcool, moitié benzine. 

Tous les Carabus tués de cette manière ont le pénis pro- 
jeté; de plus ce procédé est plus humain, puisque les 
insectes meurent plus vite dans cette composition que 
dans l'alcool pur. (Miscellanea entomologica.) 

Le lac Albert-Kdouard, — M. le capitaine Lu- 
gard aurait découvert, dans les parages du lac Albert- 
Edouard à l'Est du 3 e degré, c'est-à-dire dans la zone 
réservée à l'influence britannique, un grand dépôt de 
sel. Le sel ayant dans cette région plus de valeur qu'une 
mine d'or, le capitaine Lugard a fait construire sur une 
presqu'île du lac, pour protéger ce dépôt, un fort, qu'il 
a nommé Fort Georges. Les indigènes ne pourront pren- 
dre du sel sans payer une redevance en ivoire, en vivres 
ou en produits du pays. 

MM. de Butler aux. Iles Bissagos. — Le 
Gouvernement portugais a octroyé à deux Français. 
MM. de Butler, la concession de plusieurs îles de l'ar- 
chipel des Bissagos qu'ils doivent mettre en exploitation 
agricole. La seule île de l'archipel des Bissagos qui ait 
été colonisée jusqu'ici est celle de Boulam qui a un beau 
port naturel. Les citrons, les oranges, le coton, le riz, le 
maïs, les bananes viennent très bien dans l'archipel ; 
mais le principal objet de trafic est l'arachide. Le com- 
merce est presque exclusivement aux mains de maisons 
françaises . 

Muséum d'Histoire naturelle. — Cours do 
dessin appliqué à l'étude des animaux. M. Fremiet, mem- 
bre de l'Institut, commencera ses leçons le vendredi 



LE NATURALISTE 



100 



ï> mai 1893, à quatre heures, et les continuera les lundis, 
mercredis et vendredis suivants, à la même heure, dans 
la salle des cours de dessin (porte d'Austerlitz). 

Des leçons auront lieu dans la Ménagerie quand le 
temps le permettra. 

Cours de dessin appliqué à l'e'tude des plantes. — 
M. A. Faguet commencera ce cours le jeudi 4 mai 1893, 
à trois heures, et le continuera les jeudis, samedis et 
mardis suivants, à la même heure, dans la salle des 
cours de dessin (porte d'Austerlitz). 

Faune de la Normandie. — Notre collaborateur 
M. Henri de Kerville, ^'occupant en ce moment du qua- 
trième fascicule de sa Faune de la Normandie, qui con- 
tiendra les Reptiles, les Batraciens et les Poissons, au- 
rait une grande obligation aux personnes qui voudraient 
bien lui envoyer, avant la fin de l'année, des renseigne- 
ments pour ce travail. (Henri Gadeau de Kerville, 7, rue 
Dupont, Rouen). 

La loutre. — On a calculé qu'une loutre habitant 
un ruisseau à truites consomme en moyenne deux livres 
de poisson par nuit, ce qui fait au bout de l'année 
730 livres. En comptant la livre de truites à 2 fr. 50, on 
peut se convaincre que la nourriture d'un seul de ces 
carnassiers coûte dix-huit cents à deux mille francs 
annuellement. La destruction de la loutre est fort dif- 
ficile, cet animal ne sortant, que la nuit et. se réfugiant 
le jour dans un terrier dont l'ouverture se trouve ordi- 
nairement sous l'eau. 

Un aigle en pleine mer. — Un aigle de forte 
taille s'est abattu sur le pont du navire allemand Catania, 
à 800 kilomètres à l'ouest des îles Scilly. L'oiseau de 
proie, entraîné probablement au large par une tempête, 
s'est précipité, à peine sur le pont, sur un chat, et l'a 
emporté sur la plus haute vergue du grand màt, où il 
s'est mis à le dépecer et à le dévorer encore vivant, mal- 
gré la résistance désespérée du malheureux félin. Un 
coup de fusil l'empêcha de continuer son repas et dé- 
tendit mort. Il mesurait 5 pieds du bec à l'extrémité de 
la queue. 

Offres et demandes. — M. le D r Peytoureau, 
28, cours du Chapeau-Rouge, à Bordeaux, demande en 
échange, pour dissection, quelques exemplaires de Mantis 
mâles adultes conservés dans Fàlçool et de Mantis £ et Ç 
pas complètement développés. 

— A céder les 8 premiers volumes de La Nature bro- 
chés, bon état, 40 francs; adresse aux bureaux du jour- 
nal. 

— M. J. M. Correa de Barros à S. Marlucho d'Anta 
(Sabrosa) Portugal, offre en échange Jes Coléoptères de 
sa région. 

Maladie des châtaigniers. — Une nouvelle ma- 
ladie qui atteint les châtaigniers vient d'être découverte 
par MM. Prillieux et Delacroix. Cette maladie, appelée 
lo javarh, attaque surtout les châtaigniers exploités et 
taillés pour la fabrication des cercles et des lattes. D'a- 
près MM. Prillieux et Delacroix, la maladie serait due à 
un champignon appartenant au genre Diplodida. L'espèce 
parait nouvelle et n'avait pas été observée jusqu'ici. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance dn 4 avril 1893. —M. Daubrée présente à l'A- 
cadémie une note de t M. Armand Vire', sur un village qu'il 



pense néolithique et d'un type non encore rencontré jusqu'ici 
dans les habitations de cette époque. Il se composerait d'une 
série de fonds de cabanes carrées se touchant les unes les 
autres, orientées à peu près de l'est à l'ouest, et formant une 
rue très régulière. 

Une seule construction circulaire semblait avoir dû être 
destinée à faire un four pour cuire les aliments ou la poterie. 
Toute la maçonnerie était faite de blocs de grès ou de calcaire 
non calibrés, dont les plus gros avaient près de 1/2 mètre 
cube, tandis que d'autres avaient à peine la grosseur du poing ; 
comme ciment, de l'argile. L'auteur se fonde pour dater ces 
constructions sur la présence de quelques haches en silex, des 
pointes, des grattoirs, des percuteurs et de nombreux instru- 
ments en grès ; une seule hache en bronze a été [trouvée à la 
surface. 

Notons que la position de cotte intéressante station est tout 
à fait anormale ; elle est située en effet tout au fond de la 
Vallée de Tesnières, à la Roche-au-Diable, canton de Lorez-lc- 
Bocage (Seine-et-Marne). 

Séance du 10 avril 1893 — M. le Secrétaire perpétuel 
ayant annoncé à l'Académie la perte douloureuse qu'elle venait 
de faire en la personne de M. Alphonse de Candolle, décédé à 
Genève le 4 avril dans sa 87 e année, M. Duchartre, et après lui 
M. Borne/, rappellent les travaux de l'éminent botaniste, né à 
Paris le 18 octobre 1806. Alphonse-Louis-Pierre Pyramus 
de Candolle commença ses études au lycée de Montpellier 
en 1813, il les termina ensuite à Genève où il prit le titre de 
docteur et enseigna pendant 20 ans la Botanique. Une Mono- 
graphie des Campanulacées, qui parut en 1830, fut son premier 
ouvrage. En 1835, il publia son Introduction à l'étude de la 
Botanique, et en 1855 son traité de Géographie botanique rai- 
sonnée : enfin en 1883 M. A. de Candolle publia un livre tout, 
entier dans lequel il reprenait et déterminait l'origine de 
presque toutes les plantes cultivées, travail qu'il n'avait fait 
qu'effleurer de main de maître dans sa géographie botanique. 
Après avoir indiqué la part qu'il prit dans la publication du 
Prodromus, dont il dirigea la publication des 10 derniers 
volumes, et ensuite dans les Monographies qui y font suite, et 
dont il publia même la première (celle des Smilacées), M. Bor- 
net signale le recueil des Lois de la nomenclature botanique, 
qu'il fit passer au deuxième congrès de Botanique (celui de 
Paris 1867) qu'il présida, comme il avait déjà présidé le premier 
(celui de Londres 1866). M. Bornet rappelle ensuite l'origine 
delà publication du volume intitulé, la Photographie ou l'art de 
décrire les Végétaux considérés sous différents points de vue. 
En dehors des travaux spéciaux de Botanique, on doit à M. de 
Candolle un volume de mélange sur l'Histoire des sciences et 
des savants depuis deux siècles. M. Duchartre présente une 
note de M. Lucien Daniel sur la transpiration dans la Greffe 
herbacée. 

A. Eue;. Malard. 



BIBLIOGRAPHIE 



ZOOLOGIE 

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LE NATURALISTE 



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fascicule III, Oiseaux (Pigeons, Gallinacés, Echassiers 
et Palmipèdes), avec une planche en noir. (Fin des 
Oiseaux.) 
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G. Mali.oizel. 



DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX 



Sparganla Orbisticta, n. sp. — 63 millimètres. Cette 
belle espèce l'ait suite aux Sparganias Tesserulala F. et R. et 
Longipalpnla Th. Micg. Elle est la plus grande des trois et se 
distingue aisément des deux premières espèces par les amples 



dessins de ses supérieures et les deux taches arrondies de ses 
inférieures. 

Le dessus des premières ailes est vert, zébré de taches brun 
foncé. Les principales sont celles de la côte, au nombre do 
cinq dont trois centrales très larges, une plus petite à l'apex et 
une extrabasilaire. Le bord terminal possède trois taches dont 
une très large en dessous de l'apex. Le reste de l'aile est éga- 
lement couvert de taches irrégulières et la base même est 
brune. La frange des supérieures est brune avec un point 
jaune à l'extrémité de l'apex. 

Dessus des inférieures noir avec une large tache arrondie, 
jaune pâle, un peu avant le centre et une seconde tache apicalc 
de même nuance. Frange jaunâtre à l'apex, noire ailleurs. 

Dessous des quatre ailes noir, les inférieures avec les taches 
et la frange comme en dessus; les supérieures avec l'apex jau- 
nâtre, une tache droite de même nuance au delà de la cellule 
et deux points clairs au centre de l'aile. Frange noire, jaunâtre 
à l'extrémité apicale. Antennes pectinées, palpes courts comme 
dans Tesserulala. 
Uno"; Loja, 1892. 

Tephrosia Atigrada, n. sp. — 40 millimètres. Dessus 
jaune verdâtre traversé par plusieurs séries de traits noirs for- 
mant des lignes interrompues et irrôgulières ; trois ou quatre 
lunules blanches accompagnent vers le bord interne les séries 
de traits qui remplacent l'extrabasilaire et la centrale. L'aile 
est en outre semée de petites stries et sept chevrons noirs lon- 
gent le bord terminal. 

Dessus des inférieures jaunâtre avec une large bordure et 
quelques stries grisâtres; le bord abdominal recouvert de longs 
poils. Frange des quatre ailes jaune. 

Dessous jaune un peu plus pâle aux supérieures; les quatre 
ailes avec le point cellulaire, de nombreuses stries noires et 
une large bordure subtcrminale de même tonalité. Quelques 
petits points noirs terminaux entre les nervures. Franges comme 
en dessus. 

Antennes finement pectinées, à extrémité filiforme. Tête, 
thorax, corps et pattes jaunes, plus ou moins striés de noir. 
Loja, deux o*, 1889 et 1892. 

P. DOGNIN. 



VOCABULAIRE 0RNITH0L0GIQIE 

(Suite.) 



Avant>bras. — Composé de deux os de l'aile, le 
radius et le cubitus (Voy. membres thoraciques.) 

Avener. — Fauc. Suivre le gibier sans le perdre de 
vue. 

Avieeptologie. mot hybride, avis, oiseau ; capere 
prendre ; Xô-fo; discours). — Art de capturer les Oiseaux 
vivants ou morts par toutes sortes de pièges, filets, tré- 
buchets. lacets, etc.. 

Avieeptologiste. — Personne pratiquant l'Avicep- 
tologie (Voy. ce mol). 

Aviculteur. — Personne qui s'occupe de l'Avicul- 
ture (Voy. ce mot). 

Aviculture. — Branche de l'Ornithologie qui con- 
cerne l'élevage et l'éducation des Oiseaux en volière ou 
en basse-cour. 

v \ i i Ions — Fauc. Sont les serres ou doigts posté- 
rieurs des Faucons. 

Avilloner. — Fauc. C'est donner de l'avillon aux 
serres de derrière des Faucons. 

Avis cii-rhat». — (Voy. cirrhatus.) 

Avisuges (avis, oiseau, et sugo, je suce). — Nom 
donné par Duméril à une famille d'Insectes aptères qui 
sont parasites des Oiseaux. 

Axes («le l'œuf). — Représentent les deuxdiamètres, 
pris dans ses deux sens. Le grand axe traverse l'œuf d'un 
pôle à un autre, dans sa longueur. Le petit axe le coupe 






LE NATURALISTE 



111 



dans sa largeur. Ordinairement on établit les dimen- 
sions d'un œuf sur ces axes. 

Azur (Vol d'). — Terme de blason. (Voy. l'art. 
vol.) 



Babil, Babille!». — Mots traduisant le ramage de 
l'Hirondelle. 

Baisser le corps. — Fauc. Synonyme à'essimer. 
(Voy. ce mot.) 

Balai. — Faite. Désigne la queue des Oiseaux de 
chasse. 

Balvane. — Chasse. On nomme ainsi la dépouille 
d'un Tétras (Coq de bruyère, Gelinotte, etc.) qu'on uti- 
lise pour attirer les autres et les tuer. 

Balz (de l'allemand balzen, être en amour). — ■ Chasse. 
Ce terme n'a pas d'équivalent en français. Il caractérise 
la sorte de danse, à mouvements rhytmiques, qui se 
manifeste chez les Tétras mâles à l'époque de la repro- 
duction. On s'en sert en Suisse. 

Banneret ( Vo1 )- — Employé dans le langage héral- 
dique. (Voy. l'art. Vol.) 

Barbe (barba). — Touffe de plumes ornant le men- 
ton. Ex. : le Gypaète barbu ou Làmmergeier. 

Barbé (Coq). — Blas. Quand la baibe est d'un 
autre émail. 

Barbes de la plume (Rami). — Sont les nom- 
breuses branches horizontales qui garnissent latérale- 
ment les tiges de la plume; elles deviennent un peu 
obliques en haut. 

Barbieelles (diminutif de barbe). — On les appelle 
aussi cils (cilia) ou radioli. Elles constituent les branches 
latérales des barbules. (Voy. ce mot.) 

Barbules (diminutif de barbe ou radii). — Sont les 
nouvelles branches latérales qui garnissent les barbes 
des plumes. 

Basse-cour. — Endroit découvert où l'on élève des 
Oiseaux domestiques. 

Bas-vol (Oiseau de). — Se rapporte aux voiliers ; 
l'aile est échancrée, et l'air que l'Oiseau frappe passe entre 
les extrémités des plumes. Ex. : l'Autour, le Hobereau, 
etc. Dans un autre sens, les Fauconniers désignent sous 
cette épithète la chasse ou vol du Faisan, de la Perdrix, 
de la Caille, de la Pie et du Geai, par opposition au haut- 
vol. (Voy. ce mot.) 

Bavette. — Colomb. Tache blanche, en forme de 
croissant que les Pigeons boulants (anglais) ont sur la 
gorge. 

Bêchage. — Avic. (Voy. bêcher.) 

Bêcher. — Avic. « On appelle bêcher l'opération du 
•< poussin, qui travaille à ouvrir la coquille qui l'enferme: 
« elle dure environ vingt-quatre heures, du commence- 
« ment du vingtième jour de l'incubation au commen- 
u cernent du vingt-unième jour. (Mauduyt.) 

Bêcher les œufs. — Avic. Dans un autre sens, 
est l'opération qui consiste à retourner les œufs, à des 
heures régulières pendant l'incubation artificielle et à 
ôter, au fur et à mesure, les poussins éclos. 

Bec (rostrum). — Constitue la partie antérieure de la 
tête qui est nue, allongée et formée d'une substance 
cornée. Il se compose de deux mandibules qui s'ouvrent 
et se referment au gré de l'Oiseau. Sa forme, très va- 
riable, sert à caractériser les groupes. Le bec peut être 
droit (Héron), recourbé en bas (Courlis), recourbé en haut 



(Avocette), fléchi (Flamant), cylindrique (Bécasse, Colibri), 
anguleux (Pétrels), triangulaire (Coq de roche), quadrant- 
gulaire (Pique-bœuf), conique (Gros-bec), renflé (Calao), 
dentelé (Harle), garni de lames dentelées (Canard), échancré 
(Rapaces), pointu (Pie), crochu (Vautour), en forme de 
spatule (Spatule), sillonné, c'est-à-dire marqué de rai- 
nures dans toute sa lougueur (Cigogne, Grue), convexe 
(Toucan), aplati (Todier), en carène (Pic), enfin lisse (Cou- 
cou, Torcol). 

Becqué (Aigle Coq). — Blas. Se dit en parlant dj 
l'émail qui est différent de celui du corps. 

Béjaune. — Fauc. Faucon jeune et non affaité. 
(Voy. ce mot.) 

Blanc (de l'œuf). — A l'origine, il apparaît dans 
l'embryon sous la forme d'une masse hyaline composée 
d'albumine dont se recouvre Vovule (voy. ce mot) par 
couches successives pendant sa descente dans Voviducte. 
(Voy. ce mot.) 

Boulin. — Colomb. Synonyme de nichoir ou nid arti- 
ficiel. (Voy. ce mot.) 

Bourse de Fabricius. — Organe particulier à 
l'Oiseau, il est situé dans le cloaque. 

Bourse noire. — Membrane du nerf optique, plus 
généralement connue sous le nom de peigne. (Voy. ce 
mot.) 

Brachyptère. — Groupe d'Oiseaux dont les ailes 
sont impropres au vol. Ex. : les Plongeons, Manchots. 

Brailfement, brailler. — Exprime le chant et 
les cris du Paon. 

Branchiers. — Fauc. Faucons capturés à la sortie 
du nid, sur les branches, au moment où ils suivent la 
mère sans être encore en état de voler. 

Bras. — Chez l'Oiseau, est composé d'un seul os, 
Vhumerus. (Voy. ce mot.) 

Brayer, — Fauc. Sgnifie le bas-ventre des Faucons. 

Bréchet. — Crête longitudinale s'élevant du milieu 
du sternum. (Voy. ce mot.) Sa grandeur est proportionnée 
à la puissance du vol. Il n'existe pas chez les Oiseaux 
coureurs qui ne volent pas ou chez ceux dont le vol est 
imparfait. Chez certaines espèces, cette crête est creuse 
et sa cavité est occupée par un sac aérien. (Voy. ce mot.) 

Brévipennes. — Echassiers dont les ailes sont 
impropres au vol. Ex. : l'Autruche, le Casoar. 

Bride ou lore. — (Voy. lorum.) 

Brider. — Fauc. C'est mettre une bride à l'aile du 
Faucon. On dit aussi brider les serres; c'est lier ensemble 
deux serres de chaque patte ou main, pour l'empêcher 
de charrier sa proie. 

Buffeter. — Fauc. Le Faucon buffèle quand il heurlo 
sa proie en volant. 



Cacabement, cacaber. — Mot ancien servant à 
reproduire le chant de la Perdrix. 

Cagier. — Fauc. On appelait autrefois caç/ier le mar- 
chand de Faucons. 

Cailleteau. — Poussin ou jeune de la Caille. 

Calamus. — Tube corné, cylindrique, enfoncé dans 
la peau, situé à la base de la plume. II entoure l'âme de 
la plume (voy. ce mot) et présente à chacune de ses 
extrémités un petit orifice, les ombilics (umbilicus supe- 
rior et umbilicus inferior). 

Caliologie (y.a)tâ, nid d'Oiseau: Xôyo;, discours). — 



1L2 



LE NATURALISTE 



C'est la branche de l'Ornithologie qui étudie la situa- 
tion, la confection et les matériaux des nids. 

Camail, — S'emploie pour désigner la disposition de 
plumes simples, mais allongées, en forme de cravate, sur 
le cou de certaines espèces. Le Tangara à cravate noire 
(7'. alra), de Cayenne, tire son nom de cette conformation 
que l'on peut observer chez plusieurs races de Coqs 
domestiques. 

Canardière, — Chasse. Ce ternie est employé dans 
quatre sens : 1° l'étang que l'on dispose d'une certaine 
façon pour attirer les Canards sauvages ; 2° l'abri préparé 
par les chasseurs pour les guetter; 3° le bateau plat, de 
construction légère, qui sert à les poursuivre; 4° le fusil 
à longue portée spécial à cette chasse. 
Cane. — Femelle du Canard. 

Canette. — Blas. Petit Oiseau, sorte de Canard, re- 
présenté dans les armoiries sans bec, ni pattes (1) et de 
profil. C'est la femelle d'un Canard au cou un peu al- 
longé. Ex. : Poyane porte 3 canettes d'argent. 

Canon ou Os tarso-mctalarsien. — Constituela jambe 
de l'Oiseau ; os allongé, cylindrique, aplati en arrière, 
tenant lieu de tarse et de métatarse. S'articule avec les 
doigts par son extrémité inférieure. 

Cannelnde. — Faite. Préparation composée de sucre, 
de canelle et de moelle de Héron que les Fauconniers 
donnent à leurs Oiseaux destinés au vol des Hérons, pour 
les exciter à cette chasse. 

Capitalis (Pteryla). — Terme de Ptérylographie 
(Voy. ce mot) désignant la disposition de plumes sur la 
région de la tête. 

Caqueter. — Se dit du bruit guttural de la Poule 
quand elle va pondre. 
Cardia. — (Voy. pylore.) 

Caroncules. — Expansions charnues ou membra- 
neuses qui se trouvent, soit sur la tête soit sur le cou de 
certains Oiseaux : la plupart des Vautours, les Calaos, 
les Mainates, les Dindons, les Poules, les Faisans, les 
Pénélopes, les Casoars, quelques Echassiers (la Grue), 
des Canards (C. à tète grise); soit encore sur la poitrine. 
(Ex. : Céphaloptère). — Chez les Gallinacés surtout, les 
mâles en sont seuls pourvus. 

Case ou Boulin. — Colomb. Niche à Pigeons dans 
le Colombier. 

Ceinture pelvieime. — (Voy. membres pelviens.) 
Ceinture thoracio;ue. — (Voy. membres thora- 
ciqnes.) 

Cerceaux. — Fauc. Pennes des ailes qui précèdent 
la plus longue plume. 
Cervicale. — (Voy. Région et Vertèbres cervicales.) 
Cervix. — Région postérieure du cou au-dessous de 
la nuque. 

Chalazes. — Sont les deux pôles de la Membrane 
chalazifère. (Voy. ces mots.) 

Chalazon. — Cordon qui se trouve à chaque extré- 
mité du jaune de l'œuf; il est composé de trois globules, 
ou grandines, réunis et comme enfilés. 

Chambre «le l'œuf. — On désigne sous ce nom 
une sorte de réceptacle situé au gros bout l'œuf entre la 
tunique intérieure (Voy. ce mot) et la coquille. La 
chambre et les pores de la coquille facilitent l'introduc- 
tion de l'air qui est nécessaire au développement de 
l'embryon. 

(1) Cependant Pulliot et d'autres armoristes donnent aux 
canettes des becs et des pieds. 



Chanterelle. — Chasse. On nomme ainsi la femelle 
de Caille que l'on tient dans une cage pour que son cri 
attire les autres dans le piège. 

Chaperon. — Fauc. Coiffe ornée qui sert à couvrir 
la tête des Faucons, au moment du dressage. Le chape- 
ron est fait en cuir de couleurs vives. 

Chaperon de rust (Mauduyt). — Même significa- 
tion que le mot précédent. 

Chaperonné. — Fauc. et Blas. Quand la tète est 
couverte d'un chaperon ou coiffe. 

Chaperonner. — Fauc. C'est mettre le cJiaperon. 
(Voy. ce mot.) 

Chaperonnier. — Fauc. Faucon coiffé du chaperon. 
(Voy. ce mot.) 

Chapper (se). — Avic. On dit qu'un Oiseau se 
chappe, quand il est malade ; son plumage se hérisse et 
ses ailes deviennent traînantes. 

Chassoir. — Aut. Baguette de VAutoursier. (Voy. ce 
mot.) 

Chevaucher. — Fauc. Un Faucon chevauche quand 
il résiste au vent ou s'élève par secousses contre lui. 

Chevrottement, Chevrotter. — "Exprime le 
bruit singulier que produit la Bécassine quand elle prend 
son vol. L'origine et le but du chevrottement ne sont 
pas expliquées. Ce n'est pas un son laryngé. Serait-il 
causé par la vibrations déplumes, des rectrices externes? 
On l'admettait généralement. Mais cela n'est point dé- 
montré. 

Chiller. — (Voy. ciller.) 

Choane. — Fente supérieure de la bouche (ou cavité 
buccale) qui constitue l'orifice postérieur des narines (ou 
fosses nasales) chez l'Oiseau. 

Choucas. — Blas. « Espèce de Corneille très fré- 
quente dans les armes des familles du comté de Cor- 
nouailles en Angleterre.» (V. Rietstap.) 

Chouette. — Blas. « Espèce de hibou qui a la tête 
toujours posée de front, dans les armoiries.» (V. Riets- 
tap.) 

Cicatricule ou Germe de l'œuf*. Tache lenti- 
culaire, blanchâtre, qui apparaît dans l'embryon, sur 
un point de la surface du vitellus nutritif. Elle repré- 
sente le vitellus germinatif; après la fécondation, elle 
se segmente et forme ce qu'on appelle les feuillets blasto- 
dermiques. 

Ciller, ou Chiller ou Siller. — Fauc. Opération 
qui consiste à relever à l'aide d'un fil les paupières in - 
férieures du Faucon ; celui-ci ne voit plus qu'en avant. 

Cils. — (Voy. barbicelles.) 

Cire. — Membrane épaisse, cartilagineuse, diverse- 
ment colorée, qui recouvre la base du bec; surtout déve- 
loppée chez les Oiseaux de proie (nocturnes), en outre 
chez l'Aigle, la Buse, les Gallinacés comme la Poule. Elle 
présente différentes formes. La cire est ordinairement à 
caroncules chez les Rapaces; renflée, c'est-à-dire avec des 
excroissances, chez les Perroquets ; mamelonnée chez 
les Poules d'eau ;nue, soit à surface unie, chez plusieurs 
espèces de Faucons. 

F. DE SCHAECK. 

(A suivre.) 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — 1MPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE 17. 



1843 



15 a ANNÉE 



2 e Série — IV 1 49 



15 MAI 1893 



ETHNOGRAPHIE 

DE LA REGION ORIENTALE DU CONGO FRANÇAIS 

D'APRÈS LES V OYAGES D E NI. DYBOWSKI 

La population du Congo français se compose de diffé- 
rents éléments que l'on parvient à connaître peu à peu, 
grâce aux renseignements recueillis par nos infatigables 
et hardis voyageurs. Dans la partie occidentale de 
notre colonie, la majorité de la population est formée de 



des races pyg'mées. On peut dire que, sauf les Bochi- 
mans, les Berbers et les Ethiopiens, toutes les princi- 
pales populations africaines sont représentées dans 
cette région. C'est précisément à cause de ce fait que le 
voyage de M. Dybowski acquiert une grande valeur pour 
l'anthropologie. Ses observations si bien faites, con- 
firment pleinement les prévisions des savants, basées 
sur les indications des voyageurs concernant les régions 
qui entourent la partie de l'Afrique parcourue par 
M. Dybowski et représentée, il' y a encore un an, par 




Fig. — Coiffure, ceinture, oreiller en bois, pipes, peignes, épingles, colliers, etc. (Dessin de S. Hugard, d'après nature.) 



différentes tribus de Fan ou Ossieba, et de quelques 
autres peuplades, Datckés, Bakamba, Okanda, etc., appar- 
tenant comme les Fan à la même grande famille de 
Nègres Bantous. Il y a relativement une grande uni- 
formité de type et de langue dans cette région. Seules 
quelques rares peuplades du bassin de l'Ogooué comme les 
Adournas présentent quelques particularités qui les font 
rattacher plutôt à une race issue des pygmés ou Akkas 
de l'Afrique centrale. Par contre, la partie orientale ou, 
pour préciser, le nord-estdenos possessions, notamment 
le bassin du haut et moyen Oubanghi, avec les pays si- 
tués plus au nord, est une région où viennent se heurter 
les trois grandes familles de peuples habitant l'Afrique : 
les Nègres Bantous au sud, les Nègres du Soudan ou Ni- 
gritiens au nord-ouest, et les Niam-Niam au nord-est. 
En outre, on y rencontre, disséminées par îlots, les popu- 
lations de race Foulbe ou Peul, des Arabes et peut-être 
Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 



une tache blanche sur la carte. 

II est superflu de donner ici des détails sur le voyage 
du vaillant explorateur; tout le monde les connaît plus 
ou moins. Rappelons seulement brièvement son itiné- 
raire. Envoyé au commencement de 1891 à la recherche 
de Crampel, il apprend, à Brazzaville, la fatale nouvelle 
de l'assa&sinat de cet explorateur. Il prend aussitôt le 
parti de châtier les coupables et de retrouver, si possible, 
les restes de la mission. Il remonte l'Oubanghi jusqu'au 
poste des Ouaddas (par 4° 56' lat. N. et 16° 47' longit. E.). 
A partir de ce point, il explore le bassin de la rivière 
Ombella, puis celui du Kema, principal affluent de droite 
de l'Oubanghi et fonde sur le bord de ce cours d'eau 
le poste de Kema (G 15' lat. N.). Ceci fait, et poursuivant 
son but principal, la recherche des assassins de Crampel, 
il remonte encore l'Oubanghi jusqu'à Bombé et se dirige 
alors out droit au nord, passe la ligne de partage des 




114 



LE NATURALISTE 



eaux entre le bassin du Congo et celui du lac Tchad et 
arrive sur les bords du Ghari, tributaire de ce lac. Là il 
rencontre la bande des musulmans qui a commis le 
crime, la met en déroute et s'empare des documents de 
la mission Crampel qui étaient entre les mains du chef 
de la bande. Après avoir ainsi accompli sa mission et 
recueilli une foule de renseignements et d'observations 
scientifiques, surtout en ce qui concerne la botanique, 
M. Dybowski revient en France en suivant à peu près 
le même itinéraire. 

Les populations que le voyageur avait rencontrées dans 



sulmanes, formés de Nègres soudaniens, de Foulbes ou 
Peuls et d'Arabes plus ou moins métissés avec ces deux 
peuples. Ainsi un fait important est établi par ce voyage : 
la haute vallée de l'Oubanghi, à partir du poste de Ouad- 
das, où le cinquième degré de latitude nord, sert de limite 
entre les populations Bantous et les Niam-Niam. Ceci dit 
passons rapidement en revue les peuplades rencontre'es 
par M. Dybowski dans son voyage. 

Les Loangos de la côte offrent une assez grande variété 
dans leur type physique ainsi que dans leurs mœurs ; on 
sent qu'on a là affaire à une population très mélangée. 




Fig. 2 . — Armes (dessin de S. Hugard, d'après nature). 



la basse vallée du Congo d'abord, puis sur les rives de 
l'Oubanghi jusqu'au cinquième degré de latitude nord, 
c'est-à-dire jusqu'à la limite septentrionale de la grande 
forêt équatoriale, appartiennent toutes à la grande famille 
Bantou. Ce sont d'abord, sur la côte, les Loango, peuplade 
mélangée par suite de l'immigration de différents autres 
éléments nègres, puis les Batékés et les Boubanghi sur le 
Congo, elles Bondjos surl'Oubanghi. Mais, aussitôtfranchi 
les derniers taillis de la forêt, on arrive sur le haut plateau 
herbeux qui domine au nord l'Oubanghi et qui est peu- 
plé d'une race différente, apparentée aux Niam-Niam. 
Ce sont les Handziri et les Langouassi au voisinage de 
l'Oubanghi; puis, plus au nord, les Dakoa, les Ngapom et 
autres, dont l'habitat et déjà très proche de la vallée 
duCharietdes régions parcourues parles bandes mu - 



D'après nos propres observations sur un Loango de 
M'Gola, faites en 1889, ainsi que d'après les descriptions 
de Falkenstein et de Zintgraff, ce sont en général, 
des gens de taille au-dessus de la moyenne et sous-doli- 
chocépales (1). D'après M. Dybowski, les Loangos offrent 
au point de vue moral un mélange de traits qui leur sont 
particuliers avec une foule de caractères d'importa- 
tion résultant de leur contact avec les Européens. Ils sont 
intelligents, mais portés au vol; ils excellent dans les tra- 
vaux d'imitation et sculptent remarquablement le bois et 
l'ivoire. Ils sont surtout employés comme porteurs entre 
la côte et Brazzaville ; on les paye en monnaie courante 

(1) Voir pour plus de détails : Deniker et Laloy, Les races 
exotiques à l'exposition ; l'Anthropologie, 1890, p. 227. 




LE NATURALISTE 



115 



du pays, c'est-à-dire eh eau-de-vie, dont ils abusent tant 
qu'ils peuvent. Fétichistes, ils se convertissent assez faci- 
lement au christianisme, qu'ils abandonnent d'ailleurs 
aussitôt qu'ils sont en dehors de l'influence immédiate 
des missionnaires. Les Loangos, hommes et femmes, 
sont vêtus indistinctement de pagnes de bananier (fig. 1 
à gauche) ; mais ils préfèrent les pagnes d'étoffes euro- 
péennes. Tous ils sont tatoués au visage, sur le thorax, 
sur le ventre, etc. 

Les populations qui vivent un peu plus àl'est, les Bakouny 
ou Bakounghë ressemblent beaucoup aux Loangos. Elles 



leur territoire et celui des Bacamba (fig. 3 en haut). Les' 
chefs portent les cheveux très longs, en forme de chi- 
gnon maintenu sur la tête par un petit rond d'osier. Ils 
aiment tous les ornements et portent d'énormes colliers 
en laiton (voir fig. 1 à gauche). Les femmes se parent 
également de bracelets et de bagues (fig. 1 en bas) ; en 
deuil elles portent des pagnes noirs et se teignent la 
figuré eïi noir. Quant à la couleur de la peau des Baté- 
kés, elle est d'un teint brun-chocolat et pas d'un noir 
brillant, comme par exemple celle des Yoloffs ou des 
Toucouleurs. La taille des Batékés est au-dessous de la 




Fig. 3. — Fétiches, instruments de musique, poignards avec gaine, etc. (Dessin de S. Hugard, d'après nature.) 



doivent être probablement apparentées aux Bacongo, aux 
Bacamba, aux Cacongo qui s'étendent entre la côte et le 
cours inférieur du Congo jusqu'à Brazzaville. D'après les 
différents documents que nous avons pu réunir, ces popula" 
tions sont, comme les Loangos, sous-dolichocéphales, 
d'une taille au-dessus de la moyenne. Mais, en amont de 
cette ville, on rencontre déjà une population différente : 
les Batékés qui se distinguent par leur taille plus élevée, 
leur tronc plus robuste et par leurs tatouages qui for- 
ment plusieurs rangées de traits parallèles sur les joues. 
Ils ont peu de goût pour l'agriculture ; mais ils voyagent 
beaucoup, faisant le commerce de l'ivoire qu'ils échan- 
gent contre du bétail, absent dans leur pays. Ils sont 
fétichistes, mais peu fanatiques ; leurs fétiches ressem- 
blent à ceux des Babembé, peuplade qui stationne entre 



moyenne (1 m. 64 d'après les mesures de Mense); ils 
sont franchement dolichocéphales. 

En remontant toujours le grand fleuve on rencontre 
ensuite les Boubanghi ou Ba-Fourou, qu'on peut recon- 
naître parmi les autres peuplades par leur tatouage : un 
gros bourrelet de chair à chaque tempe et au milieu du 
front. Leur coiffure n'est pas moins caractéristique, ni 
moins bizarre : les cheveux sont tressés en nattes et di- 
visés en trois cornes : une frontale et deux temporales. 
Les chefs portent aussi un casque ou une calotte en peau 
de singe (fig. 1, en haut). Les hommes et les femmes sont 
habillés d'un pagne en écorce battue orné de dessins 
fort gracieux (fig. 1, en haut à droite); les femmes por- 
tent aussi quelquefois des ceintures en graines de bali- 
sier (fig. 1 , en haut sous la coiffure). De gros colliers mas- 



116 



LE NATURALISTE 



sifs en laiton (fig. 1, adroite), pesant souvent jusqu'à 
8 kilogrammes, sont porte's par les hommes riches comme 
ornement. De même que les Batékés, cette peuplade 
emploie, en guise d'oreiller, une espèce de banquette en 
bois, souvent très artistement sculptée (fig. 1, en bas), 
qui rappelle les objets analogues des anciens Égyptiens, 
des Polynésiens et des Japonais. D'ailleurs beaucoup 
d'objets, par exemple les pipes enterre noire avec le tuyau 
en corne (fig. 1, au milieu), sont presque de même modèle 
chez les Boubanghi que chez les Batékés. La population 
Boubanghi est très commerçante; les hommes font de 
continuelles excursions dans les pays voisins, surtout 
pour y acheter des esclaves, dont une grande partie est 
revendue aux Bondjos, peuplade anthropophage qui ha- 
bite sur les bords de l'Oubanghi. Un esclave vaut dans 
ces parages de Î5 à 10 francs. On les traite généralement 
assez bien, mais parfois on en sacrifie quelques-uns 
pendant les fêtes religieuses ; leurs têtes sont gardées 
et servent, les jours de grande fête, à orner la case du 
chef. Les Boubanghi voyagent dans de longues pirogues 
creusées dans un seul tronc d'arbre, extrêmement légères ; 
les pagayeurs s'y tiennent debout pour ramer. Les cases 
sont faites de joncs tressés recouverts de chaumes; elles 
se distinguent facilement des cases carrées que l'on ren- 
contre chez les voisins des Boubanghi, habitant plus au 
Nord, les farouches Bondjos. 

Ces derniers sont des anthropophages avérés. Ils achè- 
tent pour leur consommation personnelle la chair vivante 
que leur vendent leurs voisins. Fait très rare, ils sont 
cannibales, non par nécessité ou superstition, mais 
par goût. Les couteaux qui servent aux exécutions des 
malheureuses victimes de cet usage cruel ont en général 
les formes les plus fantastiques (fig. 2, en bas). Il faut 
dire que dans ces tueries on épargne en général les fem- 
mes, mais cela tient uniquement à ce qu'elles sont d'un 
prix plus élevé que les hommes. Les Bondjos sont de taille 
élevée et très prognathes. Comme la plupart des popula- 
tions du bassin du Congo, ils mutilent leurs dents; seu- 
lement, au lieu de limer en pointe les incisives, comme 
le font les Batékés, ils les arrachent, ce qui donne un 
aspect horrible à leurs figures quand ils ont la bouche 
ouverte. De plus, ils s'arrachent les cils et se rasent 
complètement la tête, gardant à peine quelquefois une 
ou deux bandes de cheveux sur le vertex. Les femmes 
relèvent les cheveux sur la nuque en les maintenant avec 
des peignes et des épingles (fig. 1, à gauche en bas). Les 
colliers en laiton massif en dents d'animaux ou 
d'homme, en perles métalliques, etc., sont très communs. 

C'est dans le bassin supérieur de l'Oubanghi, à la hau- 
teur du 5 e degré de latitude Nord qu'on entre dans la ré- 
gion habitée par les races qui se rattachent à la même 
souche que les Niam-Niam. Les mœurs subissent alors 
une transformation; on n'entend plus parler d'anthropo- 
phagie, la population est douce, hospitalière et, n'ayant 
>amais encore vu d'Européens, garde ses qualités origi- 
nelles. La première de ces peuplades, que l'on rencontre 
en venant du sud, est celle des Bandziri, sur les deux 
rives de l'Oubanghi, en amont de son confluent avec le 
Kemo. Ils sont grands, bien faits ; leur nez est droit, 
proéminent, leurs lèvres minces, leurs cheveux très longs 
el moins crépus que ceux des Nègres en général. La cou- 
leur de la peau est d'un brun cuivré. Les traits sont fins 
et beaucoup de femmes sont même jolies, avec leur che- 
velure, qu'elles soignent par-dessus tout et qu'elles por- 
tent en natte qui leur tombe jusqu'aux talons. Les Band- 



ziri sont très intelligents et gais ; ils aiment beaucoup la 
musique et se servent de plusieurs instruments : corne, 
tambour, harmonica en bois, voire même des cloches 
en fer forgé (fig. 3, en haut et à gauche). Ils chassent 
l'antilope à l'aide d'un harpon spécial (fig. 2, en bas). Une 
autre population du même groupe, les Langouassi, est re- 
marquable par sa passion pour les ornements. Ils per- 
cent la lèvre supérieure en trois ou quatre endroits pour 
y introduire des baguettes de quartz (fig. 1, en bas à 
droite); les ailes du nez portent des ornements en étain 
(fig. 1, à gauche des baguettes) et la lèvre supérieure est 
traversée de fétus de paille et de morceaux de bois, qui 
ont souvent les dimensions d'une pièce de 2 francs. 
Aussi cet ornement étrange modifie-t-il complètement 
leur langage, qui est comme un bredouillement confus. 
Les Totbas, les Dakoa, les Kroumas, qui vivent plus au 
nord, enfin les Ngapous du bassin du Chari, forgerons 
habiles (1), présentent beaucoup de ressemblance avec 
les Langouassi, et par conséquent avec les Niam-Niam, ; 
aussi bien au point de vue du type qu'au point de vue 
des mœurs et coutumes. Leurs cases arrondies, surmon- 
tées d'une espèce de tourelle ont la même forme que 
celles des Niam-Niam; leurs instruments de musique, les 
lyres en bois recouvertes de peau (fig. 3, à droite), leurs 
poignards (fig. 3, en bas, à droite et à gauche), leurs 
brassards en fer forgé (fig. 2, en bas), leurs boucliers (fig. 2, 
au centre), leurs flèches (id.), souvent empoisonnées par 
le suc d'une Euphorbiacée, et surtout leurs armes de jet 
qui affectent les formes les plus capricieuses (fig. 2, au 
centre et en haut, à droite et à gauche) sont absolument 
identiques à ce que l'on voit chez les Niam-Niam. D'ail- 
leurs ces derniers ne sont pas loin : à 2 degrés de longi- 
tude plus à l'Est, le voyageur russe Junker, puis le belge 
Van Gèle ont constaté encore, en 1883 et en 1890, la pré- 
sence des populations de Nsakkara et des Bandja appar- 
tenant à la famille Niam-Niam. C'est ainsi que le voyage 
de M. Dybowski permet de prolonger avec sûreté beau- 
coup plus à l'ouest qu'on ne le pensait jusqu'à présent 
le groupe ethnique intéressant des Niam-Niam. 

J. Deniker. 



PHOTOGRAPHIE 



POSITIFS OPALES 



M. Ganichat indique un procédé fort ingénieux pour 
obtenir des positifs opales d'une grande beauté sans, 
pour cela, être obligés de se servir de plaques de verre ou 
de porcelaine opaque, dont l'emploi est souvent fort 
onéreux; c'est là ce qui constitue l'originalité du nou- 
veau procédé. 

Il faut d'abord se procurer des pellicules au gélatino- 
bromure, lentes ou extra-rapides, peu importe. On choi- 
sira de préférence celles qui ont un support épais, 
comme les pellicules Carbutt, ou les pellicules auto-ten- 
dues de Planchon qui, jusqu'ici, paraissaient donner les 
meilleurs résultats, et qui se conservent parfaitement 
planes une fois sèches. 

(1) Ce sont eux surtout qui fabriquent ces plaques de fer 
Ghindja) en forme de pelle, longues de 20 à 30 centimètres, 
qui servent d'unité monétaire dans toute la région du haut 
Oubanghi; les pièces divisionnaires sont des petites flèches en 
métal, des anneaux de fil de laiton et des petits clous (fig. 3, en 
bas) ; c'est la monnaie courante dans toute cette région de l'A- 
frique. 



LE NATURALISTE 



117 



Dans le laboratoire éclaire' à la lumière rouge on 
plonge ces pellicules, que l'on a choisies de la même di- 
mension que le cliché à imprimer, dans la solution sui- 
vante : 

Acide nitrique 1 

Nitrate d'argent 3 

Eau 100 

11 faut tremper chaque pellicule l'une après l'autre, et 
la laisser immergée deux ou trois minutes. On la retire 
alors et on la suspend par un coin pour la faire sécher; 
on immerge ensuite une autre pellicule. 

Lorsqu'on en a trempé le nombre voulu, et qu'elles 
sont égouttées, on les enferme dans une boîte en bois à 
double paroi, à laquelle on a ménagé des courants d'air 
pour les faire sécher, sans pour cela laisser passer la 
lumière. 

Si l'on ne possédait pas de boîtes de ce genre, il suffi- 
rait de se servir d'une boîte quelconque en bois, dans 
laquelle on placerait les pellicules et qu'on arrangerait 
de façon que le fond soit tourné du côté de la porte 
du laboratoire. Le côté ouvert de la boîte sera ainsi 
tourné du côté opposé à la porte et sera recouvert d'une 
simple étoffe noire. 

On quitte alors le laboratoire, le plus prudemment 
possible pour y laisser pénétrer peu de lumière, car les 
plaques doivent sécher dans l'obscurité. 

Dans un intervalle de deux à cinq heures, elles sont 
complètement sèches, et, en cet état, elles ne se con- 
servent pas plus de huit à dix jours : il convient donc, 
pour ce motif de ne pas en préparer à l'avance une trop 
grande quantité. 

Pour obtenir le positif, on applique l'envers de la pelli- 
cule, c'est-à-dire le côté non sensible, contre la couche 
du cliché, ce qui donne un léger flou, un certain vapo- 
reux, d'un aspect très artistique, surtout pour le portrait. 

On recouvre le côté sensible de la pellicule avec une 
étoffe noire, puis on enferme le tout dans un châssis po- 
sitif qu'on enferme dans un voile noir. On porte le tout 
à la lumière diffuse, on découvre le châssis, et l'on ex- 
pose pendant 15 à 30 secondes, suivant l'opacité du cli- 
ché que Ton emploie. 

Si le positif est destiné à être vu par transparence, il 
faut lui donner une pose un peu plus longue, et même 
double, afin qu'il possède l'intensité nécessaire. Le châs- 
sis, après la pose, est de nouveau enveloppé dans le 
voile noir et porté dans le laboratoire où va s'effectuer 
le développement. 

A cet effet, et avant de le découvrir, nous préparons 
la solution suivante : 

Sulfate de fer 10 

Acide acétique i à 5 

Eau 100 

La pellicule est plongée dans cette solution, et l'image 
apparaît de suite, brillante et exempte de voile. Aussitôt 
qu'elle a atteint l'intensité nécessaire, on la retire et on 
la fixe. 

Le bain ci-dessus donne une magnifique teinte violet 
noir. Si l'on voulait obtenir un autre ton, il suffirait de 
ch.mger l'acide du révélateur, ou bien de se servir de la 
solution ci-après, qui donne un ton brun noir magni- 
fique : 

Acide pyrogallique 2 

Acide gallique 1 

Eau 100 

On procède comme ci-dessus, et, aussitôt que l'image a 



atteint l'intensité nécessaire, on retire l'épreuve, on la 
lave et on la fixe dans le bain suivant : 

Hyposulfite de soude 30 

Eau 100 

Ici, l'on remarquera que la pellicule est beaucoup 
plus longue à fixer que les plaques ; cette opération 
pourra demander de 20 à 30 minutes. Pour s'éviter l'en- 
nui d'attendre dans le laboratoire, on pourra recouvrir 
la cuvette dans laquelle s'effectue le fixage, d'un cou- 
vercle de boîte de plaques, et jeter sur le tout un voile 
noir. On peut alors sortir impunément du laboratoire. 

Au bout d'une demi-heure environ, on vient retirer les 
plaques, on les lave et on les met à sécher. 
Nous venons d'obtenir ainsi un positif sur pellicule. 
Pour le convertir en positif opale, il suffira d'appliquer 
au dos de la pellicule l'émulsion que nous préparerons 
de la manière suivante : 

Faire d'abord gonfler 5 grammes de gélatine blanche 
dans de l'eau, puis la dissoudre au bain-marie dans la 
solution ci-après : 

Chlorure de baryum 6 

Eau 100 

Une fois la gélatine complètement dissoute, nous y 
verserons, en agitant bien pour diviser le précipité pro- 
duit, la solution dont voici la formule : 

Sulfate de soude 15 

Gélatine. 8 

Eau 100 

On étend directement le liquide obtenu à l'envers de 
la pellicule, et aussitôt que la gélatine a fait prise on 
met le tout à sécher à l'air. 

Une fois sèche, la pellicule offre l'aspect d'un positif 
sur verre opale, tout en ayant plus de finesse et une 
grande douceur. 

Si l'on a bien suivi les quelques indications que nous 
avons données, si la pose a été juste, et si la plaque n'a 
point vu le jour dans le châssis, le résultat obtenu est 
parfait et beaucoup plus artistique que celui qu'on ob- 
tient avec les plaques opales. Aussi conseillons-nous ce 
procédé original à tous les amateurs et espérons-nous 
qu'ils seront satisfaits du résultat. 

AGRANDISSEMENT D'UN CLICHÉ PAR EXTENSION 
DE LA PELLICULE 

M. H. Duchesne a indiqué le procédé suivant qui per- 
met de transformer un cliché 9 X 12 en un 13 X 18. 

Le cliché, complètement terminé et séché, est plongé 
dans une cuvette contenant de l'eau acidulée à 5 0/0 par 
de l'acide chlorhydrique. Au bout de deux minutes on 
peut commencer à détacher la pellicule en la roulant 
sous le doigt et en commençant par un angle. La pelli- 
cule ainsi décollée n'est guère allongée que de 1/10. On 
la prend alors avec précaution entre les doigts et on la 
plonge dans une cuvette plus grande, contenant de l'eau 
froide, et au fond de laquelle on a placé une glace préa- 
lablement nettoyée. La pellicule s'allonge alors sponta- 
nément et régulièrement dans tous les sens, à tel point 
qu'en une minute sa surface a doublé. 

Il faut saisir habilement cet instant pour faire écouler 
l'eau et recueillir la pellicule sur la glace, qu'on relève 
lentement. Il ne reste plus qu'à égoutter et à sécher. 
L'image ayant perdu de son épaisseur, le cliché agrandi 
sera plus doux qu'auparavant ; il suffira de renforcer, si 
c'est nécessaire. 

E.-N. Santini de Riols. 



us 



LE NATURALISTE 



Cocon anormal de Saturnia Pyri 



Il arrive assez souvent que les chenilles que l'on élève 
en captivité, soit pour étudier leurs mœurs, soit pour 
obtenir le papillon, modifient leur manière de vivre ha- 
bituelle si le milieu dans lequel on les a placées n'est 
pas entièrement à leur convenance. 

C'est ainsi que telle ou telle chenille qui se métamor- 




Fig. i. — Chenille do Saturnia Pyri. 

phose habituellement sous les écorces ou sous les chape- 
rons de murs, se chrysalidera fort bien entre des feuilles 




Si, lorsque cette même chenille a commencé à filer, 
on s'amuse à défaire son ouvrage, elle recommence pa- 
tiemment à travailler, et cela, plusieurs fois de suite. 
Cependant, si on prolonge l'expérience pendant quelques 
jours consécutifs, elle finit par se lasser, et, n'ayant 
plus, sans doute, l'énergie nécessaire pour continuer un 
travail évidemment très fatigant, elle abandonne son 
ouvrage et, lorsque ce surcroît de travail n'a pas été 
suffisant pour l'épuiser et la faire mourir, elle se chry- 
salide où et comme elle le peut. 

Dans ce cas, le papillon auquel elle donne nais- 
sance est de petite taille et, le plus souvent, rachi- 
tique ou difforme. 

Si, ne poussant pas l'expérience aussi loin, on 
laisse la chenille achever son œuvre, on obtient la 
plupart du temps un cocon pluspetitque les cocons 
normaux. Les fils de soie sont plus minces et plus 
fins, et présentent à la fois moins de résistance et 
une coloration plus pâle que d'habitude. 

Ce cocon offre parfois aussi un aspect tout autre 
que celui qu'il affecte ordinairement. On peut même, 
dans une certaine mesure, diriger le travail de l'in- 
secte et obtenir des' cocons 
d'une forme déterminée en 
forçant la chenille à filer, 
dan s un espace restreint et 
délimité, en un mot, d'où il 
lui est impossible de sortir et 
d'opérer comme elle le ferait 
à l'état libre. 




Fig. 2. — Grand Paon de nuit. Saturnid ryri. 



Fig. 3. — Chrysalide de S. Pyri. 



ou même simplement au fond d'une boîte si les parois i Les chenilles de grande taille se prêtent assez facile- 
du récipient où elle a été enfermée ne lui permettent ment à ces sortes d'expériences. C'est ainsi qu'une ohe- 
pas de s'y maintenir assez solidement ou d'y faire adhérer ' nille de Saturnia pyri, que j'avais enfermée dans une 




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: "-~"->j\:. § f\ -s .-" ; v 

Fig. 4. — Cocons normal de S. Pyri. 




Fig. 5. — Cocon anormal de S. Pyri. 



les fils de soie qui doivent constituer son cocon ou sou- 
enirla chrysalide. 



petite boîte ronde, m'a donné un cocon anormal d'une 
forme assez curieuse et même d'un aspect assez élégant 



LE NATURALISTE 



119 



dont je crois intéressant de donner ici la figure et une 
courte description. 

Ce cocon affecte la forme d'une coupe sans pied, à 
fond parfaitement rond. L'intérieur est très lisse et doux 
au toucher. L'extérieur, qui laisse voir tous les fils de 
soie, est un peu rude; il est même un peu plus grossier 
que ne l'est d'habitude l'extérieur des cocons normaux 
de cette espèce. Tout le pourtour offre un rebord à peu 
près régulier qui s'est moulé sur le pourtour même de 
la petite boîte dans laquelle j'avais placé ma chenille. 

Enfin, sous ce rebord et faisant tout le tour de la 
coque, une sorte de ruban large de 4 à 5 millimètres et 
composé de fils de soie enchevêtrés. 

Autre particularité : cette coque est restée d'un blanc 
presque pur, alors que les cocons habituels de S. pyri, 
blancs lorsqu'ils viennent d'être filés, prennent au bout 
de quelques heures cette coloration brune que tout le 
monde leur connaît. 

Il est aisé de voir à première vue combien est grande 
la différence entre cette coque bizarre et un cocon nor- 
mal de S. pyri (Voir fig. 4 et 5). Apparemment, la Che- 
nille ne paraissait pas avoir énormément souffert du 
travail considérable auquel il lui avait fallu se livrer, 
car la chrysalide ne présentait que de très légères défor- 
mations aux pattes antérieures. Cependant, je n'ai pu 
conserver cette dernière jusqu'à l'époque de sa méta- 
morphose en papillon. Il me paraît probable que celui- 
ci aurait été plus ou moins avorté. 

Louis Pianet. 



VOCABULAIRE ORNITHOLOGIQUE 

(Suite.) 



Cirrhatus. — Les anciens auteurs désignaient de 
cette manière les plumes longues, étroites, terminées en 
pointe et flottantes sur le devant du cou chez certains 
Oiseaux (Avis cirrhata). Ex. le Coq, notre Etourneau et 
plusieurs espèces de Troupiales. 

Ciseler. — Colomb. Opération qui consiste à couper 
les barbes des premières plumes de l'une des ailes d'un 
Pigeon pour l'empêcher de voler. 

Clair (Œuf). — œuf qui n'a pas été fécondé. 

Classification caliologique, ou classement des 
nids d'Oiseaux. (Voy. Caliologie.) 

Classification oologiqne ou classement des 
œufs des Oiseaux. 

Classification ornithologique, ou classement 
des Oiseaux. 

Clefs. — Fauc. Signifient les ongles des doigts des 
Faucons. 

Cliquettes. — Colomb. Sont les barreaux légers en 
bois ou en fer qui ferment l'entrée du Colombier et que 
le Pigeon soulève quand il veut y pénétrer. 

Cloaque. — Chez l'Oiseau, poche de forme variée, 
ordinairement globuleuse, terminant l'intestin par où 
s'évacuent les excréments, l'urine et les produits de la 
génération. 

Cluse. — Fauc. « Sorte de cri dont se sert le faucon- 
nier pour exciter les Chiens, quand l'Oiseau a remis la 
Perdrix dans le buisson » (Mauduyt). 

Coassement, Coasser. — Attribué aux sons que 
produisent les Corbeaux. 



Coins. — Fauc. Désignent les côtés de la queue du 
Faucon. 

Col de Cygne. — Blas. Attribué à une tête et à un 
cou de Cygne. 

Colifichet. — Avic. Désigne une sorte de biscuit que 
l'on donne aux Oiseaux de volière. 

Colombe. — Blas. « Oiseau qui paraît dans l'écu de 
« profil; son émail particulier est d'argent; il y en a 
« cependant de différents émaux, excepté de sable, parce 
« que celles qui sont de cette couleur, prennent le nom 
« de Tourterelles. » (Voy. ce mot.) Ex. : Palomèque (Es- 
pagne) porte une Colombe d'argent. 

Colombophile. — Amateur de Pigeons et de tout 
ce qui se rapporte aux Pigeons. 

Colombophilie. — Art d'élever et de dresser les 
Pigeons pour porter des messages. 

Du temps des Pharaons, les mariniers se servaient des 
Pigeons en approchant de terre pour annoncer leur arri- 
vée à leur famille. Les Grecs proclamaient par leur 
intermédiaire les noms des vainqueurs aux jeux olym- 
piques. Depuis un demi-siècle la colombophilie a pris 
un grand développement dans nos pays. Pendant le siège 
de Paris, l'usage des dépèches par Pigeons rendit de 
très grands services. En 1874,1e Moniteur universel orga- 
nisa un service régulier de Pigeons qui, chaque jour, de 
quart d'heure en quart d'heure, apportait de Versailles 
les délibérations de l'Assemblée nationale. 

Aujourd'hui, des sociétés colombophiles se sont for- 
mées dans les divers pays. On a créé des colombiers 
spécialement militaires. On fait chaque année le recense- 
ment. En 1878, on installa au Jardin zoologique d'Accli- 
matation un magnifique colombier qui attire l'attention 
de tous les visiteurs. Il peut contenir plus de 200 couples, 
qu'on pourra au besoin répartir entre les diverses places 
fortes. 

Commissure (du bec). — Terme désignant la 
ligne de jonction formée par l'application l'une contre 
l'autre des deux mandibules. 

Conirostre (conus, cône ; rostrum bec). — Division 
établie en 1806 par Duméril dans l'ordre des Passereaux, 
basée sur la forme conique et non échancrée du bec. 
Correspond aux Granivores et à une partie des Omni- 
vores de Temminck. Ex. : Corbeau, Rollier, Alouette, Moi- 
neau. 

Contourné (Vol). — Blas. (Voy. art. vol.) 

Convoyeur. — Colomb. Personne chargée d'accom- 
pagner les Pigeons messagers, de les soigner et de les 
lâcher aux localités désignées. 

Coq. — Blas. Sur les armoiries, «il est toujours re- 
« présenté de profil; il est chantant lorsqu'il a le bec 
« ouvert, hardi lorsqu'il lève la patte. Il peut être becqué, 
« crête, barbé et membre d'un autre émail que celui dé 
« son corps. Quand il fait la roue comme un Paon, on 
« l'appelle Coq en amour. » (V. Rietstap.) 

Coquard. — Nom vulgaire du métis du Faisan et de 
la Poule de basse-cour (D'Orbigny). Mais on s'en sert 
dans un autre sens. 

Il s'applique aux vieilles femelles de certaines espèces 
qui ne pondent plus et revêtent un plumage se rappro- 
chant de celui du mâle. Levaillant constata que la Veuve 
à épaulettes rouges, femelle, prenait parfois en vieillis- 
sant la livrée du mâle, et Dufresne a vu des femelles de 
Cotingas se parer du plumage particulier aux mâles. Des 
communications récentes de MM. V. Fatio, A.-B. Meyer, 
et d'autres naturalistes, signalent des exemples chez le 



120 



LE NATURALISTE 



Tétras urogalle. Enfin, on a noté que quelques-uns de 
nos Passereaux subissent parfois la même métamor- 
phose. Ex. : le Pinson, le Rossignol de murailles, l'Étour- 
neau, etc.. 

L'âge et la stérilité y contribuent. — Le coquard (hy- 
bride) ne reproduit pas. 

Coquille. — Coque calcaire composée de carbonate 
de chaux, de phosphate de chaux et de gluten animal qui 
revêt l'œuf. Chez les Oiseaux, elle est blanche, uniforme 
ou de coloration variable d'une espèce aune autre. Elle 
est assez dense et dure pour supporter le poids de 
l'Oiseau qui couve et en même temps perméable soit à 
la chaleur de la couveuse soit à l'air qui entretient la 
vie chez l'embryon par l'intermédiaire de Vallantoïde. 
(Voy. ce mot.) 

Corbin. — Blas. Sorte de Corbeau représenté dans 
les armoiries. Ex. : Lavedan porte d'argent à 3 corbins 
de sable. 

Coquîllère (membrane). — Coque calcaire de 
l'oeuf qui se forme en dehors d'une membrane blanche, 
résistante, enveloppant Y albumen. (Voy. œuf.) 

Coracoïdien. — Os qui descend de Yomoplate au 
sternum (Voy. ce mot). 

Corbeau. — Blas, Paraît dans l'écu de profil, 
arrêté sur ses jambes; son émail particulier est le sable. 

Corbillat. — Nom donné aux petits des Corbeaux. 

Cormoran, — Blas. Oiseau fréquemment représenté 
dans les armoiries. 

Côtes. — Chez l'Oiseau, leur nombre est le même 
que celui des vertèbres dorsales (sept à onze). Elles sont 
larges, peu épaisses, et s'articulent d'une part avec les 
vertèbres auxquelles elles correspondent, et d'autre part 
avec le sternum (voy. ce mot) par l'intermédiaire d'un os 
spécial. Toutes, à l'exception de la première et de la der- 
nière, ont sur le bord supérieur une apophyse uncinée. 
(Voy. ce mot.) Elles se divisent en deux catégories : côtes 
vertébrales et sternales. 

Courcaillet. — Sorte d'appeau dont les piégeursse 
servent pour attirer les Cailles. 

Couronne. — Fauc. Mot synonyme de la cire du bec. 
(Voy. ce mot.) « D'après quelques auteurs, elle serait 
« formée par les plumes sétiformes qui se trouvent à la 
base du bec. » (Des Murs.) 

Couronné (Aigle). — Blas. Lorsqu'il porte une cou- 
ronne sur sa tête ou ses têtes, s'il en a deux. On disait 
autrefois diadème. (Voy. ce mot.) 

Courtier. — Aut. Petite lanière de cuir (5 cent.) 
employée dans le dressage des Autours ; on la place entre 
lesje^s et les vervclles. (Voy. ces mots.) 

Couteaux. — Colomb. Quelques éleveurs désignent 
ainsi les premières plumes des ailes ou rémiges pri- 
maires des Pigeons. 

Couvaison. — Synonyme d'incubation. (Voy. ce 
mot.) 

Couvée. — Ensemble des petits ou poussins qui 
sont nés d'une même ponte. On l'emploie aussi pour 
désigner une ponte d'œufs. 

Couverte, ou Chambre d'incubation, est le tiroir où 
l'on place les œufs. (Voy. couveuse artificielle.) 

Couvertes ou Couvertures. — Fauc. Sont les 
deux plumes ou rectrices médianes de la queue du 
Faucon de chasse. 

Couvertures ou Xectrlces. — Plumes recou- 
vrant la base des rémiges ou des rectrices. (Voy. ces mots.) 
On distingue les couvertures alaires et les couvertures cau- 



dales suivant qu'elles revêtent les ailes ou la queue ; les 
couvertures supérieures garnissent le dessus de ces or- 
ganes; les inférieures sont situées au-dessous. 

Couveuse artificielle. — Outillage de l'avicul- 
teur pour faire éclore les œufs. D'une manière géné- 
rale, il se compose d'un récipient à eau chaude, d'un 
tiroir pour les œufs et d'un compartiment où l'on place 
une lampe à esprit de vin pour entretenir la chaleur de 
l'eau. — L'œuf de la Poule met ordinairement de 20 à 23 
jours pour éclore sous la couveuse artificielle. Parfois 
on réussit à avancer ce terme de trois ou quatre jours. 

Crae. — Fauc. Désigne une maladie des Faucons; 
on la reconnaît au bruit qu'ils font en volant. 

Créance. — Fauc. Ficelle servant à retenir les Fau- 
cons lorsqu'on les dresse. 

Crêtes. — Plum. (Voy. art. parures.) 

Crissum. — Terme d'un usage fréquent pour dési- 
gner la région indéfinie qui entoure le ventre proprement 
dit (abdomen). Il signifie tantôt les flancs, tantôt les 
plumes ventrales ou les couvertures inférieures de la 
queue (sous-caudales). 

Cristum. — Synonyme de crissum. (Voy. ce mot.) 
Employé par Z. Gerbe pour dénommer la région anale. 

Croler. — Fauc. Se dit du bruit que font les Faucons 
en se vidant de leurs excréments. 

Croupion ou Uropygium . — Désigne toute lapartie 
inférieure du dos qui s'étend jusqu'à la queue. En réalité, 
le croupion est l'extrémité du tronc, composé des der- 
nières vertèbres dorsales et caudales, et terminée par un 
os ressemblant par sa forme à un soc de charrue. 

Cru. — Fauc. On désigne par ce terme le milieu du 
buisson où se réfugie l'animal poursuivi. 

Cryptes. — Glandes situées au-dessus du coccyx 
dans la région postérieure. Elles sécrètent une matière 
huileuse que l'Oiseau exprime avec son bec et dont il se 
sert pour oindre et lisser son plumage. L'ensemble de 
ces glandes porte le nom ^appareil crypteux. 

Cuisse. — Extrémité supérieure des pattes qui 
touche au ventre. Les cuisses (femora) peuvent être entiè- 
rement garnies de plumes, ex. : le Moineau; moitié 
emplumées, ex. : la Bécasse ; ou dénudées, ex. : l'Hiron- 
delle de mer. 

Culmen, ou Arête du bec.— Désigne le sommet 
du bec, ou plutôt l'arête formée le long de la mandibule 
supérieure. Elle correspond au conys (voy. ce mot) 
de la mandibule inférieure. 

Cultrirostre [culter, couteau ; rostrum, bec). — A la 
forme d'un poignard mais se rapproche un peu du bec 
dentelé ou dentirostre. (Voy. ce mot.) Ex. : les Grues, les 
Savacous, les Hérons, les Râles. 

Curer. — Fauc. C'est donner des cures (voy. ce mot) 
aux Faucons. 

Cures. — Fauc. Pilules de plumes, d'étoupe ou de 
poils, mélangés d'ail et d'absinthe, que l'on fait prendre 
aux Faucons pour favoriser la digestion; ils les rejettent 
pendant la nuit. Les cures sont quelquefois composées 
de viande, de manne ou d'aloès. 

Cylindrique (Œuf). — Forme d'un cylindre très 
caractéristique dans certains groupes. Ex. : les Méga- 
podes, les Talégalles et les Ptéroclès. 

F. DE ScHAECK. 

(A suivre.) 



LE NATURALISTE 



121 



Mœurs et métamorphoses du Parnus auriculatus, Panzer 



Coléoptere du groupe des Parnides 

Larve : longueur 7 millimètres ; largeur : 1 millimètre. 
Corps coriace, allongé, mais un peu arqué, linéaire, cylindrique, 
brun rougeâtre, finement cilié et ridé, arrondi aux deux extré- 
mités ; forme de larve de Ténébrionide. 

Tête petite, arrondie, rougeâtre, en partie invaginée dans le 
premier segment thoracique, finement ciliée, s'élargissant 
d'avant en arrière, ligne médiane se bifurquant au vertex, les 
deux branches allant se perdre en arrière des antennes; lisière 
frontale droite, à milieu peu échancré, angles aigus ; épistome 
large, court, à milieu caréné ; labre carré, bord antérieur caréné 
et cilié; mandibules rougeâtres, triangulaires, à extrémité 
noire et bidentée ; mâchoires longues et renflées, lobe court à 
bout arqué et pointu, à tranche interne ciliée; palpes maxil- 
laires grêles, ténus, de quatre petits articles, les trois premiers 
annelés de testacé; lèvre inférieure courte à bords ciliés; palpes 
labiaux biarticulés noduleux, émergeant à l'instar des palpes 
des Buprestides, de chaque côté basilaire de la lèvre, sans 
trace de languette; antennes courtes de quatre articles, le pre- 
mier annulaire, membraneux, les deux suivants rougeâtres, le 
quatrième grêle, ténu, article supplémentaire petit ; ocelles 
au nombre de cinq, représentés par autant de petits points 
noirs. 

Segments thoraciqites convexes et cornés, lisses et luisants, 
rougeâtres et transversalement sillonnés, le premier un peu 
plus largo que la tête, à bords antérieur et postérieur rou- 
geâtres, angles postérieurs débordant le dessous et couvrant 
la base des pattes; deuxième et troisième segments un peu plus 
larges que le premier et pas aussi longs à eux deux réunis, avec 
trois fossettes ciliées, une médiane, deux latérales. 

Segments abdominaux. — Forme et couleur des précédents, 
s'allongeant un peu vers l'extrémité, les huit premiers égaux 
avec trois fossettes ciliées, disposées comme celles des deux der- 
niers segments thoraciques ; neuvième un peu plus long, plus 
étroit, à bout arrondi, à bords rougeâtres marginés de longs 
cils roux. 

Dessous, le rebord latéral en saillie des trois segments tho- 
raciques couvre, en la protégeant, 1 1 base des pattes ; les seg- 
ments abdominaux fortement convexes, les cinq premiers à 
milieu échancré ; segment anal arrondi en forme de clapet à 
pourtour cilié, avec fente transverse. 

Pattes courtes, jaunâtres, composées de cinq pièces termi- 
nées par un onglet court, acéré, rougeâtre, à pointe crochue, 
arquée en dedans, à base ciliée. 

Stigmates petits, blanchâtres, à péritrème rougeâtre, en 
ellipse allongée ; la première paire au rebord antérieur du pre- 
mier segment thoracique, les suivantes au bord antérieur des 
huit premiers segments abdominaux. 

Cette larve, à téguments durs et si glissants qu'elle échappe 
des doigts qui la serrent, se rapproche par sa conformation de 
celle du Macronychus 4 tuberculatus, Mueller. 

C'est fin juillet, à Coubezet, aux environs de Ria, à 
1,000 mètres d'altitude, au lieu àïtFoun delta Galline, au bord 
du vert gazon qu'alimente la fraîcheur des eaux vives de la 
source, qu'en scrutant du regard le domaine souterrain d'une 
fourmi rougeâtre, le Myrmica Scabrinodis, Nyl, mon attention 
se porta sur une petite larve rougeâtre, couchée, un peu ar- 
quée et que les Myrmiques dédaignaient en passant à ses 
côtés, elles qui sont cependant si friandes de larves et de 
nymphes ; j'observai : la larve progressait mais lentement, je 
l'enlevai au moment où elle allait pénétrer dans les couches 
souterraines ; du même coup, je mettais à nu une larve sem- 
blable qui reposait sur un morceau de bois humide et en voie 
de décomposition : avec précaution j'enlève bois et larve, je 
mets en lieu sur mes deux petites prises et je sectionne le bois 
opération facile, étant donné l'état d'altération de la pièce. Au 
premier éclat, j'exhume un insecte du genre Parnus, tout ruis- 
selant encore de petites gouttelettes argentées qui émaillent son 
corps; je poursuis mes recherches, d'autres larves sont occupées 
à ronger le bois, d'autres adultes, et mieux encore, une nymphe ; 
à ce moment du jour, midi, le soleil darde des rayons de feu 
sur ma tête, je n'en continue pas moins mes investigations; je 
retire du fond de la galerie des fourmis un gros morceau de 
bois de pin que je dépèce alors tranquillement à l'ombre, sous 
le parasol formé par le branchage d'un immense pin, et là, 
comme au premier morceau, des larves, les unes déjà dans leurs 



loges prêtes à se métamorphoser, d'autres pour lesquelles ce 
moment n'était pas encore venu, des nymphes et des adultes 
immatures. 

Nous voici donc, du fait des observations qui précèdent, en 
présence d'une larve qui vit du tissu ligneux désagrégé des 
vieux bois plongés dans des terrains imbibés d'une humidité 
constante, et qu'elle ronge en tous sens : de mi à fin juillet 
arrivée au terme de son existence, à l'extrémité même de sa 
galerie, elle se creuse une large loge ovaiaire où elle subira 
son évolution nymphale ; la dépouille complète de la larve gît 
au fond du réduit, arquée, et si bien conservée qu'il serait 
possible d'en faire la description, même dans les plus petits 
détails, les derniers segments abdominaux seuls sont un peu 
rentrés les uns dans les autres, et les ocelles ont disparu. 

Nymphe. — Longueur : 5 millimètres; largeur : 1 1/2 à 2 mil- 
limètres. 

Corps charnu, blanchâtre, arqué, couvert de longues soies 
rousses, convexe en dessus, déprimé en dessous, arrondi à la 
région antérieure, atténué à l'extrémité opposée. 

Masque frontal convexe, bien détaché, avec ligne médiane 
et bouquets de longs poils roussâtres. 

Masque thoracique en carré transversal à surface ciliée, avec 
impression médiane et deux latérales; deuxième et troisième 
segments étroits, transverses. 

Segments abdominaux étroits, diminuant graduellement vers 
l'extrémité. Le premier avec légère carène médiane et deux cils 
de chaque côté, deuxième avec trait rougeâtre en forme d'ac- 
colade et deux cils latéraux avec carène au bord antérieur, les 
cinq suivants avec carène et trait en accolade ; huitième con- 
vexe avec rangée transverse de cils ; neuvième court, étroit, 
terminé par une longue épine rougeâtre aciculée. 

Les antennes sont représentées par deux tubercules coniques 
parallèles, les crochets des tarses font saillie, l'anus est bima- 
melonné et à pourtour cilié. 

La phase nymphale a une durée d'une quinzaine de jours 
environ, au bout desquels l'adulte est arrivé à l'état parfait; 
mais il lui faut encore cinq ou six jours à attendre que ses 
téguments durcissent suffisamment pour lui permettre de se 
faire jour à travers la faible couche ligneuse qui le sépare du 
dehors. 

Adulte. — C'est dans les lieux frais et ombragés, autour des 
petites flaques d'eau vive, pendant l'été et une partie de l'au- 
tomnd, que se tient l'insecte à l'état parfait; déplacé du bord, 
il voyage facilement au milieu des eaux ; Mulsant, dans ses 
Biversipalpes, 1872, p. 38, en a donné une longue description. 

Il n'avait encore jusqu'ici été décrit ni larve ni nymphe du 
genre Parnus. 

Capitaine Xambeu. 



LES RACES DE L'INDE 

LES BHILLS 



Les Bhills ou Bhillelas, ainsi nommés du tamoul Vil- 
lou ou Billou qui signifie arc, usent en effet d'arcs et de 
flèches. Suivant une légende assez répandue, leur nom 
aurait une autre origine. Un jour Mahadéo rencontre 
dans les bois une jeune fdle. 11 l'épousa et en eut plu- 
sieurs enfants. L'un d'eux, livré au vice et à la paresse, 
tua un jour un des taureaux de son père et fut banni 
dans les forêts et les montagnes. Ses descendants pri- 
rent le nom de Bhills qui signifie hors caste. 

Quoiqu'il en soit, les Bhills constituent une race nom- 
breuse qui, en 1881, ne comptait pas moins de 725,000 re- 
présentants. 

Il y aurait beaucoup à dire sur cette importante peu- 
plade ; nous nous contenterons d'exposer au lecteur ce 
qui présente le plus d'intérêt parmi les mœurs et autres 
coutumes en vigueur chez ces populations généralement 
paresseuses, mais par contre remuantes et guerrières. 

Les Bhills, aborigènes de l'Inde centrale et probable- 
ment des plaines de l'Hindoustan, sont divisés en très 
nombreuses tribus et familles qui ne contractent jamais 



122 



LE NATURALISTE 



entre elles d'alliances matrimoniales. Pillards et sau- 
vages, ils ont laissé un nom dans l'histoire ancienne de 
l'Inde. Les deux poèmes épiques le Mahâbhdrata et le 
Ramat/ana en font mention. L'Hindoustan leur doit son 
premier nom : Bhdrata-Varsha. 

L'état d'Indore est le centre de la région qu'ils occu- 
pent. On les rencontre dans le Rajpoutana, sur les Vin- 
dhyas, sur les bords de la Nerbadda et dans l'Inde cen- 
trale. 

Ils ont, dans leurs mœurs et leurs usages, des affinités 
nombreuses avec lesKôles,les Gonds, les BanghisetMaghis 
de l'Inde centrale, les Minas, les Mhairs ou Dhairs, les 
Pankras,lesGassyas, les Mervatis, etc., peuplades qui n'en 
diffèrent que de nom et dont, pour la plupart, nous n'au- 
rons pas par conséquent à nous occuper. 




Les races de l'Inde. — Les Bhils ou Bhillclas. (Reproduction directe d'une photographie. 



De taille moyenne, robustes, pourvus de barbe et gé- 
néralement peu vêtus, ils s'adonnent à la chasse et au 
pillage. Ils se livraient en grand à cette dernière occu- 
pation à la fin du siècle dernier et au début de celui-ci. 

Demi-brahmanistes de religion, ils rendent un culte 
au démon; mangent la chair du bœuf et du porc et sont 
fort portés vers les liqueurs enivrantes. 

Longtemps victimes des exactions des Mahrattes qui 
leur infligèrent les plus cruelles tortures, ils se soule- 
vèrent enfin et eurent leur époque de puissance. C'est à 
eux que l'on attribue les forts et les étangs que l'on ren- 
contre dans le nord de l'Inde sur les bords du Gange et 
delà Djumma. 

Le gouvernement anglais réduisit ces tribus pil- 
lardes en leur coupant les vivres et en gagnant leurs 
chefs par l'appât de pensions mensuelles. Il en fit 
ses agents de police; organisa avec eux des troupes ir- 
régulièreâ qui, actives et fidèles, ne tardèrent pas, sous 
le commandement d'officiers européens, à amener la 



soumission des innombrables brigands qui infestaient 
alors les diverses régions de l'Inde. Parmi ces "brigands 
on comptait surtout les Pindarris. On nommait ainsi 
une vaste confédération de brigands et de voleurs qui, à 
la fin du xvm e siècle et au commencement du xix e , opé- 
raient dans ces mêmes pays. 

Ramassis de pillards de toute tribu, race ou religion, 
les Pindarris ne formaient point un peuple à part. Allant 
par petites troupes de 100 à 200 cavaliers sous un chef 
nommé Mhuladar ou Tockdar, ils désolaient et terrori- 
saient les contrées où s'exerçait leur sinistre industrie. 
Réunis par groupes plus importants, nomméssKossacks, 
ils formaient autant de divisions de la confédération en- 
tière nommée Labbar et dirigée par le chef suprême ou 
Labbrya. 

En 1814, on comp- 
tait environ 30.000 Pin- 
darris. 

Ce ne fut qu'au prix 
de longs efforts que le 
gouvernement anglais 
en vint à bout, et ce 
n'est pas une des moin- 
dres gloires de l'An- 
gleterre d'avoir assuré 
la sécurité des voya- 
geurs dans toute la vas- 
te étendue de son im- 
mense empire des In- 
des. 

Mais revenons aux 
Bhills. Un gouverneur 
de Bombay employa 
les plus voleurs d'en- 
tre eux auprès de sa 
personne et leurconfia 
la garde des propriétés 
et du Trésor public. 
Jamais il n'eut de ser- 
viteurs plus fidèles. 

Cetie conduite des 
Bhills qui paraît pa- 
radoxale est aussi celle 
des Callars du sud de 
l'Inde, dont nous parle- 
rons prochainement 
quand nous aurons â traiter des Ramusis, Bhillavars, 
Tayars, Sanars, Maravars, Pallis et Paravars, toutes 
tribus ou peuplades qui semblent appartenir à la même 
race. 
Quelques mots des coutumes des Bhills. 
Ils sont très fidèles à leur serment, qu'ils prêtent de 
la façon suivante : ou bien ils jurent par le chien, et 
dans ce cas ils placent la main sur la tête de l'animal en 
demandant que, s'ils ne disent pas la vérité, la malé- 
diction du chien tombe sur eux; ou bien ils prennent 
dans leurs mains une petite quantité de joar, relèvent 
en l'air en demandant que cette graine les étrangle ou 
les fasse périr, si ce qu'ils disent est faux; ou bien enfin 
ils prennent comme témoin de la véracité de leurs pa- 
roles leur propre fils en plaçant leur main sur la tête de 
leur enfant. 

Superstitieux à l'excès, ils croient aux sorciers et aux 
sorcières. Un de leurs parents vient-il à mourir sans 
cause apparente, ils vont consulter le buriva ou devin. 



LE NATURALISTE 



123 



Celui-ci tâche de s'informer de l'existence de quelque 
vieille femme dans le village du plaignant. Il se la fait 
dépeindre, puis ensuite, publiquement, il la décrit comme 
s'il rendait un oracle. On amène la malheureuse, on la 
place dans un sac formé d'une peau de bœuf en ayant soin 
d'y mettre aussi trois gâteaux de bouse de vache. On jette 
l'infortunée dans l'eau. Si elle enfonce, c'est qu'elle est 
innocente. Si elle surnage, elle est reconnue sorcière. 
Ils emploient aussi une autre méthode qui consiste à 
frotter avec du poivre rouge les yeux de l'accusée. Si elle 
pleure, elle est sauvée, sinon elle est convaincue de sor- 
cellerie, les sorcières étant censées ne pas pouvoir pleu- 
rer. 

Les mariages, bien qu'ils présentent un certain intérêt, 
n'offrent rien de bien saillant. Les pourparlers ont lieu 
entre les parents des deux fiancés et sont accompagnés 
de force libations de liqueurs spiritueuses. Quant aux 
funérailles, elles se répartissent en deux modes diffé- 
rents. Les Bhills enterrent les jeunes gens et les jeunes 
filles, ainsi que ceux qui meurent de la petite vérole. 
Quant aux autres, ils sont brûlés. Nous donnons ici, d'a- 
près le Dictionnaire nou-arya du docteur Punter, le 
compte rendu d'une cérémonie qui est comme un der- 
nier vestige de l'ancienne puissance des Bhills. 

« Plusieurs princes indiens et des plus grands, doivent 
se soumettre à une singulière cérémonie en montant sur 
le trône. Ainsi, l'investiture du Radjah Rajpoute du 
Mairivar n'est point complète jusqu'à ce qu'un de ses 
sujets aborigènes, un Mina, ait tracé sur son front un 
point rond avec du sang tiré de l'orteil d'un autre Mina. 
Sans cette reconnaissance formelle de son autorité sou- 
veraine, il ne peut compter sur l'obéissance de ses sujets 
nou-ayas. Mais une fois qu'elle a été accomplie, leur 
fidélité est absolue; ils forment la garde d'honneur du 
palais et du trésor ; ils tiennent entre leurs mains la sé- 
curité personnelle du prince et fournissent la seule es- 
corte à laquelle, quand il sort, il confie l'honneur de ses 
femmes et de ses filles. Le Radja d'Oadeypore, qui tient, 
pour l'antiquité et la pureté de son origine, le premier 
rang parmi les souverains natifs de l'Inde, rend le même 
hommage aux traditions de ses sujets aborigènes; avant 
qu'il monte sur le trône, son front doit être marqué du sang 
d'un Bhills. Dans l'Inde centrale les petits souverains re- 
çoivent également l'investiture par le sang d'un Kôle. » 

H. LÉ VEILLÉ. 



CHRONIQUE 

Nécrologie J.-M.-F. Bigot. — Le savant Diptériste 
J.-M.-F. Bigot vient de mourir à l'âge de 74 ans, dans sa 
propriété du Petit-Quincy (Seine-et-Oise). Dès 1845, Bigot 
commença la longue série de ses travaux sur les In- 
sectes Diptères, à l'étude desquels il a consacré sa vie 
entière. G est à la connaissance des Diptères exotiques 
qu'il a donné le plus d'efforts, continuant ainsi l'œuvre 
importante de Macquart. Son Essai d'une classification 
générale et synoptique de l'ordre des Insectes Diptères, 
publié dans les Annales de la Société cntomologique de 
France de 1852 à 1859, ses Diptères nouveaux ou peu 
connus, arrêtés à la 37 e partie, constituent un dossier 
des plus fournis pour l'histoire des Diptères, d'une 
consultation journalière surtout pour les Diptérologues 
qui s'intéressent aux formes exotiques. Sa mort est 
une grande perte pour l'entomologie, le vide qu'il 
laisse sera difficilement comblé. 



La vitesse et la force des baleines. — Un 

professeur d'anatomie de l'Université d'Edimbourg a dé- 
terminé la puissance que développent les baleines dans 
leurs mouvements de nage. La baleine du Groenland 
atteint une longueur de 15 à 18 mètres, tandis que cer- 
taines baleines franches dépassent quelquefois 25 mètres. 
Il est constaté que la baleine du Groenland se meut 
parfois avec une vitesse de 8 à 9 nœuds à l'heure, et que, 
dans le même espace de temps, la baleine franche peut 
arrivera 13 nœuds. Appliquant ces données à une ba- 
leine franche échouée à Longuiddry, ilyaquelque temps, 
le professeur d'Edimbourg s'est adressé à un construc- 
teur de navires et lui a demandé de calculer la puis- 
sance nécessaire pour déplacer un corps de cette taille 
à raison de 12 nœuds à l'heure. La baleine de Lon- 
guiddry avait 25 mètres de longueur et pesait 75 tonnes ; 
sa queue mesurait 6 mètres de largeur. L'ingénieur a 
estimé que, dans ces conditions, le gigantesque cétacé 
devait développer la puissance prodigieuse de 145 che- 
vaux. 

La Vie pratique. — C'est toujours avec satisfac- 
tion que nous enregistrons l'apparition de nouvelles 
Revues s'occupant de sciences naturelles, surtout 
lorsque ces publications viennent de l'étranger. A Jassy, 
en Roumanie, vient de se fonder une revue la Vie pra- 
tique » qui a pour but de vulgariser les sciences et en 
particulier l'histoire naturelle, et d'initier ses lecteurs 
aux découvertes les plus remarquables dans toutes les 
industries. Rédigée par les maîtres de l'Université, sous 
la direction d'un distingué professeur, le D r N. Léon, 
cette publication est appelée à un grand succès, à 
en juger par ses heureux débuts et par l'accueil sym- 
pathique qui lui a été fait. Cette nouvelle revue répon- 
dait certainement à un besoin en Roumanie. M. le 
D r Léon l'a bien compris, et nous ne saurions trop le fé- 
liciter. (S'adresser à M. le D r N. Léon, directeur de la Vie 
pratique, à Jassy ) 

Les oiseaux hybrides rencontrés à l'état 
sauvage. — M. Suchetet, préparant des illustrations 
pour la deuxième édition de son ouvrage sur les Oiseaux 
hybrides rencontrés à l'état sauvage prie instamment les 
directeurs de musées ou les propriétaires de collections 
privées, possédant des pièces hybrides, de bien vouloir 
lui adresser en communication ce pièces qu'il s'engage 
à conserver peu de temps. (Bréauté, par Goderville (Seine- 
Inférieure). 

Muséum d'histoire naturelle. — Cours de mi- 
néralogie. M. A. Lacroix, professeur, commencera ce 
cours le mereredi 3 mai 1893, à quatre heures et demie, 
dans l'amphithéâtre de la galerie de minéralogie, et le 
continuera les vendredis et mercredis suivants, à la 
même heure. Le professeur étudiera les minéraux des 
roches volcaniques, en insistant sur ceux des gisements 
de la France, et passera en revue les variations de 
formes et de propriétés que présente chaque groupe mi- 
néral suivant les conditions particulières de ses gise- 
ments et de ses divers modes de formation. Des confé- 
rences pratiques auront lieu au laboratoire de minéralo- 
gie, rue de Buffon, n°61, les jeudis, à trois heures, à 
partir du 18 mai. 

Cours de pathologie comparée. — M. ChauveaUj membre 
de l'Institut, professeur, ouvrira ce cours le mardi 
9 mai 1893, à deux heures un quart, au laboratoire de 
pathologie comparée, et le continuera les jeudis, sa- 
medis et mardis suivants, à la même heure. 



124 



LE NATURALISTE 



Le professeur exposera les perfectionnements récents 
de la technique expérimentale appliquée aux recherches 
de physiologie pathologique, particulièrement ceux qui 
ont été introduits dans l'étude de la circulation. 

Sériciculture. — Les éducations de vers à soie 
sont actuellement en plein fonctionnement dans la ré- 
gion méridionale. Les éclosions ont été faites un peu 
plus tôt que dans les années précédentes, à raison de 
l'avance que les conditions climatériques ont donnée à 
la saison; partout elles ont marché régulièrement, ainsi 
que les premières mues; mais ce sont les phases les 
moins critiques de l'élevage. La feuille du mûrier est 
très abondante et très belle partout; on se plaindrait 
plutôt que la végétation marchât plus rapidement que 
les jeunes vers. Quant aux quantités de graines que l'on 
a fait éclore, elles paraissent en général égales à celles 
de l'année précédente. 

Vente publique de livres d'histoire natu- 
relle. — Les 6, 7 et 8 juin prochain, à 8 heures du soir, 
aura lieu, MaisonSylvestre, salle n°2, la vente publique de 
livres d'histoire naturelle composant la bibliothèque de 
feu Drevault, jardinier en chef de l'Ecole de pharmacie. 
Cette bibliothèque se compose presque uniquement 
d'ouvrages de botanique et comporte un grand nombre 
d'ouvrages rares tant anciens que modernes avec plan- 
ches. Cette vente est faite parle ministère de M. Sano- 
ner, commissaire priseur, assisté par les Fils d'Emile 
Deyrolle, experts naturalistes. Le catalogue de la vente 
sera adressé franco sur demande. Les Fils d'Emile Dey- 
rolle, experts, se chargeront de toutes les commissions 
des personnes qui ne pourraient assister à la vente. 

Transport de homards. — Des homards vivants 
ont pu être transportés d'Angleterre en Nouvelle-Zélande, 
sur l'un des navires frigorifiques qui effectuent les trans- 
ports de viande gelée de la colonie à la métropole. Sur 
douze sujets, neuf (quatre mâles et cinq femelles) sont 
arrivés vivants et ont été mis en liberté à l'entrée du 
port d'Otago. On espère les y voir se développer, la 
côte, dans cette région, étant rocheuse, est très favorable 
au développement des crustacés. 

Espèce nouvelle de fourmi. — M. E. André 
(de Gray) adresse à la Société entomologique de France, 
la description d'une nouvelle espèce de Fourmi de 
Tunisie : Le genre Mnictus Shuck. (= Typhlatta Sm.), 
qui appartient à la sous-famille des Dorylides, n'avait 
jusqu'à ce jour de représentants que dans l'Asie et 
l'Afrique tropicales. La découverte en Tunisie d« l'es- 
pèce suivante est donc une acquisition [intéressante 
pour la faune méditerranéenne. Il faut espérer que les 
recherches des explorateurs nous mettront bientôt en 
possession des trois sexes de cet Insecte, dont on ne 
connaît que le mâle. Cette espèce paraît voisine des 
M. luteus Em.; et Magrelïri Em., mais elle se distingue 
facilement de tous deux par sa taille plus forte, par son 
abdomen glabre, lisse et très luisant en dessus, ainsi 
que par son dernier segment abdominal dont le bord 
apical est réfléchi en dessous, formant une sorte de 
gaine dans laquelle sont contenus les organes génitaux, 
qui ne sont pas visibles au repos. Un seul exemplaire 
de ce mâle a été capturé à Médénine (Tunisie) par 
M. Hougier. 



BIBLIOGRAPHIE 



ZOOLOGIE 

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genre Bulimus avec les descriptions de plusieurs espèces 
nouvolles de ce genre (Bulimus Ujsaloianus. — B. Se- 
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Islands. 

The Ibis, 1893, pp. 185-207. 

G. Malloizel. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE 17. 



15 e ANNÉE 



2 e Série — jv I KO 



1 er JUIN 1893 



Notice préliminaire sur les Collections zoologiques 

RECUEILLIES PAR M. JEAN DYBOWSKI 

Dans son expédition à travers le Congo et la- région de 

VOubangui 



Les Martins-Pècheurs sont plus nombreux que les 

Pics dans le Congo et dans la région de l'Oubangui 

et, parmi les oiseaux que M. J. Dybowski a remis au 



M. Bloyet à Condoa dans l'Afrique orientale et qui, 
comme ce dernier, a les parties inférieures fortement 
teintées de roux et nettement striées de brun foncé, à la 
façon de YHalcyon albiventris, Scop. de l'Afrique aus- 
trale, ce qui peut faire supposer que les deux espèces 
ne sont pas aussi distinctes qu'on l'admet généralement. 
Les Guêpiers rivalisent presque avec les Martins-Pè- 
cheurs sous le rapport du nombre et de la variété des 
formes dans la collection de M. Dybowski et se rappor- 
tant à sept espèces : Melittophagus angolcnsis Briss., M. 




Fis. 



1. — PINTADE DU CONGO (NUMIDA PLUMIFERA) 



Muséum d'histoire naturelle, j'ai compté jusqu'ici 12 es- 
pèces nettement caractérisées de la famille des Alcidi- 
nidés, espèces dont voici l'énumération : Halcyon badia, 
Verr. H. cinereifrons V. , H. senegalensis L. , H. cyanoleuca V. ' 
H. orientalis Pet., H. semicœrulea Forsk., H. chelicutensis 
Stanl., Alcedo quadribrachysTem., Corythornis cyanostigma 
Rûpp., Ispidina picta Bodd., Ceryle rudis L. et Ceryle 
maxima Poil. Toutefois, comme il est facile de le voir 
d'après cette liste, ce ne sont pas les Martins-Pêcheurs 
ordinaires, les Alcédinidés du type de notre Alcedo isplda 
qui constituent la majorité, ce sont les Dacéloninés ou 
Martins-Chasseurs, dont la nourriture consiste plutôt en 
Reptiles et en Insectes qu'en petits Poissons et dont 
l'existence, par conséquent, est moins strictement limitée 
au voisinage immédiat des cours d'eau. Au nombre de 
ces Dacéloninés, qui appartiennent au genre Halcyon, si 
largement répandu en Afrique et en Asie, se trouve un 
spécimen d'Halcyon orientalis venant de Loango, qui res- 
semble presque entièrement à un exemplaire obtenu par 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. r^H 




variegatus V., M. gularis Shaw et Nodder, M. albifrons 
Cab. et Heine ou bullockoides Smith, Merops malimbicus 
Shaw ou bicolor Daud,, M. Breiveri Cass., M. albicollis V. et 
M. nubiens Gm. La plupart d'entre eux peuvent donner lieu 
à des observations intéressantes. Ainsi les Melittophagus 
angolensis etvariegatus, qui se ressemblent tant sous le rap- 
port du plumage qu'à première vue on serait disposé à 
les confondre, se rencontrent tous deux à Loango, où 
cependant le Merops variegatus à plastron bleu paraît 
être plus répandu que l'autre forme; cette dernière do- 
mine ou peut-être même se rencontre seule à Brazza- 
ville; mais le Merops variegatus reparait plus loin vers le 
nord, à Bangui, sur l'Oubangui. Le Melittophagus albi- 
frons ou bullockoides que M. R. B. Sharpe, dans son 
Catalogue récent de Méropidés du Musée britannique 
(Cat. B. Brit. Mus., 1892, t. XVII, p. 53), considérait 
comme une forme propre à l'Afrique australe et orien- 
tale et s'étendant du Natal au Zambèze et de là jusque 
dans le pays de Massai', possède en réalité une extension 



126 



LE NATURALISTE 



géographique beaucoup plus considérable, et remonte à 
l'ouest non seulement jusque dans le pays d'Angola, où 
M. Barboza du Bocage l'a signalé jusque dans le pays de 
Bassouni, sur les bords du Congo. D'autre part, le 
Merops malimbicus dépasse vers le sud le cours de 
l'Ogôoué et s'avance jusque dans le Congo, où M. Dy- 
bowski en a obtenu plusieurs exemplaires dans le pays 
des Babembés. Il ne serait donc pas étonnant qu'elle eût 
été jadis rapportée de Loango oud'AngolaparPerrein (1). 
Enfin la présence de Merops albicollis dans toute la 
région arrosée par l'Oubangui et la Kémo indique que 
cette espèce ne se rencontre pas seulement d'un côté en 
Sénégambie et au Gabon, de l'autre dans le Darfour, le 
Kordofan et la région du Zambèze, mais qu'elle est ré- 
pandue à travers toute l'Afrique équatoriale. 

Les Rolliers du Congo et de l'Oubangui se rapportent 
les uns à une espèce largement distribuée à travers 
toute l'Afrique équatoriale, à VEurystomus afr. Loth., 
les autres à une forme dont l'aire géographique est un 
peu plus restreinte, au Coracias abyssiniens Gm. qui avait 
déjà été rencontré d'une part en Nubie, en Abyssinie, 
dans le Choa et dans le pays des Bogos, d'autre part en 
Sénégambie. 

Ces oiseaux d'ailleurs ne paraissent pas jouer, dans la 
faune des régions traversées par M. Dybowski, un rôle 
aussi important que les Touracos ou Musophages, su- 
perbes Passereaux dont le plumage offre souvent une as- 
sociation de teintes fort rares chez les oiseaux, du vert 
brillant couvrant la tête et la partie antérieure du corps 
et tranchant vivement sur la teinte violette ou pourprée 
du manteau et des ailes, dont les grandes pennes sont 
à leur tour marquées de larges taches d'un rouge car- 
min. Deux espèces rapportées par M. Dybowski, le Tou- 
raco de Buffon [Turacus Buffoni V. ou purpureus Cuv.), 
qui paraîtêtre très commun aux environs de Bangui, et le 
Touraco à huppe blanche (T. leucolophus Heugl.) que l'on 
croyait naguère encore confiné dans le pays des Niams- 
Niams et dans la région explorée parEmin-Pacha, offrent 
ce système de coloration. La dernière se distingue en 
outre par une huppe d'un blanc argentin qui succède à 
un bandeau violet, couvrant le front. Le Touraco de 
Buffon et le Touraco à huppe blanche sont un peu plus 
gros qu'un Geai ; mais il y a, dans les mêmes pays, des 
Touracos de taille encore plus forte, dont l'un, le Schizor- 
his africana Loth. porte un costume gris et blanc, rayé 
de noir, tandis que l'autre , le Corytholxa cristata V. ou 
Touraco géant, est revêtu d'une livrée bleue, verte et rou- 
geâtre. 

A côté de ces Touracos on rangeait naguère encore 
les Colious, que l'on place plus volontiers maintenant 
dans une famille distincte. De ces oiseaux au plumage 
d'un gris fauve, aux pattes rouges, au bec court et forte- 
ment voûté, à la queue très allongée,;] je n'ai trouvé 
dans la collection de M. Dybowski qu'une seule espèce, 
le Colins nigricollis V., facilement reconnaissable à son 
masque noir; mais, à en juger par le nombre des spé- 
cimens obtenus, cette espèce doit être très répandue 
dans l'Oubangui. Elle remonte au moins jusqu'au poste 
de la Mission, sur la Kémo, et s'avance par conséquent 
au delà des limites qu'on lui assignait naguère quand 
on lui attribuait seulement pour résidence les bords du 
Congo et le pay> des Niams-Niams. 



i \ oy. Barboza 'lu Bocage, Ornithologie d'Angola, t. I,p. 89. 



Les Soui-Mangas abondent dans l'Afrique équatoriale, 
et M. Dybowski en a rapporté de nombreux spécimens 
que j'ai pu attribueraux espèces suivantes : Antothreptes 
aurentia Verr., Cinnyris splendida Shaw, C. chloropygia 
Jard, C. superba V., C. cuprea Shaw, C. obscura Jard., C. 
cyanolsema Jard., C. verticalis Lath., C. fuliginosa Shaw, 
C. angolensis Less. Ces dernières espèces, toutefois ne 
se présentent pas tout à fait sous la même forme que 
dans d'autres contrées de l'Afrique occidentale, le 
Cinnyris angolensis de Brazzaville et du pays des Batékés 
étant, de même que certains individus de l'Ogôoué, de 
taille très faible (C. angolensis minor Oust?) et les Ciany- 
ris fuliginosa tués sur les mêmes points que les C. ango- 
lensis se distinguant par leur manteau d'un brun choco- 
lat très foncé (C. fuliginosa nigrescens Oust?) En revanche 
les Zosterops obtenus par notre ami ne diffèrent point 
de ceux du Sénégal (Z. Senegalensis Bp). 

A côté de la Huppe d'Afrique (Upupa africana Bechst.), 
espèce répandue depuis le Cap jusqu'au delà de l'Equa- 
teur, j'ai à enregistrer la présence dans les collections 
de M. Dybowski de deux Irrisor, VIrrisor erythrorhynchus 
Lath. qui remplace au nord de l'Equateur VIrrisor viridis 
Licht. de l'Afrique australe et le Scoptelus notatus Salv., 
espèce du nord-est de l'Afrique, dont laprésence dans la 
région du Congo, signalée sans doute par M. Salvin,peut 
désormais être considérée comme certaine. 

Comme représentants de la famille des Engoulevents 
ou Coprimulgidés je n'ai à signaler, outre le Coprimulgus 
Fossii Hartl., qui avait déjà été rencontré par M. Marche 
dans bassin de l'Ogôoué, qu'une espèce de Scotornis dont 
la détermination présente quelques difficultés en raison 
de l'état du spécimen, mais qui doit être le Scotornis cli- 
macurus Y. 

Les oiseaux apportent aux familles étroitement 
alliées des Campophagidés, des Dicruridés et des Musci- 
capidés ou Gobe-Mouches, sont au contraire extrême- 
ment nombreux et de formes variées. Parmi les espèces 
que j'ai eues sous les yeux je citerai le Graucalus azu- 
reus Cass., particulièrement remarquable par sa livrée 
bleue, bien différente du costume gris des Choucaris or- 
dinaires, la Campophaga phœnicea Lath., qui se présente 
ici avec toutes les variations de plumage du mâle et de 
la femelle, le Dicrurus modestus Hartl., les Bâtis orienta- 
Us Hengl. (?), molitor Sharpe, etminulla Boc, le Bias ma- 
sicus V., les Platystira cyanea Mûll. (melanoptera Gm.) , et 
albifrons Sharpe. les Muscicapa grisola L., collaris Bechst., 
et lugens Hartl., le Parisoma plumbeum Hartl., les Terp- 
siphone cristata Gm., et nigriceps Hartl., VElminia Schivc- 
bischi Oust,., le Megabias flammulalus J. et E. Verr., et le 
Cassinia Fraseri Strickl. 

Quelques-unes de ces espèces méritent d'attirer un 
instant notre attention. Ainsi le Bâtis molitor que l'on 
croyait confiné en Cafrerie, dans le pays des Damaras, 
dans le Humbe (Angola), à Natal et dans la région du 
Zambèze, remonte décidément très loin du côté de l'é- 
quateur, puisque M. Dybowski l'a trouvé à Brazzaville, 
avec la Platystira cyanea que M. Petit avait déjà rencon- 
trée à Landana (1) et qui descend par conséquent bien 
au sud de la Casamance qu'on lui assignait pour limite. 
La Platystira albifrons n'est point spéciale à Angola et se 
rencontre aussi au Congo. Le Parisoma plumbeum s'a- 
vance assez loin au sud de la zone allant du Sénégal à 



(1) Barboza du Bocage, mithologie d'Angola, t. I, p. 196. 



LE NATURALISTE 



127 



l'Abyssinie. La Terpsiphone nigriceps, indiquée par 
M. Sharpe comme se trouvant de la Se'négambie à la 
la Côte d'Or possède en réalité une aire d'habitat beau- 
coup plus étendue, de même que le Megabias ftammulatus. 
La récolte faite par M. Dybowski de spécimens sem- 
blables à celui qui a été obtenu par M. Schwebisch et 
que j'ai pris pour type de l'Elminia Schwebischi confirme 
la validité de cette espèce qui remplace au Congo et dans 
l'Oubangui les Elminia longicauda, teresita et albicauda 
de Fanti, du nord-est de l'Afrique et du Benguela. Enfin 
je ne saurais trop insister sur la présence dans le cœur 
de l'Afrique des Muscicapa grisola et collaris. Il me paraît 
évident que les Gobe-Mouches de ces deux espèces que 
M. Dybowski a tirés sur la Haute-Kémo au mois de mars 
1892, étaient des individus quittant ou sur le point de 
quitter leurs quartiers d'hiver (1). Ce ne sont pas, du 
reste, les seuls Passereaux européens que M. Dybowski 
ait rencontrés dans l'Afrique centrale. Ainsi j'ai trouvé 
dans sa collection, à côté de deux Hirondelles africaines, 
Hirundo nigrita Gr. et H. scmirufa ou Gordoni Jard., l'Hi- 
rondelle des cheminées (H. rusticah.) dont la présence en 
Afrique à certaines saisons avait déjà été signalée ; à côté 
de Merles, de Fauvettes, de Bergeronnettes etdeTraquets 
africains comme le Turdus pelios Bp., les Cisticola menta- 
lis var. meridionalis Sliarpe, ruficapilla Fras., Strangei 
Fras., cinerascens Heugl., la Cameroptera tincta Cass., Y Ere- 
momela elegans Heugl., la Burnesia leucopogon, la Dy- 
bowskia kemoensis Oust., la Motacilla vidua Sund., la 
Saxicola nigra, le Cercotrichas melanoptera H. et Ehr., la 
Prai 'incola torquata L., j'ai vu plusieurs formes qui nous 
sont familières, comme Luscinia philomela Bechst., Acro- 
cephalus turdoides Mey., Hypolais icterina Gerbe., Mota- 
cilla campestris Pall., Anthus pratensis L. et Pratincola 
rubetra L. Deux de ces espèces, le Rossignol philomèle 
(Luscinia philomela) et le Pipit des prés {Anthus pratensis) 
n'avaient été signalés jusqu'ici, si je ne me trompe, que. 
dans le Nord et le Nord-est de l'Afrique ; la constatation 
de leur présence dans le voisinage de l'Equateur pré- 
sente donc beaucoup d'intérêt et permet d'assigner à leurs 
migrations une beaucoup plus grande amplitude. 
D'autre part, pour Y Acrocephalus turdoides, YHypolais ic- 
terina, la Motacilla campestris et la Pratincola rubetra les 
recherches de M. Dybowski, en venant confirmer des 
observations antérieures, fournissent des points de re- 
père qu'il était bon de retenir. 

Les notions consignées dans divers ouvrages récents 
au sujet de la répartition géographique de quelques 
Fauvettes africaines doivent également être modifiées, la 
Cisticola cinerascens, par exemple, descendant bien au 
sud de la Côte d'Or, et VEremomcla elegans s'avançant 
vers l'ouest beaucoup plus loin que Lado. 

Tout à l'heure j'ai cité le nom de la Dybowskia kemo- 
ensis. Je ne reviendrai pas ici sur la description de cette 
espèce que j'ai fait connaître dans ce même journal (Le 
Naturaliste, 1892, n° 133) en même temps que d'autres 
formes appartenant au groupe des Timéliidés, la Xeno- 
cichla Xavieri et YAndropadus Aleaandri (ibid., n° 134). 

Avec ces Timéliidés d'espèces nouvelles, M. Dybowski 
en a rapporté d'autres que l'on connaissait déjà comme 
les Xenocichla notata Cass. et syndactyla Sw. qui ont été 



(1) Le Gobe-Mouche à tète noire (il/, atricapilla) avait été 
obtenu antérieurement à Landana (Congo) par MM. Lucan et 
Petit (Barboza du Bocage, op. cit., t. I, p. 202). 



pris à Bangui avec la X. Xavieri, comme les Andropadus 
virens Cass. et curviroslris Cass., le Criniger calurus Cass., 
Ylxonotus guttatus Yerr., le Pycnonotus tricolor Hark., 
YErylhropygia ruficauda Sharpe, les Crateropus hypostictus 
Cab. et atripennis Sund. et YHyperurgus atriceps Hartl. 
Ces deux dernières espèces ne s'arrêtent donc pas à la 
Côte d'Or, comme on le supposait jusqu'à présent, mais 
pénètrent dans l'intérieur du continent noir et se ren- 
contrent dans l'Oubangui où se trouvent aussi le Criniger 
calurus, la.Xenotichla syndactyla etY Andropadus curvirostis, 
si communs au Gabon. 

Quatorze espèces au moins de Pies-grièches figurent 
dans la collection de M. Dybowski. Ce sont : Prionops 
talacoma Lath., Sigmodus rufiventris Bp., Fraseria ochreata 
Strickl., Dryoscopus lencorhynchus Hartl., D. major Hartl., 
D. affinis Gr., Laniarius sulfureipectus Less., L. hypopyr- 
rhus J. et E. Verr., Nicator chloris Less., Telephonus sene- 
galus L., T. minutus Hartl., Fiscus collaris var. Smithi et 
Lanius rufus Briss. La détermination de cette dernière 
espèce, qui avait déjà été signalée en Afrique dans les 
régions situées au nord de la Gambie, mais pas au sud 
de cette rivière, ne peut faire aucun doute, car j'ai sous 
les yeux des individus adultes, tués aux environs du 
poste de la Mission et qui n'offrent aucune différence 
avec nos Pies-grièches rousses européennes. Ils n'appar- 
tiennent pas, j'insiste sur ce point, à l'espèce ou à la 
race de la Côte d'Or, que M. Hartlaub a désignée sous 
le nom de Lanius badius, et qui se distingue, paraît-il, 
du Lanius nlfus par l'absence de taches blanches sur 
les rémiges. Ces taches blanches sont parfaitement 
nettes chez quatre spécimens adultes de la Haute-Kémo; 
mais ce qui est plus intéressant, c'est qu'à côté de 
ces individus en livrée de noces, se trouvent des jeunes, 
dont l'un a même encore un plumage légèrement duve- 
teux et qui ont été tués dans la même localité, le 
11 avril 1892, ce qui tend- à prouver que dans cette ré- 
gion la Lanius rufus n'est pas uniquement une espèce 
migratrice, mais une espèce sédentaire, se reproduisant 
dans ce pays, au moins accidentellement. 

Je ferai remarquer également que la présence du 
Sigmodus rufiventris et du Lorrius hypopyrrhus dans l'Ou- 
bangui permet d'assigner plus d'extension à l'aire géo- 
graphique de ces deux espèces. 

Parmi les Alouettes rapportées par M. Dybowski. j'ai 
eu à signaler, il y a quelque temps {Le Naturaliste, 1892, 
n" 134), une espèce nouvelle de Mirafra, M. tigrina. A 
côté de cette espèce se trouve une forme bien connue, 
le Macronyx croceus V. Les Mésanges, d'un type uniforme 
(Parus niger var. leucomelas Bp.), les Corbeaux réduits à 
une seule espèce, Corvus scapulatus Daud., et les Merles 
bronzés, représentés par le Lamprocolius purpureiceps 
Verr., le L. glaucovirens E1L, et le Pholidauges Verreauxi 
Boc, ne m'arrêteront pas longtemps, mais j'insisterai 
davantage sur les Plocéidés qui offrent au Congo et dans 
l'Oubangui des formes extrêmement variées. Ce sont des 
Veuves (Penthetriopsis macrura Gm.), des Franciscains 
{Pyromelana sp.), des Pyrenêstes (Pyrencstes coccineus 
Cass.), des Spermestes (Spermestes cucullata Sw.), des 
Amauresthes (A. fringilloides Lafr.), des Lagonosticta 
(L. Monteiri Hartl., L. rara Ant.?, L. Landanœ Sharpe et 
L. Dybowskii Oust., nouvelle espèce décrite dans Le 
Naturaliste (1892, n° 134), des Nigrita, des Astrilds 
(Estrilda astrida ou ondulata var. rubriventris V., E. phœ- 
cotis Sw., Sporœginthus melpodus V.), des Tisserins 
(Hetery pliantes nigricollis V., Hyphantornis aurantius V., 



128 



LE NATURALISTE 



H. xanthops Hartl., H. abyssiniens Gm.?, H. superciliosus 
Shelley, H. collaris V., H. velalns V., Malimbus rubricollis 
V., \[. Bartletti Sharpe, M. nigerrimus V.), quelques-uns 
avec leurs nids et la plupart sous divers états de plumage. 

Enfin je terminerai cette longue énumération des Pas- 
sereaux en mentionnant encore divers Fringilles (Petro- 
niapetronella Licht., qui remonte notablement au nord 
du Damaraland et Passe?- diffusus Smith qui ne s'arrête 
pas aux frontières du pays d'Angola), un Serin (Serinus 
icterus Bonn, et V.) et un Bruant (Embcriza flaviventris 
Bonn, et V.) largement répandus en Afrique. 

Dans les collections de M. Dybowsky, les Pigeons 
(Treron calva Tern., Turtur semitorquatus Rupp., T. albi 
ventris Gr., Chalcopelia afra L. et Ch. Brehmeri Hartl.) 
sont plus nombreux que les Gallinacés, mais ceux-ci 
offrent beaucoup d'intérêt, grâce à la présence parmi 
eux, d'abord d'une espèce nouvelle de Francolin que 
j'ai déjà fait connaître sous le nom de Francolinus Dy- 
bowskii (Le Naturaliste, 1892, n° 134), ensuite de trois 
espèces de Pintades, savoir la Numida Marchei Oust., le 
Numida plumifera Cass. et la Numida cristata Pall. La 
première de ces Pintades paraît remplacer dans l'inté- 
rieur du Gabon et du Congo la Numida meleagris. La se- 
conde, encore fort rare dans les collections, doit s'avan- 
cer à partir du cap Lopez où elle a été découverte, au 
moins jusqu'au 5° 'degré de latitude nord, puisque les 
spécimens obtenus par M. Dybowski viennent de Bangui ; 
la troisième occupe une aire géographique encore plus 
étendue, allant de Sierra-Leone et du pays des Achantis 
jusqu'au Congo français. 

Par suite d'un accident survenu pendant le voyage à 
l'une des caisses envoyées par M. Dybowski, la série des 
Echassiers s'est trouvée diminuée de quelques spéci- 
mens, heureusement d'espèces assez communes, obte- 
nues le long des rives de l'Oubangui, mais on compte 
encore nombre de formes intéressantes : une magnifique 
Outarde (Otis caffra Licht. ou ruficollis Cuv.) semblable à 
celle du Cap de Bonne-Espérance, de jolies Glaréoles, 
les unes à manteau brun et à nuque blanche (Glarcola 
nuchalis Gr.), les autres à 
manteau d'un gris-perle 
(G. cincrea Fras.), des Van- 
neaux à caroncules (Lobi- 
vanellus senegalus L. et L. 
superciliosus Reich.), des 
Vanneaux armés (Hoplo- 
pterus albiceps Fras.), des 
Pluviers (Charadrius pe- 
cuarius Tem.), des Hérons 
(Ardca atricapilla Afzel., 
Ardea goliath Tem.), des 
Marabouts (Lcploplilus cru- 
menifer Cuv.), des Ibis sem- 
blables à ceux de l'Egypte 

(Ibis xthiopica Lalh. ou religiosa Sw.), des Chevaliers (Tota- 
nus glottisL.), des Jacanas (Parra africana Gm.),des Râles 
ordinaires et des Râles nains (Corethrura pulchra Gr.), 
des Podoas ou Grébifoulques (Pudua senegalensisL.), etc. 

Enfin dans l'ordre des Palmipèdes, je citerai, d'une 
part, des espèces répandues sur une grande partie de 
l'Afrique, comme le Pélican roussàtre (Peleeanus rufes- 
cens Gm.), confondu à tort avec le P. philippinensis de 
l'Asie méridionale (,1), le Cormoran africain (Phalacroco- 

H) L'étude d'un magnifique indi VidUj au p i umage dc mcm, 



rax africanus Bp.), le Canard à caroncules (Sacridiomis 
africana Eyt.) et le Canard pêcheur (Bendrocygna viduata 
L.) ; d'autre part, des espèces qui appartiennent plutôt 
à l'Afrique orientale, comme l'Oie d'Egypte (Chenalopcx 
xgypliacus Gm.). Je dois aussi une mention spéciale au 
Bec-en-ciseaux (Rhynchops flavirostris V.) qui n'est nulle- 
ment, comme on l'a cru longtemps, une espèce spéciale 
à la mer Rouge, mais qui a été rencontré successive- 
ment par MM. Lucan et Petit et par le D r Falkenstein 
sur la côte de Loango, par M. Anderson sur le lac Ngami, 
par M. d'Anchieta sur le Rio Cunene ('Angola), par M. Dy- 
bowski autour de la grande île du Pool sur le Congo. 

Au commencement de cette notice, j'ai déjà indiqué 
les raisons qui me font laisser de côté, dans cette revi- 
sion rapide, tout ce qui concerne la botanique, la géo- 
logie, l'anthropologie et l'ethnographie, qui tenaient 
cependant une large place dans l'exposition des collec- 
tions de M. Dybowski. Le même motif, c'est-à-dire le 
désir de ne point sortir du cadre ordinaire de mes études 
et de ne point aborder des sujets qui pourront être 
traités par des naturalistes plus compétents, m'impose une 
grande réserve pour ce qui concerne les animaux inver- 
tébrés et même pour ce qui concerne les animaux verté- 
brés, autres que les Mammifères et les Oiseaux, rappor- 
tés par le courageux explorateur de l'Oubangui. 

Je me contenterai donc de dire que j'ai noté, parmi 
les Reptiles exposés dans les vitrines, des Tortues 
(Trionyx trionguis Fisk.), des Chaméléons appartenant à 
l'espèce que Hallovan a nommé Chamseleon gracilis et 
que M. Barboza de Bocage est disposé à assimiler au 
Ch. senegalensis de Daud., des Agames (Agamus colorno- 
rum Daud.), remarquables par leurs couleurs variées, 
des Varans probablement semblables à ceux du Nil 
(Monitor niloticus Cuv.), un Python (Python sebœ Dum. 
et Bib.), des Najas ou Serpents à lunettes (Naja haje L.), 
et la Vipère de l'Afrique australe (Vipera arietans). Parmi 
les Batraciens se trouvait le Bufo regularis Reuss, espèce 
déjà observée au Benguela, au Sénégal et au Gabon. 

Les Poissons étaient fort nombreux. Je citerai seule- 




Fig. 2. — Poisson du Congo. — Mormyrus tamandua. 



ment les espèces suivantes : Mastacembelus Marchei Sauv. 
Tôtraodon sp., Hcterobranchus latireps Peters, Chrysichlys 
sp., Auchenaspis biscutatus, Synodontis amias Gùnth., Phi- 
loglanis Dybowskii, Citharinus Geoffroy Cuv., Hydrocyon 
Forskali, Mormyrus tamandua Gùnth. Cette dernière es- 
pèce, dont nous donnons une figure, offre un aspect 
particulièrement étrange avec son corps comprimé, sa 



envoyé par M. Dybowski, démontre pleinement l'exactitude de 
l'opinion de Barboza du Bocage, au sujet de la séparation dc 
ces deux espèces. 



LE NATURALISTE 



129 



tète prolongée en avant en un long museau recourbé, à 
l'extrémité duquel se trouve l'ouverture buccale. 

Plusieurs cadres étaient remplis des Insectes recueillis 
par M. Dybowski, Insectes parmi lesquels j'ai pu voir des 
Carabiques (Anthias, Tcfflus), des Bousiers [Copris, Ateu- 
chus), des Histérides, des Charançons, des Longicornes 
(Coptops, Anoplostctha, Petrognatha gigas). desXylotropes, 
des Cétonides (Gnathocera, Tmesorhina, Heterorhina), de 
grands Bélostomes, des sortes de Lygées, des Mantes, 
des Grillons, des Diptères (entre autres une des espèces 
appelées Tsé-tsé (Glossina morsitans Westiw.),des Papillons 
diurnes (Acrœa, Charaxes, Papilio, Callidryas, Danaus, 
Cyllo, Pieris, Lycœna, etc.,) dont l'un des plus remarqua- 
bles est le Papilio antimachus qui atteint jusqu'à 20 centi- 
mètres d'envergure et qui a été figuré récemment dans le 
Naturaliste (1892, n° 139), et un grand nombre de Papil- 
lons nocturnes. 

D'autres Insectes étaient conservés dans l'alcool, de 
même que des Scorpions, des Tarentules et des Crustacés 
marins ou d'eau douce. 

Enfin, parmi les Mollusques je me bornerai à citer des 
Ampullaires, des Ethéries, des Livinhacia dont une 
espèce nouvelle a été dédiée à M. Dybowski (L. Dyboics- 
kii), des Streptaxis, etc. 

Cette collection, d'une importance exceptionnelle, 
n'enrichit pas seulement le Muséum d'une foule d'es- 
pèces qui étaient mal représentées ou qui n'existaient 
pas dans les galeries de cet établissement, elle augmente 
singulièrement les données que nous possédions sur 
la faune du Congo et des régions avoisinantes ; elle per- 
met de préciser les relations de cette faune avec celles 
d'Angola et du Gabon d'une part, de l'Afrique orientale 
d'autre part. Pour les Mammifères et les Oiseaux, les 
seuls animaux sur lesquels je possède des données cer- 
taines, elle démontre une proposition que je n'ai pas été 
le seul à formuler mais qui a rencontré des contradic- 
tions, à savoir que maintes espèces sont largement distri- 
buées d'un côté à l'autre de l'Afrique parallèlement à 
Téquateur, ou tout au moins sont représentées par des 
faunes similaires de l'est à l'ouest. Beaucoup d'Oiseaux 
obtenus par M. Dybowski sont analogues ou identiques à 
ceux qu'Emin Pacha a trouvés dans WEquatoria, et ap- 
partiennent certainement à une faune qui occupe toute 
cette portion de l'Afrique intérieure où les bassins du 
.Nil et du Congo sont si rapprochés. 

E. Oustalet. 



PHOTOGRAPHIE 



Le Moniteur scientifique du docteur Quesneville donne 
les intéressantes formules suivantes relatives aux tra- 
vaux spéciaux photographiques : 

PAPIERS POSITIFS INSTANTANÉS 

M. A.-J. Leeson a proposé de préparer les papiers posi- 
tifs au moment de s'en servir; on peut ainsi obtenir des 
effets variés. Le papier salé s'obtient au moyen du bain 
suivant : 

Chlorhydrate d'ammoniaque 7 grammes 

Gélatine 12 — 

Eau 1000 — 

Le sel en quantité variable, suivant la force des cli- 
chés, n'est ajouté que quand la solution de gélatine est 



presque refroidie. On sensibilise au moyen du bain sui- 
vant : 

Nitrate d'argent 2 grammes 

Eau distillée 10 — 

On ajoute ensuite de l'ammoniaque, goutte à goutte, 
jusqu'à redissolution du précipité. On divise ensuite le 
bain en deux parties égales ; on ajoute de l'acide ni- 
trique à l'une d'elles jusqu'à réaction acide. On réunit 
les deux parties et on ajoute de l'eau distillée de ma- 
nière à doubler le volume. Le liquide sensibilisateur est 
appliqué au pinceau sur le papier salé placé sur une 
glace. On interpose entre le papier et la glace un papier 
buvard pour éviter les taches. On doit employer le pa- 
pier de suite. Pour le conserver plus longtemps on em- 
ploie une solution contenant de l'acide citrique : 

Nitrate d'argent 60 grammes 

Acide citrique 25 — 

Eau 500 — 

Tous les virages peuvent convenir ; le suivant donne 
de bons résultats : 

Borax 30 grammes 

Chlorure d'or gr. 25 

Eau tiède 3000 grammes 

L'épreuve doit être tirée un peu plus longtemps 
qu'avec le papier albuminé. (The amat. Photog.) 

DISPOSITIFS SUR VERRE ET IMAGES POUR PROJECTIONS 

L'art des projections a pris dans ces dernières années 
un nouvel essor. La vieille lanterne magique s'est trans- 
formée et, d'un objet d'amusement, est devenue un 
puissant moyen d'instruction pour les enfants ; c'est le 
procédé d'enseignement par les yeux pour l'avenir ; 
signalons parmi les appareils les mieux construits celui 
de Ploesst, à Vienne, qui se distingue par la simplicité 
et la perfection de son fonctionnement, et se trouve 
déjà employé dans beaucoup d'écoles. 

Edwards prépare des plaques spéciales pour projec- 
tions « specialtrans parencyplates » très estimées. D'a- 
près Eder et Valenta, on obtiendrait des plaques ana- 
logues au moyen du procédé de Wellington modifié par 
Eder(l). Ces plaques sont à peu près dix fois moins sen- 
sibles que les plaques au gélatino-bromure ; on les 
développe dans les mêmes révélateurs employés par 
Edwards pour ses « specialtransparencyplates » : 

1) Hydroquinone 3 grammes 

Sulfite de sodium 100 — 

Soude calcinée 200 — 

Carbonate de potasse 100 — 

Bromure de potassium 3 — 

Eau 1000 — 

Ce bain se conserve longtemps et donne des tons d'un 
très beau noir. On peut aussi employer : 

2) A. Acide pyrogallique 12 grammes 

Acide citrique 1 gr . Oo 

Eau 760 grammes 

B. Ammoniaque.. . . 60 cent, cubes. 

Bromure d'ammonium 36 grammes 

Eau 760 — 

Mélanger A et B à volumes égaux au moment de l'em- 
ploi. Le temps de pose doit être double environ pour le 
révélateur n° 2 que pour celui à l'hydroquinone (Antho- 
mfs Bull). 

D'après Godby, on obtient de très beaux tons pourprés 

(1) Voir le traité de photographie de Eder, III e partie. 



130 



LE NATURALISTE 



avec un révélateur au pyrogallol ammoniacal ainsi com- 
posé : 

A) Pyrogallol (acide pyrogallique) 3 parties 

Sulfite neutre de sodium 8 — 

Acide sulfureux (?) 13 — 

Eau 260 — 

B) Ammoniaque 6 parties 

Bromure d'ammonium 96 — 

Fcrrocyanure (cyanure jaune) 4 — 

Eau. . . . 200 — 

Mélanger A et B en parties égales au moment de l'u- 
sage. 

L'abbé Sabachi prépare une émulsion à copies directes 
pour dispositifs en faisant gonfler 35 grammes de géla- 
tine dans 500 grammes d'eau, et en chauffant ensuite à 
dissolution. Il ajoute, en remuant avec une baguette de 
verre, une solution de 7 grammes de nitrate d'argent 
dans 36 grammes d'eau, puis, en agitant vivement, 
1 gr. 6 de chlorure de strontium dissous dans 35 gram- 
mes d'eau, et enfin une liqueur citrique préparée avec : 

Acide citrique 3 gr. 3 

Eau 35 grammes 

Ammoniaque caustique 50 gouttes 

L'émulsion peut être employée directement (Phot. 
franc.). 

PAPIERS PHOTOGRAPHIQUES 

K. W. Burton a publié une série de recettes pour la 
préparation d'émulsions pour papier de faible sensi- 
bilité. Toutes comportent une dose plus ou moins forte 
d'acide citrique. Comme exemple, nous rapporterons la 
formule suivante pour négatifs de force moyenne : 

A. Nitrate d'argent 40 grammes 

Eau distillée 200 — 

B. Gélatine molle 8 grammes 

Chlorhydrate d'ammoniaque 8 — 

Acide citrique 12 — 

Soude calcinée 4 gr. 5 

Eau 400 grammes 

On mélange les solutions préalablement chauffées à 
40° — 50°; après filtration on peut étendre l'émulsion 
(Brit. Journ. of Photo.). 

Pour papier au gélatino-bromure, la même revue 
indique la formule : 

Gélatine 60 grammes 

Sel ammoniac 2 — 

Acide citrique 4 — 

Soude cristallisée (cristaux) , . . 4 — 

Eau 1000 — 

On ajoute ensuite : nitrate d'argent. 10 — 

Une émulsion spéciale pour dispositifs s'obtient, 
d'après Stondaye, en ajoutant à une solution de gélatine 
dans l'eau du nitrate d'argent et du chlorure d'or avec 
de l'acide citrique. Les copies sont fixées au bain de 
sulfocyanure d'or. 

Pour obtenir des copies brunes ou noires bien 
ombrées, E. Valenta a préparé un papier à l'émulsion de 
résine, dont les images, très brillantes, ne rentrent pas, 
comme celles des papiers sensibles ordinaires. Ce pa- 
pier s'obtient en préparant le papier brut de Rives dans 
une émulsion de résine (colophane française) contenant 
du sel ammoniac. On le sensibilise au moment d'en 
faire usage en le laissant nager sur une solution argen- 
tique à 12 pour 100 pendant 3 minutes environ. On fait 
sécher à l'obscurité ; on expose pendant 10 minutes aux 
vapeurs d'ammoniaque et on place en châssis. Les 
impressions obtenues, fixées au bain acide, sont de 



nuance brun rouge ; on peut leur donner des tons fon- 
cés, jusqu'au noir, en les passant, avant fixage, en bain 
d'or; et on leur donne l'aspect des plus belles impres- 
sions en platine en faisant suivre le bain d'or d'un bain 
de platine : 

Chlorhydrate de potassium 1 gramme 

Eau 250 — 

Acide nitiique. 30 gouttes 

Legrus recommande, pour développer les épreuves 
sur papier au gélatino-chlorure, un révélateur à l'acide 
gallique. 

Enfin E. Valenta a formulé un révélateur universel 
s'appliquant à tous les papiers à émulsions gélatinisées 
ou résineuses (Aristo célérotyp-papiers d'Obernetter, de 
Lumière, au citrate d'argent, papiers de celloïdine et 
autres analogues). 

Il se compose de : 

Eau 1000 grammes 

Acide pyrogallique 10 — 

Sulfite de sodium 100 — 

Acide citrique 11 — 

Toutefois, le papier à l'émulsion de résine de Valenta 
ne se développe bien dans ce bain que s'il est sensibilisé 
en présence d'acide citrique : 

Nitrate d'argent 10 grammes 

Acide citrique 10 — 

Eau 100 — 

et simplement séché sans expositions aux vapeurs d'am- 
moniaque (Phot. Corresp.). 

E. Santini de Riols. 



DE L'EMPLOI DE 11 PARAFFINE POUR OBTEM DES 
COUPES UNIS 



Parmi les nombreuses méthodes que la technique microsco- 
pique fournit au naturaliste désireux d'observer, sur des coupes, 
la topographie histologique et la structure des organes, il n'en 
est pas qui fournisse des résultats aussi beaux que la méthode 
d'inclusion dans la paraffine. Il est d'observation courante que 
les organes, placés dans l'alcool ou dans un autre liquide dur- 
cissant, prennent, parfois, une consistance suffisante po'ur pou- 
voir être coupés en tranches minces ; mais ce résultat n'est pas 
obtenu sans une grande habileté de l'observateur. C'est dans 
le but d'augmenter la consistance des tissus et de fixer les rap- 
ports des éléments et des organes qu'on les infiltre de paraf- 
fine de façon à les englober dans une masse ayant une consis- 
tance à peu près égale sur tous les points. On peut obtenir ainsi 
des coupes extrêmement belles; mais il faut observer un certain 
nombre de règles que je crois utile de faire connaître aux lec- 
teurs de ce journal en leur indiquant la méthode que j'emploie, 
avec succès, depuis plusieurs années. 

Pour bien faire saisir tous les détails de l'opération je sup- 
pose que j'ai à faire des coupes sur un organe quelconque, par 
exemple sur du foie, et je vais suivre toutes les manipulations 
qui conduisent à la préparation microscopique parfaite. 

1 er Temps : Un fragment de l'oie extrêmement frais, vivant si 
c'est possible, est détaché de l'organe sans le comprimer à l'aide 
du rasoir. Quelles doivent être les dimensions de ce fragment? 
Trop gros il sera difficilement pénétré par les réactifs et par 
conséquent mal fixé et mal durci ; trop petit il donnera des 
coupes si étroites qu'elles ne pourront guère être utilisées pour 
étudier la topographie de l'organe. J'ai l'habitude de tourner 
cette difficulté en prenant, au lieu d'un cube comme on le fait 
toujours, une tranche de foie épaisse de 1 mil. 5 et large de 
deux centimètres. De cette façon le réactif pénètre rapidement 
par les plus petits diamètres, et, comme je fais ensuite les coupes 
suivant la largeur, j'obtiens ainsi une parfaite conservation du 
tissu et des coupes très larges. 



LE NATURALISTE 



131 



2* Temps : Dès que j'ai taillé la tranche de foie, je m'occupe 
do la fixer c'est-à-dire de tuer et de coaguler les cellules de telle 
sorte que, fixées dans leurs formes, elles soient préparées à su- 
bir l'action des réactifs que j'emploierai dans les manipulations 
ultérieures. Tous les réactifs fixateurs (alcool, bichromates al- 
calins, acide picriquo, acide osmique, liquide de Flemming, etc.) 
peuvent être utilisés ; mais ils donnent aux tissus une consis- 
tance variable trop ferme ou trop molle, de telle sorte que les 
coupes, dans certains cas peuvent se faire d'une façon très ir- 
régulière. 

Depuis près d'un an, je me sers d'un fixateur qui est peu em- 
ployé en France, je ne sais trop pour quel motif, car il fixe ad- 
mirablement les tissus et leur donne une consistance parfaite 
pour la coupe. C'est le liquide d'Erlicki dont je crois utile de 
transcrire ici la formule : 

Bichromate dépotasse 20 grammes. 

Sulfate de cuivre 5 — 

Dissoudre dans un litre d'eau chaude et filtrer la solution re- 
froidie. 

C'est un excellent fixateur et durcissant pour les objets un 
peu volumineux, destinés à être inclus dans la paraffine ", la plu- 
parts des griefs dont on le charge, les taches noires qu'il pro- 
duirait dans les tissus par exemple, ont été relevés par des 
gens qui ont mal employé ce réactif. 

Je place donc la tranche de foie dans un flacon contenant 
100 centimètres cubes de liqueur d'Erlicki et je porte le tout 
près d'un poêle ou d'une cheminée do façon à ce que le fixa- 
teur se maintienne tiède. Au bout de vingt-quatre heures je 
jette le liquide dans lequel se trouvait placée la pièce et je le 
remplace par du liquide d'Erlicki neuf. Je change encore le li- 
quide à la fin du deuxième jour, et j'abandonne ensuite la pièce 
pendant neuf ou dix jours. Le durcissement étant alors suffi- 
sant, je lave la pièce pendant douze ou vingt quatre heures dans 
un grand bocal dont je renouvelle l'eau toutes les fois qu'elle 
se colore en jaune. 

La fixation directe par le liquide d'Erlicki que nous venons 
d'employer pour le foie est applicable à la plupart des organes ; 
mais il ne faut pas oublier que certains épithéliums délicats 
placés dans ces bichromates se détachent des organes comme 
si le ciment intercellulaire se dissolvait. Bien que cet accident 
soit très rare avec le liquide d'Erlicki, il suffit qu'il soit pos- 
sible pour que nous indiquions les moyens de l'éviter. On y 
parvient facilement en employant le procédé suivant qui m'a 
toujours réussi. La muqueuse (car c'est toujours au revêtement 
d'une muqueuse que ces épithéliums appartiennent) est placée 
directement dans une certaine quantité d'alcool à 90° où elle est 
abandonnée pendant vingt-quatre heures. Après quoi je la 
porte dans l'eau pendant quinze minutes d'où je la retire pour 
la mettre dans le liquide d'Erlicki et continuer les opérations 
comme s'il n'y avait pas eu de bain d'alcool. C'est l'inverse de 
ce que font certains histologistes qui placent un tissu dans le 
bichromate pendant deux jours, puis le portent dans l'alcool. 

3* Temps : Au sortir du bain de lavage, je place la tranche 
de foie dans 20 grammes d'alcool à 90° que je laisse agir pen- 
dant un ou deux jours, puis je procède à la coloration en 
masse, que j'ai l'habitude d'employer pour éviter les difficultés 
que l'on éprouve pour faire prendre la teinture à des coupes 
obtenues après inclusion dans la paraffine. 

La meilleure teinture est, à mon avis, le carmin alcoolique 
au borax de Grenadier : 

Borax 4 grammes. 

Carmin 3 

Eau distillée 100 

Faire bouillir quelques minutes, filtrer et ajouter 100 centi- 
mètres cubes d'alcool à 90°. Conserver dans un flacon bien 
bouché. 

Je place donc la tranche de foie dans une petite quantité de 
la solution carminée contenue dans un flacon à large ouver- 
ture que je ferme hermétiquement de façon à éviter l'évapora- 
tion de l'alcool qui entraînerait la précipitation du carmin. En 
combien de temps la pièce est-elle complètement pénétrée par 
le colorant? En général vingt-quatre heures suffisent, mais il 
vaut mieux colorer trop que trop peu et on peut prolonger le 
séjour dans la teinture, si la pièce est trop volumineuse, jus- 
qu'à trente-six et quarante-huit heures. 

Quand la coloration est complète je décolore légèrement en 
lavant la pièce dans de l'alcool à 90° contenant quatre gouttes 
d'acide chlorhydriquc pour 100. Il faut laisser agir l'alcool 
acidulé pendant 10 ou 15 minutes. 

4 e Temps : Au sortir de l'alcool acidulé je porte la tranche 
de foie dans l'alcool à 90" (12 heures), puis dans l'alcool 



absolu. La déshydratation est parfaite au bout de 12 à 
24 heures. Je verse alors dans une éprouvette cinq centimètres 
cubes de chloroforme, puis, au moyen d'une petite pipette, je 
laisse couler tout doucement, à la surface du chloroforme, cinq 
centimètres cubes d'alcool absolu. Si l'on agit très lentement 
en ayant la précaution de faire couler l'alcool contre les parois 
de l'éprouvette, celui-ci se rassemble à la surface du chloro- 
forme et il so forme deux couches, l'une supérieure, d'alcool 
absolu, l'autre inférieure, de chloroforme. J'introduis douce- 
ment la tranche de foie dans la première couche et je la laisse 
tomber jusqu'à la ligne de séparation des liquides ou elle se 
maintient en suspension. La pénétration du chloroforme s'ef- 
fectue, ainsi avec une extrême lenteur : ce n'est que quelques 
heures après que, les liquides s'étant mélangés par diffusion, 
la pièce tombe au fond de l'éprouvette. On la transporte alors 
dans du chloroforme pur qu'on laisse agir pendant 24 heures. 

5 e Temps : Il faut maintenant remplacer le chloroforme par 
de la paraffine et cela graduellement de façon à bien infiltrer 
la pièce. On ajoute au chloroforme, dans lequel se trouve 
encore la tranche de foie, de la paraffine râpée jusqu'à ce qu'il 
ne s'en dissolve plus à froid, et on place le tout dans un endroit 
chaud près d'une cheminée ou d'un poêle en hiver, ou au 
soleil en été. La tranche de foie doit rester dans ce bain au 
moins 24 heures après quoi on passe au sixième temps de 
l'opération. 

6 e Temps : Lo sixième temps a pour but de faire pénétrer dans 
la tranche de foie la paraffine qui servira à faire les coupes. Cette 
masse doit être choisie avec soin sous peine de nombreux 
échecs. Je me sers de la paraffine de Dumaige qui possède les 
qualités d'être très consistarte, parfaitement homogène, et 
fusible à une température fixe. Celle qui fond à 48° constitue 
une masse excellente quand la température du laboratoire 
atteint 17° à 20°. 

Il existe deux méthodes qui permettent d'obtenir une imbi- 
bition parfaite du tissu par la paraffine. La première, la mé- 
thode classique, exige le séjour de la pièce dans un bain de 
paraffine maintenu à l'étuve (instrument coûteux) pendant 
18 ou 24 heures ; la seconde utilise l'action du vide pour 
extraire le chloroforme et faire pénétrer la paraffine. Dans les 
laboratoires on se sert soit d'un instrument compliqué, soit 
d'une trompe a eau qui exige de l'eau sous forte pression. 

J'emploie une modification de ce dernier procédé que j'ai sim- 
plifié de façon à le rendre abordable par les travailleurs 
dépourvus de laboratoire et réduits à leurs propres ressources. 
Avant de décrire la suite des manipulations, je dois m'arrèter 
un instant pour faire connaître les pièces du petit appareil à 
inclusions que nous allons employer. 

Il se compose de quatre parties, savoir : une table à chauf- 
fer ; une ventouse ; un aspirateur et une veilleuse. 




Fig. 1. — Appareil à inclusions dans la paraffine. T, table à 
chauffer; P, plaque de verre dépolie; V, ventouse; R, ro- 
binet; C, capsule; L, veilleuse. 

a) La Table à chauffer est formée d'une lame de métal deux 
fois recourbée de telle sorte qu'une partie soit horizontale et 
serve de table proprement dite et deux parties soient verticales 
et servent de pieds. Sur la partie horizontale se trouve fixée 
une plaque de verre dont la face supérieure est dépolie. 



132 



LE NATURALISTE 



//) La Ventouse est semblable aux ventouses à robinets dont 
se servent certains médecins. Elle représente un récipient de 
verre renflé à sa partie moyenne et rétréci à sa partie infé- 
rieure. Le bord libre de la ventouse est soigneusement rodé. 
Sur la partie supérieure du récipient se trouve le robinet en 
métal qui conduit dans la cavité de la ventouse. 

c) L'Aspirateur est une pompe aspirante un peu plus grande 
que celle qui sert à poser les ventouses. Elle présente un 
détail de construction qui la rend extrêmement pratique. Les 
soupapes sont constituées par deux lames de caoutchouc ten- 
dues sur l'orilice à aspiration et sur le trou de dégagement de 
telle sorte qu'on peut les changer facilement dès que leur 
fonctionnement laisse à désirer. Il suffit pour cela d'avoir une 
bande de caoutchouc et un morceau de fil à coudre. 

d) La Veilleuse est réglée de telle sorte qu'elle ne puisse 
chauffer au-dessus de 58°. C'est une boîte en fer étamée qui 
présente vers son tiers supérieure une rainure destinée à mar- 
quer le niveau que doit atteindre l'huile. 

Pour faire une inclusion je place la veilleuse allumée sous 
la table à chauffer et j'attends une heure, temps nécessaire 
pour que cette dernière atteigne une température suffisante. 
En même temps je fais fondre de la paraffine (fusible à 48°) 
dans une de ces capsules dont se servent les liquoristes pour 
encapsuler les bouteilles et qu'on trouve à un prix modique 
(50 centimes le cent environ) chez tous les marchands d'arti- 
cles de cave. Quand elle est bien fondue je la porte sur la lame 
dépolie de la table à chauffer et après avoir laissé pendant 
quelques minutes l'équilibre de température s'établir entre la 
table et la capsule, je tire la pièce du bain de chloroforme 
paraffiné pour la mettre dans la paraffine de la capsule. 

Il faut alors couvrir la capsule avec la ventouse ; mais, avant 
de procéder à ce temps de l'opération, il convient d'enduire le 
bord de cette dernière avec une substance, qui serve de lut 
et garde le vide. Lorsque j'ai commencé d'employer ce petit 
appareil d'inclusion, la plaque de verre dépolie de la table à 
chauffer était remplacée par une lame de caoutchouc qu'il 
suffisait d'imbiber de vaseline et de comprimer un peu sous la 
ventouse pour obtenir une adhérence parfaite. Mais la lame 
de caoutchouc s'altérait sous l'influence de la chaleur et il 
était nécessaire de la remplacer très souvent, aussi j'ai été forcé 
de l'abandonner. Avec la plaque de verre dépoli, quel que soit 
le soin avec lequel on rode la ventouse, l'adhérence est incom- 
plète, le vide ne se garde pas, et il faut nécessairement enduire 
ce bord avec un corps qui s'oppose au passage de l'air. 

En physique, on emploie le suif pour graisser les bords des 
cloches de la machine pneumatique : mais, dans le cas présent, 
cette substance ne peut servir, car elle fond à une tempéra- 
ture bien inférieure et ne s'oppose plus au passage de l'air. 

Après bien des essais, j'ai choisi le mastic de vitrier, qui ne 
fond pas, reste mou et constitue un lut parfait. Si j'ajoute que 
cette substance se trouve chez tous les marchands de couleurs 
à un prix dérisoire (20 à 30 centimes la livre), qu'elle se con- 
serve indéfiniment si l'on a soin de la placer dans un bocal 
plein d'eau additionnée d'un peu de sublimé ou d'acide phé- 
nique, je crois que ces qualités la feront choisir comme lut, 
de préférence à toute autre substance. 

Revenons à l'inclusion proprement dite : la capsule, conte- 
nant la tranche de foie et la paraffine fondue, étant placée sur 
la table à chauffer, j'enduis le bord dépoli de la ventouse avec 
du mastic de vitrier, puis je couvre la capsule et j'imprime à 
la ventouse un petit mouvement de glissement en appuyant un 
peu, de façon à étaler le mastic. Cela fait, je mets la pompe en 



Fig. 2. — Pompe. 

communication avec la ventouse, et jo fais mouvoir le piston. 
Dès les premiers coups de piston, on voit de nombreuses 
bulles s'échapper de la pièce et traverser la paraffine fondue. 
Si les mouvements du piston sont très rapides, on constate que 
le dégagement devient tel que la paraffine bouillonne et menace 
de sortir do la capsule si l'on n'a pas soin de ralentir. J'aspire 
ainsi pendant quelques minutes, puis je ferme le robinet de la 
ventouse et je me repose. Après avoir fait ainsi plusieurs fois 
l'aspiration, le nombre de bulles diminue de plus en plus, et 
quand il est extrêmement réduit, je laisse rentrer l'air en ou- 
vrant tout doucement le robinet de la ventouse. Cette sorte de 
détente me parait faciliter l'extraction des dernières traces du 
chloroforme. Je termine en faisant de nouveau le vide jusqu'à 



ce qu'il ne vienne plus de bulles. Toute la manipulation dure 
à peine 20 ou 25 minutes. 

Je retire alors la capsule et je laisse refroidir après avoir 
orienté la pièce. Quand la paraffine est bien prise et dure, je 
déchire la capsule, je taille un bloc dans la masse de paraffine 
contenant la pièce et je fais coupe au Rocking Microtome. 

7 e Temps : Il me reste à indiquer comment on doit procéder 
au montage des coupes : c'est une opération extrêmement 
simple, surtout si on colle préalablement les sections sur la 
lame porte-objet. Bien qu'il existe un grand nombre de pro- 
cédés permettant d'obtenir un bon collage des coupes, je me 
contenterai de décrire la méthode de Schœllibaum, qui m'a tou- 
jours fourni d'excellents résultats. Voici comment il convient 
de procéder : on commence par préparer le collodion de Schœl- 
libaum, dont voici la formule : 

Collodion, 1 partie. 

Essence de girofle, 2 ou 3 parties, suivant la consistance du 
coliodion. 

A l'aide d'un pinceau on étale, sur le porte-objet, une quan- 
tité aussi petite que possible de cette solution, de façon à 
former une mince couche collante sur laquelle on place la 
coupe en l'étalant avec un pinceau sec. On porte alors la pré- 
paration dans un endroit chaud, par exemple sur la plaque dé- 
polio de la table à chauffer, et on l'abandonne jusqu'à ce que l'es- 
sence de girofle soit évaporée. Il ne reste plus qu'à dissoudre la 
paraffine en lavant la coupe avec la benzine ou l'essence de 
térébenthine et à monter dans la résine dammac au xylol. 

Le collage sur porte-objet, très utile pour monter des sec- 
tions quelconques, devient absolument indispensable quand les 
coupes comprennent des parties indépendantes les unes des 
autres, et susceptibles de se séparer lorsqu'on fait les lavages 
destinés à éloigner la paraffine. Il arrive même que, dans cer- 
taines circonstances, ce procédé ne se trouve pas suffisant pour 
maintenir les rapports des différentes parties d'une coupe ; j'ai 
l'habitude, dans ce cas, de faire une inclusion double au col- 
lodion et à la paraffine, de façon à obtenir une masse do col- 
lodion transparente, destinée à fixer les rapports, et qui restera 
dans la coupe après montage, et une masse de paraffine qui 
sera éloignée avec la benzine. 

La pièce étant fixée, durcie, colorée et déshydratée, comme 
il a été dit pour l'inclusion dans la paraffine, est sortie de 
l'alcool absolu pour être placée dans un mélange, parties égales, 
d'alcool absolu et d'éther. Après un séjour de six à douze 
heures dans ce bain, on la place dans un flacon bien bouché 
contenant une certaine quantité de collodion liquide et où on 
la maintient vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, on dé- 
bouche le flacon et on le place sous une cloche, de façon à 
produire une évaporation très lente du collodion qui devient 
ainsi de plus en plus épais. Quand il présente la consistance 
d'un sirop très épais, on transporte la pièce dans une petite 
boîte de papier remplie de collodion très épais et on laisse de 
nouveau évaporer sous la cloche jusqu'à ce que le collodion 
soit presque solide. On jette alors la boite dans du chloroforme 
et, après vingt-quatre heures, on enlève le papier, on taille le 
bloc de collodion renfermant la pièce, et on continue la série 
des opérations de l'inclusion dans la paraffine, comme si l'on 
n'avait pas employé le collodion. La seule remarque qu'il y ait 
à faire, c'est qu'on doit se servir de benzine ou d'essence de 
térébenthine pour enlever la paraffine et éclaircir les coupes. 

Henri Berdal. 



AU BORD M LA MER 



M. le D r Trouessart vient de faire paraître sous ce titre «Au 
bord de la mer (1) » un livre que les jeunes naturalistes feront 
bien de comprendre dans leur bagage s'ils vont pendant les va- 
cances séjourner en quelque point de notre littoral. La simpli- 
cité et la clartéde cet ouvrage élémentaire le rcndentaccessiblc 
aux personnes qui abordent l'étude scientifique, et sa lecture 
sur place, en présence des objets et des êtres décrits laissera 
dans l'esprit une notion précise bien plus salutaire pour les 
débutants que l'étude des grands traités où ils se perdent. 

Le docteur Trouessart réunit dans les premiers chapitres de 
son livre les notions essentielles de géologie, il explique au 

(1) Au bord de la mer, 1 vol. br. 3 fr. 50, franco 3 fr. 85 
(aux bureaux du journal). 



LE NATURALISTE 



133 



lecteur la formation et la nature des terrains du littoral, que 
l'excursion se fasse àDunkcrquo ou à Biarritz, en plages basses 
de Calais ou en murailles de granit de Cornouaillcs. Des no- 
tions intéressantes sont fournies sur les mouvements de la mer, 
leurs causes, leur action sur la forme et le relief des côtes. La 
description n'est pas seulement instructive elle est pittoresque. 
Dans ce chapitre comme dans le suivant, les termes savants 
n'apparaissent pas avec leur aspect barbare et décourageant, 
il vient presque toujours un mot d'explication que la vue de 
l'objet complétera, de sorte que la mémoire en gardera mieux 
que l'impression d'une consonance creuse. L'étude botanique 
est peut-être un peu plus technique ; à côté de la description 
l'auteur a glissé quelques enseignements relatifs à la morpho- 
logie, à la reproduction, aux faits biologiques concernant les 
êtres dont il parle. Si l'étudiant ou l'amateur n'arrivent pas à 
retrouver et à reconnaire au cours de leurs excursions sur les 
plages toutes les algues nommées dans le livre, ils pourront au 
moins se renseigner sur quelques-unes des plus communes, sur 
leur manière de vivre et leur utilisation. Sans loupe et sans 
microscope il y aura déjà beaucoup à apprendre, mais ces ins- 
truments seront nécessaires pour les personnes curieuses de 
connaître les petites algues et les infusoirs, les foraminifères à 
la charpente ciselée si élégante et si variée, la structure des 
éponges, la complexité des hydroïdes. Toute la faune marine 
de nos côtes est passée en revue dans ses principaux types et 
assez complètement pour laisser au lecteur attentif qui aura 
recueilli quelques échantillons des animaux décrits dans chaque 
chapitre une instruction des plus utiles s'il doit porter son ac- 
tivité vers les sciences naturelles, et déjà agréable s'il est seu- 
lement curieux. 

En éveillant l'esprit du goût de la géologie, de la botanique 
et de la zoologie, le livre du D r Trouessart rendra un premier 
service. Il rendra un autre service encore, et tout naturaliste 
consciencieux le reconnaîtra, il remettra en mémoire à ceux 
qui savent, qui ont dû lire beaucoup, retenir et oublier beau- 
coup aussi, un ensemble de connaissances bien groupées, con- 
densées dans un cadre restreint et pour ainsi dire sautant au 
yeux. Les systèmes de classification adoptés par M. le D''Troues- 
sart pourront ne pas être tous admis par tous, quelques points 
d'anatomie pourront être contestés mais son livre ne porte pas 
défi aux discussions de cet ordre. Il peut porter défi aux ama- 
teurs d'emphase et de complication, la science les admet de 
moins en moins et, s'il en restait, ils auraient la bonne foi de 
convenir que l'ouvrage de M. le D r Trouessart est simple et 
utile. Ces livres-là sont difficiles à faire. 

R. S. L. 



LES CRESSONS 



Parmi les plantes à salade, il en est peu qui jouissent 
d'une aussi grande popularité que le cresson. Chaque 
jour, Paris en consomme d'immenses quantités qui pro- 
viennent des cultures de Gonesse, de Senlis, de Saint- 
Gratien, etc. La première de ces localités ne possède pas 
moins de 300 fosses à cresson. La récolte s'y renouvelle 
en moyenne tous les 15 jours, et chacune d'elles peut 
fournir environ mille douzaines de hottes dans le cou- 
rant de l'année. 

Le cresson de fontaine, la santé du corps, le Nas- 
turtium officinale des Botanistes, est une plante vivace, 
d'un vert luisant, glabre, à tiges fîstuleuses, cassantes, 
s'enracinant facilement; les feuilles sont épaisses, à seg- 
ments crénelés-incises ou entiers. Les fleurs sont blanches. 
La saveur de toutes les parties de la plante est piquante. 
11 est peu de localités aquatiques où on ne rencontre le 
Cresson, particulièrement, sur les bords des rivières, des 
ruisseaux. Mais la consommation qui en estfaite ne saurait 
s'accommoder de ces conditions naturelles de croissance, 
et on a dû, depuis longtemps déjà, chercher pour cette 
crucifère un mode facile de culture. On l'a réalisé en 
creusant des fosses longueshabituellement de 80 mètres, 
larges de 3, profondes de 50 centimètres sur une pente 
de 15 centimètres environ. Deux canaux, l'un d'alimen- 



tation, l'autre de décharge, sont en communication avec 
chacune d'elles, et permettent d'y établir un débit d'eau 
de 100 litres par minute. 

En mars, ou bien encore au mois d'août, on garnit le 
fond de ces fosses d'une couche légère de bonne terre. 
On fait alors la plantation de tiges enracinées de 12 à 15 
centimètres et on s'arrange de façon que la couche d'eau 




Fig. 1. — Cresson de terre (Barbarea preecox). 

ne dépasse pas 10 centimètres d'épaisseur. Chaque 
année il faut donner une forte fumure. 
La récolte du cresson est absolument continue; un 




Fig. 2. — Cresson de fontaine {Nasturtiam officinale). 

ouvrier habile peut arriver à en confectionner, deux 
bottes par minute. 



134 



LE NATURALISTE 



Voilà pour ce qui est de la grande culture. Mais, dans 
la vie courante, dans les campagnes où l'on n'a pas tou- 
jours du cresson sous la main, il peut être intéressant 
de chercher à le cultiver d'une façon facile et peu dis- 
pendieuse. Cette culture est à la portée de tout le monde 
et ne demande que quelques mètres de terre meuble dans 
un lieu ombragé. Les premiers éléments seront fournis 
par des tiges enracinées qu'on repiquera et qui se met- 
tront de suite à produire ; ou bien on aura recours au 
semis, quand la graine voudra bien germer — ce qui n'ar- 
rive pas toujours. Quoi qu'il en soit, une fois la culture 
établie, rien ne sera plus facile que de la maintenir en 
bon état et en production constante. On a également 
essayé la culture en pots ou même dans des tessons 
de bouteilles, — il n'y a pas de petites économies — qui 
a donné de bons résultats'; mais il nous paraît encore 
beaucoup plus simple de confier directement au sol le 
soin de la production. 

On peut donc, sans grande dépense, avoir toujours sous 
la main du cresson de fontaine. Nous nous dispenserons 
de parler de ses usages culinaires connus depui si long- 
temps. Au xvn° siècle l'abbé Furetière reconnaissait la 
valeur du cresson et faisait remarquer, dans son Diction- 
naire, qu'il est « fort excellent sous un chapon ». L'art de 
guérir ne l'a pas non plus dédaigné : il a été usité 
comme masticatoire, dépuratif et antiscorbutique. Ne 
contient-il pas de notables quantités d'iode, à ce qu'on 
assure ? Mais n'en a-t-on pas trouvé partout, du précieux 
métalloïde, même où il... n'y en a pas? 

Le cresson est aquatique, avons-nous dit? Ne pourrait- 
on pas le remplacer par des plantes complètement ter- 
restres? En d'autres termes, le cresson n'aurait-il pas 
quelques succédanés capables de le remplacer? Ce n'est 





Fig. 3. — Cresson alénois (Lepidhirn sativum). 
Fig. -i. — Cresson (Cochlœaria fenestrata). 

pas d'hier qu'on a indiqué le Cresson alénois et le Cres- 
son de terre. 

La première de ces plantes a été plus cultivée qu'elle 
ne l'est de nos jours. 



Elle est reléguée le plus souvent dans quelques vieux 
jardins avec l'arroche, le pourpier et d'autres plantes lé- 
gumières qui bientôt auront fait leur temps. Le Lepi- 
d'tum sativum — tel est le nom du Cresson alénois, — est 
une plante annuelle, originaire de Perse, mais com- 
plètement naturalisée en Europe et se reproduisantfacile- 
ment de graines au voisinage des [jardins. Les feuilles 
sont étroites, découpées finement ; les tiges sont ra- 
meuses, les lleurs blanches et très petites en grappes 
plus ou moins longues. La saveur du Cresson alénois, 
tout en rappelant celle du Cresson de fontaine, n'y est 
pas exactement identique et ne saurait être confondue 
avec elle. L'avantage de cette plante est sa croissance 
rapide ; la germination se fait en quelques jours seule- 
ment. Une culture de Cresson alénois peut être mise 
en coupe réglée et fournira pendant longtemps des 
cueillettes successives et continues. D'avril en septembre, 
on peut le semer en pleine terre en espaçant les lignes 
de 25 centimètres. Quant à la durée germinative de la 
graine elle est environ de o ans. 

Le Cresson de terre ou Barbarea prœcox, autre plante 
de la famille des Crucifères, convient aux mêmes usages 
que les précédentes. 11 est peu connu, et pourtant il ga- 
gnerait à l'être davantage, car la culture en est des plus 
faciles. Il est bisannuel et se reproduit très facilement 
et naturellement de graines sans qu'il soit nécessaire 
de s'en occuper. C'est une plante à tige dressée, sil- 
lonnée, rameuse, d'un vert gai, glabre, à feuilles lui- 
santes lobées, et à fleurs d'un jaune pâle. La saveur du 
Cresson de terre est plus forte et n'est peut-être pas aussi 
agréable que celle du Cresson de fontaine ; en plus 
les feuilles ne sont pas aussi tendres sous la dent 
et acquièrent une dureté qui peut déplaire. Malgré 
cela, la culture en est des plus recommandables. 
Elle permettra d'avoir sous la main un condiment qui 
fera toujours bon effet sous un rôti ou comme accompa- 
gnement d'une volaille. 

Tous les terrains conviennent au Cresson de terre qui 
est d'une rusticité à toute épreuve. On sèmera au prin- 
temps, en rayons, ses graines qui jouissent d'une durée 
germinative qui a été évaluée à trois années. 

A ces trois Cressons nous pourrions joindre d'autres 
plantes qui peuvent être employées aux mêmes usages. 
Dans les régions les plus froides du nord de l'Eu- 
rope, croît un Cochlearia, le C. fenestrata, qui possède, 
comme ses cogénères une saveur piquante. Mais cette 
saveur ne se développe pas au point de rendre cette plante 
impossible à employer au point de vue alimentaire, comme 
il arrive pour les espèces qui croissent en France. Ch. Mar- 
tin a signalé l'usage qui peut être fait au Spitzberg du 
C. fenestrata, comme salade constituant une précieuse 
ressource pour les navigateurs. 

Dans une région du globe tout opposée, nous avons fait 
usage à la Terre de Feu du Cardamine antiscorbutica qui, 
pendant plusieurs mois, nous a fourni une excellente 
salade en compagnie de VApium australe, simple forme 
de l'Ache d'où est primitivement issu le Céleri. Cette 
Cardamine n'étant que fort peu distincte du C. hlrsuta 
qui croît abondamment en France, il ne serait pas trop 
téméraire d'essayer cette dernière plante pour les mêmes 
usages. 

Enfin signalons deux autres crucifères beaucoup plus 
rares, qui peuvent être également consommées : le Car- 
damina asarifolia des Basses-Alpes et VArabis cebennensU 
du Cantal et de la Lozère. Loret, botaniste distingué de 



LE NATURALISTE 



135 



Montpellier, a vu manger en salade la première de ces 
espèces qui constitue une des plus grandes rarete's de 
la flore française et a vivement recommandé la seconde, 
dont la culture n'est malheureusement pas des plus 
faciles. 

P. Hariot, 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



Séance du 17 avril 1893. — M. Edm. Perrier présente 
une note de M. Marcel Causard sur l'appareil circulatoire de la 
Mygale cœmentaria (Walck). Le cœur dans la Mygale maçonne 
ne forme qu'une seule chambre, présentant quatre élargisse- 
ments ; il n'existe que deux paires de vaisseaux pneumo-car- 
diaques (et non quatre, comme M. Blanchard en a signalé dans 
Mygale Blondii). Les artères comprennent : 1° une paire de 
grosses artères latérales qui se ramifient abondamment et irri- 
guent la partie antérieure de l'abdomen; 2° une autre paire 
d'artères latérales beaucoup plus réduites et entre les origines 
de celles-ci, un gros tronc volumineux qui se dirige verticale- 
ment; ce tronc donne bientôt en arrière une branche que l'au- 
teur considère comme équivalente à l'artère caudale des autres 
Aranéides ; puis arrivée à la face supérieure de l'intestin, près 
de la partie postérieure de la poche stercorale, cette grosse 
artère se divise en deux branches qui passent l'une à droite, 
l'autre à gauche du tube digestif, et se ramifient pour irriguer 
la région postérieure de l'abdomen. — M. Duchartre présente 
une note de M. Paul Jaccard sur l'influence de la pression des 
gaz sur le développement des végétaux : de cette note il sem- 
ble résulter que, d'une manière générale, les changements de 
pression dans l'atmosphère qui entoure la plante exercent une 
influence considérable sur son développement. L'intensité et la 
nature du phénomène varient naturellement plus ou moins, 
suivant les espèces, mais la courbe générale qui représente les 
variations du développement avec la pression a ordinairement 
daux maxima ; le premier, de beaucoup le plus marqué, dans 
l'air déprimé, le second dans l'air comprimé; la pression nor- 
male se trouve donc comprise le plus souvent entre les deux 
maxima. Bien que la tension de l'oxygène joue un rôle prépon- 
dérant dans le phénomène, la pression absolue a aussi une 
action manifeste. — M. Paul Choffat adresse à l'Académie, par 
l'intermédiaire de M. A. Gaudry une note sur les niveaux 
ammonitiques du Malm inférieur dans la contrée de Monte- 
junto (Portugal). 

Séance du 24 avril 1893. — M. Bertlielot, à la suite des 
recherches qu'il a entreprises sur les micro-organismes fixateurs 
de l'azote, montre à l'Académie qu'il ressort de ses expériences 
qu'il existe dos micro-organismes d'espèces fort diverses, 
exempts de chlorophylle, et aptes à fixer l'azote; spécialement 
certaines bactéries du sol. Les fixateurs d'azote et les fixateurs 
de carbone jouent un rôle complémentaire, soit qu'ils vivent 
d'une façon indépendante les uns des autres, soit qu'ils aient 
été associés par symbiose, comme il arrive pour les Légumi- 
neuses. En tous cas le point de départ de la fixation de l'azote 
réside non dans les végétaux supérieurs, mais dans certains des 
micro-organismes inférieurs qui peuplent la terre végétale. — 
M. Trécul communique à l'Académie le résultat de ses études 
sur l'ordre d'apparition des vaisseaux dans la formation paral- 
lèle des feuillos de quelques Composées (Tragopogon, etc.). — 
M. Daubrée présente une note de M. Alfred le Chatelier don- 
nant quelques détails sur le gisement de Dioptase et de Mala- 
chite de Mindouli (Congo français). — M. Ferdinand Gonnard 
adresse une note sur une enclave feldspathique zirconifère de 
la roche basaltique du puy de Montaudou, près de Royat. — 
— M. E. Cumenge signale une espèce minérale nouvelle décou- 
verte dans le gisement du cuivre du Boléo (Basse-Californie. 
Mexique). La formule de la nouvelle espèce, voisine de la Bo- 
léite (espèce étudiée par MM. Mallard et Cumenge et pré- 
sentée par eux à l'Académie en 1891) peut être représentée par 
PbCl 2 CuO -f- 2H20. — M. P. lermier transmet à l'Académie le 
résultat de ses études sur les Roches de la série porp/iyrique 
dans les Alpes françaises (Microgranulites, Orthophyres, Por- 
phyrites, Mélaphyres. — M.Mathieu Mieg signale la découverte 
de Carbonifère Marin dans la vallée de Saint- Amarin (Haute- 
Alsace). — M. Ant. Magnin a étudié les conditions biologiques, 



de la Végétation lacustre, qui, suivant lui, comprend : 1° Une 
flore littorale subdivisée en zones : A. La Cariçaie (Caricetum), 
B. La Phragmitaie, C. La Scirpaie (jusqu'à 2 ou 3 mètres), 
D. La Nupharaie (3 à 5 mètres), E. La Potamogétonaie (jus- 
qu'à 8 mètres), F. Les plantes de fond (Chara, etc.) (jusqu'à 
12 mètres : 2° Une flore profonde (au delà de 12 mètres) com- 
prenant seulement des Microphytes', 3° Une flore pélagique 
(Utricularia, Ceratophyllum et accidentellement Myriophyllum 
et Potamogéton). 

Séance du l' r mai. — M. Armand Gautier signale à l'A- 
cadémie l'existence de phosphates en roche, d'origine animale, 
trouvés par lui et son frère, M. Gaston Gautier, dans la grotte 
de Minerve ou de la Coquille (Hérault). A la surface du sol de 
ces grottes se trouve un phosphate bibasique de chaux micro- 
cristalline, sous forme d'une poudre jaune chamois. Ce minéral 
n'est autre que la Brushite (P0 4 CaH, 2H 2 0), espèce minérale 
qui n'avait, jusqu'à maintenant, été encore rencontrée que dans 
les guanos des îles Caraïbes. Dans la grotte de Minerve se 
trouve ensuite une certaine épaisseur de terre phosphatée azo- 
tée, mélange de calcaire, de sable, d'argile, de phosphate de 
chaux et de phosphate d'alumine. (Ce dernier minéral d'une 
rareté extrême dans la nature préexiste bien dans les terres de 
remplissage de la grotte). Dans cette terre de remplissage on 
trouve de nombreux ossements cassés ou quelquefois intacts 
(Ursus spelteus CC, Hyena spelsea R., Felis speleea T. R. 
Rhinocéros tichorinus R., Sus scropha R., Equus R., petits 
Rongeurs, Chauves-souris, etc.). Vers l'entrée de la caverne on 
rencontre aussi, mêlés aux ossements brisés, des silex taillés, 
des grains de colliers, des ornements de bronze, des tessons de 
poteries noirâtres faites à la main et enfin des coquillages. 
C'est dans et sous cette terre de remplissage, que se rencontre 
un nouveau type de phosphoiites en concrétions compactes 
dont la masse, calculée seulement pour la profondeur de 7 à 
8 mètres à laquelle se sont arrêtés les puits, dépasse 50,000 
tonnes. Dans une prochaine communication. M. Armand Gautier 
espère montrer quelle est l'origine de ces phosphates, et par 
quel mécanisme ils se sont concrétionnés. — M. E. Gninier 
ayant observé l'émission d'un liquide sucré par les parties 
vertes de l'oranger, en fait le sujet d'une communication à l'A- 
cadémie. — H. A. Gaudry présente une note de M. Paul Flèche 
sur un nouveau genre de conifère rencontré dans l'Albien de 
l'Argonne ; ce nouveau genre, pour lequel l'auteur propose le 
nom de Pseudo-Araucaria, présente des caractères intermé- 
diaires entre les Abiétinôes et les Araucariées. La découverte 
de ce genre donne raison aux botanistes qui ont fait des Arau- 
cariées et des Abiétinées deux tribus d'une même famille ; et 
cette nouvelle forme de passage montre une fois de plus à quel 
point, soit par les espèces vivantes soit par celles qui sont 
éteintes, les divers groupes de conifères sont étroitement liés 
entre eux. — M. Zaborowski signale à l'Académie la décou- 
verte de deux squelettes, l'un probablement néolithique à Vil- 
lejuif, l'autre probablement gallo-romain à Thiais. L'analyse 
chimique comparée de ces ossements, d'après la méthode de 
M. Ad. Carnot avec d'autres os, provenant ; 1° d'une sépulture 
dolménique de Châlons, 2° d'une sépulture gallo-romaine de 
Villeneuve-le-Roi, semble confirmer cette manière de voir. 

Séance du 8 mai. — Suivant M. A. Pomel le Surmulot 
(Mus decumanus Pall.) que l'on croit généralement postérieur 
au Rat noir (Mus Rat tus L.) et venu d'Orient, de Perse et de 
l'Inde en Europe vers le milieu du xvm c siècle, existait en 
Afrique à l'époque de l'occupation romaine. — M. Waille, 
professeur à l'école supérieure des lettres d'Alger, a en effet 
trouvé, dans les fouilles deCherchell, un crâne de Mus decuma- 
nus qu'il affirme avoir trouvé in situ dans les fouilles de Julia 
Cœsarea. — M. Fouqué présente une note de M. A. Lacroix sur 
des roches basiques à nôphéline du plateau central de la 
France. Dolérite et Néphélinite du puy de Saint-Sandoux. — 
M. A. Chauv eau présente une note de MM. Phisalix et G. Ber- 
trand, sur la toxicité comparée du sang et du venin du Cra- 
paud commun (Bufo vulgaris), considérée au point de vue de 
la sécrétion interne des glandes cutanées de cet animal. Les 
glandes venimeuses du Crapaud, suivant les observateurs, indé- 
pendamment de leur sécrétion externe, fournissent au sang 
une partie des éléments qu'elles élaborent, ce qui jusqu'à un 
certain point explique suffisamment l'accoutumance et l'immu- 
nité relative du crapaud pour son propre venin. 

A. Eug. Malard. 



136 



LE NATURALISTE 



BIBLIOGRAPHIE 



ZOOLOGIE 

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Phalœnopsis Luddemanniana Rchb. f. 
Loelio -Callleya amœna var. delicata, Bleu. 
Lycasle macrobulbon Lindl. var. Youngi, Rolfe. 

G. Malloizel. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — IMPR. F, LEVÉ, RUE CASSETTE 17. 



15» ANNÉE 



2 e Série — M* 1 £5 1 



lo JUIN 189:< 



QUELQUES GRAINES COMESTIBLES 

En France nous sommes de tous points privilégiés : le 
blé et le seigle suffisent à notre alimentation et nous ne 
sommes pas obligés d'aller emprunter à d'autres végé- 
taux les produits farineux que nous consommons. La 
farine de blé ne nous manque pas, et ce n'est que dans 
le fond de quelques provinces, et encore le fait-on par 
tradition le plus souvent, qu'il faut aller chercher le 
maïs et le sarrasin. 

Nous ne nous doutons guère que, dans le nord de 
l'Europe, en Allemagne même, d'autres graminées livrent 
leurs graines à la consommation du peuple. 

Le millet est du nombre. Combien de Parisiens riraient 
en apprenant que le millet n'est pas exclusivement l'a- 
panage des oiseaux, et qu'actuellement encore il est 
l'objet d'un véritable commerce alimentaire. Il y a 
quelque dix ans il existait encore, dans quelques com- 
munes de la Haute-Saône, sur les confins des Vosges, 
des moulins où l'on décortiquait les grains de millet; 
mais l'usage de cette graminée s'y perd de plus en plus 
si même il n'est pas complètement perdu. Cet usage 
semble s'être réfugié en Allemagne. 

Le gruau de millet servait à faire une bouillie qui avait 
la réputation de rester chaude pendant un fort long 
temps. Les traditions nationales de l'Alsace ont conservé 
le fait suivant qui en est la preuve : en 1576 les arbalé- 
triers de Zurich étaient arrivés à Strasbourg après avoir 
parcouru en bateaux sur le Rhin, en dix-sept heures, la 
distance qui sépare ces deux villes. Ils avaient apporté 
avec eux une bouillie de millet (Hirsebrei) encore toute 
chaude, et cuite à Zurich le même jour de minuit à deux 
heures. Ils voulaient attester par là la célérité avec la- 
quelle, en cas de be- 
soin, ils pourraient ve- 
nir au secours de leurs 
amis les Strasbour- 
geois. Les bons senti- 
ments de la Suisse à 
notre égard ne datent 
donc pas d'hier! 

Tout le monde con- 
naît le millet. C'est 
une graminée, Panicum 
miliaceum L. aux chau- 

^mes dressés, rameux, 
l . hauts de' 5 à 10 déci- 

mètres; à feuilles lar- 
ges et molles, rudes 
aux bords, velues sur 
les gaines. L'inflores- 
cence est une panicule 
lâche, penchée au som- 
met, composée d'épil- 
lets assez gros et o- 
blongs. Les graines sont 
ovoïdes, ou peu com- 
primées, luisantes et 
farineuses. 

Le millet n'est pas 
originaire d'Europe. Il 
a été introduit de l'In- 
de depuis plusieurs siècles, et en Alsace on le cultivait 
abondamment déjà au moyen âge. 
Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 




Fig. t. — Millet, Panicum miliaceum 



C'est une graminée parfaitement européenne qui va 
maintenant nous occuper, le Glyeeria fluitans. Il n'est 
pas de ruisseau, pas de lieu fangeux qui ne soit habité 
par cette plante, une des graminées les plus vulgaires 
de la flore européenne. En Pologne, sa graine était d'un 
usage courant il n'y a pas longtemps encore. Lorey et 
Duret, dans leur Flore de la Côte-d'Or publiée en 1831, 
rapportent qu'à l'aspect de cette plante ils ont vu couler 
les larmes d'un officier polonais blessé, qui était soigné 
à Dijon. C'était en effet la base d'un mets national très 
estimé, préparé avec la farine cuite dans du lait. 

L'usage de ce mets ne s'est pas perdu et est encore 
très vivace dans la Scandinavie. M. de Lagerheim nous 
disait récemment que, sous le nom de Manna grdss, s'em- 
ployaient journellement en Suède les graines du Glyeeria, 
avec lesquelles on fabriquait un gâteau analogue au 
gâteau de riz et fort bon quand il était fortement rehaussé 
de vanille. Mais en Suède, paraît-il, l'usage d'adultérer 
les produits alimentaires est pratiqué avec le même art 
et la même maestria que chez nous, et les épiciers du 
Nord ne se gênent pas pour transformer le Manna grdss 
en Mannagreyn (ou semoule). 

En Allemagne autrefois c'était le Manna Schwaden. 
qu'on con - 
sommait eu 
guise de riz 
ou de millet. 

Le Glyeeria 
fluitans se re- 
connaîtra fa- 
cilement aux 
caractères 
suivants : 

Chaumes 
couchés et 
longuement 
radicants à la 
base, puis 
dressésjfeuil- 
les larges, li- 
néaires, ru- 
des aux bords 
inflorescence 
en grappe 
très longue, 
atteignant 50 
centimètres , 
dressée, très 
lâche, à ra- 
meaux dispo- 
sés habituel- 
lement sur 
un seul côté; 
graines ova- 
les, convexes 
sur une face, 
planes sur 
l'autre, qui 
est marquée d'un sillon longitudinal très étroit. 

Si vous alliez en Islande, vous seriez obligé de vous 
contenter de la farine de VElymus arenarius. 

En abordant aux pays chauds, nous allons passer des 
Graminées aux Chénopodées — un abîme pour les bota- 
nistes, à peine un pas en matière d'alimentation. Dans 
l'Ecuador, la mode est au qninoa, une chénopodée qui 




Fis 



Glyeeria fluitans. 




13S 



LE NATURALISTE 



introduite depuis longtemps chez nous, n'y a pas fait 
merveille. Le Bon Jardinier de 1830, tout en reconnaissant 
sa fertilité et l'abondance de graines qu'il donnait, faisait 
remarquer que ces dernières avaient une amertume et 
une àcreté qu'il était à peu près impossible de leur en- 
lever. M. de Vilmorin ajoutait : « Avec des soins répétés, 
on en fait chez moi des gâteaux fort bons et des potages 
passables ; mais leur préparation est une affaire ; la graine, 
étant très menue et demandant une longue cuisson, 
n'aura pas l'approbation des cuisinières. » Ah! si les 
Vestales qui entretiennent le feu de nos fourneaux con- 
damnent le quinoa, il n'y a plus qu'à se résigner et à 
l'abandonner aux Équatoriens et aux Péruviens qui en 
sont friands ! 

Les Européens qui ont habité l'Amérique du Sud sont 
de l'avis des gens du pays et considèrent les graines du 
quinoa comme un produit de premier ordre et qui cons- 
titue une excellente matière alimentaire. 

A Quito on fait avec ces graines un gâteau et une \. ré- 
paration culinaire dont nous donnons la recette, sans 
dire ce que nous en pensons : 

On prend des graines de quinoa, on les fait bouillir 
pendant plusieurs heures avec de l'eau; on mélange en- 
suite la matière après sa cuisson avec du piment, du 
poireau coupé par petits morceaux et du fromage blanc 
et — on mange. La durée de la cuisson est variable avec 
le pays; à Quito les légumes ne cuisent que très diffici- 
lement, et un botaniste des plus distingués qui a habité 
l'Equateur pendant plusieurs années m'affirmait que les 
pois n'y demandaient pas moins d'une dizaine d'heures 
de cuisson pour être mangeables. 

Le quinoa, dont nous venons de parler, est une ché- 
nopodée, Chenopodium Quinoa Willd, à tige droite, ra- 
meuse ; à feuilles triangulaires, sagittées, découpées en 
dents très obtuses, pulvérulentes dans leur jeune âge; à 
ileurs disposées en grappes compactes. La graine est 
comprimée, jaunâtre. 

P. Hariot. 



MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE 



ENSEIGNEMENT SPECIAL POUR LES VOYAGEURS 

(Insectes, Myriapodes, Arachnides, Crustacés) 
Leçon fuite le mardi 16 mai 

PAR M. CH. BRONGNIART. 

Messieurs, 

Les animaux dont je dois vous parler sont extrême- 
ment nombreux en espèces ; on en rencontre partout, 
dans les stations les plus diverses. 

Les uns vivent à la surface du sol, ou se creusent des 
galeries souterraines, d'autres se tiennent sur les végé- 
taux, sur les arbres aux dépens desquels ils vivent, 
d'autres passent leur existence dans les eaux douces, 
saumâtres ou salées; il en existe en outre, et ce ne sont 
pas les moins nombreux, qui sont pourvus d'organes 
aériens, c'est-à-dire d'ailes, qui leur permettent de se 
soutenir dans les airs. 

Ces êtres sont les animaux articulés ou arthropodes, 
c'est-à-dire les Insectes, les Myriapodes, les Arachnides 
et les Crustacés, qui composent l'embranchement du 
Règne animal le plus nombreux en espèces. 

Cette énuméralion suffit pour vous faire entrevoir 



l'immensité du sujet. Aussi, le temps dont je puis dispo- 
ser est si court, que je dois me borner à vous parler 
d'une façon très générale de ces êtres, à vous faire con 
naître les moyens les plus propres à les capturer, 
moyens qui varient suivant leurs mœurs, et la façon de 
les préparer et de les rapporter. 

Ces animaux, dont quelques-uns sont d'une petitesse 
extrême, ne doivent pas être négligés par le voyageur; 
car il ne faut pas les considérer comme de simples 
objets de curiosité, à cause de leurs formes souvent 
extraordinaires ou de leurs belles couleurs. Non, beau- 
coup d'entre eux sont dignes d'attention, tant à cause de 
leurs mœurs intéressantes, qu'en raison de leur utilité 
ou de leur nocivité. 

Enfin, en se plaçant au point de vue de l'histoire des 
êtres, toutes les espèces sont intéressantes. Parmi les 
insectes, par exemple, les entomologistes ne sont pas 
toujours d'accord pour donner à tel ou tel type le nom 
d'espèce ou même de genre. Il est alors nécessaire de 
connaître un grand nombre d'individus du même type, 
car la variation dans les formes, dans la nervation des 
ailes, dans la disposition des nervures qui ornent le corps, 
sont extrêmes. Le voyageur devra donc s'attacher à 
prendre tout ce qu'il rencontrera. Dans quelque lieu 
qu'il se trouve, il est donc sûr de pouvoir faire des ré- 
coltes et des observations; il est sur également, dans ses 
récoltes, de pouvoir trouver des espèces intéressantes; et, 
comme les Articulés sont généralement de petite taille, 
les collections qu'il formera ne seront pas très encom- 
brantes. 

Nos conseils ne s'adressent pas évidement aux entomo- 
logistes de profession, mais aux personnes qui voyagent 
comme chargées de mission scientifique ou pour leur 
plaisir et qui veulent faire profiter la science de ce qu'ils 
pourront recueillir. 

Nous commencerons par les Arthropodes les mieux 
connus de tous, les insectes. 



Les Insectes. 

Partout on rencontre des insectes, sur le sol ou sous 
terre, dans l'eau, dans les airs, depuis les pays les plus 
chauds jusqu'aux régions glacées, et même sur les som- 
mets les plus élevés où il n'existe plus de végétation. 

11 ne faudrait pas croire cependant qu'il suffise de se 
baisser pour les ramasser ; on risquerait de ne récolter 
que des espèces communes. Il faut se donner quelque 
peine pour trouver des types intéressants. 

Un petit outillage est nécessaire aux recherches en- 
tomologistes, afin de les simplifier, et il est utile de 
faire connaître tout d'abord aux voyageurs les objets 
dont ils doivent se munir. 

Nous leur indiquerons ensuite de quelles manières ils 
doivent en faire usage, manières qui varient suivant le 
genre de vie des Articulés. 

Ce sont d'abord des filets : l'un à poche de soie ou 
filet à papillons; l'autre, plus solide, à poche de toile 
serrée ou filet fauchoir, un troisième à poche de toile 
plus lâche qui pourra s'adapter au même manche, et 
qui servira à la pêche, c'est le troubleau. 

Le voyageur aura toujours sur lui des pinces qui Jui 
permettront de saisir les espèces dont la morsure ou la 
piqûre est à redouter, et des pinces, dites à raquettes, 
garnies de tulle ou de toile métallique. 



LE NATURALISTE 



Ul<> 



Un outil de chasse très commode est l'écorçoir, qui 
consiste en une tige d'acier aplatie en losange et em- 
manchée dans un solide morceau de bois. 

Pour recueillir les insectes qui se tiennent sur les bran- 
ches, un parapluie doublé de toile blanche est nécessaire. 
On en fabrique spécialement pour cet usage, avec man- 
che à brisure. 

Un tamis est indispensable pour explorer les fourmi- 
lières. Pour cela on se servira d'une rondelle de toile 
métallique assez lâche, fermant l'extrémité d'un large 
fourreau de toile cirée à l'intérieur et garnie d'une cou- 
lisse à la partie supérieure. 

Tels sont les instruments nécessaires à la recherche 
des insectes. Mais lorsqu'ils sont capturés, il faut les 
tuer et les conserver. 

On peut les asphyxier avec de l'éther, mais ce 
liquide s'évapore trop vite, ou avec de la benzine, mais 
cette substance les rend cassants. Il faut les tuer rapi- 
dement pour qu'ils ne se débattent pas longtemps. Nous 
préconiserons le cyanure de potassium, poison des plus 
dangereux, qu'il faudra manier avec d'extrêmes précau- 
tions. On peut employer des flacons dont le bouchon 
perforé laisse passer un tube terminé par une ampoule, 
qui contiendra de petits morceaux de cyanure main- 
tenus par de la ouate. Mais le cyanure de potassium de- 
vient facilement déliquescent et, dans les pays chauds, 
il faudra employer de préférence un flacon en verre 
épais, à large ouverture fermée par un gros bouchon de 
liège ou de caoutchouc, au fond duquel on met un mé- 
lange de cyanure gâché avec du plâtre qui se solidifie. 

Enfin le matériel sera complété par de nombreux 
tubes de verre, dont quelques-uns contiendront de l'al- 
cool fort, par des flacons, des boîtes en fer-blanc, des 
papillotes trangulaires en papier pour placer les 
Lépidoptères, et des boîtes ou flacons contenant des 
copeaux de papier ou de la sciure de bois bien sèche 
phéniquée ou mélangée de naphtaline. 

Tout ce matériel n'est pas encombrant lorsqu'on le 
place dans un sac, en bandoulière. Cependant lorsqu'on 
voyage dans les pays chauds, la courroie du sac est très 
fatigante. L'un des voyageurs les plus expérimentés et 
qui a rapporté au Muséum d'importantes collections, 
M. Maurice Chaper. ne se sert pas de sac, mais d'une 
veste remplie de poches, puis d'une ceinture à laquelle 
on adapte des porte-mousqueton qui serviront à sus- 
pendre des pinces, des sacs de toile, un couteau-scie, un 
thermomètre et les autres instruments dont on peut 
avoir besoin. 

J'ai parlé plus haut de l'alcool; il est bon de dire que, 
si l'on n'a pas d'alcool à sa disposition, on peut employer 
toutes les autres liqueurs analogues; il est bien rare 
qu'on ne puisse se procurer du talia, par exemple. Il 
suffira de le changer plusieurs fois pour que les animaux 
puissent se conserver. M. Aug. Salle s'est fort bien trouvé 
de cette substance pour rapporter ses nombreuses col- 
lections. Il sera bon d'avoir avec soi un pèse-alcool, et, 
si l'on veut concentrer le tafia, on peut le placer dans 
des vessies de porc, par exemple ; l'eau traversera la 
membrane, et la quantité de liqueur diminuera, mais 
elle sera plus concentrée. Néanmoins il sera préférable 
d'employer l'alcool fort toutes les fois que cela sera 
possible. 

Maintenant que vous connaissez les outils nécessaires 
à la chasse des insectes, nous allons vous montrer de 
quelle façon vous devrez vous en servir. 



Nous avons dit qu'on pouvait trouver partout des Ani- 
maux articulés. Cependant les uns aiment les lieux sa- 
blonneux et arides, d'autres au contraire préfèrent les 
localités où la végétation est plus active, d'autres vivent 
dans les eaux ou au bord des eaux, d'autres enfin sont 
cavernicoles. Ceci vous montre qu'il y a un certain nom- 
bre de stations où l'on rencontre des faunes différentes les 
unes des autres. 

Si l'on parcourt des contrées arides ou sablonneuses, 
on voit courir au soleil, avec agilité, des Coléoptères 
ornés souvent de belles couleurs ; ils appartiennent à la 
famille des Cicindèles. C'est avec le filet de gaz qu'on 
peut les attraper; mais, si l'on n'a pas de filet, il est pos- 
sible de les faire tomber en leur lançant une poignée de 
terre au moment où elles s'envolent; elles sont étourdies 
et il est facile de les saisir. Leurs larves se creusent dans 
le sol de petits terriers cylindriques et verticaux dans 
lesquels elles se tiennent à la façon des ramoneurs dans 
les cheminées. Leur tête aplatie bouche l'ouverture du 
trou et les insectes qui passent à sa portée sont brusque- 
ment saisis parles puissantes mandibules de la larve. 

On rencontre aussi des gros Carabiques, du genre Sca- 
rite, qui se creusent des terriers et guettent d'autres 
Coléoptères, des Pimélies ou des Opatres, entre autres, 
dont elles font leur nourriture. 

Puis, en Afrique, ce sont de petites Mantes aux mou- 
vements lents, des Erémiaphiles, qui sont de la couleur 
du sable; n'étant pas vues, elles saisissent au passage 
les insectes dont elles font leur proie. C'est là un cas 
de mimétisme comme il en existe tant chez les insectes. 

D'autres Orthoptères, de la famille des Criquets, se 
tiennent dans les lieux arides ; mais ceux-là s'envolent 
à l'approche du chasseur, et il faut les prendre avec le 
filet de gaze. 

Beaucoup d'Hyménoptères vivent dans les lieux sa- 
blonneux, ce sont des Sphex, des Ammophiles, des Cer- 
ceris,etc, dont les mœurs sont si curieuses. Le chasseur 
ne devra pas se contenter de recueillir l'Hyménoptère, 
mais aussi les insectes que celui-ci a capturés, paralysés, 
et qu'il destine à sa progéniture. Prenons un exemple. 
L'Ammophile des sables, de la famille des Sphégiens. 
est élancé, à tète grosse, à abdomen porté par un fin 
pédoncule; il creuse un trou cylindrique pour y déposer 
son œuf. Il déploie d'abord une grande activité pour 
forer ce terrier. Mais lorsque sa besogne est faite, va-l- 
il déposer simplement son œuf au fond de son trou? Pas 
le moins du monde, car, en naissant, sa jeune larve ne 
saurait aller à la recherche de sa nourriture. C'est donc 
l'Ammophile mère qui prend ce soin. Elle explore les 
touffes d'herbes, les touffes de bruyères, il lui faut une 
chenille de noctuelle, un ver gris. Dès qu'elle l'aperçoit, 
elle la saisit et tout d'abord la perce de son aiguillon; 
mais elle choisit un point spécial; elle perce un gan- 
glion nerveux qui commande aux mouvements, et y dis- 
pose une goutte de venin. La chenille n'est pas tuée, elle 
est simplement paralysée et ne saurait plus opposer 
aucune résistance. Notre insecte alors l'entraîne jusqu'à 
son trou, l'y introduit en pénétrant à reculons, dépose 
son œuf sur la peau dé la chenille, et sort pour fermer 
son trou avec de petites pierres plates, des brindilles 
de bois adroitement entrecroisées, qu'elle dispose de 
telle façon qu'il est impossible d'en distinguer l'orifice. 

Je vous ai parlé d'un Ammophile qui recueille des 
chenilles pour la nourriture de sa larve. Mais d'autres 
espèces vont à la recherche d'Araignéer. ou d'Orthop- 



l'.ll 



LE NATURALISTE 



tères ou bien de Coléoptères fort rares. Il est en parti- 
culier un Hyménoptère du genre Cerceris qui recherche 
spécialement une certaine espèce de Bupreste, que l'on 
ne peut guère se procurer autrement qu'en cherchant 
dans les nids de ces Hyme'noptères. 

En dehors des Coléoptères, des Orthoptères, des Hy- 
ménoptères qui aiment les lieux arides, il y a aussi 
des Papillons qu'on ne trouve que là, et enfin je citerai 
certains Névroptères à métamorphoses complètes qui 
vivent à l'état de larves dans les sables fins, ce sont les 
Fourmilions ou Myrméléonides. 

Qui ne les connaît? Qui n'a remarqué ces petits enton- 
noirs dans le sable? Ce sont depetiteslarves globuleuses, 
à pattes courtes, et à mandibules énormes, qui les ont 
faits, en rejetant autour d'elles, tout en tournant et en 
«'enfonçant petit à petit à reculons dans le sable, en reje- 
tant, dis-je, autour d'elles le sable qui recouvre leur 
lète. Lorsque l'entonnoir est creusé, la petite larve se 
tient au fond, ne laissant passer que ses puissantes man- 
dibules. — Elle attend sa proie. — Vienne à passer quel- 
que petit insecte qui a la maladresse de se laisser choir, 
vite notre petite larve le saisit avec ses mandibules. 
Veut-il remonter? elle lui lance du sable et le fait de 
nouveau tomber au fond du trou. Lorsqu'elle s'est repue 
du sang de sa victime, la larve du fourmilion met la dé- 
pouille sur sa tête et la jette hors de son entonnoir. 

A un moment donné cette larve se façonne une sorte 
de cocon sphérique dans lequel elle se transforme en 
nymphe. Puis de cette nymphe sort unNévroptère à lon- 
gues ailes délicates qui ressemble un peu à une Libellule. 

Pour se procurer l'insecte adulte, nous conseillons au 
voyageur patient et qui pourra séjourner quelque temps 
dans une même localité d'élever ces petites larves. Lors- 
qu'elles sont transformées en nymphes, il pourra ne 
plus s'en occuper, mais il placera les petites coques 
dans une boîte assez spacieuse pour que l'insecte, au 
moment de l'éclosion, ait assez de place pour étendre 
ses ailes. 

Enfin en explorant le sable au bas des talus des 
snblonnières, on trouvera beaucoup d'insectes qui sont 
tombés et qui ne peuvent plus s'échapper, le sable rou- 
lant sous leurs tarses. 

Au lieu de visiter des lieux arides, si nous parcourons 
la campagne où la végétation est active, notre champ 
d'exploration sera des plus variés. 

Dans les prairies c'est le filet de gaze et le filet fauchoir 
que nous allons employer. En promenant le filet fau- 
choir sur les fieurs, sur les plantes herbacées, nous 
pourrons recueillir non seulement des insectes de toutes 
sortes, mais aussi des Araignées. 

Il est évident qu'il ne faudra donner que quelques 
coups de filet fauchoir; puis on examinera la récolte, car 
si l'on fauchait pendant trop longtemps, les insectes pris 
dans le filet, frottés les uns contre les autres, finiraient 
par ne plus faire qu'une bouillie. 

Avec le filet de gaze, nous attraperons des Hyménop- 
tères, des Diptères très variés, des Orthoptères (Saute- 
relles, Manies ou Blattes) et des Papillons. 

On ne laissera pas ces derniers se débattre ; on les 
maintiendra dans un pli du filet et, après leur avoir 
fermé les ailes, on leur pressera légèrement le corselet, 
car on risquerait, en touchant les ailes, d'enlever les 
délicates petites écailles qui les recouvrent et leur don- 
nent leurs charmantes couleurs. 

Les papillons nocturnes ou crépusculaires, tels que 



les Noctuelles, les Sphinx, ont le corps beaucoup plus 
épais et on les abîmerait en les tuant de cette manière; 
il faut les asphyxier dans le flacon de cyanure. 

Si 'nous quittons les prés, et que nous gagnions les 
bois, nous aurons évidemment à nous servir encore du 
filet à papillons et du fauchoir, mais là nous emploie- 
rons également le parapluie. Beaucoup d'insectes en 
effet se tiennent sur les feuilles, sur les branches des 
arbres, et en battant ces branches au-dessus du para- 
pluie ouvert, nous ferons tomber dedans des insectes 
très variés : des Forficules ou Perce-Oreilles, des Coléop- 
tères, des Punaises, des Névroptères, des Araignées, des 
Chenilles et même certains Papillons de nuit, tels que 
des Phalènes et les petites espèces qu'on désigne à 
cause de leur taille exiguë sous le nom de Microlépi- 
doptères. 

On pourra secouer les petits arbres après avoir étendu 
en dessous un drap, ou, si l'on n'a pas de drap, la toile 
d'une tente, par exemple. Par ce moyen on récoltera 
beaucoup de bonnes espèces. 

Mais il faudra se garer des fourmis qui couvrent cer- 
tains arbres et qui, lorsqu'on les fait ainsi tomber, peu- 
vent se venger en piquant cruellement le chasseur. 

Il y a dans certains pays des sangsues terrestres qui 
vivent sur les arbres et qui, se laissant tomber, sucent le 
sang des voyageurs toutes les fois qu'elles en trouvent 
l'occasion. Smarda a décrit les tourments qu'elles pro- 
voquent, et M. le docteur Henri Filhol a beaucoup souf- 
fert de leur présence à la Pointe-de-Galle, à Ceylan. Ces 
petites sangsues sont attachées aux feuilles des arbris- 
seaux, et se laissent tomber sur les hommes et les ani- 
maux qui passent ; à plus forte raison lorsqu'on secoue 
les branches. Elles s'introduisent sous les vêtements, se 
fixent sur la peau, et se détachent quand elles sont gor- 
gées, déterminant des saignées abondantes, de sorte que 
l'on est inondé de sang; cette espèce porte le nom de 
Hsemadipsa ceylanica. 

Si l'on rencontre de vieux arbres, on soulèvera les 
écorces avec l'écorçoir, et on trouvera dessous non seu- 
lement des Coléoptères Xylophages, mais aussi des My- 
riapodes, des Arachnides. Si ces animaux sont relative- 
ment gros, on les prendra avec les doigts ou avec les 
pinces; mais, s'ils sont très petits, le mieux est de mouil- 
ler son doigt avec de la salive et de l'appliquer légère- 
ment sur la bestiole. 

Si les arbres sont tout à fait vermoulus, en creusant le 
bois avec l'écorçoir, on aura chance de recueillir des 
larves ou des nymphes de Coléoptères, que l'on pourra 
élever ensuite afin d'avoir l'insecte adulte. 

Il y a quelquefois des trous dans les vieux arbres, 
trous contenant des matières plus ou moins décompo- 
sées et humides, souvent remplis d'eau. Ce sont des 
larves de Diptères, qui vivent dans ces substances hu- 
mides et pourries, et en particulier celles des Erislales 
que l'on nomme vers à queue de rat. 

Au pied des arbres, en grattant, surtout du côté du 
Sud, on récoltera des Carabiques, des Hélopides et d'au- 
tres insectes. Vous voyez qu'en réalité il faut inspecter 
les arbres du haut en bas. 

Un voyageur est toujours plus ou moins fumeur. Eh 
bien, s'il fume, il peut faire sortir des fissures des 
écorces et des fentes des rochers de petits insectes qui 
s'y cachent, en y insufflant de la fumée de tabac. 

J'ai conseillé de rechercher les insectes sur les bran- 
ches, mais certains arbres sont épineux, et si l'on vou- 



LU NATURALISTE 



lit 



lait faire quelque capture avec le filet de gaze ou risque- 
rait de le mettre en pièces ; c'est dans ce cas qu'il faut 
employer les pinces à raquettes, et de préférence à ra 
quelles de toile métallique. Toutefois les papillons ne 
pourront être pris de cette manière, on les abîmerait. 

Les feuilles ou les tiges des plantes herbacées, les 
feuilles des arbustes ou des arbres, sont souvent défor- 
mées par la piqûre de certains insectes (Hyménoptères, 
Hémiptères, Diptères) ou de certains Acariens, qui pro- 
duisant ce qu'on nomme des galles. 

Dans d'autres cas ce sont des chenilles qui tordent les 
feuilles ou qui vivent dans le parenchyme ; ou bien 
encore des Coléoptères cigareurs qui déterminent l'en- 
roulement des feuilles autour de leur œuf (Rhynehiles, 
Attclabus, etc.). 11 serait intéressant de recueillirces galles 
et ces sortes de nids, de les rapporter dans l'alcool, ou 
bien de les conserver à sec, sans substances délétères, 
afin d'obtenir l'éclosion des insectes qui les ont produits. 

Vous connaissez tous l'ambre, cette résine fossile des 
temps tertiaires. Dans l'ambre ou succin, on trouve des 
quantités d'insectes qui ont été englués lorsque cette ré- 
sine était fluide et qui ont été ainsi conservés. De nos 
jours, il existe, dans presque tous les pays des arbres 
résineux qui laissent couler de la résine. Dans diverses 
contrées, en France, dans les Landes par exemple, on la 
reçoit dans des sortes de pots. Si vous examinez la ré- 
sine ainsi recueillie, vous trouverez un grand nombre 
d'espèces d'Insectes, de Myriapodes ou d'Arachnides. 
Dans les forêts de pins, même si l'on ne cherche pas à 
exploiter cette résine, elle s'écoule de l'arbre s'il y a 
quelque blessure. Il sera donc bon défaire cette chasse. 

Je recommanderai aussi de soulever les pierres, de 
relever la mousse, de secouer les fagots, de retourner les 
troncs d'arbres couchés sur le sol, car, de cette façon, 
on trouvera beaucoup d'Insectes, de Myriapodes ou d'A- 
rachnides qui fuient le jour ou qui aiment l'humidité. 
Dans la terre même, en creusant en dessous des fagots, 
des pierres, etc., on pourra faire de bonnes récoltes. 

Certains insectes se réfugient dans les feuilles sèches, 
surtout pendant l'hiver, et l'on peut s'en emparer en 
étalant les feuilles mortes sur un drap, ou bien en pla- 
çant ces feuilles dans un filet à larges mailles et en les 
secouant au-dessus d'un drap ou d'un parapluie ouvert. 

Il est un genre de chasse que je recommande aux 
voyageurs; ce n'est pas que cette chasse soit agréable, 
tant s'en faut, mais elle peut être des plus fructueuses. 
Je veux parler de la recherche des animaux dans les ma- 
tières en décomposition, telles que les délritus végétaux, 
les champignons, les cadavres, ou les matières sterco- 
raires. 

Il y a des insectes Coléoptères qui jouent dans la na- 
ture le rôle de fossoyeurs, qui pénètrent dans les ca- 
davres pour y pondre, et qui les enfouissent petit à pe- 
tit. Les uns, comme les Nécrophores aux teintes jaunes 
et noires, les Silphes ou Boucliers, les Stapbylins aux 
courtes élytres, aiment les cadavres récents; d'autres, 
comme les Dermestes, les Ptines, les Attagènes, les 
cadavres desséchés. Un savant entomologiste, M. Mégnin, 
a même montré qu'on pouvait arriver à connaître l'âge, 
si je puis dire, d'un cadavre, d'après les insectes qu'on 
y rencontre : les uns aiment la viande fraîche, d'autres 
(permettez-moi l'expression) la chair faisandée, d'autres 
les cadavres tout à fait secs. 

M. Oustalet vous a indiqué un moyen pour s'emparer 
de certains petits mammifères ; on emploie les pots mis 



en terre, des cloches à melon, des boites en fer-blanc 
enfoncées dans le sol, et la nuit les pauvres petits ani- 
maux, allant à l'aveuglette, se précipitent dans ces 
trappes et ne peuvent s'échapper. On peut employer pa- 
reil stratagème pour capturer les insectes. En voyage, 
une boîte de conserves est facile à trouver; on l'enfonce 
dans le sol et on a soin de placer au fond un appât, quel- 
que morceau de viande ou de matière stercoraire; pen- 
dant la nuit, pendant le jour même, beaucoup d'insectes 
s'y laisseront choir, attirés par l'odeur et il sera très 
facile de les capturer. On peut même tuer quelque petit 
mammifère, ou bien un oiseau, et placer son cadavre 
à peu de distance du campement; par ce moyen le 
voyageur pourra faire de bonnes récoltes. 

Certains Coléoptères préfèrent même (tous les goûts 
sont dans la nature) les excréments ; ainsi, dans les 
bouses, dans les crottins, dans les laissés de toutes 
sortes, on trouvera des Géotrupes, des Copris, des Apho- 
dies, des Ateuchus analogues à ces Bousiers que les 
Egyptiens figuraient sur leurs monuments. Il faut re- 
tourner ces excréments avec un bâton, creuser même le 
sol sous-jacent pour recueillir tous ces Coléoptères co- 
prophages. Des mouches, des guêpes viennent se poser 
sur ces matières, et même de brillants Papillons, des 
Vanesses, qui ne dédaignent pas ce genre de nourriture. 
Dans certains crottins frais, on peut trouver des pupes 
de Diptères du genre des Œstres, qui vivent à l'état de 
larves, fixés sur la membrane du tube digestif, et qui ne 
sont expulsés qu'au moment d'éclore. 

Beaucoup d'Hyménoptères construisent des nids qu'ils 
suspendent aux branches des arbres ; quelques-uns, 
comme ceux des Guêpes, des Polistes, des Poiybies, 
sont d'une extrême fragilité ; d'autres, façonnés avec 
une substance qui prend la consistance du carton, sont 
moins fragiles ; il y en a qui peuvent atteindre des di- 
mensions énormes. Dans d'autres cas, des Guêpes, des 
Bourdons construisent leurs nids sous terre. 

Tous ces nids méritent l'attention du voyageur. Il de- 
vra les placer dans des boîtes, les caler le mieux pos- 
sible, avec des feuilles s'il n'a pas d'ouate et, dans tous 
les cas, rapporter en même temps les insectes qui les 
ont édifiés. Souvent même dans ces nids trouvera-t-il 
des larves de Diptères parasites, tels que les Volucelles. 

D'autres Hyménoptères, les Fourmis, construisent 
dans les arbres et surtout sur le sol des nids formés de 
terre, ou de brindilles de bois amoncelées. On s'em- 
parera des Fourmis adultes, mâles, femelles et neutres, 
puis des œufs, des larves et des nymphes qu'on ap- 
pelle vulgairement des œufs de Fourmis et dont on 
nourrit les jeunes faisans. 

Beaucoup de ces Fourmis sont curieuses par leurs 
mœurs, et tous les renseignements précis à ce sujet se- 
ront intéressants. Il en est, par exemple, qui ont des 
Fourmis esclaves; incapables de se nourrir elles-mêmes, 
elles vont en guerre et rapportent des nymphes qui 
écloront dans leur nid et qui seront spécialement char- 
gées de nourrir les vainqueurs. Il faut prendre vain- 
queurs et vaincus. 

Mais certains insectes vivent dans les fourmilières, au 
milieu des fourmis; ce sont d'abord des pucerons, qu'on 
peut considérer comme les vaches à lait des fourmis, 
car ces dernières viennent boire un liquide sucré sé- 
crété par ces Hémiptères. En outre, on rencontre des 
Coléoptères : de petits Stapbylins, des Psélaphiens du 
genre Claviger, des Paussiens. Les fourmis traitent les 



li-2 



LE NATURALISTE 



Claoiger avec beaucoup d'égards, probablement parce 
que ces insectes fournissent quelque matière qui leur 
convient; on a même observé que les Claviger étaient 
nourris par les fourmis. 

Les Paussiens, qui vivent aussi dans les fourmilières, 
et dont la monographie a été faite récemment par 
M. Achille Raffray qui a réuni pour le Muséum, à di- 
verses reprises, d'importantes collections, les Paussiens, 
dis-je, sont nocturnes, volent avec une grande rapidité' 
et ont des antennes renllées, de forme étrange. 

Pour s'emparer de tous ces insectes qui- habitent les 
fourmilières, il faut se servir du tamis. On y met tout ce 
qui constitue la fourmilière, on ferme rapidement pour 
éviter que les fourmis ne grimpent sur l'opérateur, car 
certaines espèces peuvent produire, par leur piqûre, de 
cuisantes douleurs; on agite au-desssus d'une nappe et 
l'on recueille les petits insectes qui, à cause de leurs 
dimensions exiguës, passent à travers les mailles du 
tamis. 

D'autres insectes, vulgairement appelés Fourmis blan- 
ches, n'appartiennent pas au même ordre; ce sont des 
Névroptères lucifuges qui causent souvent de grands dé- 
gâts en rongeant les bois de construction. Il y en a qui 
construisent des nids placés sur les branches d'arbres, 
ou de véritables monuments, ressemblant à d'immenses 
fourmilières, hauts souvent de plusieurs mètres et 
assez résistants pour qu'un cheval ou un bœuf puisse 
grimper dessus. Comme ces termitières ne sont pas tou- 
jours transportables, le voyageur devra les photogra- 
phier, car leurs formes varient suivant l'espèce de Ter- 
mite. En outre, il faudra récolter les insectes qui les 
ont construites, et à tous les états; car, là aussi, il y a 
différentes formes : la femelle est énorme, c'est un véri- 
table sac à œufs; le mâle est ailé; puis il y a des ou- 
vriers et des soldats à tête énorme. 

On a trouvé des parasites dans les termitières. 

C'est au Brésil que Reinhardt a rencontré, en 1852, 
des Coléoptères, de la famille des Staphylins, qui ont 
un gros abdomen relevé, contenant des œufs et des 
larves développées en état de naître vivantes. 

Les voyageurs devront donc chercher attentivement 
•lans les termitières et ils sont assurés de fournir aux 
naturalistes, par leurs récoltes, le sujet d'intéressants 
travaux. 

(A suivre.) 



HIMALAYA ET ZOÏÏE ARCTIQUE 



On sait, que le froid est un facteur considérable dans 
le problème de la répartition des espèces végétales. On 
sait aussi qu'au fur et à mesure que l'on s'élève dans l'at- 
mosphère, la température s'abaisse, et, qu'en partant du 
pied d'une montagne située dans la zone tropicale, on 
rencontre de sa base à son sommet, si la montagne est 
élevée, toutes les températures que l'on rencontrerait si 
l'on se rendait des tropiques au pôle. 

Partant de ce fait, on sait enfin que l'ordre des succes- 
sions des espèces végétales répond à l'ordre de succes- 
sion des diverses températures. Aussi doit-on rencontrer 
sur les hauts sommets les espèces végétales que l'on ren- 
contre dans les régions voisines du pôle. Il en est en 
effet ainsi. 

Nous allons le voir en comparant les espèces de plantes 
phanérogames recueillies par les savants de l'expédition 



du lieutenant Greely, aux mêmes espèces croissant sur 
les hauts sommets de l'Himalaya. Malheureusement nous 
ne pourrons faire entrer en ligne de compte les Joncées, 
Cypéracées, Graminées; circonstance d'autant plus re- 
grettable qu'il est probable que les rapports des deux 
Flores eussent été encore plus saisissants grâce aux es- 
pèces de ces familles. Nous nous proposons d'ailleurs d'y 
revenir un jour. 

Voici la liste des espèces delà baie de Lady Franklin (t), 
à l'exception des Cryptogames, des Joncées, Cypéracées 
et Graminées : 
Ranunculus nivalis. R. Br. Potcntilla maculata. Pourr. 

« aifinis. R. Br. Dryas octopctala. L. 

Papaver nudir.aule. L. Saxifraga oppositifolia. L. 

Cochlearia ollicinalis. L. « flagellaris. Wild. 

Braya alpina. Sternb. « tricuspidata. Relz. 

Vesicaria artica. Rich. « cespitosa. L. 

Parrya arenicola. Hook? « nivalis. L. 

Entrema Edwardsii R. Br. « cernua. L. 

Cheiranthus pygmœus. Adams. « révularis. L. 

Draba hirta. L. Epilobium latifolium. L. 

« rupestris. R. Rr. Erigcron uniflorus. L. 

<c alpina. L. Arnica alpina. Oliv. 

Lychnis apctala. L. Taraxacum officinale. Web. 

« triflora. L. Cassiope tetragona. L. 

Arenariagroenlandica.Spring? Androsacc septentrionalis. L. 

« verna. L. Pedicularis capitata. Adams. 

Cerastium alpinum. L. « Langdorfii. Fish. 

Stellaria longipes. Gold. Oxyria digyna. Camp. 

Potentilla nivea. L. Polygonum viviparum. L. 

« pulchella. R. Br. Salix arctica. Pall. 

Toutes les familles auxquelles appartiennent ces es- 
pèces de la baie de Lady Franktin sont représentées dans 
la Flore Himalayenne. Sur les 26 genres précédents, 23 
se retrouvent sur les hauts sommets de l'Himalaya et du 
Thibet. Ce sont les suivants : 
Ranunculus. Potentilla. 

Papaver. Saxifraga. 

Cochlearia. Epilobium. 

Braya. Erigeron. 

Parrya. Taraxacum. 

Eutrema. Cassiope. 

Cheiranthus. Androsace. 

Draba. Pedicularis. 

Lychnis. Oxyria. 

Arenaria. Polygonum. 

Ceraslium. Salix. 

Stellaria. 

Sur les 40 espèces de la baie de Lady Franklin énu- 
mérées ci-dessus les hauts sommets de l'Himalaya nous 

offrent les 15 suivantes : 

Mètres 
Ranunculus nivalis. R. Br. 4800 

« aifinis. R. Br. 3300 à 4800 

Papaver nudicaule L. 4800 à 5100 

Braya alpina. Sternb. 3600 à 3900 

Draba alpina. L. 3600 à 5100 

Lychnis apetala. L. 3600 à 5500 

Potentilla nivea. L. 3000 à 5100 

Saxifraga oppositifolia. L. 45d0 à 5100 

« flagellaris. Wild. 4100 à 5100 

« cernua. L. 4200 à 5100 

Epilobium latifolium. L. 3300 à 4200 

Taraxacum officinale. Neb. 300 à 5400 

Androsace Septentrionalis. L. 3600 à 4200 

Oxyria digyna. Comp. 3000 à 5200 

Polygonum viviparum. L. 2700 à 4500 

Il est à remarquer que toutes ces espèces croissent an 
moins à une altitude de 3000 mètres, excepté le Taraxa- 
cum officinale qui s'abaisse jusqu'à 300 mètres, tout en 
s'élevant pourtant jusqu'à 5400 mètres. Les autres es 

(l)Cf. Dotanical Gazette, vol.X, 1885. Three years of Artic Sea, 
Append. IX, Greely. Bulletin de la Société botanique de France, 
Séance du 22 mars 1889. 






LE NATURALISTE 



143 



pèces s'élèvent jusqu'à 4800, 5200 et même 5500 mètres, 
le Lychnis apetala par exemple. 

Si maintenant nous remarquons que les genres qui ne 
présentent point d'espèces communes à la baie de Lady 
Franklin et à l'Himalaya sont en général ceux dont les 
espèces sont les plus voisines entre elles; si d'autre part, 
nous réfléchissons à ce fait que les Himalayas sont en- 
core en grande partie inexplorés, nous pourrons donc 
conclure qu'il existe une frappante analogie entre la 
Flore de Lady Franklin et celle des hauts sommets de 
l'Himalaya, autrement dit entre la Flore des hautes 
cimes des montagnes et la Flore des contrées polaires. 

Hector Léveillé. 



PHOTOGRAPHIE 



AGRANDISSEMENTS. — IMAGES AU GÉLATINO-BROMURE I) ARGENT 

Pour remédier aux défauts des agrandissements de 
négatifs en diapositifs au bromure d'argent, le D r Stolze 
propose de tirer de ceux-ci un négatif sur place. 
L'appareil employé, construit par Feraros, figurait à 
l'Exposition photographique londonienne da 1891. 

La Compagnie Eastman, de Londres, fabrique un très 
bon papier au gélatino-bromure pour agrandissements. 
Elle emploie comme source lumineuse une lampe à arc 
de 500 bougies. On développe dans un bain faible 
d'oxalate de fer, on lave à l'eau alunée additionnée 
d'acide acétique, et on renforce les parties trop claires 
en y promenant au pinceau un révélateur convenable. 
Les images obtenues sont noires. 

Pour obtenir des images brunes, Hair Brown choisit 
un papier au gélatino-bromure pur sensible, expose pen- 
dant un temps assez long et développe dans un bain pré- 
paré avec : 

A) Hydroquinone 10 grammes 

Sulfite de sodium 60 — 

Bromure de potassium 20 — 

Eau 600 — 

B) Potasse caustique 15 grammes 

Eau distillée 80 — 

Mélanger 100 centimètres cubes A avec 100 centimètres 
cubes de B, et étendre avec 400 centimètres cubes d'eau. 
L'image, lavée et blanchie à l'eau oxygénée, est ensuite 
nuancée dans un bain d'urane composé de : 

Eau 240 grammes 

Acide acétique 1,5 gr. 

Ferricyanure de potassium 4 — 

Nitrate d'urane 4 — 

(Brit. Jour, of Photogr. 1891.) 

C.-J. Scaper recommande un procédé donnant des 
images noires bien neutres, même lorsque l'exposition 
n'a pas été tout à fait correcte. On développe avec un 
révélateur composé de : 

A) Icogène 4,5 gr. 

Suinte neutre de sodium 24 — 

Eau 160 — 

On dissout d'abord le sulfate dans l'eau, on acidulé 
légèrement avec de l'acide citrique, puis on ajoute 
l'icogène. 

B) Soude calcinée 42 grammes 

Eau 240 — 

C) Bromure de potassium 12 grammes 

Eau 4S — 

Pour l'usage on mélange : 

A 145 cent, cubes 

B 40 — — 

C 1 goutte 



Si le développement est trop rapide, on ajoute deux ou 
plusieurs gouttes de : 
Pour éclairer, on passe dans un bain composé de : 

Acide citrique 3 parties 

Eau 480 — 

et on nuance au bain de platine (Phot. Wochenbl., 1891). 
(Moniteur scientifique du D r Quesneville, mai 1893, p. 372 
et 59.) 

PHOTOGRAPHIE SUR MARBRE 

M. Villon donne dans les Photographisch.es Archiv le 
procédé suivant pour imprimer une photographie sur le 
marbre. 

Appliquer sur une plaque de marbre non poli la solu- 
tion suivante : 

Benzine 500 parties 

Essence de térébenthine 500 — 

Asphalte 50 — 

Cire pure 5 — 

Quand l'application est sèche, exposer sous une 
épreuve négative durant 20 minutes environ au soleil. 
Développer avec l'essence de térébenthine ou la benzine, 
et laver à grande eau. Couvrir ensuite les parties de la 
plaque qui doivent rester blanches avec une solution 
alcoolique de gomme laque, et immerger dans une tein- 
ture soluble dans l'eau. 

Enfin, après un temps suffisant pour que la matière 
colorante ait pénétré dans les pores de la pierre, sortir 
celle-ci et la polir. Il paraît que l'on obtient de très 
beaux effets (Revue scientifique, 20 mai 1893). 

ÉPREUVES POSITIVES RESSEMBLANT A LA SANGUINE 

Après avoir été fixée et lavée, une épreuve sur papier 
au bromure d'argent est plongée dans un bain de bi- 
chlorure de cuivre à 15 %. L'image disparaît complète- 
ment en se transformant en chlorure d'argent. On la lave 
soigneusement pour enlever tout le bichlorure de 
cuivre, on la plonge pendant quelques instants dans un 
bain de ferrocyanure de potassium, on lave abondam- 
ment et avec soin, puis on la remet dans un bain de bi- 
chlorure de cuivre à 2 %. L'image réapparaît aussitôt 
avec la couleur rouge-sanguine. 

Suivant Paris-Photographe , tous les lavages doivent 

être abondants et soignés, sans quoi les blancs seraient 

teintés par les sels de cuivre (Revue scientifique, 

27 mai 1893.) 

E. Santini (de Riols). 



PROJET DU CATALOGUE DESCRIPTIF 

DES HYMÉNOPTÈRES D'EUROPE 



Je crois utile de faire connaître aux entomologistes 
français le projet conçu par M. Teod. de Stefani-Perez, 
de Palerme, et relatif à la publication, dans un court, 
délai, d'un catalogue descriptif des Hyménoptères d'Eu- 
rope. Ce projet a été exposé par son auteur dans le 
numéros de janvier et février 1893 du Bolletino del Natu- 
ralista, publié à Sienne, et c'est un résumé de ces arti- 
cles et de ma correspondance personnelle avec l'auteur 
qui fera l'objet de cette note. 

Tout le monde sait que les catalogues de Kirchner et 
de Dours sont aujourd'hui absolument surannés et in- 
suffisants, et que les Hyménoptérologistes ont salué 
avec bonheur l'annonce de l'important ouvrage de Dalla- 
Torre : Catalogus Hymenopterorum hucusque descriptorum, 
dont les deux volumes aujourd'hui parus (Chrysididx et 
Foraicida?) démontrent que l'œuvre du savant autrichien 



1 \ \ 



LE NATURALISTE 



sera absolument parfaite et indispensable à tous les tra- 
vailleurs. 

L'objectif de M. de Stefani est à la fois plus modeste, 
puisqu'il n'envisage que la faune européenne, et plus 
étendu puisque, dans sa pensée, il ne s'agit pas seule- 
ment d'une simple nomenclature des espèces, mais 
d'une sorte de Synopsis, cbaque citation spécifique de- 
vant être accompagnée d'une courte diagnose reprodui- 
sant les caractères distinctifs les plus saillants de l'espèce. 

Le volume s'ouvrirait par un tableau des familles 
d'Hyménoptères. Chaque famille débuterait par un Sy- 
nopsis des tribus et des genres; puis chaque genre com- 
prendrait le catalogue des espèces européennes avec 
l'indication de leur patrie, des principaux synonymes e' 
des caractères distinctifs résumés en une courte phrase 
diagnostique. Le tout serait écrit en latin pour être ac- 
cessible aux entomologistes des diverses nations. 

Un pareil travail ne pouvant être mené à bien qu'avec 
le concours de tous les travailleurs de bonne volonté, 
l'auteur a pensé que chacun pourrait apporter sa pierre 
à l'édifice en publiant, sur un plan uniforme et dans un 
recueil quelconque, le catalogue descriptif des familles, 
tribus ou genres qui lui seraient le mieux connus. Il 
adresserait un exemplaire de son travail à la Direction 
du Bolletino del Naturalista qui veut bien se charger de 
centraliser tous les travaux partiels, de les insérer même 
dans ses colonnes et d'éditer enfin le catalogue définitif. 
Ce dernier serait revu, coordonné et mis au point par 
un ou plusieurs spécialistes dont la mission consisterait 
à fondre en un seul corps tous les travaux partiels qui 
leur auraient été remis. Il est bien entendu que le nom 
de chacun des collaborateurs figurerait dans l'œuvre 
collective, et que La propriété scientifique de chaque 
partie serait ainsi réservée à celui qui en serait l'auteur. 
Quant à la propriété commerciale, elle appartiendrait 
naturellement à l'administration du Bolletino qui en au- 
rait fait tous les frais. 

L'auteur du projet pense que la publication partielle 
de chaque fragment du catalogue provoquerait, de la 
part des savants de tous pays, des observations et des 
corrections, même de nouveaux travaux sur le même 
sujet, et que lors de la rédaction du livre définitif, on 
aurait entre les mains des matériaux passés à la filière 
d'un long examen, corrigés et recorrigés, de sorte que 
le résultat de ce travail commun serait un ensemble 
précieux pour la connaissance des Hyménoptères d'Eu- 
rope. 

Voilà, en quelques lignes, l'économie du projet conçu 
par M. de Stefani. Sans doute, son exécution soulève 
bien des difficultés pratiques; bien des objections peu- 
vent être faites à la facile réalisation d'une pareille 
œuvre; mais l'auteur, sans se dissimuler aucune de ces 
difficultés, ne les croit pas insurmontables et pense que 
l'importance du résultat à obtenir est de nature à com- 
penser largement les efforts .faits pour y arriver. Il ap- 
pelle, d'ailleurs, les observations sérieuses et est tout 
disposé à tenir compte, dans la plus large mesure, des 
réllexions qui lui seraient soumises et des modifications 
ou améliorations qu'on pourrait lui proposer. 

Je crois avoir qualité pour répondre par avance à 
l'une des objections qui pourraient être soulevées au 
sujet de l'assimilation de cette œuvre avec le Species des 
Hyménoptères d'Europe, fondé par mon regretté frère, et 
que je m'efforce de continuer, malgré toutes les diffi- 
cultés matérielles que me suscitent la négligence et 



l'inertie des éditeurs (1). Le Species des Hyménoptères est 
conçu sur un plan beaucoup trop vaste pour pouvoir 
être comparé au Catalogue descriptif de M. de Stefani qui 
ne doit être qu'un manuel d'un volume restreint, d'un 
prix accessible à tous et d'une publication rapide. L'a- 
chèvement du Species, s'il peut poursuivre sa route, de- 
mandera encore de bien longues années, tandis qu'il 
suffirait de peu de temps pour nettre la science en pos- 
session du manuel de M. de Stefani. 

Je ne puis donc que me joindre à mon ami et collègue 
italien pour réclamer, en faveur de son entreprise, la 
bienveillance et le concours actif des entomologistes. Je 
souhaite vivement au catalogue projeté de voir le joui- 
avant que la loupe ne soit tombée de mes mains et que 
je n'aie plus commerce qu'avec les insectes hypogés. 

Ernest André. 

LES PLUS GRANDS VEGETAUX DU GLOBE 

Il y a 45 ans, le plus gros arbre connu était le Baobab, 
Adansonia digitata, de la famille des Malvacées. On 
citait des troncs de huit mètres de diamètre et plus. 11 
est vrai que sa hauteur n'était pas en rapport avec son 
épaisseur : c'est un arbre trapu, qui l'appelle un peu 
l'éléphant par certains de ses aspects extérieurs, si tou- 
tefois on peut comparer un arbre à un animal. Cette 
particularité avait cependant frappé Adanson lui-même. 

Il y a environ 40 ans qu'on a découvert en Californie 
les gigantesques Wellingtonia, Washingtonia, Séquoia 
gigantea, trois noms donnés au même genre. Il y a bien 
aussi le Séquoia sempervirens, mais il est un peu plus 
petit que le gigantea. Ces Conifères sont plus gros que 
les Baobabs, mais ils sont surtout incomparablement 
plus grands. Beaucoup d'entre eux ont de 100 à 
125 mètres de haut, avec un tronc dont le diamètre est 
voisin de 10 mètres, plus ou moins. 

Le plus gros de tous les arbres connus est un Séquoia 
gigantea, qui pousse sur les bords de la rivière du Roi, 
à 40 milles de Visalia. Il a 44 pieds anglais de diamètre, 
c'est-à-dire dans les environs de 14 mètres! Je ne con- 
nais pas exactement sa hauteur, mais elle ne doit pas 
atteindre 130 mètres. 

Depuis une vingtaine d'années, on a découvert en 
Australie des Eucalyptus géants, dont le tronc est géné- 
ralement moitié plus mince que celui des Séquoyas, mais 
il n'en est pas toujours ainsi, comme on va le voir. Il y 
a beaucoup d'espèces d'Eucalyptus. Celle qui atteint les 
plus grandes dimensions est l'Eucalyptus regnans. 11 y en 
a de 415 pieds de haut sur 5 mètres seulement de dia- 
mètre. Toutefois, au Mount Disappointmcnt, un Euca- 
lyptus de cette espèce a fort bien ses 11 mètres de dia- 
mètre. Le plus élevé des arbres du inonde se trouve 
dans la province de Victoria. Il a 471 pieds de haut, soit 
157 mètres environ. C'est un Eucalyptus regnans, qui 
mérite bien son nom d'Eucalyptus dominateur, régnant 
sur toutes les espèces du même genre. 

Eh bien, il y a des végétaux plus grands encore que 
ces géants-là : ce sont certaines lianes ! Il serait curieux 
de mesurer leur longueur exacte; mais il en est qui 
dépassent largement 150 mètres. Ainsi, dans l'île de 
Ceylan, près de Colombo, les Anglais ont installé un 

(1) C'est ainsi que le 42 e - fascicule, paru en juin 1892, sembla 
n'avoir pas encore clé distribué à la majorité des abonnés,' et 
que le tirage des fascicules 43 et 44 n'est pas encore achevé, 
bien qu'ils aient été composés et corrigés dés la lin de 1892. 



LE NATURALISTE 



1 fô '■ 



musée au milieu des plantations de Cannelliers, des 
Cinnamon-gardens. Dans ce niusée, on conserve plusieurs 
tiges de rotins de 130 mètres de longueur. Le rotin est 
un palmier du genre Calamus, qui a la forme d'une 
liane. Si on laisse à cette plante suffisamment de temps 
et d'espace pour se développer en toute liberté, je ne 
vois pas pourquoi on n'obtiendrait pas des tiges de 
200 mètres de longueur sur quelques centimètres de 
diamètre. D'autres lianes peuvent aussi atteindre une 
énorme longueur. 

Il est une autre plante, le Multipliant ou Figuier 
des pagodes, le Ficus indica, que l'on appelle encore 
le Finis religiosa, de la famille des Morées, qui présente 
des dimensions merveilleuses. Le tronc est très gros 
pour sa hauteur, mais si on laisse cela de côté pour 
prendre seulement les dimensions du développement 
des branches d'un seul tronc, avec les nombreuses 
racines adventives qui descendent de celles-ci pour for- 
mer autant de colonnes de support, on obtient des chiffres 
tout à fait invraisemblables. C'est ainsi que, dans les 
Indes anglaises, aux environs de la ville de Broach, se 
trouve un Banian dont les ramifications décrivent, au 
tour du tronc principal, une circonférence de plus de 
6 : '0 mètres. 200 mètres de diamètre de couvert à l'abri 
d'un seul arbre ! ! ! 

Que dire encore des algues de la mer, dont certaines 
espèces ont de prodigieuses dimensions? 

Les Sargasses pourraient, d'après Trouessart, atteindre 
plusieurs kilomètres de longueur. Quelle que soit leur 
dimension exacte, ce sont véritablement les plus grands 
végétaux du globe. D r Bougon. 



CHRONIQUE 



Congrès de Besançon. — Le prochain Congrès 
de l'AssociationFrançaisepourravancementdes Sciences 
doit se réunir à Besançon du 3 au 10 août 1893. M. S. 
Sirodot est appelé à présider cette année la dixième sec- 
lion (Zoologie, Anatomie et Physiologie). Le Congrès de 
Hesançon s'ouvrira le jeudi 3 août 1893, sous la prési- 
dence de M. le professeur Bouchard, membre de l'Ins- 
litut et de l'Académie de médecine ; il sera clos le jeudi 
10 août. Indépendamment des séances de sections et 
des conférences le Congrès comprendra des visites 
scientifiques et industrielles et des excursions. Une ex- 
cursion de trois jours, 11, 12 et 13 août, aura lieu dans 
le Jura après la clôture de la session. Des réductions 
de tarif, 50 0/0, sontaccordées sur les chemins de fer aux 
membres de l'Association qui assistent à la session. 
Pour profiter de cette faveur, les membres de l'Asso- 
ciation devront en faire la demande au secrétariat (rue 
Serpente, 28) avant le 15 juillet, terme de rigueur. 

Congrès international de zoologie. — Le 
Comité vient de se constituer ainsi qu'il suit : 

Président : M. Milne-Edwards (Paris). 

Vice-présidents : M. Jentink (Leide); M. le comte Kap- 
mst (Moscou) ; M. Th. Studer (Berne) ; M. L. Vaillant 
(Paris). 

Secrétaire général : M. R. Blanchard (Paris). 

Secrétaire : M. le baron J. de Guerne (Paris). 

Le Comité permanent propose la question suivante 
pour le prix de S. A. I. le Tsarévitch, qui sera décerné 
en 1895, au Congrès de Leyde: 

Etude de la faune d'une des grandes régions du globe et 
relations de cette faune avec les faunes voisines. 



Le jury acceptera des travaux portant soit sur un 
Embranchement, soit sur une Classe du Règne animal. 
Les travaux, manuscrits ou imprimés depuis le dernier 
Congrès, devront être écrits en français et envoyés 
avant le 1 er mai 1895 à M. le président du Comité per- 
manent, au siège de la Société Zoologique de France, 
7, rue des Grands-Augustins, à Paris. Les mémoires 
présentés seront soumis à l'examen d'une Commission 
ainsi constituée : MM. Milne-Edwards (Paris), président; 
R. Blanchard (Paris), secrétaire général; A. Bogdanov 
(Moscou) ; Jentinr (Leyde) ; R. B. Sharpe (Londres) ; Th. 
Studer (Berne), et N. Zograf (Moscou). 

Photographie. — Clichés manquant de pose. 
Plonger le cliché dans une solution diluée, d'un bleu 
vert quelconque d'aniline pour le teindre, pour ainsi 
dire. La gélatine absorbe cette teinture en raison in- 
verse du dépôt d'argent qui fausse l'image. Les parties 
très denses n'absorbent pas de couleur, tandis que les 
parties très transparentes se teignent au contraire assez 
fort. Il en résulte une espèce de nivelage de la densité, 
les contrastes trop influents sont atténués, et le cliché 
fournit une photocopie bien plus présentable. 

(Photo-Courrier.) 

Société d'histoire naturelle. — Nous apprenons avec 
satisfaction qu'une Société d'histoire naturelle vient de se 
fonder dans le département de la Seine sous le nom de : 
Union des Naturalistes du Département de la Seine. 

Cette nouvelle Société a pour but de vulgariser 
l'étude des sciences naturelles ; à cet effet elle organi- 
sera des excursions scientifiques et publiques qui seront 
annoncées par voie du journal. Des réductions seront 
accordées par les chemins de fer. 

Pour les renseignements et adhésions s'adresser à 
MM. R. Jagre, 87, rue Cardinet, Paris ; E. Lefebvre, 156, 
boulevard National, Clichy ; J. Alabarbe, 67, rue des 
Frères- Herbert, Levallois-Perret. 

Conservation des Coléoptères. — Permettez- 
moi, je vous prie, de vous signaler une méthode qui m'a 
donné les meilleurs résultats pour la conservation de 
mes Coléoptères. Ce procédé que j'emploie depuis trois 
ans supprime toute odeur, n'altère en rien la couleur 
de l'insecte et assure sa conservation parfaite. Je l'ai 
emprunté à la technique histologique et à la pratique 
antiseptique ; voici en quoi il consiste : 

1° Badigeonnage au pinceau très fin avec l'essence de 
Lavande, antiseptique reconnu aujourd'hui comme très 
puissant ; 

2° Après l'évaporation de l'essence, badigeonnage 
avec du Baume du Canada, dissous dans le chloroforme. 

Alexandre Guilliermond. 

Revue suisse de Zoologie. — Il vient de se 
fonder à Genève, sous la direction de M. le D r Bedot une 
Revue d'histoire naturelle, ayant pour titre : La Revue 
suisse de Zoologie. Cette Revue paraîtra par fascicules 
sans nombre déterminé et sans date fixe, mais formant 
autant que possible un volume par année. Les auteurs 
recevront gratuitement 40 tirages à part de leurs tra- 
vaux. Lorsqu'ils en demanderont un plus grand nombre, 
ils leur seront livrés au prix de revient, à la condition 
cependant de ne pas être mis en vente. Le prix de sous- 
cription est fixé à 40 francs par volume. Union postale : 
43 francs. Ce prix sera augmenté lorsque le volume sera 
déposé en librairie. Les demandes d'abonnement doivent 
être adressées au directeur de la Revue, rue de la Pélis- 
serie, 18, Genève. 



146 



LE NATURALISTE 



Excursion entomologique. — Le laboratoire 
d'entomologie du Muséum de Paris fera, sous la direc- 
tion de M. Ch. Brongniart, assistant, une excursion 
entomologique le dimanche 2Î> juin à Fontainebleau. 
On doit se faire inscrire au laboratoire d'entomologie, 
57, rue Cuvier, jusqu'au vendredi soir qui précède 
l'excursion. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du 1C» mai 1893. — M. Bourquelot signale un 
ferment solublc capable de saccharifier l'Inuline existant dans 
l'Aspcrgillus niger, et à ce propos une fermentation alcoolique 
indirecte de l'Inuline. En effet, en ajoutant à la fois à une 
solution d'Inulinc de l'inulase et de la levure on provoque une 
fermentation alcoolique. — M. A. Bach pense devoir signaler 
à l'Académie l'analogie qui, suivant lui, existe entre la décom- 
position de l'acide sulfureux exposé à l'action de la radiation 
solaire et la décomposition de l'acide carbonique hydraté dans 
les plantes à chlorophylle. — M. Aimé Girard a observé la 
migration de la fécule de pomme de terre dans les tubercules 
à repousses, cette fécule se solubilisant et se dirigeant vers les 
cellules de ces repousses mêmes. — M. Slanislas Meunier peut, 
grâce à l'analyse d'un petit lot de la matière oxydée qui l'en- 
veloppe de toutes parts, affirmer l'origine météorologique du 
bloc de fer natif du lœss d'Augustinowka (gouvernement 
d'EkaterinosIaw, Russie) dont la chute doit remonter à une 
haute antiquité et peut-être à la période quaternaire. — M. A. 
Dissard, à la suite d'expériences entreprises sur l'influence du 
milieu sur la respiration chez la Grenouille normale, diminue 
à mesure qu'augmente l'état hygrométrique, elle est minimum 
dans le milieu liquide. La ligature des artères pulmonaires, la 
ligature des artères cutanées, diminuent dans tous les cas l'acide 
carbonique excrété. Cette diminution devient considérable 
dans le milieu liquide pour le cas de la ligature des artères 
entamées, et dans le milieu aérien pour la ligature des artères 
pulmonaires. — A propos de l'action de l'air et de l'oxygène 
comprimés sur les animaux à sang chaud, M. G. Philippon 
a observé que, lorsqu'on substitue à l'oxygène comprimé 
ou à l'air comprime (après décomposition brusque) de 
l'air comprimé, ou de l'oxygène comprimé dans le second 
cas, et que l'on pratique ensuite la décompression lente, on 
évite les accidents mortels que la décompression brusque 
aurait produits inévitablement sans cela. — M. Joannes Chatin 
décrit les nerfs oculaires du Spondylus Gaderopus ; ils se com- 
posent, comme chez les Pectens de deux sortes de nerfs : 1° les 
nerfs optiques; 2° les nerfs ophtalmiques naissant séparément 
du nerf circumpalléal. Le nerf optique du Spondylus possède 
cette particularité, suivant l'auteur, d'être complètement en- 
touré d'un manchon de myéline. — M. L.-F. Henneguy signale 
chez certains mammifères (Rat, Souris, Chatte, Rhinolophc) 
une véritable fragmentation parlhénogénésique des ovules 
pendant l'atrésie des follicules de Graaf. 

Séance du 33 mai. — M. G. Pouchet ayant pu faire une 
pèche au (ilet fin dans la lagune nord de Jan-Mayen, signale 
l'extraordinaire pauvreté de la faune d'eau douce de cette 
lagune où les rotifères dominent. — M. Alphonse Labbé a 
observé un dimorphisme très marqué dans la sporcilation des 
Drépanidiens, et se demande si un dimorphisme analogue ne 
serait pas applicable aux Cytamœbiens. — M. Sylvain Jourdain 
pense devoir signaler à l'Académie des Brumes odorantes à 
forte edeur de charbon, qu'il a observées dans la Manche, aussi 
bien à Saint-Vaast-la-Hougue qu'à Portbail. 

Séan-e du 29 niai. — MM. A. des Cloiseaux et A. Lacroix 
décrivent la phénacite de Saint-Christophc-en-Oisans, prise 
pour une Tourmaline incolore. — M. /,. Cuénot résume quel- 
ques résultats obtenus par lui sur divers points intéressants de 
la physiologie de l'Ecrevisse. Il existe deux endroits absorbants 
dans le canal digestif de l'Ecrevisse facilement mis en lumière 
par l'ingestion de nourriture colorée par diverses couleurs 
d'aniline ; ce sont : 1° le foie aux extrémités des caecums ; 
2° l'intestin moyen. Le cornet pylorique est un appareil de 
protection de l'épithélium de l'intestin moyen, analogue à l'en- 
tonnoir étudié par Schneider chez de nombreux insectes. 
M. Cuénot a observé au confluent de l'intestin moyen et ter- 
minal la présence de glandes sphériques. Enfin il signale la 
fonction régulatrice du foie de l'écrcvisse au point de vue de 
la teneur du sang en eau. A. Eu g. Malawi. 



VOCABULAIRE ORNITHOLOGIQUE 

(Suite.) 



D 



Daguer. — Fauc. Un Faucon dague quand il fond 
avec rapidité sur sa proie. (Voyez Descente.) 

De bonne affaire. — Fauc. (Voyez Affaire.) 

Débonnaire. — Fauc. Faucon de bonne race ou 
de bonne aire. 

Déchaperonner. — Fauc. Consiste à ôter le cha- 
peron (voyez ce mot) au Faucon. 

Délivre. — Fauc. On dit d'un Héron capturé : II fait 
à la délivre, pour exprimer qu'il est très maigre. 

Délonger. — Fauc. C'est ôter la longe au Faucon. 

Demi-vol ou Deniy vol. — Elan. Désigne une seule 
aile d'Oiseau. Ex. : Aleyrac. Son dossier est tourné à. 
dextre; quand il est tourné à sénestre, le demi-vol est 
dit contourné. 

Dentirostre (dens, dent ; rostrum, bec). — Bec avec 
une sorte de dent ou d'entaille sur les côtés de la pointe. 
Cette forme est très variable. Ex. : Merle. Loriot, Pie- 
grièche, Cobe-mouches, Drongos, etc. 

Dérompre. — Fauc. Un Faucon dérompt quand il 
se précipite sur un autre. 

Descente. — Fauc. Action d'un Faucon qui fond sur 
sa proie. Même sens que Daguer (voyez ce mot). 

Désempelotoir. — Fauc. Petite tige de fer avec 
laquelle le Fauconnier retire de la Mulctte (voyez ce mot) 
la viande que l'Oiseau ne peut digérer. 

Dessiller. — Fauc. Action de découdre les pau- 
pières d'un Oiseau cillé (voyez ce mot). 

D'essor. — Fauc. (Voyez Essor.) 

Diadème. — Blas. D'un usage ancien, synonyme de 
Couronné (voyez ce mot). 

Diaphragme. — Membrane, sorte de cloison en- 
tièrement musculaire qui sépare la cavité abdominale ou 
ventre de la cavité thoracique ou poitrine. 

Dicéluphe (ôtç, deux ; xsVj?y], enveloppe" 1 . — Nom 
donné par M. Moquin-ïandon aux œui's monstrueux à 
double coquille. 

Dimorphisme sexuel (Sic, deux fois ; (/.opçf,, forme). 
— Terme d'un usage général dans la science. Chez l'Oi- 
seau, on s'en sert souvent pour caractériser les diffé- 
rences de plumage que l'on observe d'un sexe à un autre. 
Ex. : le Paon, le Paradisier, le Bouvreuil, etc. 

Directrices (Plumes). — Plumes de la queue. 
Disque facial. — Cercle de plumes sétacées, dé- 
composées et rigides, formant par leur rayonnement un 
disque circulaire autour de la face. Ex. : la Hulotte, l'Ef- 
fraie, etc. 

Donner le jeu. — Fauc. Permettre au Faucon de 
plumer sa proie. 

Dos. — Chez l'Oiseau, partie supérieure du tronc, 
depuis le cou jusqu'au croupion. 

Double coquille (Œuf à). — Voyez Dicéluphe et 
nos articles de monstruosité. 

Dure-mère. — Une des trois membranes qui en- 
tourent le cerveau. 

Duvet. — Au sens propre du mot, matière moelleuse, 
cotonneuse, formée de poils fins et souples, qui protège 
l'Oiseau nouvellement éclos. Le duvet du jeune Cygne 



LE NATURALISTE 



147 



est particulièrement recherché dans la plumasserie à 
cause de sa blancheur et de sa finesse. Mais on entend 
plus généralement la matière moelleuse qui revêt la peau 
de l'adulte. 

Duvet embryonnaire ou poudreux. — Plus 
connu sous le nom de plumules. Il est formé de tiges et 
de barbes souples dont les barbules arrondies ou noueu- 
ses sont dépourvues de crochets. 

Duvet vif. — Plum. Désigne le meilleur duvet que 
l'Eider s'arrache sur son corps pour garnir son nid. On 
le recueille dans le nid. 



E 



Écaille ou Scutelle. — Chez les Oiseaux, les 
écailles se forment ordinairement sur les pattes par un 
épaississement de Tépiderme. Ex : Dindon, Poule, Cor- 
beau, etc. — Elles peuvent être remplacées par des poils 
(Ptermigans, Syrrhaptes). — Situées les unes à côté des 
autres, un peu imbriquées, elles présentent deux types 
différents : 1° l'écaillé écussonnée, à disposition régulière ; 
2° l'écaillé réticulée, dont la forme ressemble à la maille 
d'un filet. — Chez certaines espèces, le pourtour des 
yeux est pourvu d'écaillés qui paraissent faire l'office de 
cils. 

Ecdyse (IhcSoffiç, action de dépouiller). — Première 
phase ou dépouillement du plumage qui a lieu à des 
époques déterminées. 

Échaper — Fauc. Consiste à lâcher an Oiseau pour 
le faire chasser par les Faucons. 

Kclore. — Se dit du Poussin qui sort de sa coquille. 

Écumerou Escniner. — Fauc. On employé ce mot 
dans deux sens : pour désigner : 1° le Faucon qui passe 
au-dessus de sa proie ou de l'endroit où elle s'est cachée, 
sans s'y arrêter; 2° le Faucon qui chasse le gibier lancé 
par les Chiens. 

Édredon ou Ejderdun. — Duvet du Canard eider 
que l'Oiseau s'arrache sur tout son corps, surtout, au 
ventre, pour garnir l'intérieur de son nid, composé de 
fucus. Son habitat est l'Islande, la Laponie, le Groenland 
et le Spitzberg. Les habitants protègent l'Eider pour re- 
cueillir ce précieux duvet. On en a exporté en un an du 
sud du Groenland plus de 5,000 livres. Une livre à'édredon 
coûte, en Norvège, 22 francs. On compte, en moyenne 
douze nids pour faire une livre. 

Égalé. — Fauc. Faucon éyalé, qui porte sur le dos des 
mouchetures blanches nommées égalurcs. 

Égalures. — Fauc. (Voyez égale.) 

Eiderholm. — Endroit où niche l'Eider. 

Éjointage. — Avic. Opération qui consiste à priver 
l'Oiseau de l'usage d'une aile, sans pour cela le déparer, 
afin de l'empêcher de voler, l'équilibre étant rompu. 

Éjointer. — Avic. (Voyez Èjoinlage.) 

Élaïdoclion (éXaiov, huile; Ss^ojxai, recevoir). — 
Glande uropygiale du croupion ou Cryptes (voyez ce mot). 

Éleveuse hydro-mère. — Avic. Outillage qui 
complète la couveuse artificielle (hydro-incubateur). Elle 
se compose, comme celle-ci, d'une boîte cylindrique ren- 
fermant un bassin de zinc alimenté d'eau chauffée et ca- 
pitonné sur son plancher d'une peau de Mouton; des 
cales placées aux angles permettent de l'élever au fur et 
à mesure de là croissance des poussins. 

Elliptique (Œuf). — A la forme d'une ellipse. 
Ex. : presque tous les Totipalmes, Pélicans, Frégates, 
Fous, AuhingasetCormorans; les Grèbes etles Plongeons. 



Emaillée (Plume). — Ce genre de plume n'a pas 
de reflets métalliques; mais son pigment se modifie 
grâce à la présence d'une membrane superficielle, trans- 
parente, qui possède une teinte différente. 

Emboîtement réciproque. — C'est le mode 
d'articulation des vertèbres de la région cervicale, c'esl- 
à-dire du cou. 

Émeu. — Fauc. Signifie les excréments du Faucon. 

Émeuter. — Fauc. Rendre les excréments.' 

Émigration. — A à peu près la même signification 
que Passage. C'est le transport volontaire des Oiseaux 
d'un pays à un autre. 

Empeloter. — Fauc. Un Faucon empelote quand il 
digère mal sa nourriture qui se roule en pelotes dans son 
estomac. 

Empiétant. — Blas. S'applique aux Rapaces qui 
tiennent quelque proie dans leurs serres. 

Empiéter. — Fauc. Action du Faucon qui enlève 
une proie. 

Enduire. — Fauc. C'est le contraire d' Empeloter 
(voyez ce mot), quand le Faucon digère bien. 

Endyse. (Evouwtç, habillement.) — Acquisition du plu- 
mage ; seconde phase de la Mue. 

Énoiseler. — Fauc. Dresser un Faucon. 

Ensanglanté. — Blas. Se dit du Pélican qui s'ouvre 
la poitrine. 

Enter une plume. — Fauc. Faire tenir, au moyen 
d'une aiguille, une portion de plume (penne), sur ce qui 
reste d'une plume cassée. 

Entraves. — Faite. Liens fixés aux pattes du 
Faucon. 

Épaules (scapulce). — Forment chez l'Oiseau la par- 
tie antérieure de l'aile depuis l'articulation jusqu'à l'ex- 
trémité de l'humérus. 

Éperon. — (Voyez Ergot.) 

Éperverie. — Dressage de l'Épervier à la chasse. 

Épervier. — Blas. « Oiseau de proie dont on se ser- 
« vait pour la chasse. Dans le moyen âge, suivant Du 
« Cange et Meninski, on le nommait Muscetus; on en 
« rencontre assez fréquemment en armoiries. «(Grand- 
Maison.) 11 peut être chaperonné, grilleté, longé ou perché. 

Épigastre (èm, sur ; ya<mip, ventre). — Subdivi- 
sion de l'abdomen qui équivaut à la partie supérieure 
de la région antérieure du ventre. 

Épignathe (èiu, sur; y v <xû°Ç, mâchoire). — Quand la 
mandibule supérieure du bec dépasse la mandibule infé- 
rieure et lorsque son extrémité est plus courbée que son 
opposée. 

Épilence. — Fauc. Épilepsie du Faucon. 

Épinette. — Avic. Cage où l'on met les Poulets pour 
les engraisser. 

Éployé. — Blas. « Se dit parfois des Oiseaux dont 
« les ailes sont étendues, et surtout de l'Aigle à deux 
« têtes. » (Grand-Maison.) 

Ergot ou Éperon. — Protubérance cornée plus ou 
moins longue et acérée qui se développe sur la face 
interne médiane de beaucoup d'espèces. Ex. : le Coq, la 
Perdrix, etc. Parfois, il manque chez la femelle, ou 
existe à l'état rudimentaire. Certaines espèces ont deux 



ergots. Ex. 
son. 



le Bis-ergot de Buffon ou Francolin d'Adan- 



Erratique. — Une espèce a des mœurs erratiques 
quand elle n'a rien de réglé dans ses migrations. Elle se 
montre ou disparaît indifféremment dans toutes les sai- 
sons, suivant qu'elle est attirée oU chassée par l'abon- 



us 



LE NATURALISTE 



dance ou la disette de nourriture. Ex. : Pétrels et Goé- 
lands ; Jaseurs, Becs-croisés, etc. 

i:i> thrisme (èp-j6p6;, rouge). — Anomalie due à une 
modification du pigment (voyez ce mot) ; certaines cou- 
leurs se changent en rouge. L'érythrisme s'observe prin- 
cipalement chez les Oiseaux à plumage .vert. Ex. : les 
Perroquets. 

Escaper, — Fauc. Mettre un Faucon en liberté. 

Ësclame. — Fauc. Faucon bien proportionné qui 
réunit toutes les qualités pour un beau vol. 

Escortable. — Fauc. Vice des Faucons qui sont su- 
jets à s'écarter. 

Esetinaer. — Fauc. (Voyez Ecumer.) 

Esprits. — Plum. Objets faits avec les plumes 
du Toucan et du Geai, que l'on entoure quelquefois de 
relies d'Autruche. 

Essimer. — Fauc. Synonyme de baisser le corps; ra- 
tionner les Faucons pour les entraîner. 

Essor. — Fauc. « Montera l'essor ou d'essor », signi- 
fie s'élever dans l'air. 

Essorant. — Blas. Dans le langage héraldique, 
Oiseau qui prend son vol. Dans cette attitude, ses ailes 
sont généralement abaissées. 

Étngée (Queue) — Forme de la queue où la dimi- 
nution des pennes latérales se fait assez rapidement pour 
que les rectrices les plus externes soient de moitié, ou 
même de deux tiers plus courtes que celles du milieu. 
Ex. : la Pie. 

F. DR SCHAECK. 

(A suivre.) 



BIBLIOGRAPHIE 



307 



308 



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G. Malloizel. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — 1MPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE 17. 



15 e ANNÉE 



2° Série — IV 1 £5» 



1" JUILLET i893 



DE L'ADAPTATION AU MANQUE D'EAU 

ET À LA VIE TERRESTRE 



On sait depuis longtemps, et c'est un lieu commun 
que je répète, que la vie sort des eaux; en effet, les pre- 
miers animaux, aussi bien que les premières plantes for- 
mées, ont été forcément aquatiques, et le peuplement 
des terres émergées ne s'est eflectué que graduellement 
par des adaptations de leurs descendants à la vie ter- 
restre : c'est ce qu'on a appelé le développement terripète 
(Bronn). Actuellement encore, dans le règne animal, la 
grande majorité des groupes habite exclusivement les 
eaux, océans ou rivières ; pourtant, même parmi ceux-ci, 
quelques espèces se sont adaptées plus ou moins com- 
plètement à la vie terrestre, des Vers, des Crustacés, des 
Mollusques, des Poissons même. J'ai l'intention de passer 
en revue quelques-unes des modifications qu'ils ont 
subies pour subsister dans des conditions si différentes 
de leur milieu originel. Je commencerai par les Batra- 
ciens, qui marquent, pour ainsi dire le terme supérieur 
de la série aquatique. 

Les Batraciens supérieurs, Anoures comme les Gre- 
nouilles, les Rainettes, les Crapauds, etc., ou Urodêles 
comme les Salamandres, les Tritons et les Apodes, sont 
parfaitement adaptés à la vie terrestre à l'état adulte, 
leurs poumons leur permettant de respirer l'air en 
nature; toutefois, au moins pour nos espèces euro- 
péennes, ils ne peuvent guère vivre que dans les lieux 
très humides, leur peau présentant une si large surface 
d'évaporation qu'ils sont obligés de rechercher une 
atmosphère déjà saturée. Les formes inférieures, munies 
de branchies (Pérennibranches), comme les Protées, les 
Sirènes, ne peuvent au contraire quitter l'eau que pen- 
dant un temps très court. 

Quoi qu'il en soit, chez les Batraciens même les plus 
terrestres, il y a toujours un moment de leur existence 
où l'eau leur est absolument nécessaire : c'est la période 
larvaire dont la durée varie beaucoup suivant les espèces. 
A l'époque de la reproduction, les Crapauds, les Sala- 
mandres, les Amblystomes, qui en temps ordinaire 
vivent tout à fait à terre, se rapprochent des étangs et 
des mares pour y déposer leurs pontes. Ces faits sont 
trop connus et trop faciles à constater chaque printemps 
pour qu'il soit utile d'insister. 

On conçoit que cette obligation imposée par l'hérédité 
ait pour effet de restreindre singulièrement l'habitat des 
Batraciens ; ils ne pourraient pas s'éloigner des cours 
d'eau au delà d'une certaine limite, s'il ne s'était pro- 
duit chez beaucoup d'entre eux des adaptations singu- 
lières qui ont toutes pour but de reculer ou même 
d'éluder complètement l'obligation héréditaire, soit afin 
d'éviter les ennemis plus nombreux dans les milieux 
aquatiques, soit surtout pour parer au manque d'eau 
possible. Naturellement, on peut s'attendre à rencontrer 
ces adaptations surtout chez les espèces qui vivent habi- 
tuellement loin des cours d'eau ou qui sont cantonnées 
dans des pays chauds et secs, ou encore sur les monta- 
gnes élevées. 

Le cas le plus simple est celui de la Salamandre terrestre 
{Salamandra macidosa Laur.) : on sait qu'elle habite dans 
des lieux humides quelconques, sous des pierres, dans les 
vieilles carrières, dans les forêts, etc. ; elle monte à une 
certaine hauteur, à près de 1000 mètres d'altitude sur le 
Liban et le Taurus. Les œufs fécondés passent dans 1 
Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 



ducte et s'y développent tranquillement pendant cinq 
mois environ; lorsqu'on ouvre une Salamandre à ce mo- 
ment, on voit que l'oviducte est rempli d'une centaine 
d'œufs isolés et transparents, dans chacun desquels se 
trouve une- larve bien développée, enroulée sur elle- 
même, présentant de grandes branchies de chaque côté 
du cou. Si la Salamandre trouve alors de l'eau, elle 
rejette aussitôt ses œufs; les larves déchirent leur enve- 
loppe et se mettent immédiatement à nager; si elle n'a 
point de mare à portée, les larves libres ou non restent 
vivantes dans l'oviducte pendant un temps assez long, 
attendant le moment favorable pour mener la vie aqua- 
tique. Toutefois, si cette attente se prolonge trop long- 
temps, elles meurent et tombent en dégénérescence. 

Cette diminution dans la durée de la vie aquatique se 
rencontre à un degré analogue chez l'Accoucheur (Alytes 
obstetricans Wagl.), Anoure à mœurs très terrestres qui 
ressemble assez par son corps trapu et rugueux à un 
jeune Crapaud; il est assez fréquent en France, surtout 
aux environs de Paris, et en Allemagne, dans les car- 
rières et les constructions abandonnées. Au moment de 
la ponte, les œufs sont enroulés en un gros cordon qui 
s'entortille autour des jambes du mâle; celui-ci garde 
fidèlement ce cordon pendant tout le développement des 
larves, qui demande de 3 à 7 semaines, suivant la tem- 
pérature ; il continue à mener sa vie normale, sortant le 
soir pour chercher sa nourriture et humecter les œufs, 
à ce qu'il paraît. Lorsque ceux-ci sont mûrs, il se meta 
la recherche d'une mare; au simple contact de l'eau, 
l'éclosion se produit et les têtards se mettent aussitôt à 
nager. 

L'ïcKthyophis glutinosus L. de Ceylan, l'un des rares 
Apodes qui aient été bien étudiés, se creuse dans la 





Fig. 1. — Ichthyophis glutinosus, entourant ses œufs. 

terre humide, au voisinage d'une eau courante, une petite 
cavité dans laquelle il pond ses œufs, reliés par de petits 
cordons en une seule masse ; la femelle entoure le pa- 
quet d'œufs de son corps serpentiforme, soit pour empê- 
cher leur dessèchement ou les protéger contre leurs 
ennemis possibles, soit surtout pour leur fournir un 
lluide nutritif qui concoure à leur développement. Les 
embryons poursuivent ainsi à sec une grande partie de 
leur évolution; à l'intérieur même de l'œuf, ils sont 
munis de très grandes branchies plumeuses qu'ils per- 
dent lorsqu'ils sortent de leur retraite pour aller à l'eau. 



150 



LE NATURALISTE 



Après un temps indéterminé de vie libre et aquatique, 
durant lequel ils grossissent sensiblement, les jeunes 
Ichtliyophis passent sur la terre et changent complète- 
ment de structure pour devenir exclusivement terrestres. 
En somme, dans les trois cas de la Salamandre macu- 





Fig. 2. — Ichtliyophis glutinosus à l'intérieur de l'œut avec 

ses branchies plumeuses. 

Fiçj. 3. — Ichtliyophis glutinosus avec ses grandes branchies, 

sortant de l'œuf. 

lée, de VAlytes et de VIchthyophis, tous fort terrestres, la 
durée du séjour dans l'eau est notablement réduite par 
le développement à sec des embryons. 

Chez un certain nombre d'Anoures exotiques habitant 
les pays chauds, les œufs ne sont pas pondus dans les 
mares mêmes, exposées à se dessécher souvent, mais 
dans leur voisinage, au fond de petits trous creusés sous 
les pierres, les plantes mortes, aune distance telle des 
marais, qu'après les grandes crues, la pluie puisse les 
atteindre. Les trous sont remplis par une matière mu- 
queuse, blanche, qui enrobe les œufs et les protège 
durant leur développement contre la dessication. Lors- 
que arrivent les pluies, les têtards quittent leur abri, 
gagnent les marais et mènent la vie aquatique. C'est ce 
qui se passe chez plusieurs Cystignathes du Brésil, Lep- 
todactylus oeellatus L. et mystdeinus Burm., Paludicola 
yracilis Blgr. 

Les espèces arboricoles présentent un dispositif diffé- 
rent, dont le type nous sera fourni par le Phyllomcdusa 
Iheringii Blgr., sorte de Rainette du Brésil; les œufs 
sont pondus sur les arbres qui dominent les eaux sta- 
gnantes ou tranquilles, entre deux ou trois feuilles 
collées par le mucus; la masse d'œufs mesure de 40 à 
S0 millimètres de long sur 15 à 20 millimètres de large. 
Les têtards se forment dans cette masse écumeuse, et, 
lorsqu'ils sont mûrs, tombent tout naturellement dans 
l'eau sous-jacente. Il en est de même chez un Ranidé 
arboricole, le Chiromantis rufescens Gthr., de l'ouest de 
l'Afrique, qui pond aussi ses œufs sur les feuilles des 
arbres poussant au bord des eaux; après leur éclosion, 
les têtards tombent dans l'eau, probablement après les 
fortes pluies. Deux Ranidés également arboricoles de 
Ceylan, Rhacophorus eques Gthr. et maculatus Cray. 
déposent leurs œufs soit sur des troncs d'arbres aqua- 
tiques, soit sur des parois rocheuses, à quelques centi- 
mètres au-dessus du niveau de l'eau. 

Tous les cas précédents ne sont pas suffisamment 
connus pour qu'on puisse affirmer avec certitude l'in- 
fluence des pluies sur le développement, toutefois il 
semble bien qu'elles doivent jouer un grand rôle; on 
peut concevoir que la vie libre, l'éclosion définitive ne 
commence que lorsqu'il est tombé d'importantes averses, 



qui créent des mares temporaires assurant le dévelop- 
pement aquatique des jeunes têtards. 

Dans une forme d'adaptation encore plus curieuse, la 




Fig. i. — Ponte de Phyllomedusa Thevingii sur des feuilles 
d'arbre. 




Fis 



Rainette du Brésil (Phyllomedusa). 



période aquatique n'est plus du tout abrégée, mais elle 
se passe entièrement dans un aquarium en miniature; 
en effet VHyla luteola, Rainette du Brésil et de la 
Guyane, dépose ses œufs soit dans le liquide impur et 



LE NATURALISTE 



131 



noirâtre qui s'accumule entre les feuilles des Bromé- 
liacées, même durant les périodes de grande sécheresse, 
soit dans des cavités remplies d'eau creusées dans les 
branches de grandes Tiliacées; c'est là qu'évoluent les 
têtards exactement comme ils le feraient dans un 
marais. 

La Salamandre noire des Alpes (Salamandra atra Laur.) 
qui habite au voisinage des neiges, de 800 à plus de 
3000 mètres d'altitude, est encore dans de plus mau- 
vaises conditions que les Grenouilles des contrées 
chaudes ; les eaux vives sont rares à une telle hauteur, et 
il n'y a plus cette fois de Broméliacées et de Tiliacées pro- 
videntielles qui conservent complaisamment, comme un 
bocal ad hoc, l'eau suffisante au développement aqua- 
tique : aussi c'est le liquide même de l'oviducte qui 
remplace l'eau des marais ou des plantes. Bien qu'il y 
ait un grand nombre d'oeufs dans l'oviducte (40-60), 
comme chez Salamandra rnaculosa, deux seulement, un 
dans chaque oviducte, arrivent à maturité, en se nour- 
rissant de leurs congénères atropines; les embryons 
mesurent de 40 à 50 millimètres et portent de très longues 
branchies richement vascularisées, qui compensent sans 
doute par leur taille le défaut d'oxygène de l'aquarium 
maternel; ces grandes branchies sont des organes lar- 
vaires, car si l'on place ces jeunes Salamandres dans 
l'eau, où elles vivent facilement, elles perdent ces ap- 
pendices qui sont remplacés par d'autres beaucoup plus 
petits. Lorsque la masse alimentaire est épuisée, les bran- 
chies disparaissent en se réduisant à deux petits moi- 
gnons, etles jeunes sortentau dehors pour mener immé- 
diatement la vie terrestre. La Salamandre noire n'a donc 
plus du tout besoin d'eau pour sa ponte, et en effet 
lorsqu'on lui en fournit en captivité, elle dépose néan- 
moins ses petits dans un endroit sec. 

Dans la même catégorie que l'espèce précédente, se 
rangent toutes les formes incubatrices des contrées 
chaudes, le Pipa americana Laur. des Guyanes et du Bré- 
sil, les Nolotrèmes à bourse de l'Amérique centrale, du 
Pérou et de l'Equateur, le Rhinoderma DarwiniiDum. etB. 



du Chili, le Rhacophorus reticulatus Gthr. de Ceylan, qui 
présentent des dispositions variables et très singulières. 
Chez le Rhacophorus , c'est la femelle qui porte les 
œufs sous son ventre, réunis au nombre d'une vingtaine 
en une sorte de disque aplati qui adhère fortement à la 




Fh 



('). — Rhacophorus, femelle portant, ses œufs sous le 
ventre. 




Fig. 5. — Pipa americana. 



peau ; au contraire chez le Rhinoderma, c'est le mâle qui 
est chargé de l'incubation. Les œufs, au nombre d'une 
quinzaine, sont enfermés dans un sac du gosier (corres- 
pondant au sac vocal des autres Batraciens) où ils restent 
jusqu'à leur complet développement. Chez les Noto- 
trèmes, les œufs sont logés dans une poche creusée sur 
le dos de la femelle et s'ouvrant près et au-dessus de 
l'anus ; le mâle a au contraire la forme normale ; chez 
le Nototrema oviferum Weinland (Notodelpliys ovifera) du 
Venezuela, et le N. testudineum Esp., les jeunes quittent 
la poche à l'état parfait, tandis que chez A. marsupialum 
D. et B., ils en sortent seulement sous la forme de tê- 
tards. Cette dernière espèce, au point de vue biologique, 
devrait donc être placée à côté de la Salamandre macu- 
lée et de l'Alytes de nos climats. 

Le cas du Pipa est certainement l'un 
des exemples les plus bizarres d'incu- 
bation ; la ponte est déposée dans l'eau 
des marais où vivent ces animaux; le 
mâle s'empresse alors de saisir les 
œufs et les étend sur le dos de la fe- 
melle ; la peau, peut-être irritée par le 
contact, s'accroît d'une façon singulière 
autour de chacund'eux, de sorte qu'ils 
finissent par être renfermés chacun 
dans une petite cellule hexagonale 
remplie de liquide et recouverte par 
une sorte d'opercule; c'est dans cette 
prison, aquarium en réduction, que les 
jeunes Pipa subissent leurs métamor- 
phoses; la queue, très développée au 
stade têtard, joue probablement le 
rôle d'organe respiratoire. Enfin les 
jeunes soulèvent Je couvercle des cel- 
lules et apparaissent au dehors à l'état 
parfait; la femelle se débarrasse des 
restes de cellules en se frottant con- 
tre les objets environnants et fait en- 
suite peau neuve. 



152 



LE NATURALISTE 



.Nous terminerons ce long exposé par L'histoire de deux 
Anoures qui représentent le maximum d'adaptation à la 




Fig. 7. — Nololi'ùme à bourse (Notodelphys ovifera). 

vie terrestre; la phase aquatique, réduite ou éludée dans 
les cas précédents, a disparu complètement, (de sorte 
que le développement se fait entièrement à sec. C'est ce 
qui arrive chez VHylodes martinicensis Tschudi, sorte de 
petite Rainette qui vit à la Martinique et dans les îles 
avoisinantes (Haïti, Barbades, etc.), toutes contrées fort 
chaudes, sans eaux stagnantes, et où il n'existe que des 




— Développement de l'Hylode < le la Martinique 
(Hy Iodes martinicensis)'. 

torrents rapidement taris. La femelle pond sous les 
pierres ou sur les feuilles de plantes quelconques de 20 
à 30 œufs transparents, reliés ensemble par une matière 
albumineuse ; l'embryon évolue entièrement à l'intérieur 
des œufs, présentant d'abord une queue richement vas- 
CUlarisée, puis des membres; enfin le jeune éclùt tout à 
fait semblable à ses parents, sauf la taille. Ses branchies 



externes (une seule de chaque côté) sont très petites, et 
il est probable que l'organe larvaire de respiration est 
ici encore représenté par la queue. La Rana opisthodon 
Blgr. des îles Salomon présente la même particularité 
que YHij Iodes et pour la même raison ; les œufs sont pon- 
dus dans des fentes humides de rochers. L'organe lar- 
vaire de respiration est constitué non plus par la queue ou 
les branchies, mais par des rangées de plis de la peau 
qui se trouvent de chaque côté du ventre. La jeune Rana 
développée à l'intérieur de l'œuf, porte une pointe co- 
nique à l'extrémité du museau, qui lui sert à ouvrir la 
coque, exactement comme la dent de délivrance des Rep- 
tiles et des Oiseaux. 

Dans le tableau suivant, je résumerai, sous une 
autre forme, les différentes particularités présentées par 
les Batraciens, au point de vue de l'adaptation à la vie 
terrestre. 

A. OEufs pondus librement au dehors : 

1° Les œufs sont pondus dans des aquariums naturels, 
feuilles ou troncs d'arbre : Hyla luleola. 

2° Les œufs sont pondus au voisinage des marais, les 
pluies se chargeant de libérer les larves : Leptodactylus 
ocellatus et mystacinus, Paludicola gracilis. 

3° Les œufs sont pondus sur des feuilles ou des roches 
dominant des eaux où les têtards tombent naturellement: 
Phyllomedusa Iheringii, Chiromantis rufescens, Rhacopho- 
rus eques et maculatus. 

4° Les œufs sont pondus à sec et surveillés par la fe- 
melle ; les jeunes gagnent ensuite l'eau : Ichthyophis 
glutinosus. 

5° Le développement se fait entièrement à sec : Hy Iodes 
martinicensis, Rana opisthodon. 

B. OEufs portés par le parent : 

1° Enroulés autour des pattes du mâle jusqu'à l'éclo- 
sion des têtards : Alytes obstetricans. 

2° Attachés à la face ventrale de la femelle : Rhaco- 
phorus reiiculatus. 

3° Poursuivent leur évolution dans des godets de la 
face dorsale des femelles : Pipa americana. 

4° Enfermés dans le sac vocal du mâle : Rhinoderma 
Darivinii. 

5° Portés dans une poche incubatrice dorsale de la 
femelle : Nololrema. 

6° Renfermés dans l'oviducte jusqu'à l'éclosion des tê- 
tards : Salamandra maculosa. 

1" Renfermés dans l'oviducte jusqu'à l'état adulte : Sa- 
lamandra atra. 

Ces exemples d'adaptation à la vie terrestre ont une 
signification plus haute que celle d'une simple accumu- 
lation de faits curieux ou rares; ils nous mettent pour 
ainsi dire sur la trace des dispositions adoptées par les 
animaux vraiment terrestres, Reptiles, Oiseaux et Mam- 
mifères, pour supprimer aussi l'obligation héréditaire 
de la phase aquatique; la solution trouvée par VHylodes 
martinicensis et la Rana opisthodon est tout à fait celle 
qu'adopteront plus tard les Reptiles et les Oiseaux en 
pondant des œufs volumineux à développement direct et 
externe, tandis que nous voyons une prophétie du déve- 
loppement intra-utérin des Mammifères dans le cas de 
la Salamandra atra, dont les embryons évoluent entière- 
ment à l'intérieur de l'oviducte. L'homologie ou l'analo- 
gie, comme l'on voudra, va plus loin encore : on sait que 
les embryons des Reptiles, Oiseaux et Mammifères sont 
munis d'une vésicule allantoïde qui se porte vers la sur- 
face de l'œuf, et assure leur respiration dans les deux 



LE NATURALISTE 



153 



premiers groupes, leur respiration et leur nutrition dans 
le troisième; eh bien! cet allantoïde est prophétisé chez 
les Batraciens par des organes larvaires très vascularisés 
qui servent à la respiration et peut-être aux échanges 
nutritifs des jeunes, comme les grandes branchies plu- 
meuses des Salamandra maculosa et atra, de Ylchthyophis 
(jluti7iosus, les branchies sacciformes, développées par- 
fois d'une façon monstrueuse, de YAlytes, des Nototrcma 
ovifcrum et testudineum, du Typhlonectes compressicauda , 
comme la queue élargie des têtards (THylodes et de Pipa, 
des plis de la peau ventrale de ïïana opisthodon, etc. Ces 
organes larvaires disparaissent naturellement lorsque le 
jeune passe à la vie aquatique normale ou à la vie ter- 
restre. 

Pour finir, nous ferons remarquer encore que les 
exemples les plus curieux d'adaptation sont surtout four- 
nis par les Anoures, Batraciens beaucoup plus évolués 
que les Urodèles; la fatalité béréditaire qui les condam- 
nait à passer une partie de leur existence dans l'eau est 
maintenant supprimée ou tournée pour de nombreuses 
espèces, ce qui leur a permis de s'établir dans des con- 
trées sèches ou des montagnes dont le séjour est interdit 
aux formes qui ont conservé l'évolution normale (1). 

L. CuÉNOT. 



PIOEE DE ERAÏTCE 



c Le premier fascicule de la Florede France, de MM. Rouy 
et Foucaud, va paraître dans le courant du mois d'août. 
Cet important ouvrage, destiné à remplacer la Flore de 
Grenier et Godron, épuisée depuis longtemps déjà, don- 
nera les diagnoses complètes de toutes les plantes qui 
ont été signalées en France, en Corse et en Alsace-Lor- 
raine, tant comme espèces et sous-espèces que formes 
ou variétés, en rattachant au type spécifique largement 
compris les diverses plantes que les auteurs n'acceptent 
pas comme espèces. La Flore de France, de MM. Rouy et 
Foucaud, sera très explicite au point de vue des localités 
et elle fera également connaître la nature du substratum 
et l'aire géographique de la-plante citée. Des tableaux 
dichotomiques seront intercalés dans le texte non seu- 
lement pour les espèces, mais aussi pour les formes ti- 
rées d'un type spécifique, quand elles sont nombreuses. 
Ainsi, pour le genre Thalictrum, un premier tableau 
analytique conduira aux noms des dix espèces admises, 
et, au T. minus, un autre tableau permettra de détermi- 
ner les sous-espèces de ce type si polymorphe; il en sera 
de même pour les sous-espèces du T.flavum, les formes 
de YAquilegia vulgaris, etc. LaFlore comprendra, en outre, 
un Avant-propos, un Index bibliographique étendu, la Liste 
des exsiccatas publiés et cités dans le corps de l'ouvrage, 
enfin Y Ènumération des botanistes français ou étrangers 
qui ont le mieux mérité de la Flore de France. En un mot, 
ce sera le travail le plus complet qui aura été publié jus- 
qu'à présent sur la flore de notre pays. 

L'ouvrage, édité par la Société des Sciences naturelles de 
la Charente-Inférieure, comportera 9 ou 10 fascicules 
in-8° carré; et toutes les dispositions sont prises pour 



(1) Bibliographie complète du sujet dans P. et F. Sarasin, 
Zur Entwic/,\ungsgesc/tichte and Anatomie (1er ceylonesischen 
Blindwuhle Ichthyophis glutinosus, Ei-gcbnisse naturw. Fors- 
ekungen auf Ceylon, Bd 2, Hfll 1, 1887. 



que la publication en soit terminée dans un laps de 
temps aussi court que possible. 

On peut dès maintenant souscrire à la librairie E.Dey- 
rolle, 46, rue du Bac, à Paris. — Le prix de chaque fas- 
cicule de300 pages ou plus sera de 6 francs. 



MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE 



ENSEIGNEMENT SPECIAL POUR LES VOYAGEUBS 

(Insectes, Myriapodes, Arachnides, Crustacés) 
Leçou faite le mardi 16 mai 

PAR M. CH. BRONGNIABT 

(Suite.) 

Les métamorphoses de certains Coléoptères méritent 
d'attirer tout spécialement l'attention des voyageurs. 
Nous voulons parler des Vésicants, c'est-à-dire des Si- 
taris, des Meloés, des Mylabres, des Epicautes, des Can- 
tharides. Les métamorphoses de ces insectes ont été 
étudiées avec grand soin par M. Fabre, par M. Riley et, 
tout dernièrement, par mon collègue M. Beauregard. 

Les Coléoptères ordinaires passent par les états de 
larve, de nymphe et d'adulte. Ceux-ci passent par quatre 
états larvaires différents avant d'arriver à l'état de 
nymphe. M. Fabre les a désignés par les noms de Trion- 
gulin ou première larve, de seconde larve, de pseudo- 
chrysalide et de troisième larve, et M. Fabre a proposé 
le nom d'hypermétamorphose pour désigner ces transfor- 
mations. 

Le petit Triongulin est fort agile; posé sur les fleurs 
que fréquentent certains Hyménoptères, il les guette, et 
sitôt qu'il en trouve l'occasion il saute dessus, se cram- 
ponne et se laisse transporter. S'il a sauté sur un mâle, 
il attend l'occasion favorable pour changer de monture 
et passera, dès qu'il le pourra, sur une femelle qui le 
transportera dans son nid où elle a préparé du miel et 
où elle déposera son œuf. Vite le Triongulin saute sur 
cet œul sans éveiller l'attention de l'insecte qui bientôt 
mure sa cellule, enfermant ainsi le loup dans la ber- 
gerie. Le Triongulin 's'empresse de dévorer l'œuf, son 
premier repas est un œuf à la coque; puis il change de 
peau et de forme; d'agile qu'il était, il devient une larve 
grosse et lourde, et se gorge de miel, puis passe par les 
divers états que j'ai indiqués plus haut. 

Certaines espèces de Vésicants. les Epicautes, par 
exemple, dévorent les œufs des Orthoptères, des Cri- 
quets. 

Nous conseillons donc, pour se procurer ces petits 
Triongulins, de regarder attentivement les Hyménop- 
tères qui seront capturés, ou de rechercher dans les 
pontes des Criquets. Cela m'amène à dire quelques mots 
de ces insectes qui, dans certains pays, causent de si 
grands ravages. 

M. Riley a observé le développement des Epicautes 
(Epicauta vittala) sur un Criquet d'Amérique (Calopitenus 
differentialis) ; mais, ayant de notre côté étudié le déve- 
loppement des Criquets pèlerins, en Algérie, c'est de ces 
derniers que nous parlerons de préférence. 

Lorsqu'ils se sont abattus sur une localité, les Criquets 
pèlerins s'accouplent et pondent dans le sol. Ils enfon- 
cent leur abdomen à une profondeur de 6 à 8 centimè- 
tres et déposent de 90 à 100 œufs oblongs. Lorsqu'ils 
sont en grand nombre, le sol est effrité et craquelé sur 



154 



LE NATURALISTE 



les lieux de ponte. C'est dans ces pontes qu'il faudra 
rechercher les Triongulins. 

Sur les Criquets d'Algérie, M. J. Kunckel d'Herculais 
a trouvé la larve d'un Mylabre (Mylabris Schrcbersi, 
Reiche). 

Et puisque je parle des Criquets pèlerins, je ne sau- 
rais trop recommander aux voyageurs qui visitent l'A- 
frique centrale de rapporter des Criquets, soit secs, soit 
dans l'alcool, à leurs divers états, et de recueillir tous 
les renseignements possibles sur leur marche, car nous 
ne savons pas exactement quel est le point d'origine de 
ces Criquets pèlerins qui ravagent notre colonie. 

Dans les eaux, vit toute une faune entomologique, 
aussi bien dans les eaux douces que dans les eaux sa- 
lées ou saumàtres, stagnantes ou courantes. 

Plusieurs familles de Coléoptères sont exclusivement 
aquatiques, bien que respirant l'air en nature ; ce sont 
les Dytiscides, les Gyrinides qui tourbillonnent à la 
surface des mares et qui plongent si l'on vient à les in- 
quiéter; ceux-là sont carnassiers, d'autres, les Hydro- 
philides, sont herbivores. Les grosses espèces d'Hydro- 
philes ont une pointe sternale dirigée en arrière, et, 
lorsqu'on les prend, il faut avoir soin de ne pas se pi- 
quer. 

Parmi les Hémiptères aquatiques, nous citerons les 
Nèpes, les Ranatres, les Bélostomes, les Notonectes qui 
nagent dans les eaux, tandis qu'on voit à la surface les 
Hydromètres, vulgairement appelées Araignées d'eau, 
avec leur corps linéaire posé sur six longues pattes 
grêles. Certains Hydrométrides du genre Halobates, à 
corps globuleux et à longues pattes, vivent à la surface 
des mers tropicales. Les savants de l'expédition du 
Challenger en ont recueilli, et j'en ai capturé moi-même, 
pendant l'expédition du Talisman en 1883, dans la mer 
des Sargasses. 

C'est avec le filet troubleau que l'on péchera tous ces 
Insectes ainsi que les larves de Névroptères telles que 
celles des Perfides, des Ephémères, qui respirent l'air 
dissous dans l'eau à l'aide de branchies trachéennes; puis 
celles des Libellulides ; enfin celles des Phryganes, qui 
se construisent un fourreau protecteur avec des mor- 
ceaux de bois, de feuilles, des pierres ou des coquilles 
qu'elles agglutinent. 

Lorsque la pêche sera terminée, il sera bon de pro- 
mener le filet fauchoir sur les herbes qui poussent au 
bord de l'eau. De cette façon, on se procurera certains 
Orthoptères, des Névroptères, des Coléoptères, des Che- 
nilles. 

Puis en piétinant le sol humide, au bord des eaux, on 
pourra faire sortir divers Coléoptères, de petits Cara- 
biques. 

Enfin, pendant les journées ensoleillées, au moyen 
de filets de gaze ou s'emparera des Libellules, des 
Agrions, etc. Les Libellules volent avec une grande ra- 
pidité et se défient du chasseur. Il ne faut pas les pour- 
suivre, car elles s'envoleraient pour ne plus revenir; on 
doit s'armer de patience et attendre qu'elles soient po- 
sées; elles choisissent généralement une branche morte, 
on approchera doucement, et d'un brusque coup de filet 
on les prendra. 

Il est un genre de recherches qu'il ne faut pas négli- 
ger, c'est l'exploration des lieux sombres et humides, 
car on y trouvera des espèces particulières, des Téné- 
brionides entre autres, des Crustacés Isopodes. 

Dans les cavernes, dans les grottes, on rencontrera toute 



une faune d'Articulés aveugles pour la plupart, Insectes, 
Myriapodes, Arachnides, Crustacés, et parmi les Insectes 
ce sont des Coléoptères et des Orthoptères. Ainsi M.Eu- 
gène Simon a trouvé dans les cavernes des îles Philip- 
pines de petites Blattes fort curieuses; il a découvert 
dans des grottes de l'Aube des Sauterelles qui n'avaient 
été observées que dans les cavernes de Dalmatie et de 
Sicile, et qui appartiennent au genre Dolichopode. Elles 
ont des yeux, mais ils ne doivent guère leur servir dans 
l'obscurité ; aussi sont-elles pourvues de longs palpes et 
d'antennes longues et fines. Il en est, pour ces Insectes, 
comme des Crustacés pêcbés par le Talisman dans les 
grandes profondeurs de l'Océan, et qui, aveugles, ont de 
longues antennes, de longues pattes; les organes du 
toucher remplacent les organes visuels absents ou rudi- 
nienlaires. 

Mais il n'est pas toujours facile de recueillir ces In- 
sectes cavernicoles, qui presque tous sont de petite 
taille; il faut, en quelque sorte, les prendre au piège, en 
les attirant avec quelque matière stercoraire, avec 
quelques débris d'animaux morts. En secouant ces ma- 
tières au-dessus d'une nappe ou d'un papier blanc on 
pourra se procurer ces espèces. 

Les eaux souterraines devront être aussi explorées au 
troubleau et au filet fin. Nous reparlerons plus loin de 
cette pêche au filet fin. 

Sans quitter la France, dans les grottes des Cévennes, 
dans les cavernes des Causses que M. Martel a explorées 
dans ces dernières années avec tant d'habileté, nous 
sommes persuadé qu'on pourrait faire une ample mois- 
son, non seulement de tous les articulés généralement 
aveugles qui vivent à terre, mais de ces nombreux petits 
Crustacés qui peuplent les eaux souterraines. Nous re- 
commandons volontiers ces recherches aux naturalistes, 
ou même aux touristes qui voudraient rendre service à 
la science. Il n'est pas douteux qu'on ne puisse découvrir 
dans ces cavernes des Causses des espèces nouvelles 
d'Insectes, d'Araignées et de Crustacés. 

Telles sont, Messieurs, les différentes stations dans 
lesquelles le voyageur pourra chasser avec fruit. 

Il ne faut pas oublier non plus les chasses du soir; 
elles ne sont ni moins intéressantes ni moins abon- 
dantes. 

C'est ainsi qu'avec une lanterne placée sur un drap, il 
sera possible de recueillir beaucoup d'Insectes attirés 
par la lumière, et en particulier des Lépidoptères noc- 
turnes. 

Il est aussi un procédé qui peut procurer d'excellents 
résultats, c'est celui qui consiste à enduire de miel ou 
de mélasse des troncs d'arbres, de préférence sur la 
lisière des bois. Certains papillons de nuit, attirés par 
l'odeur, se posent sur la substance sucrée et s'en grisent 
si bien qu'on peut les prendre sans qu'ils cherchent à 
s'envoler. Ce sont des Noctuelles, des Phalènes, et 
quelquefois des Sphinx: qu'on pourra prendre de cette 
façon et qu'on asphyxiera. 11 faut renouveler la miellée 
plusieurs fois de suite, car la première fois les papillons 
ne sont pas abondants. Pendant le jour, aux mêmes 
endroits, on capturera des Diptères, des Hyménoptères, 
des papillons diurnes, qui seront attirés et prendront 
leur part du festin. 

Certains papillons de nuit, que l'on voit cependant 
souvent en plein jour traverser l'air d'un vol rapide et 
irrégulier, les Bombyx, sont doués d'un odorat surpre- 
nant que l'on peut mettre à profit pour s'en procurer. 



LE NATURALISTE 



155 



Les mules ont de grands antennes pectinées, qui très 
probablement sont le siège d'un sens que l'on peut 
rapporter à l'odorat. Quoi qu'il en soit à cet égard, 
lorsqu'on veut se procurer des Bombyx mâles, la chose 
est facile si l'on a pu capturer une femelle récemment 
éclose. En enfermant celle-ci dans une petite cage que 
l'on expose en plein air, on sera sur de voir arriver 
promptement des mâles, dont on pourra alors s'emparer. 

Le soir, enfin, on verra briller certains Insectes qui 
possèdent la propriété d'être lumineux. Il existe en 
France, en particulier, le ver luisant, Coléoptère de la 
famille des Malacodernes, dont la femelle a l'extrémité 
de l'abdomen lumineuse. Mais il y a d'autres types non 
moins intéressants. Je citerai certains Coléoptères de la 
famille des Elatérides, les Pyrophores ou Cucujos, qui 
ont sur les côtés du corselet des points lumiseux; ces 
Insectes ont été, en 1886, l'objet d'une étude spéciale de 
M. Raphaël Dubois. 

Mais il y a d'autres Insectes américains ou asiatiques 
de l'ordre des Hémiptères Homoptères, de la famille des 
Fulgorides,leFulgore porte-lanterne et le Fulgore porte- 
chandelle, qui ont été considérés comme ayant un rostre 
lumineux ; or cette luminosité signalée autrefois n'a été 
vérifiée par aucun naturaliste. Il serait bon, par consé- 
quent, que les voyageurs qui parcourent les pays où vi- 
vent ces Insectes, c'est-à-dire l'Amérique et l'Asie, puis- 
sent nous renseigner nettement à ce sujet. 



Il y a certaines recherches spéciales qu'il me semble 
nécessaire de signaler à l'attention des voyageurs. Je 
veux parler de la récolte des Insectes et des Arachnides 
parasites de l'homme ou des animaux. 

Ainsi sur les Mammifères, sur les Oiseaux, on trouve 
souvent certains Diptères de forme aplatie, qui se 
glissent entre les poils, entre les plumes : ce sont les 
Hippobosques, les Mélophages, les Braules ; sur les 
Chauves-souris il en existe même qui n'ont pas d'ailes, 
qui ressemblent à des araignées et qu'on nomme Nycté- 
ribies. 

Il sera intéressant de recueillir les différentes espèces 
de puces en indiquant exactement l'animal sur lequel 
elles vivent. L'une de ces puces, Pulex pénétrons, qui 
habitent l'Amérique méridionale, s'introduit dans la 
peau des pieds, ne laissant au dehors que les derniers 
anneaux de l'abdomen, et causant des ulcères qui doi- 
vent devenir graves. 

Mais il y a en outre tout un groupe d'Arachnides qui 
vivent en parasites sur l'homme ou les animaux, 
quelques-uns même sur les végétaux où ils déterminent 
des sortes de galles. Sans parier des Acares, je citerai les 
Ixodes ou Tiques, les Dermanysses qui vivent sur les 
Oiseaux, les Gamases qui se tiennent sur les Insectes. 

Il y a des Diptères, des Mouches, qui pondent dans 
les cavités naturelles du corps des animaux ou même de 
l'homme, ou bien dans les plaies, et qui causent souvent 
des désordres terribles, pouvant amener la mort. Le 
voyageur devra s'en préserver naturellement, mais 
cependant s'en procurer. Beaucoup de larves de ces Dip- | 
tères déterminent des maladies, des abcès sous-cuta- ( 
nés. 

Récemment le Muséum d'histoire naturelle a reçu de 
M. de Brazza un singe du Congo qui avait des abcès sous- 
cutanés causés par des larves de Diptères. 



M. Raphaël Blanchard, professeur agrégé delà Faculté 
de médecine, a fait une étude des larves des Diptères qui 
causent ces accidents, et il a montré que. dans bien des 
cas, on ne connaissait pas l'insecte parfait. 

Il serait donc fort intéressant de recueillir de ces 
larves, et de les amener à leur complet développement, 
en leur donnant une nourriture appropriée. 

Mais ce n'est pas tout, Messieurs ; d'autres Mouches 
déterminent des maladies également redoutables, non 
plus par leur développement dans le corps humain ou 
dans celui des animaux, mais par leur piqûre. 

La Mouche piquante de notre pays (Stomoxys calci- 
trans), qui ressemble beaucoup à notre mouche domes- 
tique, communique le charbon, en le transportant d'une 
viande charbonneuse sur la personne qu'elle pique. 

Il en est une terrible aussi, c'est la mouche Tsétsé 
(Glussina morsitans), qui a été découverte en 1849 par 
Livingstone dans les régions chaudes de l'Afrique aus- 
trale. Sa piqûre est mortelle pour les animaux domes- 
tiques, et, par cette raison, elle s'oppose, on peut le dire, 
à l'entrée des Européens dans certaines régions de 
l'Afrique centrale, car les Européens ont besoin de 
bêtes de somme pour les transports. Les chevaux et les 
bœufs piqués par la Tsétsé succombent très rapidement, 
et alors on n'a d'autre ressource que les nègres por- 
teurs, difficiles à nourrir, à conduire, et dont la charge 
ne dépasse pas une vingtaine de kilogrammes. 

Quoi qu'en ait dit Livingstone, il est probable 'que 
la Tsétsé inocule un virus infectieux analogue au char- 
bon. 

Nous recommandons aux voyageurs de rapporter de 
ces mouches, non seulement dans l'alcool, mais aussi à 
l'état sec, dans des boîtes ou tubes ne contenant ou 
n'ayant contenu aucune substance antiseptique, telle 
que l'acide phénique par exemple, ce qui tuerait les 
germes s'il y en avait. 

Grâce aux magnifiques découvertes de M. Pasteur, il 
serait peut-être possible, en cultivant le virus, de l'atté- 
nuer, et de vacciner avant le départ les bêtes de 
somme que l'on emmène dans les expéditions de l'Afrique 
australe. 

Je ne saurais trop recommander à tous les médecins 
militaires de porter leur attention sur ce point, car ils 
rendraient un immense service en amenant à trouver une 
méthode prophylactique de la maladie causée par la 
Tsétsé. 



Après vous avoir indiqué les endroits les plus propres 
à la recherche des insectes, et les moyens de s'en empa- 
rer, il est nécessaire que vous sachiez comment ces in- 
sectes devront être tués et conservés pour être rapportés 
plus tard. 

Les Coléoptères, les Hémiptères, les Hyménoptères et 
les Orthoptères seront tués dans le llacon de cyanure. 
Lorsqu'ils seront morts, on les placera dans des boîtes 
contenant des copeaux de papier ou de la sciure de bois 
très sèche, phéniquée ou mélangée de naphtaline, en 
séparant autant que possible les grosses des petites 
espèces. 

Parmi les Névroptères, les uns, comme les Libellu- 
lides, seront tués au cyanure, les autres, très fragiles, 
très délicats, comme les Ephémères, devront être mis 
dans des tubes remplis d'alcool. Les Diptères seront 
également mis dans l'alcool ainsi que les espèces para- 



150 



LE NATURALISTE 



sites; les grosses espèces seules pourront être mises 
dans le tlacon de cyanure et placées après leur mort 
fans de la sciure, je le repète, d'ex sèche. 

J'ai indiqué la façon de tuer les papillons, en pressant 
le corselet des espèces diurnes, et en asphyxiant dans le 
cyanure les espèces nocturnes. 

Les Libellules après leur mort seront placées entre des 
lames de papier séparées par une mince couche de 
ouate, car sans cette précaution la tète se déplacerait et 
l'abdomen pourrait être déformé. 

Les Lépidoptères seront mis dans des papillotes de 
papier triangulaire. Le chasseur pourra avoir sur lui des 
papillotes préparées d'avance, en papier lisse autant que 
possible, et placées dans un cadre triangulaire, fixé à 
une planchette de bois mince, une autre planchette ser- 
vira de couvercle, et les deux planchettes réunies l'une à 
l'autre par un élastique ou de la ficelle formeront une 
sorte de portefeuille qu'il sera facile de mettre dans la 
poche intérieure du vêtement. C'est le procédé qu'à 
employé M. Chaper dans tous ses voyages. Le soir il 
sera bon de mettre ces papillotes dans d'autres boîtes. 

Nous demandons aux voyageurs de ne pas piquer les 
insectes; il est préférable de les rapporter dans la sciure 
ou dans les papillotes. Le piquage prend du temps et 
les insectes occupent une place considérable dans les 
boîtes liégées. De plus, si pendant le voyage, quelque 
insecte vient à se dépiquer, il peut casser tous les voi- 
sins. 

Ce n'est pas à dire qu'il ne faut jamais piquer en 
voyage. Ainsi, parmi les papillons de nuit, certaines 
Phalènes, de couleur vert tendre, devront être piquées 
soigneusement, les ailes étalées, car, lorsqu'on les ra- 
mollit au retour pour les étaler, elles perdent leur cou- 
leur; puis, parmi les Coléoptères, certaines espèces 
recouvertes de poils très délicats, tels que des Lamelli- 
cornes, des Charançons, seront piqués et maintenus 
avec des épingles pour qu'ils ne puissent tourner. 

Le voyageur devra donc avoir avec lui de petites boîtes 
en fer-blanc liégées, des épingles et une pince forte re- 
courbée pour enfoncer solidement les insectes piqués 



dans le liège de la boite. 



Il 



Les Myriapodes ou Mille pattes, c'est-à-dire les. Scolo- 
pendres, les Iules, les Gloméris, aiment l'obscurité et 
l'humidité. 

On les recherchera sous la mousse, sous les pierres, 
dans les bois morte, sous les fagots; quelques espèces, 
comme les Scutigères, se rencontrent dans les vieux 
murs. 

Les Iules, les Clomeris se roulent quand on les in- 
quiète et sont fragiles. 

Quelques espèces sont lumineuses. 

Les Scolopendres de grande taille devront être ma- 
niées avec précaution, car leur morsure pourrait être 
douloureuse et même dangereuse. 

Tous ces Myriapodes seront mis dans l'alcool. 



III 



le ne dirai que peu de choses de la classe des Ara- 
chnides, c'est-à-dire des Scorpions, des Araignées, etc. 
Leurs nnrurssont des plus intéressantes et nous recom- 
mondons au\ voyageurs de les observer. 

Les Scorpions, les Phrynes, les Galéodes se cachent 



sous les pierres, sous les mousses, sous les écorces des 
arbres. Il faudra encore se défier de la piqûre des Scor- 
pions, ainsi que de celle de ces grosses Araignées qu'on 
nomme les Mygales, et dont quelques-unes se creusent 
des galeries souterraines qu'elles tapissent de satin et 
qu'elles ferment au moyen d'un opercule à charnière; 
celte porte peut être même en quelque sorte fermée 
au verrou quand la bête est dans son habitation, car 
elle la retient avec ses griffes qui pénètrent dans des 
petits crans qu'elle y a ménagés. 

11 y a des Arachnides qui vivent dans l'eau, comme 
les Hydrachnes, et les Argyronètes qui se construisent 
au milieu des herbes aquatiques de véritables petites 
cloches à plongeur. 

Beaucoup d'Araignées tissent des toiles qui méritent 
l'attention des voyageurs ; mais, tandis que les unes les 
tendent entre les branches, d'autres les édifient dans 
des trous à terre, dans les troncs d'arbre, sous la mousse, 
ne se tenant pas toujours au milieu de leur toile, mais 
souvent dans une petite retraite ménagée dans un coin. 

Toutes ne construisent pas des toiles; il sera donc 
utile de noter les mœurs de ces animaux. 

Tous ces Arachnides devront être mis dans des tubes 
remplis d'alcool fort, à 80° environ, et qui sera changé 
plusieurs fois; un tampon d'ouate sera placé au-dessus 
des animaux pour empêcher les mouvemements qui 
pourraient détacher les pattes et même l'abdomen. 



IV 



Les Crustacés respirent au moyen de branchies, aussi 
vivent-ils pour la plupart dans les eaux salées ou douces. 
.Beaucoup d'entre eux, dans tous les pays, sont consi- 
dérés comme une excellente nourriture et sont l'objet 
de pêches importantes; les voyageurs feront donc bien, 
toutes les fois qu'ils le pourront, de visiter les marchés, 
de façon à réunir une collection des espèces comesti- 
bles; en outre, ils devront s'adresser aux pêcheurs, les 
accompagner même, et recueillir les espèces qui ne sont 
pas appréciées comme nourriture, mais qui peuvent 
offrir de l'intérêt pour les naturalistes. Cependant, dans 
bien des cas, le voyageur devra pêcher lui-même. 

Pour prendre les grosses espèces, telles que les Crabes, 
les Homards, les Langoustes, les Ecrevisses, le mieux 
est de se servir de ces cages en osier ou en fil.de fer 
qu'on nomme les nasses. On met un appât dans ces 
nasses, et les Crustacés attirés entrent par une ouverture 
en entonnoir, mais ne peuvent plus sortir. On n'a pas 
toujours des nasses à sa disposition; aussi conseillerons- 
nous de les capturer au moyen d'un fagot retenu par 
une corde et au milieu duquel on place de la viande. 
Les Crustacés viennent et, lorsqu'on retire le fagot, ils 
n'ont pas le temps de s'échapper, à cause des branches 
enchevêtrées qui retardent leur fuite. 

A marée basse, on voit souvent courir des crabes qui 
semblent narguer le pêcheur, tant leur course est ra- 
pide. Pour les espèces de moyenne taille, il faut tâcher 
de les prendre au filet ou à la main ; mais, s'il s'agit d'es- 
pèces de grande taille, on peut tenter de les arrêter 
dans leur fuite en tirant dessus à petits plombs avec un 
pistolet de salon. 

Il faudra, à marée basse, explorer avec un filet les 
(laques d'eau laissées dans les rochers ; là, et sous les 
pierres, on aura chance de trouver un grand nombre 
d'espèces. 



LE NATURALISTE 



157 



Quelques types vivent enfouis dans le sable, et, pour 
celles-là, il est nécessaire de connaître leurs mœurs 
pour arriver à s'en emparer. Il en est un, par exemple, 
le Platyonychus latipes, qui est dans ce cas. On suivra 
sur le sable les traces de ses pas. Le Crustacé a décrit 
plusieurs cercles; puis, à un moment, il s'est enfoncé 
dans le sable, de'notant sa pre'sence par un petit monti- 
cule de sable ; c'est là qu'on peut le saisir. 

D'autres, les Callianasses, parmi les Crustacés à 
longue queue, ont le corps, à l'exception des pattes an- 
térieures, d'une extrême mollesse et vivent enfouies 
dans le sable. C'est pendant les grandes marées, lorsque 
la mer découvre au loin, qu'il faut les chercher. On 
constate leur présence à un trou dont sort un courant 
d'eau qui a servi à leur respiration. 

Pas plus que ne l'a fait M. le professeur Vaillant, je 
ne vous parlerai des pèches aux grandes profondeurs 
qui nécessitent un matériel particulier, des navires spé- 
cialement aménagés et des instructions précises. 

Cependant je vous signalerai les nasses dont on s'est 
servi pendant les campagnes de « l'Hirondelle » et que 
je puis vous montrer, grâce à l'obligeance de S. A. S. le 
prince de Monaco et de M. le baron Jules de Guerne. 
Mais ces appareils ont été décrits par le prince de Mo- 
naco dans le volume du Congrès international de zoo- 
logie tenu à Paris en 1889. 

C'est au moyen d'une nasse triangulaire, employée 
dès 1888 par le prince de Monaco, que l'on a pu recueillir 
des Poissons et des Crustacés d'un grand intérêt, notam- 
ment des parasites fixés dans la cavité buccale d'un 
poisson. 



VOCABULAIRE ORNITHOLOGIQUE 

(Suite) 



Faire la tète. — Fauc. A un Faucon, c'est l'habi- 
tuer à se laisser mettre le chaperon. (Voyez ce mot.) 

Faisandeau. — Jeune du Faisan. 

Fait. — Colomb. Pigeon fait désigne un Pigeonneau 
qui vole aussi bien que les adultes. 

Faucilles. — Avic. Plumes longues et étroites qui 
llottent des deux côtés du croupion, en recouvrant l'ex- 
trémité des ailes. Ex. : chez le Coq. 

Faucon gentil . — Fauc. Faucon de passage que 
l'on prend en août et septembre; il est généralement 
d'un affaitage (Voyez ce mot) facile. 

Fauconnerie. — Désigne : 1° l'art de dresser et de 
gouverner les Faucons de haut ou de bas vol (Ars falco- 
naria) ; 2° l'équipage des Faucons et tout ce qui en fait 
partie; 3° la volière destinée aux Oiseaux. 

L'art de la Fauconnerie remonte en France au xiv c siècle. 
Le livre du roy Modus et de la royne Ratio, le plus ancien 
ouvrage de chasse français, comprend, comme dernière 
partie, un Traité de Fauconnerie : Cy devise comment le 
roy Modus monstre à ses escoliers la science de Faulcon- 
nerie, Paris, MDCCCXXXIX. _ La Fauconnerie est tom- 
bée en désuétude depuis un demi-siècle. M. A. Pichot 
fut l'un des promoteurs de la résurrection de la chasse 
au vol en France (1866-68) où une Société fut constituée 
mais bientôt dissoute. Ce sport s'est maintenu en Angle- 
terre et dans quelques autres pays. 

Les Arabes, les Persans et les Indiens dressent de nos 



jours les Faucons pour la chasse aux Gazelles, Anti- 
lopes, etc. 

Faucon niais. — Fauc. Faucon pris dans l'aire 
(Voyez ce mot) et encore couvert de duvet sur la tête ; on 
l'élève à la fauconnerie. 

Fauconnier. — Chasseur et éleveur attaché à la 
Fauconnerie ; se dit encore du maître de l'équipage. 
Fauconnière. — Gibecière du fauconnier. 
Faucon royal. — Faucon niais (Voyez ces mois) 
bien dressé. 

Faux germe. — Cercle de sang plus ou moins ré- 
gulier qui se forme quelquefois dans l'œuf, ordinaire- 
ment après cinq jours d'incubation. 

Faux-Marabout. — Plum. On nomme ainsi les 
plumes et surtout le duvet du Dindon blanc, du Nandou 
et du Coq blanc qui servent à imiter celles du Marabout 
blanc. On en confectionne des panaches et autres objets 
à bon marché (P. Maigne). 

Femoralis (i*teryla). — Désigne en Plërylogra- 
phie (Voyez ce mot) la disposition des plumes sur la ré- 
gion du fémur. 

Feuilles-aigrettes. — Plum. Sont avec les Fleurs- 
Aigrettes des ornements faits en plumes de Corbeau, de 
Coq ou de Dindon ; très usitées pour le deuil. 

Feuillets hlastodermiques (|3Xi£(ttyi, bourgeon; 
SÉpfioe, peau). — Voyez Gicatricule. 

Fèves ou Béatilles. — Avic. Testicules du Coq. 
Filandres. — Fauc. Vers intestinaux des Oiseaux 
de proie. 

Filet. — Avicept. Réseau de fil, de ficelle ou de soie, 
servant à prendre les Oiseaux. Les principaux filets sont : 
V araignée, le hallier, les nappes, la tirasse, la tonnelle, etc. 
Filet. — Plum. Désigne, dans l'opération du tressage 
ou enfilage, la ficelle garnie de 25 plumes assorties, 
c'est-à-dire d'égale qualité. 

Filière. — Fauc. Ficelle mesurant 10 à 40 mètres de 
longueur que le Fauconnier attache aux Jets (Voyez ce 
mot) pour laisser voltiger un Oiseau destiné aux leçons. 
Fissipèdes. — Nom attribué par Barrère à plusieurs 
groupes dont tous les doigts sont séparés. Il s'applique- 
rait aux Oiseaux de proie, aux Phœnicoptères, à l'Au- 
truche. 

Fissirostre (fissus, fente; rostrum, bec). — Présente 
des mandibules étroites et une fente assez large qui s'é- 
tend en bas dans la direction des côtés de la tête. Ex. : 
l'Hirondelle, le Martinet, l'Engoulevent, le Podarge. 
Flancs (ilia ou hypochondria). — Côtés du croupion. 
Fla-visme (flavus, jaune). — Anomalie de coloration 
du plumage. Synonyme de Xanthisme (Voyez ce mot). 

Follicule de la plume. — Sorte de poche formée 
dans la peau ou derme, et qui contient la base de la 
Papille (Voyez ce mot) de la plume. 

Forme. — Fauc. Nom générique donné à la femelle 
de l'Oiseau de proie (Mauduyt). 
Formi. — Fauc. Maladie du bec du Faucon. 
Fossette (Chasse à la). — Avicept. Consiste à 
creuser une petite fosse dans le sol où l'on met quelque 
appât ; l'on dispose un quatre de chiffre servant à retenir 
une tuile ou un carré de gazon. 

Fourchette (furcella). — Os spécial à l'Oiseau. 
Branche de la clavicule ayant la forme d'un V, située 
entre la sommité latérale du Sternum (Voyez ce mol), 
l'extrémité de la colonne cervicale et l'origine de la 
colonne thoracique. Sa disposition varie suivant les 
groupes. 



158 



LE NATURALISTE 



Four clilllons. — Fauc. Entlure des mâchoires chez 
le Faucon. 

Fourchue (Queue). — Quand les pennes ou rec- 
trices latérales sont beaucoup pins longues que les mé- 
dianes. Cette forme s'observe surtout chez les voiliers : 
Milan, Hirondelle, Frégate, Sterne. 

Fourrure <le plumes. — Plion. Est faite en tissu- 
plume (Voyez ces mois) découpé et cousu.^Le- duvel du 
Cygne ou de l'Oie est. le plus usité. 

Frelon. — Fauc. Petit boulon qui se voit au centre 
des narines drs Oiseaux de proie. 



Front. — Comprend chez l'Oiseau lapartie du Bonnet 
au-dessus de la tête, qui s'étend de la hase de l'Arête du 
bec jusqu'au Vertex et qui est limitée en bas par les Lo- 
rums (Voyez ces mots). 

Frist.tVast. — Fauc. Nom attribué à une aile des- 
séchée et montée d'un Pigeon ou d'une Poule, qui sert a 
frictionner les Faucons; on évite ainsi le contact de la 
main. 



.4 suivre.) 



F. DE SCHAECK. 






:i bi. 






13 



. > i 



'• 2, '! i Pi ailles schématiques de la famille des Rcnonculacées. — 5, G, 7. Folioles diversesde l'involucre du l'Eranthis hyemalis. 
— H, Sépale extérieur. - - 9, Sépale intérieur. — 10. Pétale très agrandi vu en dessus. — 11. Pétale très agrandi vu en dessous. — 
•2. Pétale très agrandi vu de face. — 10 bis. Pétale de la lig. 10 divisé à sa ligne de suture. — 3 bis. Variété de la feuille 
fig. 3. — 13. Carpelles folliculaires. — U. Etamine avant la déhiscence de l'anthère. — i. : i. Etamine après la déhiscence. 



LE NATURALISTE 



139 



L'HELLÉBORE D'HIVER 



Parmi les genres de la tribu des helléborées, il eu est 
un tout petit, que nos pères cultivaient autrefois à cause 
de ses jolies fleurettes d'un jaune éclatant comme celles 
du bouton d'or. Au point de vue horticole, la plante est 
insignifiante, malgré son feuillage d'un vert sombre; 
mais elle a le mérite de fleurir sans soins, dès le mois 
de février, sur la terre nue, sous le climat de Paris, bien 
qu'elle ne fasse pas rigoureusement partie de la flore 
parisienne; elle est en effet d'une étonnante rusticité. 
On la découvre parfois dans les lieux ombragés et 
humides : c'est ainsi qu'on la rencontrait au bois de la 
Queue-en-Brie. J'ai trouvé cette plante entre les pavés, 
au pied de la terrasse du château d'Athis, pendant] la 
première semaine de février 1866. Elle avait dû y être 
ensemencée jadis, car les botanistes signalent son appa- 
rition au voisinage des anciens châteaux. Sa racine 
tubéreuse forme un rhizome vivace, qui résiste à toutes 
les intempéries. Elle ne donne qu'une seule fleur portée 
sur un long pédoncule. Celui-ci s'élève au centre d'une 
petite rosette d'écaillés souterraines croissant au som- 
met du tubercule, en formant une hampe contournée, 
plus épaisse en bas qu'en haut, blanche dans sa partie 
souterraine, et d'un vert brunâtre à sa partie supérieure. 
De sa base, du sein des mêmes écailles, part un long 
pétiole, qui supporte une feuille unique, peltée. à" lobes 
cunéiformes incités au sommet. Celte feuille se développe 
après la fleur. Le Naturaliste a donné, de cette plante, 
un excellent dessin, qui figure son port d'une façon on 
ne peut plus exacte, dans son numéro du lo mai 1890. 
La Heur est munie d'un involucre multifide, d'un vert 
sombre, dont les divisions sont terminées par une très 
petite pointe incolore, situé comme un calice immédia- 
tement au-dessous d'elle. Le calice pétaloïde a de 5 à 
8 sépales. Souvent on trouve 6 sépales : trois extérieurs, 
plus amples que les trois intérieurs contournés en dedans 
sur les bords et alternant avec les premiers. Bien diffé- 
rents des sépales, avec lesquels ils alternent, les pétales, 
tout petits, en nombre égal, ont la forme d'un cornet 
aplati, pédicellé, ou plutôt la forme de babouches 
turques, à semelle plate et sans rebord. Chaque pétale a 
deux lèvres inégales, bifides, l'inférieure plane et allon- 
gée. Les étamines et les carpelles sont en nombre indé- 
fini ; parfois ces derniers sont en même nombre que les 
pétales, car ils sont bien moins nombrenx que les éta- 
mines. Plus tard, ils donnent naissance à des fruits secs, 
des follicules pédicellés, déhiscents, remplis de graines 
disposées sur un rang. Cette dernière particularité, 
jointe à la présence de l'involucre, différencie cette 
plante du genre Helleborus et des genres voisins, où les 
graines sont sur deux rangs. De plus, les Hellébores ont 
toujours 5 sépales, et les pétales sont ordinairement en 
nombre différent de celui des sépales. C'est pour toutes 
ces raisons que Salisbury a retiré cette espèce du genre 
Helleborus, où Linné l'avait placée, pour en faire un 
genre à part, qu'il a nommé Lranthis ; de deux mots 
grecs : r,p, printemps, etâvôo?, fleur ; nom qui fait allusion 
à la précocité de la plante. 

J'ai joint quelques dessins à ce travail, afin de montrer 
la forme des différentes parties de cette jolie fleur. On 
y trouvera d'abord des feuilles de renonculacées, à diffé- 
rents degrés de développement, pour montrer comment 
il est possible de passer insensiblement d'une feuille 



simple â une feuille divisée; et, de cette dernière, aux 
pétales de la corolle. Si, en effet, on fend le pétale en 
cornet, au niveau de la soudure des deux bords du limbe, 
on passe de la figure 10 à la figure 10 bis, qui est si voi- 
sine de la feuille dessinée en 3 bis. — Cette plante est 
vénéneuse comme les autres hellébores. 

D r Bougon. 



DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES ÎÏOBYEABX 



Croeallis Goleta, n. sp. — 39 à 4o millimètres. Supérieures 
à apex aigu, notamment chez la £, avec le bord terminal légè- 
rement renflé au centre. Dessus des supérieures d'une teinte 
bronzée uniforme tirant tantôt sur le jaune verdâtre, tantôt sur 
le brun rougeâtre. Deux lignes traversent ces ailes; une pre- 
mière, l'extrabasilaire, un peu arrondie au départ de la côte 
puis presque droite jusqu'au bord interne. La seconde quittant 
le bord interne à peu de distance de la première et se dirigeant 
tout droit sur l'apex qu'elle n'atteint d'ailleurs pas, car peu 
avant, cette ligne fait un coude et se termine à la côte. Un 
point cellulaire blanc, généralement bien distinct. 

Dessus des inférieures de teinte plus pâle, traversé au 
milieu par une ligne arrondie, peu distincte et même parfois 
absente. Franges concolores. 

Dessous des supérieures avec la côte et le bord terminal 
bronzés, le reste blanc et une très large tache centrale appuyée 
sur la côte, noire. Dessous des inférieures d'un bronzé uniforme 
avec le point cellulaire et parfois l'indication de la ligne trans- 
versale. Antennes filiformes, tête et thorax concolores. 

8 o* et 1 9 pris à Zamora, la 9 eu mars 1886. 

Laudosia Monastica, n. sp. — 38 à 41 millimètres. Des- 
sus des ailes gris rosé. Les supérieures traversées par deux 
lignes presque droites ; une extrabasilaire un peu recourbée au 
sommet et une seconde ligne bien indiquée, ombrée de brun 
intérieurement, bordée de blanc extérieurement, droite, pins 
rapprochée do l'cxtrabasilaire au départ du bord interne. Un 
point cellulaire. Les inférieures coupées dans leur milieu par 
une ligne droite pareille à la seconde des supérieures et lui 
faisant suite. 

Nervures des quatre ailes marquées d'un petit trait entre la 
seconde ligne et le bord terminal; celui-ci liséré de brun. 
Franges couleur du fond. 

Dessous des ailes blanc semé d'atomes brunâtres; les supé- 
l'icures avec le point cellulaire et une ombre subapicale brune; 
les inférieures avec une ombre subterminale toujours bien 
indiquée à l'apex. 

2 comme le o" niais de teinte plus brune, les ailes plus 
arrondies et la côte des supérieures lisérée de blanc. 

Cette espèce se place tout à côté de Laudosia aliculata F. et 
R. mais la teinte en est plus sombre, les inférieures soni 
entièrement colorées, enfin les deux lignes des supérieures 
sont moins parallèles, plus rapprochées au bord interne et 
plus écartées à la côte. 

25 o* et 7$, Loja. 

Opisogonia Rayada, n. sp. — 32 millimètres. Ailes infé- 
rieures allongées avec une dentelure en pointe à l'apex cl 
l'angle anal assez carrément coupé. Dessus des quatre ailes 
brun mordoré uniforme, traversé par une foule de lignes fines, 
plus claires, parallèles et droites sauf les plus extérieures qui se 
recourbent à l'apex des ailes, la subterminale généralement 
plus large et mieux marquée. Bord terminal liséré de noir. 

Dessous d'un brun plus lernc avec des lignes comme en 
dessus, bien indiquées sur les nervures mais à peine sensibles- 
sur le fond des ailes. Un point cellulaire noir à chaque aile. 
Antennes filiformes, thorax avec un faisceau de longs poils de 
chaque côté. Tète, corps, pattes et franges concolores. 

16 exemplaires bien pareils, tous q", des environs de 
Loja, 1890. 

P. DOG^IN. 



Drepanodes levis, 



sp . — c* 28 mm . Antennes 



100 



LE NATURALISTE 



presque filiformes. Ailes gris-noisette, traversées dans toute 
leur longueur par une ligne brune, ombrée extérieurement 
do rouge, [mis de rose, droite, qui part do l'apex des supé- 
rieures et vient aboutir au milieu du bord abdominal aux infé- 
rieures. Un petit trait blanchâtre part de la côte des supérieures. 
à 2 mm. de l'apex, et va rejoindre le commencement de la 
ligne, avec laquelle il forme un angle aigu. Les ptérygodes et 
la côte des supérieures sont marqués de jaunâtre. Immédia- 
tement avant la frange, les ailes sont, bordées d'une ligne 
blanche excessivement fine. La frange est brune, avec l'extré- 
mité blanchâtre. Un petit point cellulaire noir aux supérieures. 
Dessous plus clair, avec la ligne indiquée par des points ner- 
vuraux aux supérieures : un point cellulaire aux 4 ailes. 

Rio de Janeiro, 1 o*; ma coll. 

Seordjlia jaeintina, n. sp. — o* 21 mm. Antennes noires, 
filiformes, corps noir. Dessus des 4 ailes noir avec une large 
tache d'un rouge brique irrégulière, au centre des supérieures, 
cette tache prend naissance à 3 mm. de la base et suit la 
côte à environ 1 mm. de distance, jusqu'à 7 mm. de la base, 
endroit où la tache joint la côte par un petit trait brun. Deux 
autres petits traits bruns sur la côte, entre le 1 er nommé et la 
base, se joignent également à la tache centrale. En quittant la 
côte, la tache se dirige alors vers le bord externe dont 
elle approche de 2 mm., et qu'elle longe pendant 2 mm. 
jusqu'à l'angle interne qu'elle approche d'un mm. Elle suit 
enfin le bord interne, qu'elle touche presque d abord vers 
l'angle interne, et s'en tient ensuite à environ 1 mm. de 
distance. Un de mes exemplaires a en outre un petit trait 
noir sur la tache rouge, près de la base. Ailes inférieures 
noires, avec un sablé d'écaillés rouges, très léger, sur la. 
moitié de l'aile qui longe le bord abdominal. Frange des su- 
périeures noire entrecoupée de blanc, celle des inférieures 
noire, à peine marquée çà et là de quelques poils blancs. Des- 
sous noir. Aux; supérieures, la tache se reproduit, comme en 
dessus, mais elle est rouge orangé. Les 3 traits qui relient la 
tache à la côte en dessus, sont ici blancs sur la côte, puis 
jaune soufré contre la tache. Un 4 e trait, blanc long de 4mm. 
part de la côte à 2 mm. de l'apex et va se perdre vers le bord 
externe, l'espace compris entre ce trait et l'apex est couvert de 
petites écailles brunes. Inférieures noires, avec quelques écail- 
les brunes, rouges et blanches, semées sur une grande partie 
de l'aile, principalement vers le bord abdominal, et un petit 
Irait cellulaire blanc. Franges comme en dessus, avec un fin 
liséré blanc intérieur. Palpes noirs, picotés de blanc, très longs 
pour le genre, 2 mm. Dessous du corps et pattes noir, picoté 
de blanc. — Bolivie, 1 o*, ma coll., 1 o* coll. Staudinger. 

Seordylia mer u la, n. sp. — 9 20 mm. Antennes noires, 
filiformes. Cette .espèce est à la fois voisine de Jelskiaria 
Ob. et Ochrozuna F. et R. Dessus des ailes noir, les supé- 
rieures avec une tache jaune d'oerc d'un ton plus chaud que 
dans Jelskiaria, partant de la côte à 6 mm. de la base et 
rejoignant obliquement, mais sans inflexion, le bord interne à 
7 mm. do la base. La limite extérieure de cette tache part de 
la côte à a mm. de l'apex et formantune ligne très convexe vient 
aboutir à l'angle interne. Enfin la tache touche le bord interne 
depuis l'angle interne jusqu'à 7 mm. de la base, quoique dans 
le milieu de ce parcours on voie une petite virgule noire. L'es- 
pace avoisinant la base des supérieures est très légèrement 
teinté du même jaune d'ocre, et la côte est marquée : 1° de 
rouge amarante depuis la base jusqu'à mi-chemin de l'apex; 
2° de 4 petits traits jaune d'ocre, 2 sur le rouge amarante, les 
2 autres, entre l'apex et la grande tache. Inférieures noires 
avec 2 ou 3 petits points jaune d'ocre à l'angle anal. Franges 
noires, entrecoupées de brun. La côte des supérieures est 
renflée prés de la base. Dessous des supérieures noir, forte- 
ment strié de blanc et de roux à la base, la tache du dessus est 
rouge orange (et nou pas jaune clair comme dans Jelskiaria), 
sauf li' long de la côte et du bord interne, qui sont blanc 
jaunâtre. Entre l'apex et la tache, la côte est teintée de brun 
et de roux, et de l'apex jusqu'à 4 mm. du bord externe, on voit 
un petit, espace blanc. Les inférieures sont noires, avec une 
infinité d'écaillés blanches, rouges el brunes espacées sur toute 
la surface. Frange comme en dessus. Corps el, pattes noirs, 
picotés de blanc. — Bolivie, 1 + , ma coll. 1 y coll. Staudin- 
ger. 

Scordylia Colambl, n. sp. — p* 21 mm. Antennes simples. 

roupe de Scordylia hesperiaria Wk. Ailes noires, les 

supérieures avec une tache blanche imitant grossièrement la 

Corme d'une poire, partant de la côte à ;; mm. de la base, et 

très mince à cet end,-,, ii. Elle longe l'extrémité de h. cellule et 



une partie de la l™ branche de la médiane. Jusque-là elle est 
concave. Elle approche alors du bord externe dont elle se tient 
à 3 mm. environ, puis formant une ligne convexe, elle longe 
ce bord jusqu'à 2 mm. de l'angle interne, et reprend ensuite sa 
direction vers la côte, son point d'origine. Dans sa plus grande 
largeur, qui est de 3 mm., elle est traversée par les 2 e et 3 e 
branches de la médiane. Un petit trait brun et blanc, mal in- 
diqué, sur la côte à 4 mm. de l'apex. Inférieures avec une bor- 
dure assez régulière de 3 mm. environ couvrant la côte et le 
bord externe, tout le reste do l'aile est blanc. Franges entrecou- 
pées de blanc et de noir. Dessous noir, avec les taches blanches 
du dessus. Aux supérieures le trait brun et blanc de la côte près 
de l'apex est très apparent et jaunâtre, de même que le point 
où la grande tache touche la côte. Le reste de la côte, depuis 
la base jusqu'à l'apex, et toute la région apicale du bord ex- 
terne sont rouge amarante picoté d'éeaillcs jaunes. La côte et 
le bord externe des inférieures sont aussi rouge amarante, pi- 
coté de jaune. Frange comme en dessus. Dessus du corps noir, 
blanchâtre en dessous. Pattes noires, picotées de blanc. Bolivie 
1 o" ma coll ; 1 o*, coll. Staudinger. 

Scordylia Colnmbi, var. delicieiis, n. var. -^ o* 21 mm. 
Cette variété se distingue du type Columbi en ce que. la 
tache blanche des supérieures est un peu plus étroite, et le 
trait brun et blanc près de l'apex n'existe ni en dessus ni en 
dessous. Les inférieurs sont presque entièrement noires, sauf 
quelques petites taches blanches au bord abdominal, près 
de la base. Le dessous des inférieures est plus blanc qu'en 
dessus, mais cependant beaucoup moins que chez le type. — 
Même localité. 1 g* coll. Staudinger. Je possède un individu 
intermédiaire entre le type et cette variété. 

Seordjiia Colmala, n. sp. — q* 22 mm. Antennes 
simples. Groupe des précédentes. Ailes noir brun, les supé- 
rieures avec un trait blanc sale, étroit, long de 4 mm. partant 
de la côte à 5 mm. de la base et fermant la cellule; immédiate- 
ment après vient une tache allongée blanc sale qui se trouve 
entre la 2 e et la 3 e branche de la médiane, et disparaît à 2 mm. 
du bord externe. On voit en outre un petit trait de même 
couleur qui avoisine la côte à 5 mm. do l'apex. Une toute pe- 
tite éclaircie blanchâtre, très vague, au centre des inférieures. 
Frange noire entrecoupée de blanc. Dessous des supérieures 
noir, avec les 2 traits plus larges qu'en dessus, et la tache 
blanche. Le trait près de l'apex atteint la côte, ce qui n'a pas 
lieu en dessus. La côte et tout l'espace apical sont picotés de 
jaunâtre. Aux inférieures une large bordure noire est égale- 
ment picotée de jaunâtre, le reste des ailes est blanc grisâtre, 
avec un point cellulaire noir traversé par une ligne convexe 
grise. Frange comme en dessus, corps noir, gris en dessous, 
pattes noires picotées de gris. — Pérou, 1 çf, ma coll. 

Scordylia adulatrix, n. sp. — o* 23 mm. Antennes 
simples. Ailes brun noir velouté, les supérieures avec trois pe- 
tits traits blanc jaunâtre sur la côte, 3, à 5 et 9 mm. de la base, 
et 2 tout petits points de même couleur à la côte près de l'apex. 
Milieu des inférieures avec une large tache ronde (sauf près 
de la côte qu'elle rejoint) blanc jaunâtre, ayant environ 6 mm. 
de diamètre. Frange noire, entrecoupée de blanc. Dessous 
des supérieures brun noir, avec le bord interne blanc bleuâtre, 
la côte est striée de blanc jaunâtre et on voit un trait de même 
couleur, toujours sur la côte, à 6 mm. de l'apex. La région 
apicale est largement teintée de brun pâle et de gris. On voit 
aux inférieures une large bordure extérieure non interrompue, 
brune, picotée de brun clair à l'apex; cette bordure limite la 
tache blanc jaunâtre, comme en dessus, mais la base et le bord 
abdominal sont jaunâtres, picotés de brun, et non pas brun 
noir comme en dessus. Frange brune, entrecoupée de blanc. 
Corps noir en dessus, blanchâtre en dessous. Pattes blanches, 
marquées de noir. Cette espèce si; rapproche un peu, en des- 
sous, de Scordylia brunonaria Ms.sn, mais les dessins sont dif- 
férents. — Bolivie, 1 o", ma coll. 

Nclo Darthula, n. sp. — o* 26 mm. Antennes noires, pec- 
tinées. Les 4 ailes sont arrondies et non pas allongées comme 
chez Nelo veliterna Druce. Dessus des supérieures noir, avec 
une tache rouge-brique, un peu triangulaire, sur le disque. Elle 
part de la côte, sans la toucher, à 9 mm. de la base, puis dé- 
crit une courbe légèrement convexe pour approcher à 3 mm. 
du bord externe; arrivée sur la 3° branche de la médiane, la 
tache suit alors cette nervure et longe enfin l'extrémité de la 
cellule pour aboutir près delà côte, ainsi que je l'ai dit plus 
liant. Dessus des inférieures noir. Franges noires. Dessous 
des supérieures noir de suie, avec les nervures ressortant en 
noir franc: la tache rouge du dessus est entourée d'un cercle 



LE NATURALISTE 



161 



noir assez étroit sur lequel les nervures ne se voient pas. Infé- 
rieures noir de suie, avec les nervures ressortant en noir franc; 
la tache rouge du dessus est entourée d'un cercle noir assez 
étroit sur lequel les nervures ne se voient pas. Inférieures noir 
de suie, avec les nervures ressortant en noir franc. Frange 
noire. Dessus du corps, et ptérygodes entièrement noirs, 
palpes noirs, pattes et dessous de l'abdomen noir de suie. In- 
dépendamment de la coupe d'ailes, je ferai remarquer que Veli- 
terna a les antennes moins pectinées, les pattes et le dessous 
de l'abdomen marqués de blanc. De plus, la tache rouge des- 
cend jusqu'à la sous-médiane dans Veliterna. Mon espèce se 
distingue également de Nelo Drucei Dognin, par l'absence du 
trait rouge à la base des supérieures et parce que Drucei, que 
l'auteur a bien voulu me soumettre, à des antennes filiformes, 
quoique ce soit un o*. — Colombie, 1 o*. ma coll. 

Nelo Dora n. sp. — o*25 mm. Antennes noires, pecti- 
nées. Ailes noires, les supérieures avec une tache rouge-brique, 
presque ronde, d'un diamètre de 5 mm. environ, dont le centre 
se trouve à l'extrémité de la cellule. Cette tache approche de la 
côte d'un mm. Par en bas elle descend jusqu'à mi-chemin 
entre la 3 e branche de la médiane et la sous-médiane, et à cet 
endroit la tache envoie un petit prolongement obliqué intérieu- 
rement, de même couleur, qui s'arrête sur la sous-médiane. 
Franges noires. Thorax, ptérygodes et abdomen noirs. Dessous 
des supérieures noir gris; avec la tache du dessus rouge un 
peu orangé, et les nervures finement marquées de noir. Un 
cercle noir, étroit, autour de la tâche. Le petit prolongement du 
bas de la tâche est presque nul, jaunâtre. Dessous des inférieu- 
res noir giis avec les nervures noires comme aux supérieures. 
Pattes et dessous de l'abdomen concolores. Franges noir gris. 
— Bolivie, 1 çf, coll. Staudinger. 

Nelolnon. sp. — o*31mm. Antennes noires, pectinées. 
Thorax et corps noir. A la base des ptérygodes, un tout petit 
point rouge. Dessus des ailes noir, les supérieures avec une 
large tache rouge-brique, commençant à 5 mm. de la base, et 
longeant la sous-costale (sans la couvrir), jusqu'à 7 mm. de 
l'apex. A cet endroit la tache devient très arquée extérieure- 
ment et vient rejoindre la sous-médiane à 3 mm. de l'angle 
interne. Ensuite elle longe la sous-médiane jusqn'à 5 mm. de 
la base, et enfin elle va rejoindre son point de départ près de la 
côte en décrivant une ligne arquée intérieurement, c'est-à-dire 
que la tache est échancrée à cet endroit. Une partie de la tache 
et le bord interne chatoient en bleu. Franges noires. Dessous 
gris-fer, avec les nervures fortement marquées de noir, aux 
supérieures la tiche du dessus se retrouve, identique, mais 
d'un rouge-orange. Elle est ombrée de noir près de la base et 
du coté du bord externe. Franges gris-fer. Pattes grises, des- 
sous de l'abdomen gris. Il n'y a pas de taches latérales rouges 
sur l'abdi men. — Bolivie, 1 o*> m a coll. 

A'clo Alvona n. sp. — o* 31 mm. Antennes noires, pectinées. 
Taille et, port de ;ie/o ino, mais les ailes sont un peu plus élancées. 
Ailes noires, supérieures avec une tache rouge-brique, àpeu près 
carrée, au milieu de l'aile. Elle parldela côte à 6 mm. de la base, 
et recouvre la sous-costale en longeant la côte, sans l'atteindre, 
pendant S mm. Là elle prend une direction oblique et, légère- 
ment arquée intérieurement, vient joindre la l ,,e branche 
de la médiane. Puis elle devient arquée extérieurement et 
aboutit à la sous-médiane à 4 mm. de l'angle interne. Elle 
longe la sous-médiane pendant o mm. et de là rejoint directe- 
ment son point de départ, près de la côte. On voit un reflet 
bleu le long du bord interne et vers la base de l'aile. Franges 
noires. Thorax noir. Base des ptérygodes fortement marquée 
de rouge, le reste noir. Abdomen noir, avec des taches rouges, 
latérales. Dessous des ailes et franges gris-ardoise, lesnervures 
ressortent en noir, surtout aux inférieures. Aux supérieures la 
tache est plus petite et plus claire, n'ayant que 5 mm. dans Sa 
plus grande largeur. Elle n'arrive qu'à mi-chemin entre la 
3 K branche de la' médiane et la sous-médiane. Lesnervures qui 
la traversent sont grises. On voit une petite tache rouge-orange 
à la base des inférieures. Pattes et dessous de l'abdomen gris- 
ardoise. — Bolivie, 1 o*, coll. Staudinger. — Cette espèce est 
voisine de nelo discalis Walker, mais cet auteur paraît avoir 
confondu 2 espèces d;:ns sa description. 

Nelo Titan n. sp. — o" 24 mm. Antennes noires, pecti- 
nées. Un peu plus petit, mais très voisin de nelo caullama 
Schaus. Thorax et abdomen noirs. Dessus des ailes noir, ainsi 
que la frange. Supérieures marquées d'une large tache rouge 
vif, partant à 2 mm. de la base, qui est noire, longeant la sous- 
costale, sans la recouvrir, puis, à 1 mm. de l'apex, s'arquant 
extérieurement pour rejoindre le bord interne à 2 mm. de 



l'angle interne, puis longeant le bord interne, dont la frange 
seule est noire, jusqu'à 2 mm. de la base. Je ferai remarquer 
que dans Caullama la tache est rouge-orange, qu'elle 
recouvre la sous-costale, et qu'elle est limitée en bas par la 
sous-médiane, l'espace compris entre cette nervure et le bord 
interne étant noir. Dessous noir de suie, avec les franges conco- 
lores. La tache comme en dessus, mais un peu plus pâle, avec 
une eclaircie jaune près de la cota et au bord interne; l'espace 
qui longe la tache du côté du bord externe est d'un noir vif. 
Les nervures ne sont pas marquées de noir, comme dans 
Caullama, et on voit un trait cellulaire noirâtre, assez large, 
aux inférieures. Corps et pattes gris. — Bolivie, 1 q\ coll. 
Staudinger. 

Nelo Ilionc n. sp. — o" 31 mm. Antennes noires, pec- 
tinées. Ailes arrondies, noir bleuté chatoyant, les supérieures 
avec une tache blanche sur le disque, oblongue (6 mm. sur 
3 mm.), limitée intérieurement par la cellule et s'arrètant en 
bas sur la 3 e branche de la médiane. Les nervures qui 
la traversent sont noires. Franges noires, sans reflet. Thorax et 
abdomen noirs. Dessous gris plombé, luisant, avec les nervures 
noires et la frange grise. La tache des supérieures se retrouve 
en dessous, également traversée par les nervures noires, et 
largement entourée d'une bordure noir bleuté qui s'étend même 
jusque près de 1a base, du côté intérieur. Pattes et dessous de 
l'abdomen noirs. Chaque côté de l'abdomen est marqué de 
2 ou 3 raies longitudinales gris plombé. ■— Bolivie, 1 o*> coll. 
Staudinger. 

Erateina Drucei n. sp. — c* 29 mm. Antennes presque 
filiformes. Voisine à.' erateina Staudingeri Snellen et juliata 
Dbd. Ailes supérieures noires, avec une teinte olive à la 
base s'étendant à la côte jusqu'à 6 mm. de la base et au 
bord interne jusqu'à l'angle interne. Une bande droite, 
transparente, jaune verdâtre clair, large de 1 mm., part de la 
sous-costale à 9 mm. de la base, et vient aboutir près du 
bord externe, un peu au-dessous de la 3 e branche de la 
médiane. Le côté intérieur de cette bande passe à 1 mm. en 
dehors de la jonction des 2 premières branches do la médiane. 
Frange noire entrecoupée de blanc. Les inférieures ont 24 mm. 
de la base à l'extrémité de la queue qui est recourbée en dehors. 
La base et une partie du bord abdominal sont recouverts de 
poils olive. Une bande noire longe le bord externe et va abou- 
tir près du bord abdominal, à la naissance de la queue. Du 
milieu de la côte part une bande d'abord jaune clair, puis 
rouge ardent avec le milieu jaunâtre. La queue est rouge ar- 
dent. Frange jaune-soufre depuis l'extrémité de la queue jus- 
qu'à l'apex (où elle est noire), interrompue 2 fois par du noir 
au bord externe. La frange du bord abdominal, depuis l'extré- 
mité de la queue jusqu'à 10 mm. de la base, est aussi jaune- 
soufre, interrompue 3 fois par de longs espaces noirs. Dessous 
des supérieures rouge pourpre avec la base marquée de petits 
rayons jaunâtres et d'un rayon blanc argenté qui se dirige, 
sans l'atteindre, vers un trait cellulaire également blanc d'ar- 
gent. La bande transparente du dessus part de la côte et un 
peu au-dessus de la sous-médiane elle se courbe intérieure- 
ment, traverse un espace noir, et vient longer le bord interne, 
qui est largement blanc à la base. Une mince ligne droite, 
jaune, part de la côte à 5 mm. de l'apex et vient aboutir à 
■1 mm. du bord externe, sur la 3 e branche de la médiane. 
Frange comme en dessus. Une bande jaune-soufre traverse 
les inférieures depuis le milieu de la côte jusqu'au bord abdo- 
minal, où elle se courbe intérieurement. A la base des ailes, 
un repli jaune-soufre rayé de pourpre, puis une petite bande 
blanc d'argent et les nervures marquées de soufre sur un fond 
pourpre. La bande centrale jaune-soufre est limitée en dehors, 
près de l'apex, part du pourpre sur lequel passe un petit trait 
jaunâtre, et plus bas, près du bord abdominal, elle est bordée 
d'un espace rouge ardent, limité lui-même par une petite ligne 
noire. La queue est rouge pourpre. Frange comme en dessus. 
Dessous du corps et pattes blancs, velus. Bolivie, 1 o*j ma coll. 
1 o", coll. Staudinger. Dédiée à M. Herbert Druce. 

Erateina Aima n. sp. — o" 28 mm. Cette espèce est in- 
termédiaire entre zoraida Dbd. et unilulata Saund. Pour éviter 
toute confusion, je la comparerai uniquement à undulata. Elle 
est plus petite, et la bande claire transverse des supérieures 
en forme d'S, qui, comme parcours, est identique à celle d'un- 
dulala, est bien moins ondulée et presque droite. De plus, elle 
est blanche, et non pas blanc verdâtre. Vu l'affinité des espèces 
de ce genre, je considère ces caractères comme distinctifs. En 
dessous des inférieures, la queue est largement marquée de 
rouge pourpre, plus que chez undulala. Les antennes à.' Aima 



lthi 



LE NATUKAL1STE 



sont simples, celles d'undulala sont garnies de petits poils. 
Tout le reste est comme dans l'espèce de Saunders. — Colom- 
bie, 1 c*- llla oblL 
Carpella a?qui<listans, n. sp. — o* 58 mm. Antennes 

noires, pectinées. Front noir. Espèce voisine de Districla Wk. 
Dessus des 4 ailes, franges et corps blancs. La côte des supé- 
rieures est bordée de noir. Ces ailes sont traversées par 2 lignes 
minces, noires, droites et presque parallèles, parlant de la 
côte à 10 et 21 mm. de la base et rejoignant le bord interne 
à 9 et 18 mm. de la base; Une seule ligne identique, mais un 
peu courbe vers son milieu, aux intérieures, partant de l'angle 
anal, rejoint la côte à 4 mm. de l'apex; parfois cette ligne 
n'atteint pas la côte. Dessous blanc, supérieures avec la côte 
noire e1 la deuxième ligne comme en dessus, tandis que la 
ligne prés de la base est peu distincte. La ligne des inférieures 
comme en dessus. Pas de trace de la ligne noire qui longe 
la côte en dessous des inférieures, chez Districla. Franges 
blanches. Les 2 premières paires de pattes sont noires extérieu- 
rement; les pattes postérieures sont entièrement blanches, 
sauf l'extrémité qui est grise. Le petit crochet qui retient le 
frein du q* (à la base des supérieures en dessous) est blanc 
chez œquidislans, noir chez districla. Les nervures sont 
blanches partout, en dessus et en dessous, dans mon espèce. 

— Pérou, 3 c* identiques, ma coll. 

Cidsiria Zcnoliia, n. sp. — c* 28 mm. Antennes filiformes. 
Ailes supérieures vert-olive à la base, noirâtres vers le milieu, 
puis blanches, et enfin vcrdàtres au bord externe. Sur l'espace 
basilaire se voient 2 lignes très ondulées, blanches, ombrées de 
noir, qui partent de la côte à 2 et 6 mm. de la base et vont re- 
joindre obliquement le bord interne. L'espace médian sur 
lequel se détache un trait cellulaire noir, est teinté de vert 
olive et de noir, et est limité extérieurement par une bande 
blanche très irrégulière, ayant à peu près la forme de celle de 
Picala Hb. Cette bande part de la côte à 7 mm. de l'apex. 
Elle est arquée intérieurement jusqu'à la l re branche de la mé- 
diane, puis va s'infléchissant dans la direction de la base 
jusque sur la 3 e branche de la médiane. A partir de là elle 
rejoint directement le bord interne à 4 mm. de l'angle interne. 
Cette bande blanche est bordée extérieurement de vert d'eau, 
puis sur l'espace terminal, on voit un mélange de vert olive 
et de noir, avec un petit point blanc entre chaque nervure. 
Ailes inférieures gris foncé uni sans dessin. Franges des 4 ailes 
grises, entrecoupées de blanc. Tétc et thorax vert olive, extré- 
mité des ptérygodes noire. Une touffe d'écaillés noires entre le 
thorax et l'abdomen et une seconde touffe plus courte, noire, 
à centre blanc. Abdomen gris, marqué de noir sur chaque an- 
neau. Dessous des supérieures gris noir, avec la côte mouche- 
tée de jaunâtre, et la bande blanche du desssus. Une éclaircie 
blanche au milieu du bord externe. Frange grise entrecoupée 
de blanc. Dessous des inférieures gris moucheté de blanc, avec 
un trait cellulaire noir, une ligne noire, ondulée, assez vague, 
au centre des ailes, et une bordure externe asses large, gris 
noir. Frange grisâtre. Pattes noires mouchetées de jaunâtre. 

— Equateur. Plusieurs çp, ma coll. et coll. Dognin. Cette 
espèce est du groupe de Picala Hb., mais les ailes sont plus 
allongées. 

< Maria /.ara, n. sp. — o* 29 mm. Antennes filiformes. 
Ailes supérieures allongées, d'un brun de bois ; la base est 
noire, marquée extérieurement d'une fine ligne blanche. De la 
côte, à 5 mm. de la base, part une ligne ou bande noirâtre, 
ondulée, qui rejoint directement le bord interne. Puis un gros 
point cellulaire noir. A 6 mm. de l'apex part, de la côte, une 
autre bande noirâtre, ondulée, dont le côté externe est marqué 
sur chaqne nervure d'un petit point blanc. Cette bande rejoint 
le bord interne, à 3 mm. de l'angle interne, qui est marqué 
d'une tache brun marron. L'apex est largement teinté de 
noir, et une ligne ondulée, grise, . longe le bord externe. 
Parfois elle n'apparait que sur la tache noire de l'apex. 
Frange brune, entrecoupée de gris. Ailes inférieures grises, 
avec la frange concolorc. Front et cou bruns, ptérygodes 
noirs, un toupet de poih noirs entre le thorax et l'abdomen, 
qui est gris. Dessous des 4 ailes gris brun luisant, avec 
un trait cellulaire noir à chaque aile. Quelques petits traits 
gris jaunâtre à la côte des supérieures, prés de l'apex, et 
aux inférieures une ligne vague, transverse, arquée extérieu- 
rement, à 3 mm. du bord externe. Franges gris jaunâtre, entre- 
coupées de gris. Patte noires mouchetées de brun. — Equa- 
teur. Plusieurs c*> ma c 11. et coll. Dognin. 

Scolosia lalciuaculata, n. sp. — o* 3G mm. Antennes 
filiformes. Cette espèce est très voisine de scolosia umbrinata 



Gn., et la description peut, s'y rapporter aux différences ci- 
après : les supérieures sont noires à la base pendant 3 mm. 
L'apex et la région voisine (dans un rayon de 10 mm.) sont comme 
chez umbrinata; mais sans le irait apical oblique noir velouté. 
Tout le reste de l'aile est brun rouge velouté, sans autre dessin. 
Inférieures plus claires que chez umbrinata, avec 2 ou trois 
lignes ondulées, rougeâtres, au bord externe, près de l'angle 
anal. Dessous comme dans l'espèce susdite, mais avec moins 
de lignes ondulées au milieu des 4 ailes. — Pérou, 1 c"» ma 
coll. 

Azelina Tipaldii n. sp. — çf 38 mm. Taille et coupé 
d'Azetina. brantsiala Sncllcn, les angles des ailes sont 
identiques. Antennes filiformes. Dessus du corps et première 
moitié des 4 ailes jaune-crème. Une grande tache aux supé- 
rieures sur le bord interne (prés de l'angle interne), une autre 
couvrant la queue des inférieures et l'espace avoisinant et une 
3 e au bord abdominal près de l'angle anal ; ces 3 taches sont 
également jaune-crème, le reste des 4 ailes est d'un brun légère- 
ment violacé et la frange est noirâtre. De la côte à 6 mm. de 
la base, aux supérieures, part une fine ligne noire, qui envoie 
2 angles extérieurs et vient aboutir au bord interne à 4 mml 
de la base. Un tout petit point cellulaire noir. Une ligue vague, 
rousse, traverse l'aile de purt en part, faisant la séparation 
entre l'espace jaune-crème et l'espace violacé. Enfin de la côte 
à 4 mm. de l'apex part une ligne 1res fine, grisâtre, éclairée dé 
blanc extérieurement, qui fait d'abord un petit angle du côté 
de l'apex, et va ensuite obliquement rejoindre le bord interné 
à 7 mm. de l'angle interne. Deux petites taches noires, super- 
posées, au-dessous de l'apex. Aux inférieures, un gros point 1 
cellulaire noir, suivi d'une fine ligne noirâtre, presque droite, 
éclairée de blanc extérieurement, qui part de la côte à 5 mm. 
de l'apex et va rejoindre le bord abdominal à 5 mm. de l'angle 
anal. Cette ligne marque la limite del'espace jaune-crèmè. On 
voit quelques petites mouchetures noires espacées sur les 
4 ailes, principalement sur la queue des inférieures. Dessous 
jaune-crème, varié de-ci de-là de tons brûlés, avec les lignes 
comme en dessus, mais plus vagues. La ligne oblique des su- 
périeures est blanche, éclairée de brun en dehors 3 taches noires 
superposées, sous l'apex. La ligne transverse des inférieures 
est très nette, noire, éclairée de blanc en dehors, et après elle 
l'espace violacé du dessus est remplacé par du brun brûlé. 
Points cellulaires comme en dessus. Les 4 ailes sont picotées 
de noir. Pattes brun jaune avec les jointures noires. — Pérou, 
1 o", ma coll. 

Fliasiane Partitaria, Hb., var. Fseculenta, n. var." — c* 
21 mm. Oette vai'iôté est de la taille des plus petits exemplaires' 
européens de Partitaria. Elle s'en distingue en ce que les supé- 
rieures, en dessus, sont couleur lie de vin et à peine picotées, 
sauf à la côte. Les 2 lignes jaunes sont d'autant plus nettes 
qu'elles ressortent sur un fond uni. Les inférieures sont un peu 
plus foncées que chez le type, surtout la frange. Le dessous se 
rapproche de celui de Partitaria, mais l'apex des supérieures 
est teinté délie de vin, et aux inférieures la partie située entre 
la ligne transverse et le bord externe est également lie de vin. 
— Environs de Mog^dor, Maroc, en octobre. 1 o*> ma coll. J'ai 
vu un exemplaire identique provenant d'Algérie. 

Pliorwdcsma Mabillci, n. sp. — o* 26 mm. Antennes pec- 
tinées. Cette espèce se rapproche beaucoup de Fuhninaria Led. 
mais elle s'en distingue parce que les traits blancs interner- 
vuraux qui garnissent le bord externe des 4 ailes, sont tous 
réunis extérieurement, dansmon espèce, par une ligne blanche 
qui longe tout le b.ird externe ; de plus, ces traits, à peu près 
semblables aux 4 ailes dans l'espèce décrite par Lederer, sont 
courts aux supérieures et tellement peu marqués aux infé- 
rieures, qu'on ne voit plus guère que la ligne blanche dont je 
parle plus haut. La ligne en zigzag des inférieures est plus 
rapprochée du bord. L'extrémité de la frange est blanche, 
comme chez Fuhninaria. Le dessous donne les mêmes diffé- 
rences que le dessus. Je considère cette espèce comme absolu- 
ment distincte. — Bords de l'Amour, 2 çf, ma coll. Dédié à 
M. Paul Mabille. - - J'ai c* et Ç de la belle Phorodesma var. 
correspondes Alphéraky, où tous les dessins blancs de Fulmi- 
naria sont grossis, et je crois qu'elle forme également une es- 
pèce à part. 

Paul THIERRY-MlEG. 



Le (Sérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS — IMPK F t.EVE. r::R CASSETTE 17. 






15 e ANNÉE 



2 e SÉRIE 



iv i sa 



15 JUILLET 1893 



UNE GRANDE ARAIGNEE DE MADAGASCAR 



Au milieu de larges toiles aériennes dont les rayons 
du soleil des tropiques font miroiter les fils d'or à perles 
de rosée, voyez-vous cette araignée ge'ante immobile sur 
ses huit longues pattes étendues. C'est 1' « Halabe » ou 
« Folihala » de Madagascar (1). 

Les plus an- 
ciens auteurs 
qui ont écrit 
sur la grande 
île africaine 
semblent a- 
voir remar- 
qué et signa- 
lé cet ara- 
chnide. Le 
docteur Au- 
guste Vinson 
est le pre- 
mier, si je ne 
me trompe, 
qui en a don- 
né une des- 
cription 
scientifique. 
L'Halabe , 
nommée par 
lui Epeira 
Madagasca- 
riensis, a été 
classée de- 
puis dans le 
genre Xephila 
(JV. Madagas- 
car iensis). 

La bête fe- 
melle a seule 
été décrite 
par le savant 
docteur : As- 
pect géné7'al. 
Grande, tu- 

berculée ; 
corselet noir 
avec du duvet 
d'argent;l'ab- 
domen allon- 
gé et cylin- 
drique, noir, 
argenté ; des 
points et des 
dessins jau- 
ne d'or, au 

centre, sur un fond noir : l'un, placé sur le sommet de 
cet organe, représente une couronne. Pattes d'un beau 
rouge de feu, — avec le voisinage des articulations et les 
extrémités noires (1). 

(1) En langue Hova, « Halabe » (prononcé Halabe) vient des 
mots « Hala» (araignée) et « Be » (grande), « Folihala » (pro- 
noncé Foulihala) vient des mots « Foly » (fil, action de filer) et 
« Hala » (araignée). 

(2) Aranéides des îles de La Réunion, Maurice et Mada- 
gascar, par le docteur A. Yinson, Paris, 1863. Deyrolle, rue du 
Bac, 46, et Roret, rue Hautefeuille, 12. 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac. Paris. 




Une grande Araignée de Madagascar (l'Halabe. Nephila Madagascariensis) 



Le mâle est un vrai pygmée àcôté de la femelle ; il ne 
mesure guère, en effet, que trois centimètres environ de 
longueur totale, del'extrémité des pattes antérieures à 
l'extrémité des pattes postérieures, tandis que celle-ci 
atleint jusqu'à près de quinze centimètres. Le céphalo- 
thorax est brunâtre, légèrement cendré ou teinté de gris. 
L'abdomen ellipsoïde, allongé, est brun, tacheté sur les 
côtés de brun jaunâtre. Les pattes, longues etépinueses, 

sont à peu 
près de la 
même cou- 
leur que l'ab- 
domen. 
Tandis qu'au 
centre de ses 
réseaux do- 
rés tendus et 
fixés aux ar- 
bres ou aux 
édifices voi- 
sins par de 
longs et forts 
cordonnets 
de soie, l'Ha- 
labe femelle 
trône en sou- 
veraine, en- 
tourée de Li- 
nyphies (1), 
au costume 
argenté, qui 
lui font com- 
me une cour 
d'honneur, le 
mâle, chétif 
et triste prin- 
ce consort, se 
tient modes- 
tement et 
prudemment 
à distance 
respectueuse 
semblant a- 
voir cons- 
cience de son 
infériorité et 
du danger 
qu'il court 
d'être dévoré 
par sa puis- 
sante épouse, 
Sémiramis 
de la genta- 
ragne. 
On peut di- 



re en toute vérité de l'Halabe que : 

Sur ses pièges tendus, sans cesse vigilante, 
Dans chacun de ses fils elle paraît vivante. 

Dès qu'un insecte vient à donner dans ses réseaux, 
elle se précipite aussitôt sur l'imprudent et en fait sa 
proie. Parfois même, quelqu'un de nos jolis petits « soy » 
(Nectarinia) , voire même un « Fody » cardinal (Foudia 
Madagascariensis L.), rencontre-t-il en chemin l'embus- 



(1) Petits aranéides du genre Linyphia, Latreille. 




lli't 



LE NATURALISTE 



cade de la grande Néphile ; tout comme le moucheron de 
la Table, 

Il y rencontre aussi ?a iin. 

C'est aux premières heures de la journée, avant le 
lever du soleil, que l'Halabe procède à l'œuvre impor- 
tante de la ponte. Pour établir le cocon berceau de sa 
progéniture, elle choisit un abri à quelque distance de 
sa toile. Après avoir tissé au préalable une épaisse et 
molle couchette soyeuse, s'arc-boutantsur ses pattes au- 
dessus de cette espèce de nid, elle y dépose ses œufs dont 
elle forme un gâteau compact et homogène, parfaitement 
adapté au nid. La progéniture de l'araignée a son lit 
moelleux; reste à y ajouter un abri, car la mère ne sera 
pas là pour réchauffer ses petits. 

L'Halabe se remet à l'ouvrage, et bientôt œufs et nid 
sont pourvus d'une épaisse et chaude couverture de soie. 
Puis, la tisseuse, se faisant tout à la fois manœuvre et 
maçon, va chercher divers détritus dont elle couvre et 
dissimule son cocon. 

L'éclosion des jeunes a lieu après trente jours environ, 
à la saison chaude, et soixante-cinq à la saison froide. 

J'ai fait nagnère quelques expériences et observations 
sur l'Halabe mère. 

Enlevant à la Néphile son cocon sur le point d'être 
terminé, je substituai aux œufs un petit tampon de coton 
recouvert d'un morceau de papier rose en imitant vague- 
ment la couleur. Sans doute, pensez-vous, l'araignée, 
animal jouissant d'une certaine réputation d'intelligence, 
va se mettre à la recherche de ses œufs, et si elle ne 
peut les retrouver, abandonner une entreprise et un 
travail désormais inutiles. Point du tout. La bête reprend 
tout simplement ses opérations de tissage, juste au point 
où je lésai interrompues, donne le dernier coup de main 
ou plutôt de patte à l'enveloppe soyeuse, puis se met en 
devoir de ramasser les détritus dont elle protège le faux 
cocon, tout comme s'il renfermait encore des œufs. 

Je supprime le papier coloré, et au lieu défaire dispa- 
raître les œufs, je les déplace simplement en les trans- 
portant à quelques centimètres de l'enveloppe soyeuse. 
L'intelligente araignée ne manquera pas cette fois de 
découvrir la supercherie, et laissera l'enveloppe vide 
pour s'empresser d'aller protéger sa progéniture. Pas 
davantage. La bête reprend encore son travail juste au 
point d'interruption et l'achève de son mieux, tandis 
qu'elle délaisse ses œufs tout à côté. 

Un autre jour j'interromps encore l'Halabe en train 
de confectionner son cocon. Aux œufs et à l'enveloppe 
soyeuse, en partie déjà tissée, que je fais disparaître, je 
substitue le cocon d'une autre bête, ne renfermant plus 
que des débris d'œufs éclos depuis longtemps. Comme 
dans les deux expériences précédentes, la bête reprend 
ses opérations à leur point d'interruption; et déploie, à 
protéger le nid vide et abandonné de l'étrangère, la 
même activité et la même sollicitude que s'il s'agissait 
du sien propre. 

L'Halabe, comme je l'ai fait remarquer, après avoir 
achevé le tissage de son cocon, le tapisse de détritus 
d< m.hk's apparemment à en dissimuler la couleur voyante, 
alin «le mieux protéger les œufs et lesjeunes. Une Halabe 
va pondre. Je ne laisse à sa portée que quelques par- 
celles brillantes de papier d'étain. Gomment va se com- 
porter l'intelligent animal? Sans doute, il se gardera 
d'ajouter au brillant de la soie le miroitement plus révé- 
lateur encore du clinquant. Or, la bête court aux par- 



celles de feuilles d'étain et en tapisse son cocon tout 
comme elle aurait fait avec les déiritus ordinaires. 

Aux parcelles de papier d'étain que je laisse à la por- 
tée de l'Halabe, je joins des détritus divers. Cette fois 
l'araignée pourra choisir, et son intelligence lui fera 
laisser le clinquant révélateur pour prendre les détritus 
protecteurs. Nullement. La bête allant quérir indistinc- 
tement parcelles de clinquant et détritus, plaque les uns 
et les autres sur son cocon. Si aux parcelles de clinquant 
se substituent des fragments de papier blanc, l'Halabe 
se comporte de la même façon (1). 

Est-ce là agir avec discernement, faire preuve d'intel- 
ligence ou de raison? Au lecteur d'en juger. 

Si l'Halabe ne semble pas avoir reçu de l'auteur de la 
nature la raison ou l'intelligence en partage, elle est 
cependant bien douée sous d'autres rapports. Avec sa 
parure or et argent, son fond ébène et rouge, on pour- 
rait dire, si les termes ne semblaient jurer, que c'est une 
— belle araignée d'ornement. — Mais avec l'a beauté, 
l'Halabe possède encore d'autres qualités utiles. 

Outre les services que rend l'Halabe en détruisant divers 
insectes nuisibles comme, par exemple, le hanneton, 
cette araignée peut aussi fournir à l'homme une matière 
textile à propriétés physiques des plus précieuses, un 
médicament, voire même une nourriture. 

J'ai déjà parlé ailleurs de la soie fournie par l'Halabe, 
de ses propriétés et des essais divers entrepris pour par- 
venir à l'utiliser pratiquement (2). Je rappellerai seule- 
ment ici que c'est après la ponte qu'il m'a semblé re- 
marquer que l'araignée donnait la plus grande quantité 
de soie. Un seul individu m'en a ainsi fourni jusqu'à 
quatre mille mètres. Quand bien même cette soie ne sau- 
rait offrir à l'industrie textile propremant dite, une ma- 
tière première vraiment pratique, ses propriétés phy- 
siques, par exemple, sa résistance électrique et sa grande 
élasticité, pour lie point parler des autres moins bien 
constatées, pourraient peut-être néanmoins lui valoir un 
emploi utile. 

A Madagascar, les applications de la soie d'Halabe sont 
encore des plus simples et primitives. Je n'en citerai 
qu'une assez originale, celle des ombrelles fleuries. La 
monture de l'ombrelle étant construite en roseau ou 
autre bois léger, on y adapte, entremêlée de (leurs ou de 
riz en paille, la soie de l'Halabe prise à l'araignée vivante 
par le dévidage ou bien à la toile qu'elle a tissée elle- 
même. 

Il a été publié dans le monde savant des travaux sur 
l'emploi des Aranéides en thérapeutique. Les Malgaches, 
bien avant ces publications, sans doute, ont fait entrer 
l'araignée Halabe dans leur malcria medica. C'est ainsi 
qu'en Imérina, la poudre d'Halabe grillée est un remède 



(1) Dernièrement, M. F. Plateau signalait une expérience 
analogue de Hcrman Fol. — Celui-ci, après avoir nettoyé à 
fond un Mata squinado de sa toison végétale, le mit dans un 
réservoir où il n'avait à sa disposition que dos brins de paille 
et des fragments de papier blanc. Or, l'animal, incapable de 
raisonnement, obéissant à un besoin impérieux, accompli 
d'instinct un acte absurde : « Il se colla consciencieusement sur 
le dos ces objets qui ne pouvaient que le rendre encore plus 
visible quo s'il n'avait rien mis. » Des faits analogues ont été 
observés a Concarneau pour la Dromie (Dromia vulgaris, 
Milne Edwards). — (La ressemblance protectrice dans le règne 
animal. Lecture à l'Académie royale de Belgique, par M. F. 
Plateau). 

(2) Cf : Revue des sciences naturelles appliquées, Paris; 11, 
rue de Lille (n° du 20 mars, 1892. — La soie d'araignée — ) . 



LE NATURALISTE 



165 



usité contre la maladie connue sous le nom de « Tam- 
bavy » (1). Cette araignée entre encore dans la formule 
d'un médicament prescrit par les empiriques malgaches 
dans les cas de coqueluche ou toux convulsive des en- 
fants. Et, il y a quelque temps, l'un de mes confrères 
me rapportait comment un indigène du Nord de l'Imé- 
rina s'était délivré d'une écharde pénétrée fort avant 
dans le pied par un cataplasme d'abdomens d'Halabe. 

Au point de vue gastronomique, en dépit de l'exemple 
de notre célèbre savant Lalande croquant à belles dents, 
dit-on, une araignée de cave, à laquelle il trouvait une 
saveur de noisette, et malgré la récente institution d'une 
société de mangeurs d'araignées, je doute qu'un plat des 
meilleures araignées du monde soit jamais fort apprécié 
par des estomacs européens. Préjugés de l'estomac ! a- 
t-on dit, existant encore dans notre vieille Europe; n'y 
voit-on pas, en effet, des gourmets rechercher cependant 
certaines larves parasites d'un fromage en renom, ac- 
compagnement obligé de tout bon repas. De fait, un es- 
tomac malgache ne dédaigne pas, lui, une friture d'Ha- 
labe. Et que l'on veuille bien ne pas croire que c'est là 
un mets du seul vulgaire. Naguère des princesses du 
sang royal, d'Ambohibeloma, préparaient elles-mêmes 
un plat panaché d'araignées Halabe et de hannetons 
Voanyory. Les doigts de leurs Altesses enlevaient délica- 
tement, aux araignées les pattes, aux hannetons les 
élytres et la tête. Coléoptères et Arachnides, après cette 
opération préliminaire du « Tangosana », étaient destinés 
à passer ensuite de la poêle à la table princière ! Ce n'est 
pas là toutefois que j'invite le lecteur à venir prendre 
plus ample connaissance de notre Néphile Halabe de 
Madagascar. J'espère lui en fournir, par la suite, meil- 
leure occasion. 

Paul Camboué. 
Tananarive '.Madagascar). 



EIORE DE FRANCE 

Publiée sous les auspices du Ministère de l'Instruction 
publique 



Le premier volume de la Flore de la France contenant 
les tableaux synoptiques illustrés de toutes les espèces 
collectives est actuellement sous presse et paraîtra au 
printemps 1894. 

Le second volume, renfermant la description illustrée 
des espèces, sous-espèces et variétés, paraîtra ultérieu- 
rement. 

On nous prie d'annoncer que, pour tous les renseigne- 
ments relatifs aux détails des espèces, sous-espèces, etc., 
à leur distribution géographique, au terrain qu'elles pré- 
fèrent, à l'indication des espèces communes qui font 
défaut dans une région, il est encore temps d'adresser 
tous les renseignements nouveaux à M. Gaston Bonnier, 
professeur de Botanique à la Sorbonne, à Paris, pendant 
les saisons 1893 et 1894. 

Tous les échantillons de plantes adressés à M. Bonnier 



(1) M. le D r Daruty, de l'île Maurice, qui a eu l'occasion d'é- 
tudier cette affection dans toutes ses phases, a été frappé de 
sa parité comme marche et comme terminaison avec l'athrepsie 
décrite par le professeur Parrot, et il pense que le « Tambavy » 
n'est pas autre chose l'athrepsie. 



prendront place, avec le nom du donateur, dans l'Her- 
bier de France, installé dans les bâtiments de la Nou- 
velle Sorbonne. 



MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE 



ENSEIGNEMENT SPÉCIAL POUR LES VOYAGEURS 

(Insectes, Mijriapodes, Arachnides, Crustacés) 
Leçon faite le mardi 16 mai 

PAR M. CH. BRONGNIART 

(Suite et fin). 



Dans l'estomac de certains poissons on trouvera des 
Crustacés fort rares, difficiles à se procurer, et qui ont 
été avalés par eux dans leurs pérégrinations au fond de la 
mer. On en recueillera aussi dans l'estomac des Cétacés. 

Pour les conserver, tous ces Crustacés seront mis dans 
l'alcool auquel on pourra ajouter un peu de glycérine, 
s'ils sont destinées simplement aux collections. Mais, si 
l'on veut qu'ils puissent servir aux recherches anato- 
miques, il faut qu'ils soient imbibés d'alcool, et pour 
cela il est nécessaire d'injecter dans la cavité générale 
une certaine quantité de cette liqueur. Le procédé est 
simple. Au moyen d'une seringue, vous poussez une 
injection d'alcool dans la queue du Crustacé, après avoir 
eu soin de faire en un autre point du corps une petite 
ouverture. De cette manière un courant s'établit et l'al- 
cool remplace le sang qui est expulsé. C'est ce que nous 
avons fait en différentes circonstances pendant l'expédi- 
tion du Talisman, et c'est ce qui a permis à M. Viallanes, 
au retour, d'étudier les organes visuels de divers Crus- 
tacés des grandes profondeurs de l'Océan. 

Pour conserver les gros Crustacés qui nécessiteraient 
une trop grande quantité d'alcool, il -faut détacher la 
queue et la carapace du céphalothorax et enlever le plus 
possible de chair que l'on remplace par de l'étoupe 
phéniquée ou enduite de savon arsenicale; puis on réunit 
les pattes, les antennes, s'il s'agit des Crevettes, des 
Homards, des Langoustes; on les attache, en les fixant 
sur une baguette de bois plate afin qu'elles arrivent 
intactes. Ce procédé a été suivi par M. Marche et a 
donné d'excellents résultats. 

Il ne faudra pas négliger d'explorer les eaux douces, 
car on y rencontrera certains Crabes, comme les Tel- 
pheuses, les Boscies, puis des Écrevisses, des Palémons, 
des Crevettes. 

Indépendamment des grosses espèces, il y en a un 
grand nombre de petites qui vivent dans les eaux douces, 
saumàtres ou salées : ce sont des Amphipodes, comme 
les Crevettes des eaux douces et les Puces de mer que 
l'ont voit sauter sur le sable ou qui se cachent sous les 
pierres, les détritus, à marée basse, ou des Isopodes 
ressemblant plus ou moins aux Cloportes. 

Ces petites espèces vivent parmi les plantes aquatiques, 
les Algues, et un bon moyen de les recueillir consiste à 
retirer de l'eau ces végétaux, à les placer dans un grand 
baquet que l'on remplit d'eau. Ces petits Crustacés 
respirent l'air dissous dans l'eau ; or, au bout de quelques 
heures l'eau du récipient qui les contient n'est plus 
aérée, ils quittent les Algues, et viennent pour respirer 
à la surface de l'eau qui renferme plus d'air. Il suffit 
alors de les prendre avec un petit filet fin ou même 
avec une passoire et de les mettre dans l'alcool. 



166 



LE NATURALISTE 



Dans les Méduses, dans certaines Cœlentérés qu'on 
nomme des Béroés, dans des Tuniciers tels que les Salpes, 
les Pyrosomes, animaux marins transparents, il est bon 
de rechercher des espèces qui vivent en parasites ou 
commensaux; dans les polypiers on en rencontrera 
beaucoup également. D'autres se tiennent fixés sur la 
peau des Poissons ou des Tortues de mer. Quelques unes 
se logent sous la carapace de certaines crevettes, dé- 
terminant par leur présence une boursouilure. D'autres 
enfin, garantis comme les Mollusques par une sorte de 
coquille, libres dans le jeune, âge, se fixent à un moment 
donné sur les corps flottants, les épaves, sur les rochers, 
sur des coquilles de Mollusques, sur la carapace d'autres 
Crustacés. Quelques espèces se collent à la peau des 
Cétacés ou même dans la peau de ces Mammifères ; ce sont 
les Anatifes, les Balanes, les Coronules, les Tubicinelles. 

Sur les rivages plats de la Floride, du Japon, de la 
Chine, vivent de singuliers animaux, placés parmi les 
Crustacés ou les Arachnides ; se sont les Limules, dont 
la carapace se termine par un long appendice en forme 
d'épée, d'où le nom de Xiphosures donné à la famille. 
Il sera toujours intéressant de posséder ces curieuses 
bêtes. 

Les Crustacés mis dans l'alcool changent de couleur. 
Beaucoup deviennent rouges comme quand ils sont cuits. 
Aussi ne faut-il pas se contenter de les recueillir; mais 
est-il nécessaire, comme M. Vaillant vous l'a recommandé 
pour les poissons, de prendre des croquis avec la cou- 
leur exacte des diverses parties du corps. 

Nous venons de parler des gros Crustacés et des Edrio- 
phthalmes; mais il y en a qui sont d'une petitesse ex- 
trême, et ces êtres microscopiques sont myriades, ils se 
rencontrent dans toutes les eaux, même dans les eaux en 
apparence les plus pures, les plus limpides. C'est au 
moyen d'un filet en soie très fine et très résistante que se 
pratique cette pêche. Nous devons à M. le baron de 
Guerne des instructions sur ce sujet qui seront fort 
utiles aux voyageurs. Voici la façon de pêcher la plus 
recommandable lorsqu'on explore par exemple les lacs 
en bateau : 

La vitesse du bateau doit être modérée, sans cette 
précaution le filet crèverait. Le filet doit toujours être 
bien tendu, et, en cas d'arrêt de l'embarcation, il faut le 
retirer si l'on veut éviter qu'il ne se retourne, car alors 
on perdrait tout le produit de la pêche. 

Un manche n'est pas nécessaire, en bateau; il suffit 
d'attacher à une corde le cercle métallique du filet. Cette 
corde pourra traverser le cercle et porter au bout libre 
une pierre qui servira de lest. 

Le bout libre de la corde peut être assez long et la 
pierre attachée à une certaine distance du filet. Si la 
pierre touche le fond on sera ainsi prévenu qu'il faut 
relever le filet. 

L'eau est généralement sale et moins riche à la sur- 
face, et c'est à une profondeur de un à deux mètres qu'il 
faudra traîner le filet. Lorsqu'on n'a pas de bateau, on 
fixe le filet à un manche aussi long que possible et l'on 
pêche le long du bord. 

L'heure des pêches devra être soigneusement notée, et 
nous ferons remarquer que les pêches de nuit seront 
souvent les meilleures. 

Je le répète, pourvu que la vitesse de l'embarcation 
soit modérée, ces pêches peuvent se faire en traversant 
un lac, sans retarder le voyage. Au bout de 10 à 15 mi- 
nutes on devra relever le filet, au fond duquel sera 



amassée une véritable purée entièrement formée d'êtres 
microscopiques. On enlève cette purée en raclant l'étoffe 
avec la lame d'un couteau, avec une carte résistante, ou 
bien, ce qui est encore mieux, en trempant le fond du 
filet directement dans un récipient rempli d'alcool. 
L'alcool fort doit représenter environ les deux tiers du 
contenu du tube ou du bocal. On ne devra pas oublier de 
nettoyer les filets après chaque pêche; il suffit pour cela 
de les traîner pendant quelques instants dans le sens 
inverse de celui où ils ont servi. 

M. de Guerne conseille encore le moyen suivant. On 
prend un tout petit filet fin, de soie, et avec un vase 
quelconque on y verse quelques litres d'eau puisée sur 
les bords des étangs, des lacs et même des petites mares. 
L'eau prise au milieu des végétaux aquatiques est excel- 
lente pour ce genre de recherches. Quand la matière 
parait être assez abondante au fond du filet, on le 
retourne comme un doigt de gant et on le lave dans 
l'alcool pour recueillir le résultat de la pêche. 

Les lacs les plus froids des hautes altitudes, dont les 
eaux claires ne renferment pas un végétal, sont habités 
par des myriades de crustacés microscopiques, de lioti- 
fères, etc. Les recherches dans cet ordre d'idées sont 
nouvelles et il y a beaucoup à en espérer. 



Ménagerie entomologique. 

Mais, Messieurs, s'il est bon de connaître les formes 
des animaux, il n'est pas moins intéressant d'être au 
courant de leurs mœurs, et de rapporter une sorte de 
petite ménagerie entomologique, qui consistera aussi bien 
en Crustacés, qu'en Arachnides, en Myriapodes et en 
Insectes. 

Crustacés. — 11 est évident qu'il est presque impossible 
de rapporter vivants des Crustacés qui passent leur vie 
dans la mer, car ceux-là pour respirer ont besoin d'avoir 
toujours les branchies baignées par l'eau. 

Mais il en est qui sortent de l'eau, et qui, grâce à une 
disposition spéciale de leurs organes respiratoires qui 
peuvent rester humides, vont faille au loin des incursions 
dans les terres. 

En Afrique et en Asie, certains Crabes d'eau douce, les 
Telpheuses, en Amérique, les Boscies, sont dans ce cas. 
Au Brésil, aux Antilles, on trouve de véritables Crabes 
terrestres qu'on nomme à cause de cela Gécarcins ou, 
dans le pays, Tourlourous. Vous connaissez tous, Mes- 
sieurs, ces Crustacés, les Pagures, qu'on désigne vulgai- 
rement sous le nom de Bernard-l'hermite, et qui, ayant 
un abdomen très mou, se logent dans les coquilles tur- 
binées, pour se préserver de l'attaque des autres ani- 
maux carnassiers. Il y en a qui peuvent se passer 
presque complètement d'eau. Ainsi, à la Nouvelle-Calé- 
donie, une espèce du genre Cénobite vit loin de la mer. 
Elle s'introduit dans des coquilles de mollusques ter- 
restres; mais, lorsqu'elle n'en trouve pas, elle se loge 
dans certains fruits à enveloppe résistante. 

On pourra nourrir ces animaux avec de la viande ou 
du poisson. 

Dans ce même groupe des Anomoures prennent place 
de gros Crustacés qui vivent dans les îles de l'océan 
Pacifique et qu'on nomme Birgues voleurs (Birgus latro). 
Us peuvent vivre très longtemps hors de l'eau, leurs 
branchies étant humectées grâce à une membrane qui 
les recouvre et qui conserve de l'eau. Ils grimpent 



LE NATURALISTE 



167 



aux cocotiers et font tombjr les fruits qu'ils mangent 
ensuite. 

11 serait inte'ressant d'étudier la structure de leurs 
organes respiratoires ; aussi recommandons-nous aux 
voyageurs de recueillir ces curieux Crustacés qu'ils pour- 
ront facilement ramener vivants en France en les nour- 
rissant avec des cocos, et en ayant soin de temps en 
temps de les mettre dans une atmosphère humide. 

Myriapodes. — Les grandes espèces de Myriapodes, 
telles que les Scolopendres, les Iules, peuvent être éga- 
lement rapportées vivantes. 

Arachnides. — Nous en dirons autant des Scorpions, 
des Mygales, parmi les Arachnides. Il suffira de leur 
donner des insectes, un peu de viande et de l'eau. 

Recommandation générale. — Mais je ne saurais trop 
recommander aux personnes qui voudront faire ces 
reçoit es, de ne pas placer ces animaux dans une même 
caisse; il faudra les séparer et même ne pas mettre 
plusieurs individus de la même espèce ensemble, car ils 
s'entre-dévoreraient. 

Insectes. — Il serait intéressant de pouvoir élever des 
chenilles, car, pour obtenir des papillons frais, il faut les 
avoir d'éclosion. Cette recommandation s'adresse surtout 
aux personnes qui peuvent séjourner pendant quelque 
temps dans une même localité, car il est nécessaire de 
les nourrir des feuilles qu'elles aiment, et, pendant le 
retour, la chose ne serait pas toujours facile. 

Ce que je viens de dire des Chenilles peut s'appliquer 
aux autres larves. Il sera toujours intéressant de suivre 
les insectes dans leurs métamorphoses. Quelquefois 
même, en élevant certaines Chenilles, on obtiendra des 
insectes d'un autre ordre, des Hyménoptères, qui vivent 
en parasites dans ces chenilles, et qui, à un moment 
donné, sortent et tissent leurs cocons qu'ils fixent à la 
peau même de la chenille. 

Parmi les Orthoptères, certaines espèces sont intéres- 
santes à suivre dans leur développement. Je veux parler 
d'insectes qui ressemblent à des tiges de bois (Phasmes), 
ou même à des feuilles, tant par la forme, la nervation 
des ailes, que par leur couleur verte ; on les appelle des 
Mouches -feuilles ou Phyllies. 

Ces insectes, dont le mâle vole mal, et dont la femelle 
ne vole pas, existent dans lTnde, à Bornéo, à Java, à 
Sumatra, aux Philippines, à la Nouvelle-Bretagne, aux 
Nouvelles-Hébrides, à la Nouvelle-Calédonie, aux Fidji, 
aux Seychelles, se nourrissant de feuilles de goyaviers ou 
d'essences analogues.. On en [a rapporté de vivants en 
France, à l'état adulte, et M. Raoul m'en a remis il y a 
peu d'années. 

Mais on peut se contenter de rapporter des larves ou 
même des œufs. Ces œufs qui ressemblent à des graines, 
se trouvent sur le sol, sous les arbres sur lesquels 
vivent les Phyllies. 

C'est ainsi que le Muséum a reçu, il y a quelques an- 
nées, de Java, par l'entremise de M. Olivier Millier, des 
œufs de ces Phyllies qui sont éclos. J'ai pu suivre ces in- 
sectes dans leur développement en les plaçant dans des 
conditions de chaleur et d'humidité convenables et re- 
cueillir des documents intéressants relatifs à leurs 
mœurs et à leur anatomie. Malheureusement ces re- 
cherches n'ont pu être terminées ; aussi appelons-nous 
l'attention des voyageurs sur ces curieux insectes. 

n peut également rapporter des Blattes vivantes. C'est 
grâce à une Blatte vivante trouvée au Muséum dans une 
caisse provenant du Brésil que nous avons pu l'année 



dernière constater que certaines espèces sont vivipares 
au lieu de pondre leurs œufs contenus dans une capsule 
comme cela a lieu généralement. Les jeunes provenant de 
cette Blatte sont encore en parfaite santé et il nous sera 
possible, nous i'espérons, de poursuivre l'anatomie des 
organes génitaux de cette espèce vivipare. Mais les Blattes 
sont des animaux très nuisibles, qui rongent tout, et que 
nous éviterons d'acclimater en France. 

En terminant, Messieurs, je dirai, comme on vous Ta 
déjà recommandé, d'inscrire soigneusement sur un car- 
net les renseignements que vous pourrez recueillir sur 
vos captures. Il ne faudra pas négliger d'étiqueter les 
boites, les tubes, les papillotes, en indiquant les loca- 
lités, les stations, où ont été faites les chasses, car il est 
important que l'on sache si elles ont été faites dans la 
plaine ou dans les montagnes, aubord des eaux, ou dans 
des régions sablonneuses. 

En résumé, Messieurs, nous pouvons dire qu'il sera 
toujours possible de rapporter d'intéressantes collections 
entomologiques, à condition d'être bon observateur, et 
d'avoir grand soin de ses récoltes, presque toujours dé- 
licates. 

Charles Brongniart. 



LES PLANTES DE LA BIBLE 



LES LENTILLES 

Ésaiï dit à Jacob : Donne-moi, je te prie, de ce roux-là, 

car je suis fort las El Jacob donna à Ésaii du pain et le 

potage de lentilles (Gen., XXV, 30, 34). 

La Lentille (Ervum lens) dont était composé le potage 
qui tenta le chasseur fatigué est un des plus petits lé- 
gumes. Elle atteint rarement plus de o décimètres de 
hauteur; la nature débile de la tige fait qu'elle ne reste 
debout qu'en s'attachant par ses vrilles aux plantes voi- 
sines. Elle a des fleurs bleuâtres qui rappellent en petit 
celles des pois, mais produisent des graines moins nom- 
breuses, moins grosses et aplaties. 

On la cultive en grand dans les terrains sablonneux 
de l'Orient et de quelques contrées d'Europe. Quelques 
sociétés répandues en France et en- Allemagne sont em- 
ployées surtout en potage. Dans les marchés de la Syrie 
et de l'Egypte, on vend d'ordinaire les lentilles, toutes 
préparées. Un mélange de riz et de lentilles , par 
portions égales, sur lequel on étend du beurre, forme 
l'un des mets favoris des classes moyennes de l'Arabie, 
et compose souvent à lui seul leur souper. Les Bédouins 
en voyage ont pour toute provision du riz, des lentilles, 
du beurre et des dattes. 

Le potage de lentilles était appelé roux, à cause de 
sa couleur. Pline parle d'une variété égyptienne qui 
croissait sur les sables rouges qui entourent les pyra- 
mides, et, remarquant que les lentilles préféraient un 
sol de cette espèce, il se demande à tort si ce légume ne 
tire pas sa couleur rougeàtre du terrain sur lequel il 
croit. Des voyageurs qui ont mangé de ce mets, très ré- 
pandu en Orient, disent qu'il a l'apparence du chocolat 
cuit. 

Près de la caverne d'Hébron, où Abraham et sa famille 
furent ensevelis, d'Arvieux vit un grand bâtiment avec 
une cuisine à l'entrée; chaque jour, on y prépa- 
rait une grande quantité de potage, fait avec diverses 



108 



LE NATURALISTE 



sortes de légumes, niais surtout avec des lentilles, puis 
des derviches Le distribuaient aux pauvres et aux voya- 
geurs, en souvenir de ce qui se passa entre Ésaiï et 
Jacob. Dans la haute Egypte, près des cataractes du Nil, 
on fait avec un mélange de lentilles et d'orge un pain 
d'une qualité passable. 

Ce Légume fournit une nourriture saine, substantielle, 
assez agréable. Il passe pour être un peu indigeste; il 
faut sans doute attribuer cette qualité au défaut d'une 
suffisante mastication, lorsqu'on avale les lentilles sans 
être suffisamment broyées : les grains, lisses et petits, 
échappent facilement à l'action des dents. On remédie à 
cet inconvénient en les mangeant en purée. Réduites en 
farine, elles peuvent rentrer pour un tiers dans la com- 
position du pain. Les semences, Semina Lentilium. étaient 
autrefois officinales. 

M. Buysmann. 



Mœurs et Métamorphoses du Barypeithes Companyoi Boh. 

Coléoptère du grand groupe des Curcvlionides. 



Larve : longueur 2 millimètres ; largeur 1 millimètre. 

Corps mou, charnu, blanchâtre, un peu courbé en arc, les 
sept premiers segments abdominaux tachés de rougeâtre, avec 
longs poils épars sur la surfaco convexe et mamelonné en 
dessus comme en dessous, atténué aux deux extrémités. 

Tête petite, suborbiculaire, en partie rétractile, cornée, jau- 
nâtre pâle, quatre petites fossettes sur le disque, ligne longitu- 
dinale médiane à fond clair se bifurquant au-dessus du vertex, 
lisière frontale droite ferrugineuse ; epistome court, trans- 
verse, flavescent; labre même couleur, à angles arrondis; 
mandibules larges, triangulaires, à base ferrugineuse, à extré- 
mité bidentée et noire, à tranche interne fortement échancrée; 
mâchoires charnues, ciliées, à pièce basilaire coudée et tachée 
de ferrugineux ; lobes courts, obliques en dedans ; palpes maxil- 
laires rougeâtres, saillants, de deux articles coniques, le 
basilaire deux fois plus long que le terminal qui est pointu ; 
menton charnu ; palpes labiaux droits, ciliés, rougeâtres ; 
deux petits articles cylindriques, à base rougeâtre ; languette 
très courte, peu apparente, à bords frangés de courts cils ; 
antennes charnues, blanchâtres, â pourtour ferrugineux, sises 
en arrière du milieu de la base des mandibules, de deux ar- 
ticles cylindriques à bout tronqué ; — ocelles sans autres 
traces qu'un point verruqueux noir situé à la base extérieure 
des mandibules. 

Segments thoraciques blancs, charnus, ciliés, convexes; le pre- 
mier un peu plus large que la tête, un peu plus étroit que les deux 
suivants, avec plaque subcornée, jaunâtre pâle, et taches trian- 
gulaires jaune clair, couvrant presque en entier l'arceau ; 
deuxième et troisième segments courts, larges, transverses, 
avec incision divisant l'arceau en deux bourrelets. 

Segments abdominaux forme, couleur et consistance des deux 
précédents, les sept premiers couverts d'aspérités sur le fond 
d'une lâche jaunâtre qui ombre la région dorsale, égaux ou â 
peu près ; huitième plus étroit avec deux rides transversales et 
de liés longs cils; neuvième convexe, sans rides, à extrémité 
3 ii ' le arrondie. 

Dessous subdôprimô, charnu, chaque anneau formé d'un 
double bourrelet; segment anal entier, anus à fente transverse 
émergeant entre deux mamelons. 

Une rangée de mamelons latéraux, surmontés chacun d'une 
soie, longe les flancs, servant ainsi de limite aux deux régions 
dorsale el ventrale. 

Pattes nulles, bourrelets et mamelons latéraux servent de 
points d'appui â cette larve qui se tient courbée et couchée sur 
Le flanc pendant son travail de cheminement. 

Stigmates elliptiques, poux, à péritrème brun, la première 
paire sur le bourrelet latéral du premier segment thoracique, 
les suivantes plus petites au-dessus de ce bourrelet et au mi- 
lieu environ des huits premiers segments abdominaux . 

Notre larve, très commune aux environs de l\ia. (Pyrénées- 
Orientales) sur les coteaux bien ensoleillés, mène une exis- 
tence souterraine : elle vit dans le sol, à une profondeur de 
huit à <li\ centimètres, se nourrissant des racines d'une gra- 



minée, la Fesluca varia, var. Eschia, Grenier. C'est par pe- 
tits groupes de sept â huit individus peu distants les uns des 
autres, qu'on la trouve : l'œuf pondu au collet de la racine, la 
jeune larve s'enfonce en terre à la recherche du chevelu de la 
plante nourricière ; durant la saison chaude elle pénètre d'au- 
tant plus profondément dans le sol que la sécheresse est plus 
persistante; dès les premières pluies, elle remonte vers la sur- 
face. Fin septembre arrivée à son complet développement, elle 
se construit, â la place même où elle se trouve, une petite loge 
ovale dont les parois sont enduites d'une légère couche de ma- 
tière agglutinative, ce qui la met non seulement à l'abri des 
intempéries, mais encore à couvert de tout danger, puis clic 
se prépare aussitôt à changer de forme. 

Nymphe : Longueur, 2 millim. 5; largeur, 1 millimètre. 

Corps allongé, mou, blanc pâle, légèrement courbe, couvert 
de légères soies et de courtes spinules, peu convexe en dessus, 
subdéprimé en dessous, arrondi aux deux extrémités, un peu 
moins à la région inférieure. 

Tête convexe, transversalement striée ; masque frontal avec 
deux spinules rougeâtres entre les deux yeux qui sont noirâtres : 
une rangée transverse de spinules pareilles sur le front mêlées 
à de plus longues soies; masque thoracique quadrangulaire 
avec ligne médiane et trois courtes spinules espacées de 
chaque côté de la ligne, deux autres en arrière de chaque 
angle et une rangée sur le bord antérieur; deuxième et troi- 
sième segments courts, transverses, avec deux spinules de 
chaque côté de la ligne médiane. 

Segments abdominaux convexes et transverses, légèrement 
jaunâtres, diminuant vers l'extrémité, avec rangée transverse 
de courtes spinules; le huitième segment n'en a que quatre 
mais plus accentuées, il en est de même du neuvième qui n'en 
a que deux médianes et dont l'extrémité se termine par deux, 
courtes épines à base charnue, à extrémité rougeâtre cornée et 
arquée en dedans. 

Dessous. Le scrobe des antennes remonte obliquement, puis 
le funicule se coude pour obliquer vers le bas ; la massue dentée 
repose sur le milieu des cuisses des deux premières paires de 
pattes dont les genoux bispinuleux ainsi que ceux de la troi- 
sième paire font saillie sur les côtés du corps. 

Couchée dans sa loge, la nymphe repose sur sa région dor- 
sale, elle imprime à sa région abdominale des mouvements 
assez vifs pour éloigner les ennemis qui la recherchent. 

La phase nymphale dure un mois environ, l'adulte reste 
longtemps à voir ses segments se durcir ; aux derniers jours 
d'automne seulement il perce la légère enveloppe qui l'enserrait 
et chemine â travers la couche terrestre jusqu'à ce qu'il arrive 
à la surface, il commence âse montrer au dehors dès les pre- 
miers jours de décembre. 

Adulte. C'est un insecte qui ne vient qu'avec le froid et qui 
disparait dès qu'arrivent les premières journées chaudes d'avril; 
lent en tout ce qui le touche, on le trouve quelquefois errant 
gravement sur le sol ; mais il préfère encore une pierre bien 
placée à l'abri du froid et contre la paroi inférieure de la- 
quelle il passera les trois quarts de la durée de son existence, 
le besoin de la reproduction seul la lui fera quitter, à moins 
que l'un de ses semblables habitant le même milieu que lui ne 
se trouve là pour concourir au même but sans qu'ils aient l'un 
et l'autre à se déplacer autrement que pour s'accoupler. 

Capitaine Xambeu. 



LA SÉCRÉTION ET LES GLANDES 

Le corps tout entier est enveloppé, protégé par une 
membrane de quelque épaisseur, Yépidcrme,et toutes les 
cavités naturelles de l'organisme sont à leur tour tapis- 
sées par les membranes dont le rôle peut différer mais 
de nature analogue, les muqueuses. Epiderme et mu- 
queuses portant le nom d'cpilhclium. 

I>a structure en est simple : c'est le résultat de l'ac- 
collement côte à côte d'éléments plus ou moins cubiques, 
de pavés, formant des assises superposées. Pris à part, 
l'un quelconque de ces éléments, une cellule se com- 
pose de protoplasma, substance fluide, et transparente 
que sillonne un réseau ; au centre plonge un corpuscule 
arrondi, plus dense et plus réfringent, le noyau, qui joue 



LE NATURALISTE 



109 



le rôle essentiel quand la cellule se divise pour se mul- 
tiplier. L'ensemble de l'épithélium repose sur une 
couche filamenteuse renfermant les vaisseaux , le 
derme. 

Mais les épithe'liums ne restent pas seulement éten- 
dus en surface ; ils poussent dans la profondeur des 
bourgeons qui seront des glandes. Pleins au début, ces 
bourgeons se creusent dans la majorité des cas. Ayant 
atteint leur taille délinitive, ils peuvent demeurer ainsi 
sous forme de cylindre simple, mais il arrive le plus 
souvent que ces bourgeons à leur tour produisent des 
cylindres nouveaux destinés à se ramifier comme les 
branches d'un arbre. Parfois, quelques-unes des plus 
fines ramifications s'accolent et donnent par leur agglo- 
mération l'apparence d'un bouton, d'un grain de raisin ; 
c'est ce que Malpighi, qui les découvrit vers le milieu du 
xvn c siècle, nomma acinus et les glandes que ces acml 
composent sont les glandes acineuses. Au contraire, 
dans les glandes en tube, chacune des ultimes ramifica- 
tions reste libre. 

Dans tous les cas, toute ramification terminale est un 
cul-de-sac glandulaire ; il plonge dans le derme au mi- 
lieu duquel circulent de nombreux vaisseaux; en outre, 
entre l'épithélium et le derme existe toujours une mince 
membrane amorphe, transparente comme du verre, la 
vitrée. 

Et nous connaissons ainsi l'anatomie complète de la 
glande : un tube bourgeon de l'épithélium ou une 
série de tubes s'ouvrent tous en dernière analyse, dans 
ce bourgeon primitif lui-même qui devient canal excré- 
teur. Chaque tube est formé d'une ou plusieurs assises 
de cellules. 




Fig. 1. — Portion d'une glande salivaire.' 

Les anciens, qui examinaient seulemert à l'œil nu, 
connaissaient l'existence de quelques-uns de ces organes 
et, comparant l'aspect lobé de leur masse à celui de la 
cupule d'un gland de cbène, ils leur imposèrent le nom 
de glande. Mais ils n'avaient aucune idée de leur nature 
et de leur fonction. Pour eux, les artérioles sanguines, 
forées de trous imperceptibles « qu'on ne voyait pas 
mais qu'il fallait admettre, laissaient suinter à divers 
niveaux des tissus les substances issues du sang. Les 
pertuis variaient dans leur forme suivant les contours 
des matières auxquelles ils devaient livrer passage. On 
imagina aussi des tubes exhalants, s'embranchant sur 
les vaisseaux et possédant des propriétés analogues aux 
simples cribles. Beaucoup plus tard, vers le milieu du 
xvn c siècle, Wharton, Sténon, Rivinus découvrirent les 
canaux excréteurs des glandes salivaires; de son côté, 
Malpighi reconnut les acini et put définir la glande : 
« une cavité close avec un canal sécréteur ». La théorie 
des vaisseaux exhalants n'en persista pas moins :Ruyscb, 
contemporain de Malpighi, démontra par les injections 
l'existence d'une riche vascularisation sanguine au 



niveau des acini et, pour lui, la glande était un enche- 
vêtrement plus ou moins inextricable de capillaires 
venant en dernier lieu s'ouvrir dans le canal sécréteur, 
vaisseau exhalant. Cette manière de voir a persisté 
jusqu'au milieu de ce siècle même. Cependant J. Mùller, 
vers 1830, découvrit auxculs-de-sac une paroi propre, la 
vitrée, et Schwann, examinant au microscope, reconnut 
que cette membrane était intérieurement vêtue par les 
cellules épithéliales. 

Cette constitution cellulaire une fois bien établie, les 
physiologistes se demandèrent quelle était sa significa- 
tion dans l'acte sécrétoire. Pour les uns les cellules ap- 
paraissaient au milieu même des produits de la glande 
et la vitrée jouait seule le rôle actif. Pour les autres, 
la cellule prenait bien part au fonctionnement glandu- 
laire, mais, élément inerte, elle servait uniquement à 
filtrer les matériaux contenues dans le sang. Or, pre- 
nons une glande, soit l'exemple classique d'une de celles 
qui préparent la salive : avant une salivation active, le 
microscope révèle dans les culs-de-sac des cellules 
hautes, turgescentes, possédant un réseau extrêmement 
net dans les mailles duquel on reconnaît une substance 
transparente et fluide. 





Fig. 



Avant la sécrétion. Après la sécrétion. 

— Deux portions de glande salivaire (très grossies). 



Après la salivation, ces mêmes cellules seront plus 
petites, basses, leur force libre concave et l'on ne dis- 
tingue plus de réseau. Que s'est-il passé ? Simplement 
ce qui se passe lorsque l'on comprime une éponge : 
le réseau s'est contracté fortement, expulsant en dehors 
de lui la substance fluide qui est venu occuper la lu- 
mière du cul-de-sac. Il est d'ailleurs possible de cons- 
tater le remplissage graduel des mailles du réseau sous 
forme de vacuoles qui grandissent peu à peu. 

Le liquide exprimé n'est pas toujours le même et il 
est nécessaire de distinguer les cellules séreuses qui rejet- 
tent un liquide clair plus ou moins aqueux, des cellules 
muqueuses donnant de la mucine, substance filante, gra- 
nuleuse gonflant à l'eau. Les glandes sont bâties soit 
exclusivement avec l'une de ces deux espèces d éléments 
ou contenant à la fois l'un et l'autre ; ce sont alors des 
glandes mixtes. 

Quoi qu'il en soit d'ailleurs, il faut retenir ce fait que 
les cellules ne disparaissent pas; elles perdent seulement 
une partie d'elles-mêmes et sont capables de se régénérer. 
C'est ainsi que fonctionnent la très grande majorité des 
glandes de l'économie, mais il en est d'autres fournis- 
sant à la peau et aux poils un enduit graisseux, le sébum 
nécessaire à sa souplesse, les glandes sébacées dont le 
mécanisme est un peu différent : Les culs-de-sac de 
ces glandes sont remplis par plusieurs assises de cel- 
lules ; dans le protoplasma des cellules centrales se 
montrent quelques gouttelettes de graisse ; d'abord 
isolées et peu nombreuses, ces gouttelettes se multi- 
plient, grandissent et confluent. Peu à peu, la cellule 



170 



LE NATURALISTE 



entière, ainsi gorgée, éclate et se confond avec ses voi- 
sines de façon à constituer un produit crémeux prêt à 
s'écouler. Ici l'élément cellulaire a complètement disparu. 

Au demeurant, la cellule procède toujours de même, 
comme ferait un chimiste : elles combine, créant ainsi 
des substances nouvelles, des matériaux divers, qu'elle 
choisit dans le sang. C'est ce que démontre l'observa- 
tion, c'est ce que vérifie l'analyse chimique. Et de cet 
acte vient le nom de sécrétion (secernere, choisir